LES AME M
la nature. Tout doit chercher en elles sa " consommation, tout doit leur dire :
" Amen! — Amen de rintelligencej^ï???^;^du " sens religieux, amen sens esthétique, " am^en de la vie morale, amen de la vie
sociale, amen de l'histoire humaine." Tel est le plan embrassé, poursuivi et admirablement rempli par l'illustre conférencier dans ses six dernières conférences.
Ce qui frappe le plus, Messieurs, dans ces pages que je vais essayer de v^ous faire apprécier davantage, c'est cet ensemble de vues d'une exacte et sûre pénétration qui place l'orateur sacré comme à genoux devant l'impérissable monument de notre foi, lui en fait énumérer les beautés en un féérique panorama, communique à son auditoire émerveillé, la pure et sincère exclamation de son âme sacrée : Amen ! c'est
bien fait! oui, réellement l'édifice
est somptueux, divin !, . . Le dogme catho-
DE MONSABRÉ
lique en est la base, l'adhésion de l'intelligence, bénie par Dieu dans sa foi, devient le foyer radieux qui illuminera son enceinte. Il y a dans ce palais habité par la Divinité, tant de pureté, tant d'enivrement, tant de transports sacrés, que la beauté la plus limpide y brille, l'harmonie y fait vibrer sa harpe d'or et l'inspiration y étale ses modes variés de séduction sainte. Quand une fois on y a pénétré, l'âme saisie d'admiration se sent plongée dans cette atmosphère qui lui convient, y refait ses forces avec les millions de forts qui communient avec elle, rentre dans la société pour y perpétuer la vie qu'elle y a puisée, ajoutant ensuite, page à page à l'histoire de son existence jusqu'à Xamen de l'éternité.
Le dogme catholique, dit l'orateur,
prévient les recherches de l'intelligence " humaine et l'affermit dans la possession
des vérités fondamentales dont elle ne
peut se passer et qu'elle peut connaître " par ses propres forces. Le dogme ca- " tholique grandit l'intelligence humaine, en la transportant dans les régions supé- Heures d'une science inaccessible à la nature. Prévenue, affermie, grandie par le dogme catholique, l'intelligence humaine " lui doit un assentiment, un amen qu'elle " ne peut lui refuser sans s'amoindrir et " sans déchoir."
L'homme ouvrant les yeux à la lumière de la raison, considérant tout ce qui l'environne, pesant ses tendances, se sentant dominer par des inclinations, entraîner par les objets qui le captivent doit nécessairement se faire des questions. La matière ne lui fournira pas de réponse satisfaisante ; et son âme ne trouvera pas en elle-même un fonds inné de solutions aux grands problèmes qui l'embarrassent. Il se demande : Quelle est mon origine ? Que suis-je ? Quel
DE MONSABRÉ
est le but de mon existence ? Plus il avancera en âge, plus la difficulté à répondre à ces questions croîtra ; et si son esprit se borne à observer seulement la terre, il s'aveuglera de plus en plus en dépit des flots de lumières jaillissant sur sa tête. Le dogme catholique vient ; il aide, il illumine, rassure, console et sauvegarde. Si un auteur célèbre a pu désigner notre sainte Eglise comme la meilleure école de respect qui soit au monde, ne peut-on pas ajouter, que c'est la plus merveilleuse institution de bon sens qui existe ? Sortez de ses rangs, — vous le pouvez, sans doute, — observez, et soyez sincères : vous verrez les sottes réponses qu'on vous donnera à toutes les questions qui, dans notre sens, se trouvent si heureusement élucidées. Que de beaux esprits, naguère l'admiration de tous, et aujourd'hui relégués dans l'ombre et abandonnés de leurs meilleurs amis ! C'est le balancier
de la fable qui les gênait ; ils Font rejeté :
Aussitôt fait que dit.
Le balancier jeté, notre étourdi chancèle ; Il se cassa le nez et tout le monde en rit.
Ce qu'il y a de beau, Messieurs, c'est que ce procédé divin peut tout résoudre, s'adapte à toutes les intelligences, illumine les plus beaux comme les plus faibles esprits.
Il y a un petit livre, dit Jouffroy, qu'on " fait apprendre aux enfants, et sur lequel " on les interroge à l'église ; lisez ce petit livre, vous y trouverez la solution de toutes les questions posées par la philo- " Sophie, de toutes sans exception. De- " mandez au jeune chrétien d'où vient l'espèce humaine ? Oii elle va ? Comment " elle va ? Demandez à cet enfant pour- " quoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra " après sa mort ? Comment le monde a été
DE MONSABRÉ
créé et à quelle fin ? Comment la terre à
été peuplée ? . . Origine de l'homme, ori- " gine de l'espèce, question des races, des- " tinée de l'homme en cette vie et en l'autre,
rapports de l'homme avec Dieu, devoirs " de l'homme envers ses semblables, cet " enfant n'ignore rien de tout cela. Voilà " ce que j'appelle une grande doctrine; ''je la reconnais à ce signe, qu'elle ne " laisse sans solution aucune des ques- *' tions qui intéressent l'humanité."
" Mais, dit Monsabré, c'est un grand bien- " fait pour nous, Messieurs, d'être mis en " possession et affermis dans la connaissance " des vérités premières dont nous ne pou- " vons pas nous passer, par la voie courte *' et directe d'une affirmation divine à
laquelle nous devons notre assentiment.
A ce bienfait se joint l'inestimable hon- " neur d'être transportés, par le dogme " catholique, dans les régions supérieures
" d'une science inaccessible à la nature,
d'une science qui grandit l'intelligence à ce " point, que toutes les connaissances qu'elle " peut acquérir par ses propres forces sont
moindres, en comparaison des splendeurs " surnaturelles qui l'illuminent, que les " lumières d'emprunt, dont nous nous ser- ** vons pour dissiper autour de nous les " ombres, en comparaison du soleil qui " inonde l'espace de ses rayons* "
Comprenez bien. Messieurs, qu'il ne s'agit pas d'amoindrir ici la raison, de lui nier ses prérogatives, mais bien de l'ennoblir, de l'élever et de la grandir. Ah ! combien sont à plaindre ceux qui se refusent à nous suivre dans cette voie de gloire et de véritable prospérité!....
Je ne vous ennuierai pas. Messieurs, en étalant devant vous, leurs mesquines suggestions et leurs systèmes dégradants,
DE MONSABHÉ
quand ils viennent philosopher sur Dieu, sur l'homme et sur le monde.
Mais pourquoi donc s'acharner à me montrer un dieu inférieur au mien, une religion qui m'offre moins d'avantages réels, qui me remplit de justes appréhensions, qui au lieu de m'aftermir, me débilite, me trouble et me fait l'égal d'êtres sans raison ? Drôle de procédé que celui-là. Vous en save^, Messieurs, le secret. Il y a dans ces doctrines absurdes à nos yeux, comme un manteau qui recouvre plus d'une faiblesse, et si on voulait user de franchise, on prononcerait avec nous ce mot qui résume une foule de choses : la jouissance.
Je ne refuse pas, dit l'orateur, à la ' raison et à l'expérience de m'éclairer ; " mais, emporté par une doctrine sublime " dans des régions supérieures où je vois " grandir tout ce que je veux connaître, je
" ne puis m'empêcher de donner mon as- " sentiment au dogme qui me présente
un Dieu, une humanité, un monde plus " grands et plus beaux que je ne les puis
concevoir par les seules forces de mon
intelligence. Tout cela est trop grand " et trop beau pour n'être pas divin, trop
divin pour n être pas vrai. "
Amen. — Il doit en être ainsi !....
L'homme est poussé par le besoin de connaître le vrai ; et le dogme catholique est le moyen le plus sûr, le plus logique, le plus consolant pour l'aider à accumuler ses connaissances, à les développer. Je dis : accumuler, parce qu'il s'en servira comme de degrés s'élevant de plus en plus jusqu'à ce que sa foi alimentée et bénie lui entr'ouvre les parvis célestes. Mais voici Dieu
DE MONSABRÉ
qui apparaît ; je sens, je vois qu'il existe et tout me porte à chercher à le connaître. Le plus sublime objet de la connaissance, le plus haut degré où elle puisse atteindre, le faîte de toute les recherches " humaines, c'est Dieu, dit saint Thomas. " Or, l'homme ne se contente pas de connaître Dieu, explique Monsabré ; il veut " avoir avec lui un commerce positif et effi- " cace, mettre sa vie en rapport avec l'être souverain qui le tient sous sa dépendance, et qui, après lui avoir donné l'existence, peut lui communiquer encore de sa plénitude. En toute nature humaine, l'instinct intellectuel est accompagné de sens " religieux, ou, si vous l'aimez mieux, de *• la religiosité : besoin et faculté de se " mettre en rapport avec Dieu d'une * manière positive et efficace."
Il s'agit pour le conférencier de constater dans l'humanité l'existence du sens reli-
22 LES AiMEN
gieux, d'en étudier les exigences et les aspirations, et puis, en arriver à conclure victorieusement que ces exigences et ces aspirations ne peuvent être pleinement satisfaites que dans la direction donnée au sens religieux par le dogme catholique.
" Quel est le peuple, quelle est la famille humaine, dit Cicéron, qui, avant toute " science n'ait une connaissance anticipée de la divinité ? " Et Plutarque : " Vous " pouvez trouver des villes privées de mu- " railles, de maisons, de gymnases, de lois, . . " mais un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments, sans rites religieux, sans sacrifices, nul n'en vit jamais. . Invoquons Dieu pour l'heureux succès de notre législation ; qu'il daigne écouter nos prières, et qu'il vienne, plein de bonté et de bien- " veillance, nous aider à établir notre ville et nos lois."
Voilà, Messieurs, l'aspiration d'un païen
DE MONSABHÉ
qui s'exhale dans le lointain des âges, plus de 300 ans avant la régénération du monde par le divin Sauveur. Quel navrant contraste avec les utopies des pionniers de
l'impiété moderne!
Ils s'acharnent à nier l'existence du sens religieux, le poursuivent à outrancè, cherchant à le détruire dans l'âme de l'enfance, persuadés qu'il ne manquerait pas d'être enseveli dans les passions de la jeunesse pour apparaître au foyer domestique. Pour arriver plus sûrement à ce but inique, les gouvernants de France détachent le Christ des murs,déchirent les pages du catéchisme, violent le pacte sacré du Concordat et s'écrient par un de leurs partisans :
Nous sommes ici quelques-uns qui * n'avons pas besoin de prêtres. — Qu'estce que j'en ferais ? Je suis de ceux qui croient que l'homme qui se respecte, " arrivé à un certain âge, ne doit jamais
" s'agenouiller devant un roi, ni devant un prêtre, qu'il doit pour l'honneur de l'hu- " manité rester debout " — C'est bien là l'ab • sence du sens religieux. Heureusement, Messieurs, — je m'empresse de le dire — à côté de ces impies, la France a encore assez de forts qui s'inclinent dans la sincérité de leurs adorations pour pouvoir par la ferveur de la prière et par le martyre, s'il le faut, purifier et sauver la patrie.
Du moment qu'on ne voit en celui qui commande ou en celui qui sacrifie qu'une figure humaine, pourquoi fléchir le genou, ou courber la tête ? Mais, pour nous, heureux mortels, le sens divin éclaire nos esprits, échauffe nos cœurs et provoque en nous les sentiments les plus salutaires. Nous saluons et bénissons dans le bras qui commande, la volonté divine qui nous dirige ; l'encens qui s'échappe des mains de nos sacrificateurs symbolise la sincérité de
DE xMONSABRÉ
nos prières ; nous adorons sur nos autels une victime divine, dont le sang continue à vivifier toute la nation ; nous tenons à nos croyances et nous voulons vivre et mourir^ dans la foi, l'espérance et la charité.
Ces sentiments, Messieurs, ne sont pas seulement basés sur des habitudes, ils ne sont pas seulement le résultat de la réflexion et de l'expérience ; ils prennent leur origine dans un besoin, dans une tendance de l'âme. Comme un enfant, avant de pouvoir se raisonner la chose, s'attache au cou de sa mère chérie parce que c'est sa mère, ainsi l'homme s'affaisse devant la divinité parce qu'il a besoin d'elle. " L'homme vivant,
dit Monsabré, veut mettre sa vie en rap- " port avec la vie " — Comment en effet demander la vie à ce qui l'environne ? Il voit sans cesse tout tomber autour de lui. La plante croît, s'épanouit et se dessèche. Les constructions les plus solides viennent
à s'effondrer devant le vent et la tempête. Mais qui donc a créé et conduit ces éléments qui se coalisent et qu'aucune force humaine ne peut enchaîner ? J'ai vu des remparts qui me paraissaient infranchissables, et ils ont été détruits ; les villes se sont peuplées et ont été réduites en cendre ; toute puissance terrestre est ébranlée et le conquérant comme l'artisan viennent bientôt mêler leurs cendres dans le champ des morts II faut qu'il y ait un être infini en grandeur et en majesté qui commande à tout cela, et qui coordonne tout : c'est le sens religieux qui parle : — "L'homme reli- " gieux, dit l'orateur de Notre-Dame, veut
un Dieu qui s'occupe de lui et mette à " son service sa toute-puissance ; un Dieu " qui écoute ses prières, un Dieu qu'on
n'appelle pas en vain au secours des fai- " blesses et des misères humaines ; un Dieu
qu'on invoque efficacement dans la peine ;
DE MONSABRÉ
" un Dieu qui bénisse les efforts et les
fruits du travail ; un Dieu qui délivre de " la douleur et console les souffrants; un
Dieu qu'on puisse appeler le Dieu très
bon aussi bien que le Dieu très grand, — " Deo optimo maxlmo. — L'homme religieux " aspire à des rapprochements qui mettent
Dieu, non seulement à la portée de son "âme, mais à la portée de ses sens..
L'homme religieux tremble devant la jus- " tice de son Dieu. . L'homme religieux " aspire à rendre ses actes dignes du Dieu
qu'il honore et qu'il implore. .L'homme " religieux a besoin de sienes sensibles et
sanctifiés qui témoignent de son désir " d'uriir sa vie à la vie de Dieu, et qui s'ils " ne peuvent le grandir, soient au moins la "livrée de sa religieuse dépendance..
L'homme religieux compte sur un Dieu
rémunérateur qui le récompensera de ses
mérites."
Voilà, Messieurs, des exigences religieuses qu'il n'est pas permis de nier, qu'il faut entourer de respect. Qu'elles soient le fruit d'un patrimoine que l'humanité se passe de génération en génération ou les produits spontanés de la nature,peu importe : la chose existe. Il y a là un besoin, une demande urgente, et le dogme catholique y répond à souhait. Ici, l'illustre conférencier passe en revue les principales sectes qui ont essayé d'y répondre. Je dois vous épargner ces détails pour mettre sous vos veux la solution de ce grand problème. — " Le " dogme catholique, dit l'orateur, n'oublie " rien de ce qui peut convenir à la religieuse nature de l'homme. Le sens reli- " gieux veut se mettre en rapport avec " Dieu. Le dogme catholique lui montre dans les cieux l'infini réel et vivant, un Dieu maître des maîtres, roi des rois, bon comme un père qui ne veut que le
DE MONSABRÉ
" bien de ses enfants, écoute leurs prières " et pour les exaucer, offre à ceux qui l'im- " plorent les services de sa toute puissance."
C'est bien ! Amen
Et puis, dans une éloquente énumération de nos croyances et de nos pratiques religieuses, l'orateur en arrive à la conclusion que " le dogme catholique nous affirme, nous promet et nous assure l'éternelle vision, l'éternelle possession, l'éternelle jouissance de Dieu dans l'âme et dans la *^ chair revivifiée. Amen ! Cest bien !
L'homme est en possession de la vérité. Après l'avoir recherchée avec persévérance et bonne foi, il l'accueille au jour de joie ou d'affliction de sa vie : c'est le dogme catholique qui la lui présente fraîche, radieuse et intarissable ; toutes les aspirations de
son âme sont assouvies. Il regarde, il contemple, et, à l'aspect de toutes ces beautés qui lui apparaissent, à mesure que la main de Dieu lève avec bonté le rideau devant ses yeux, il se sent transporté d'admiration, d'un saint enthousiasme ; il veut parler, il chante — c'est le sens esthétique qui exerce son influence et auquel il ne doit pas résister. Ce sentiment du beau nous touche, nous émeut et nous fait admirer. Le dogme catholique doit nous suivre, nous accompagner dans nos relations avec ce sentiment, afin qu'il n'y ait pas de malheureuse ambiguité, que rien ne soit détourné de la gloire de Dieu, que l'élévation constante résulte de la beauté du spectacle et que l'idéal divin soil comme la boussole de la conservation et du salut Plaçant toujours
son auditeur en face du monument de notre foi, notre illustre conférencier ne néglige rien pour en faire ressortir la beauté divine ;
DE MONSABRÉ
et épris lui-même de ses charmes, il utilise les merveilleuses ressources de son éloquence pour communiquer aux autres son saint enthousiasme.
" Dans cet ensemble, dit-il, toutes les " lignes sont pures d'une pureté admirable. " Ni l'infini n'est ravalé, si bas qu'il des- " cende, ni l'infini n'est surfait, si haut qu'il " monte ; ni l'un ni l'autre ne sont con- " fondus, si intime que soit leur union. On " les distingue toujours sans qu'on puisse " les séparer. Tout se tient, tout est en " ordre, tout concourt à l'harmonieuse " beauté de ce monument intellectuel.
" Les dogmes se groupent autour du dogme " central de l'incarnation, dans lequel nous " apparaît Celui par qui et pour qui tout a " été fait. Les proportions sont si bien
gardées que ce qui appartient à la nature " semble s'élever au-dessus d'elle, et ce " qui s'élève au- dessus de la nature semble
lui appartenir. La nature supporte tout " le surnaturel, le surnaturel explique toute la nature. On voit mieux, on comprend mieux toutes choses, quand on les regarde dans l'ordre admirable de cette doctrine sainte. Non, la raison humaine n'est pour rien dans cette gigantesque construction de vérités. Le progrès et les soudures des dogmes nous révèleraient sa touche ; l'inégalité d'âge attesterait la longueur et la difficulté du labeur ; rincohésion des parties accuserait l'imperfection de l'ouvrier. Le dogme catholique est d'une seule venue ; on y " reconnaît l'œuvre de celui qui est descendu du ciel, et qui, témoin incorrupti- " ble a raconté à la terre ce qu'il voyait et entendait depuis l'éternité, dans l'essence divine. "
La doctrine catholique, Messieurs, révèle le vrai et unique principe du beau. Une
DE MONSABRÉ
fois ce principe établi et prouvé aux yeux de l'humanité, elle nous montre combien il nous touche de près, s'incorpore à nous, s'accapare notre esprit, remplit nos cœurs de satisfaisantes manifestations auxquelles on ne peut résister. L'âme une fois captée, ravie, transportée sous le souffle divin, c'est pour elle un besoin comme irrésistible d'essayer à reproduire au dehors ce que Dieu inspire au dedans ; de là ces créatures artistiques,qui,dans différents genres subjuguent tantôt les yeux en les fixant malgré vous au ciel, tantôt la voix en lui faisant vibrer la harpe humaine comme la lyre d'or des anges, et ne vous laissent encore sur terre que pour devenir meilleurs. En lisant les admirables pages de Monsabré, on ne saurait lui être trop reconnaissant de les avoir léguées à l'humanité, surtout quand on songe aux notions qui président au développement de l'art moderne. Il
faut d'après ses belles pensées, que la beauté soit comme lemanation de la Divinité. Aussi rejette-t-il avec mépris cette parole de Taine : Quand pour la pre-
mière fois on découvre la vie réelle et " que, pénétrant dans sa structure, on " comprend le mécanisme admirable de
ses parties, cette contemplation suffit, on
ne désire rien au delà."
Je veux davantage, dit Monsabré, et
avec l'artiste de génie, Michel-Ange, je " m'écrie : Déployant ses ailes pour s'éle- ^* ver vers les cieax, d'où elle est descen-
due, 1 ame ne s'arrête pas à la beauté qui " séduit les yeux et qui est aussi fragile ''que trompeuse; mais elle cherche dans
son vol sublime à atteindre le principe du " beau universel."
Ce principe du beau : c'est Dieu ; et plus l'être divin se montre à nous par cet heureux et fidèle commerce, plus les manifes-
DE MONSABRÉ
tations d'intimité qui en résultent font naître les émotions qui transportent et les accents d'admiration qui produisent ; mais, pour que l'effet soit divin comme la cause d'où il résulte est divine, il faut que le lien soit pur et dépouillé de tout alliage terrestre. C'est l'idée que développe admirablement le Père Félix dans sa conférence sur l'objet et la nature de l'art :
" Si votre cœur demeuré sensible et pur, " au moins d'une pureté relative, ne sait " s'éprendre d'une chaste passion pour les beautés immaculées qui passent, sous vos yeux, dans le double domaine de l'art et de la nature ; si vous n'avez devant elles, au feu du regard des anges et du cœur " des séraphins, dans leur béatifique face à " face avec l'éternelle beauté, ou plutôt, si " ange et séraphin vous-même, parcourant " ici-bas toute la hiérarchie des beautés " qu'on peut voir sur la terre, vous ne mon-
tezde degré en degré l'échelle éclatante qui vous élève de la contemplation des beautés terrestres à la contemplation de " la céleste beauté ; si d'image en image " vous ne vous élevez jusqu'à leur arché- " type éternel ; si votre contemplation de la *• beauté réelle n'est assez affranchie des " servitudes de la matière, pour vous emporter sur un souffle sublime jusqu'à la contemplation de la beauté idéale ; en un mot, si votre génie, porté sur les deux ailes " d'une contemplation plus haute et d'un amour plus céleste, ne prend son vol pour " monter jusqu'à l'idéal lui-même, qui réside " en Dieu et qui est Dieu même, jamais, oh ! non, jamais, malgré l'habileté de vos méthodes et la perfection de vos procédés, * vous n'atteindrez le point culminant de la création artistique, parce que vous ne mettrez jamais dans vos œuvres un reflet " de cette divine beauté par laquelle toutes
DE MONSABRÉ
les choses sont belles, et sans laquelle " rien de beau ni dans la nature, ni dans Tart ne saurait exister." Je dépasserais, Messieurs, les limites que je dois m'assigner, ce soir, en entrant dans tous les détails d'analyse. Il faut nécessairement me borner à certains passages plus frappants : Le Christ est beau aux yeux " qui le contemplent comme à l'esprit qui le médite. Il se montre, c'est la divine beauté qui nous apparaît : il habite parmi nous, c'est la divine beauté qui s'est faite notre hôte ; il parle, c'est la divine beauté " qui nous instruit, nous apprend les secrets du ciel et reluit en sa sublime et profonde " parole. Il commande à la nature et fait des miracles, c'est la divine beauté, principe et type de tous les êtres, de leurs formes et de leurs lois, qui prouve à la fois sa présence et son souverain pouvoir. Il pleure, c'est la divine beauté qui s'at-
tendrit sur nos misères avant de les guérir ; il nous aime, il nous accable de bienfaits, il se livre à la justice du ciel, il " souffre, il meurt pour nous, c'est la divine " beauté qui veut nous ravir par le plus grand charme de l'amour, le sacrifice. Il triomphe de la mort, c'est la divine beauté qui nous montre le chemin de gloire que " nous prendrons un jour pour aller la rejoindre au lieu d'où elle est descendue. Oh ! oui, Jésus était beau aux yeux de ceux qui eurent le bonheur de le contem- " pler et de chanter hosanna sur son pas-
" sage "
Suit l'entraînante description de la copie la plus parfaite de la beauté divine qui apparaît sur la terre ; permettez que je mette sous vos yeux ce tablepu de la Vierge. Il ne peut que réjoui. cœurs des habitants de Ville-Marie :
C'est une femme, semblable par la
DE MONSABRÉ
nature à toutes les filles de l'homme, mais douée de grâces si extraordinaires et de
" privilèges si admirables qu elle efface par
" sa beauté naturelle toutes les beautés de la nature. Jamais aucune souillure n'a flétri ni son corps ni son âme sainte. Elle
" est pure, de la plus grande pureté qui se puisse concevoir après celle de Dieu.
Réparée par une grâce sans exemple, elle unit en sa personne deux honneurs inconciliables, la virginité et la maternité. Contrairement à la loi, l'honneur maternel
" ne détruit point en elle l'intégrité virginale ; et l'intégrité virginale rehausse l'honneur maternel d'un éclat que lui refuse la nature. Elle est mère d'autant
" plus admirable qu'elle est vierge, et vierge d'autant plus étonnante qu'elle est mère. " Passant de ce type original à d'autres
secondaires, l'orateur sacré s'arrête devant
la figure des saints.
Les saints ont trouvé le moyen efficace de leur assimilation à la ravissante beauté divine, dans la Sainte-Eucharistie qui en est le foyer. L'institution eucharistique fait descendre le ciel sur la terre, et devient si chère aux adorations humaines que les basiliques, les cathédrales, les temples surgissent de tous côtés, élevant leurs majestueuses proportions vers la nue, symbolisant les mystères les plus profonds et attirant l'admiration des plus fiers impies. Le silence de leurs enceintes sacrées comme les chants qui y résonnent, les fresques qui les décorent comme les marbres qui y siègent, les dorures et les parements qui y scintillent, tout célèbre, proclame la majesté, la sainteté de l'Etre des êtres, et son incomparable beauté.
DE MONSABKÉ
A toutes les questions primordiales même secondaires que l'intelligence humaine doit et peut se poser, le dogme catholique apporte une réponse satisfaisante en tous points ; et si parfois la raison vient se heurter contre le mystère, elle reconnait en cela la limite qui lui est imposée et qu'elle ne peut franchir, sans se rendre coupable de l'orgueilleuse prétention de porter atteinte à l'éminence de Dieu.
Sortie des mains divines, elle est portée instinctivement vers lui ; de là cette forme religieuse qui lui apparaît comme toute naturelle et que le dogme catholique revêt d'une pureté et d'une inviolabilité qui défient les plus terribles obstacles. Présenté au monde avec ses signes et ses garanties,
le dogme catholique obtient à travers tous les temps l'adhésion des âmes sincères : c'est Yamen de l'intelligence. Il nourrit et satisfait les aspirations de tous les cœurs en leur donnant un mode de commerce certain et des plus consolants avec la Divinité : c'est Xamen du sens religieux. Mais il faut aussi un élément à cette autre tendance de rhomme qui l'élève si haut audessus de terre, qui satisfait son admiration et sème la joie dans sa vie : c'est Xamen du sens esthétique.
L'homme, Messieurs, ne doit pas être simplement un croyant, un admirateur de la divinité, il lui faut retracer dans les détails de sa vie ce qu'il croît et ce qu'il admire; de là la nécessité de bien diriger le sens moral au moyen de cette étonnante faculté qu'il possède de vouloir faire le bien et de le faire librement. Ici, le dogme catholique viendra à son aide plus sûre-
DE MONSABRÉ
ment que toute autre croyance, et, après avoir jeté un regard sur tout ce qui Fenvironnej choisissant librement, il agira noblement, et sa vie tout entière redira son amen de foi pratique et d'adhésion constante à la volonté divine.
Le dogme catholique établit mieux que toute autre doctrine les solides fondements de la vie morale. Il nous enseigne, dit " Montsabré, comme vérité première, l'exis- " tence d'uu Dieu Créateur et Providence
de tous les êtres. L'acte généreux et libre " par lequel il produit lui donne sur les " fruits de sa paternité tous les droits d'un " maître absolu II les tient sous sa souve-
raine dépendance, donne à chacun sa me- *• sure d'être et de perfection., et à tous la " règle de leurs actes et de leurs rapports.
Cette règle c'est la loi : loi éternelle, " immuable et sainte, ordonnant tout en " lui-même avant de descendre aux rivages
" de la création Et l'on voudrait que
" l'homme fut soustrait à toute loi divine. " Cela ne peut pas être, Messieurs. Par-
ticipant mieux que toutes les créatures
à la nature de Dieu, l'homme doit, mieux " que toutes les créatures, reproduire les " mœurs et les perfections de son auteur, *' et il ne le peut qu'en recevant pour règle " de sa vie morale, comme de sa vie intel-
lectuelle, la loi divine d'une manière plus
excellente : Ainsi parle saint Thomas."
Et quelle est. Messieurs, cette manière plus excellente de recevoir la loi divine ? — c'est de chercher à la connaître et à l'accomplir librement. Pour cela chacun possède un tribunal qui est la conscience.
La conscience ! voilà, dit Monsabré, la " première loi de Dieu, promulguée par le
fait même de son insertion au livre incor- ^' ruptible de notre âme."
Les rationalistes. Messieurs, prétendent
DE MONSABRÉ
que cette loi suffit. Sans aucun doute, ce serait assez, s'il n'y avait aucun danger, aucune influence extérieure, aucune tendance malheureuse pour la pervertir. Le dogme catholique vient aider sa faiblesse, augmenter sa force. Il met devant nos yeux ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter, Ici, se trouve une admirable page que je ne puis passer sous silence.
" C'était au désert : le peuple hébreu ^' attendait impatiemment Moïse que le *' Seigneur avait appelé ; le tonnerre gron- *• dait, les éclairs fendaient la nuit nombre, " le Sinaï abreuvé de gloire chancelait comrne un homme ivre, les échos de la solitude étaient pleins de bruits mystérieux, et la plume ardente des chérubins traçait sur des tables de pierre les commandements de Jéhovah. Ces comtnande- " ments étaient un tableau où la conscience pouvait se lire tout entière. Adorer
Dieu, n'avoir point d'autre maître suprême que lui, l'aimer, respecter son nom sacré, s'appliquer au culte de sa majesté sainte, honorer les chefs de famille, être juste et chaste en ses actions et ses désirs, véridique en ses paroles, — la conscience avait dit toutes ces choses ; mais il importait que, troublée par les sens et les passions, elle les entendît venir du dehors, afin de prévenir le mortel assoupissement qui menaçait le genre humain.
" Mais cette manifestation sublime, était pourtant insuffisante, puisqu'elle n'atteignait qu'un peuple privilégié. Le dogme catholique nous montre non plus Moïse, mais la réalisation du vœu qu'exprimait le prophète quand il s'écriait : — Etablissez, Seigneur, un législateur sur les peuples, afin qu'ils sachent qu'ils sont hommes. — Ce législateur est venu, c'est le Verbe fait chair " — dont soit dit en passant —
DE M ON SABRÉ
VOUS avez salué la naissance, cette année surtout, avec un redoublement de joie et de ferveur, à Tombre de ces tours majestueuses, dans l'enceinte de ce temple si richement décoré, dont Montréal a lieu d'être fier, et qui, au lieu de vieillir, reçoit chaque année avec ses offices grandioses, ses flots d'harmonie et ses jets féériques de lumières, le gage assuré d'une intarissable jeunesse.
Jésus-Christ vient donc au monde pour guider la conscience humaine, pour la soutenir dans sa faiblesse par sa loi, et en établir par sa sanction divine la perpétuelle observance. Pour cela les moyens sont légués sûrement ; et, comme il ne s'agit pas pour 1 homme de se borner à la terre, mais de tendre plus haut, d'atteindre le surnaturel, le règne de la grâce est établi. L'administration du nouveau royaume est confiée à un corps pur, saint, infaillible, indépen-
dant de l'erreur, pouvant la braver, la terrasser au besoin. Si donc, l'homme dans sa vie agitée se sent faiblir, il n'a qu'à redresser la tête, regarder avec confiance, user des moyens que Dieu lui assure pour refaire ses forces. Il peut se dire en toute sûreté: si je ne fais pas cela, je suis perdu pour toujours, où, si j'agis de telle façon, je me moque de la douleur comme des plaisirs, je passerai à travers la souffrance, la mort même, j'arriverai à la joie éternelle — scio cui credidi, je sais en qui j'ai foi.
Vraiment, s'il n'y a pas là le moyen de devenir meilleur, de panser les plaies de l'âme, de les guérir et de brider les mauvais penchants, où trouver mieux ?
— Remarquez, Messieurs, il n'y a pas là une simple question de principes ; il est facile de nous placer en face de faits et même d'en appeler à une expérience personnelle ; la fontaine de force est sous nos yeux, nous
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y avons puisé la vie de nos âmes. La vraie loi nous a été léguée avec les moyens de l'observer, moyens efficaces, à la portée de tous, abordables aux intelligences bornées comme aux talents les plus brillants. Nous n'avons qu'à ouvrir la première page de l'histoire d'un pays où la civilisation chrétienne a pénétré, et nous verrons sur-lechamp les prodiges qu'ils ont opérés.
" Pour rendre l'homme humble, chaste, " apôtre, frère, dit le grand Lacordaire, la
doctrine catholique a pris son point " d'appui en dehors de lui-même, elle l'a " pris en Dieu. C'est au nom de Dieu,
par la force des rapports qu'elle a créés " entre lui et nous, par l'efficacité de ses " dogmes, de son culte et de ses sacrements,
qu'elle change en nous ce cadavre rebelle " à la vertu, qu'elle le ranime, le ressuscite, " le purifie, le transforme, le revêt de la " gloire du Thabor, et que l'ayant ainsi
armé de pied en cap, elle le jette comme " un homme nouveau dans la mêlée du monde, faible encore par sa nature, mais fortifié par Dieu vers qui monte son in- ^' cessante inspiration."
Le dogme catholique obtient de l'intelligence la plus parfaite adhésion, de l'âme l'admiration, du cœur l'amour et la générosité, non pas seulement dans une certaine mesure, mais même poussés jusqu'à l'héroïsme. \Jamen de ses fidèles adhérents est donc complet, c'est dire par là même l'influence salutaire exercée sur toute la société. Ainsi en face des bienfaits innombrables qui découlent pour elle de l'accomplissement de la loi chrétienne, l'orateur de Notre-Dame veut en étudier les obligations. La société est un corps composé
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d'organes nombreux et distincts; pour que le bonheur, la paix et la prospérité y régnent, il faut l'accomplissement de deux grands devoirs : — le respect et l'amour — et pour ceux qui commandent et pour ceux qui obéissent. Or, le dogme catholique est par excellence la doctrine du respect et de l'amour, donc les sociétés doivent lui accorder avec empressement Vamen de leur acquiescement, afin de participer aux avantages inestimables qu'il apporte à l'humanité. Mais, Messieurs, le respect et l'amour ne s'accordent pas sans raisons. Ce sont des sentiments trop nobles, trop profonds pour ne pas être motivés : " C'est à la tête
de la société, c'est-à-dire, au pouvoir qui " gouverne, dit Monsabré, qu'est dû le pre-
mier hommage du respect ; et vous com- " prenez tout de suite que cet hommage
est en raison de l'idée que nous avons de " la dignité de ce pouvoir."
Le dogme catholique nous met devant les yeux l'origine, et partant ce qui fait la force et ce qui assure le légitime fonctionnement du pouvoir. Toujours Dieu entête de tout, toujours le foyer des vraies lumières et des saintes inspirations en tout. Le divin soleil dejustice lance un de ses rayons sur le front de celui qui est appelé à gouverner, ce n'est pas d'en bas qu'il reçoit le pouvoir, c'est de Dieu de qui vient toute puissance : c'est comme un épanouissement de la grâce divine qui jette sur des épaules humaines le manteau de la vraie royauté. A cette vue les croyants courbent le front, se soumettent, respectent le sceptre comme les édits qu'il confirme ; et de même qu'en vue des types divins et des représentations religieuses, ils chantent Xamen du cantique de louange et du ravissement, de même devant la figure auguste de celui qui commande au nom de Dieu, ils volent, ils cou-
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rent, ils combattent et ils s'estiment heureux de mourir. Je ne m'inspire pas ici, Messieurs,simplement des idées qui ont heureusement prévalu, en certains temps, en certains lieux ; je n'examine pas les personnes, je ne pèse pas même leurs actes, mais je dis que la religion qui m'a accueilli en naissant, qui secourt nos faiblesses et qui a droit à notre suprême soumission, nous montre sur un trône quelque chose de plus que de l'or et de la pourpre. C'est Dieu qui fait les grands, c'est Dieu qui les ennoblit, et c'est pour cela qu'il faut respecter, aimer et servir celui qui commande en son nom. — ' Croyez, dit Monsabré, qu'une nation peut se choisir des chefs, quand Dieu ne lui en donne pas ; qu'elle peut déterminer la forme et les conditions d'un gouvernement. Appelez cela, si vous le voulez, la souveraineté nationale. Mais, sans préjudice de cette souveraineté nationale, on doit dire avec un savant ju-
riste : L'opération sociale a son principe dans l'autorité ; " et, avec le docte Bellarmin : le pouvoir vient radicalement de Dieu seul ; car, étant annexé à la nature de l'homme, il procède de celui qui a fait la nature de l'homme. Le droit de nature étant droit divin, il faut conclure que le pouvoir est introduit dans l'humanité par droit divin."
Avec cette notion maintenue chez un peuple, il nous est facile d'en toucher les résultats chez celui qui commande comme chez ceux qui obéissent, non seulement dans les rapports des organes du corps avec la tête, mais aussi des sujets entre eux. Le respect devient le modèle de tous : c'est comme une sève douce et forte qui circule dans toutes les artères du grand arbre social, qui le nourrit et perpétue sa vigueur. Mais, dit-on, la société offre des inégalités ; ne vaudrait ibpas mieux tout aplanir et pré-
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senter un niveau parfait, sans distinction ? Que de gens de nos jours prétendent qu'on y gagnerait énormément î Comme c'est facile à dire, Messieurs, et combien il est aisé de voir que ces prétendus niveleurs de l'état social font comme l'artisan qui se place généralement à bonne hauteur pour façonner la pièce de bois qu'il travaille ! Il reste des morceaux, qu'en feront-ils ? Pensez-vous que ce sera pour donner du pain, des habits à ceux qui pour le moment les applaudissent ? vous ne le croyez pas ; moi non plus. Il vaut mieux dire avec Monsabré : " Impossible de supprimer ces iné- " galités et ces contrastes ; ils sont dus à des " causes indestructibles qui persistent *' comme le monde et se renouvellent com- " me les congrégations. Les forces de la " nature, le talent, le caractère, le tempérament, les passions, et par dessus tout la liberté humaine combinée avec les autres
" énergies de l'âme et mise en présence des ^' influences extérieures, n'est-ce pas assez pour faire qu'il y ait dans une société des grands et des petits, des puissants et des faibles, des glorieux et des obscurs, des riches et des pauvres ? Ces inégalités et ces contrastes entrent dans l'arrangement des choses, dans l'ordre universel voulu " de Dieu et maintenu par la Providence. " Nous ne supprimerons pas, Messieurs, les inégalités et les contrastes sociaux, mais " il est un moyen de les tempérer, de les rendre supportables, de les faire concourir " à l'unité et à la beauté de l'ordre voulu par la Providence ; ce moyen c'est la cir- ^' culation du respect dans la vie sociale." Le respect n'est pas suffisant. Il est vrai qu'une fois le principe de l'autorité admis, popularisé il en résulte tant de bien-être, tant de confort, qu'on arrive à développer l'attachement ; mais le dogme catholique
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veut aller plus loin, et c'est ce qui fait dire à l'orateur de Notre-Dame : La charité ne germe, ne s'épanouit et ne fructifie que • dans le rayonnement des vérités sublimes que nous révèle le dogme catholîque. Il nous en montre le type éternel dans la vie divine elle-même, le législateur et le modèle dans notre propre nature, la source " et le but surnaturel, et nous provoque " ainsi à des œuvres d'amour etdedévouement qui comblent les vides, suppriment " les distances, atténuent la rudesse des " contrastes de la vie commune et font con- " courir toutes les saintes énergies au rap- " prochement, à la fusion intime et cordiale " de tous les membres du corps social."
Mais, me direz-vous, est-ce bien possible ? Oui, quand on le veut ; mais quand on ne cherche qu'à monter aux dépens des autres, quand on veut s'arroger le droit de tout saper, de tout détruire, quand on entend
Tordre social de telle façon que personne ne soit maître de son champ, ni de son avoir, . fruit de ses sueurs, ni même de sa personne, tout cela au nom de la liberté, de la fraternité, au Heu d'avoir le respect, l'amour, — on sème partout les haines, les désolations et la révolte. ''Aussi, dit Monsabré, n'est-ce pas sur la nature qu'il faut compter pour " nous aimer les uns les autres, comme le Christ nous a aimés, mais sur la grâce dont le dogme catholique nous montre les " divines sources."
Nous venons de voir successivement, Messieurs, que le grand orateur de Notre- Dame amis le dogme catholique en rapport avec les besoins de l'intelligence, avec les aspirations du sens religieux qu'il satisfait, avec le sens esthétique qu'il rehausse, avec
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la vie morale qu'il dirige aussi haut qu'elle peut monter, avec la vie sociale dont il assure le bonheur et la paix par le respect et l'amour. Il ne restait plus qu'à ouvrir les pages de l'histoire et à constater quel rôle ce fameux dogme catholique a réellement joué afin d'obtenir un dernier acquiescement, Yamen de l'approbation des siècles, du fait accompli. Ce sujet a^ recueilli les derniers accents de l'illustre conférencier. Dans cette lumière vivante, dit-il, que projette notre divine doctrine sur les temps anciens et nouveaux, parcourons rapidement l'histoire de l'humanité et demandons* lui son amen'' Plus l'esprit cherche à sonder la profondeur des temps reculés, plus il s'égare quand il ne suit pas les données du dogme catholique. On a cherché de toutes manières à amener un conflit entre sa doctrine et les découvertes de la science moderne ; mais
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si l'on veut être de bonne foi, on verra qu'on n'a pas réussi. — " Nous avons contrôlé, dit le savant abbé Vigouroux, au moyen des monuments authentiques des bords de l'Euphrate et du Tigre, ainsi que des monuments des bords du Nil, tous les détails que nous lisons dans nos saints Livres, même les plus minutieux, ceux qui ne sont donnés qu'en passant sous forme d'allusion, et pour ainsi dire, sans que l'auteur lui-même s'en soit aperçu, et toutes les fois que le contrôle a été possible, l'assyriologie et l'égyptologie nous ont répondu : La Bible a dit la vérité. Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l'avait promis : Si les hommes se taisent, les pierres prendront une voix et réclameront en faveur de la vérité. Qu'il en soit béni à jamais."
L'orateur de Notre-Dame part du principe que toute l'histoire humaine est dans l'ineffable mystère de l'incarnation, s'ap-
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puyant sur les paroles de St-Paul : " le Verbe, image du Dieu invisible est, selon les desseins éternels, le premier né de toute créature parce qu'en son incarnation la sagesse divine voit l'unité de tous. A ce titre, il lui appartient d'être le fondement même de l'univers. Dans le ciel et sur la terre, les choses visibles et invisibles, les principautés et les puissances, tout est établi sur lui. Tout est créé par lui, tout s'appuie, tout repose sur lui, tout se tient en lui, parce qu'il a plû à Dieu de lui donner toute plénitude."
Voilà donc Jésus-Christ sur qui tout repose, vers qui tout converge, et dont la venue promise et attendue éclaire tous les siècles, d'une lumière qu'aucune impiété n'a jamais pu amoindrir.
Cette humanité, dit Monsabré, c'est Jésus-Christ qui Ta créée, non pas rudimentaire et sauvage, mais belle, innocente, pure, heureuse, à l'image et à la ressemblance de
son auteur, ouverte par Tintelligence aux illuminations de la sagesse divine, maîtresse par sa volonté de tous les appétits, remplie de grâce, faisant admirer dans la virginale beauté de son corps, le double épanouissement de la vie divine et d'une nature parfaite, investie d'un souverain empire sur les créatures qui subissent le charme de sa présence, de son regard, de sa voix, dédoublée en quelque sorte dans un couple ravissant^ dont le plus pur et le plus parfait des amours fait l'union d'où doivent sortir d'innombrables générations."
Ici, l'orateur prévient l'objection qui peut s'élever de l'auditoire au sujet de l'unité de race.
— Comment pouvez vous affirmer que cette multitude de peuples, différents de couleur, de physionomie, de langage, puisse descendre de ce même couple adamique que proclame votre dogme ? "
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Quelle étrange chose, soit dit en passant, que cet acharnement de certains fameux esprits de vouloir ternir dans sa source, la beauté, la noblesse de notre provenance, et n'offrir en échange que des suppositions ridicules et des systèmes dégradants !
Cherchez mieux,dit Monsabré, et en cherchant mieux on découvre que, dans la diversité des types, la nature humaine est partout semblable à elle-même quant à sa conformation générale, ses aptitudes et ses tendances ; que les ressemblances fondamentales, qui indiquent si clairement une seule et même nature dans l'humanité, doivent peser d'un plus grand poids sur nos jugements, que des différences superficielles, infiniment plus nombreuses et plus accusées chez d'autres espèces animales ; que la physionomie et la coloration sont des phénomènes locaux purement accidentels, et à peu près insignifiants pour la détermination
de l'espèce. . En cherchant mieux on s'explique cet ensemble de traditions qui fait remonter notre origine à un couple unique et l'on se canvainc que le dogme catholique projette sur les commencements de l'histoire humaine un rayon de vérité."
Suivent les descriptions de la chute de l'homme et des malheureuses conséquences qui en résultèrent ; c'est alors que la promesse du divin libérateur est faite. Dans " le rayon révélateur, dit Monsabré, où le
dogme catholique nous montre la chute de " l'homme, il nous montre le Rédempteur ;
c'est à ce titre que le Verbe de Dieu entre
dans notre histoire."
Ici, l'orateur pose cette objection : mais puisque la promesse du Rédempteur était déjà faite et assurée, pourquoi, attendre si. longtemps après son accomplissement }
Le dogme catholique nous apprend qu'il fallait cette épreuve à notre orgueil, afin de
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prouver de la façon la plus évidente l'impossibilité où était le monde de se refaire par lui-même ; et,puis-je ajouter, malgré ce long essai de forces humaines, en dépit de ces barbaries entassées les unes sur les autres, de ces cataclysmes, avertissements sanglants et prophétiques, même après que les temps de la régénération ont sonné leur heure de miséricorde, n'y en a-t-il pas encore un grand nombre qui ont des yeux et qui ne voient pas, des oreilles et qui n'entendent pas ? Témoin, ce petit peuple choisi par Dieu, élevé, nourri plus spécialement par lui, et qui, suivant l'admirable expression de Monsabré — " est le mystérieux courant dans lequel les desseins de la Providence s'acheminent dans leur accomplissement." C'est ce peuple qui a été le dépositaire de ses promesses, c'est lui qui nous a transmis les saintes Lettres. On y lisait clairement le temps, le lieu, le mode de la
naissance du Rédempteur, et cependant les Juifs affectent encore d'attendre, — et combien, Messieurs, vont encore plus loin — celui qu'on vous a promis, disent-ils, n'est qu'un mythe ; vous êtes illusionnés !. . .
— " Rassurez-vous, dit Monsabré, nous avons une longue suite d'oracles qui s'accupiulent et se soudent l'un à l'autre, et dont le plus jeune précède de quatre cents ans le libérateui- annoncé. Près des oracles marchent les figures. Bref, tout dans la vie d'Israël parle de l'avenir, figure l'avenir, et dessine l'admirable plan de Dieu résumant l'histoire humaine dans son Verbe incarné."
Les prédictions ont été faites. Messieurs, elles ont été conservées, les figures sont venues tour à tour prévenir à leur manière l'accomplissement du plan divin, et l'on peut dire que les excès,les crimes et les débauches des grands comme des petits, ont
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fait voir le monde comme un vaste océan d'iniquité sur lequel le vrai Maître devait apparaître pour apaiser la tempête, ramener le calme et indiquer le port du salut. Cest le fait providentiel des temps nouveaux ; et ici,, ce n'est plus l'âge lointain, mais l'agglomération de tant de preuves, de tant de merveilles, le déplacement de tant de saintes énergies que l'histoire tombe à genoux, si je puis m'exprimer ainsi, et proclame son acquiescement. Amen ! Oui, c'est bien fait !
Je ne vous retiendrai pas. Messieurs, pour passer du dogme catholique en dépit des hommes et des choses ; — une seule parole me suffît : — le dogme catholique existe, donc il est divin. " Il y a, dit l'orateur de Notre-Dame, aujourd'hui un monde chrétien où le progrès moral s'élève à cette perfection transcendante que nous avons appelée la sainteté, fleur réservée des terres
fécondes où germent et se développent les nobles et pieuses habitudes de l'âme humaine poussées par une culture intensive jusqu'à l'héroïsme."
L'existence de ce fait, Messieurs, suffit pour prouver qu'il a son origine dans les cieux. Oui, notre sainte religion est un mot qui opère ce qu'il dit. C'est un lien qui part de la main toute puissante de Dieu. Il est jeté sur la terre, il attire, il attache, il perpétue sa force, et l'impiété moderne cherche en vain un glaive pour le rompre. Le fer n'est pas assez dur, l'acier n'est pas assez trempé, et les mains humaines qui s'en servent pour enlacer les cœurs et les volontés, n'étant parfois que celles d'un vieillard, ne lâcheront jamais.
Le Christ, aujourd'hui, hier et dans tous les siècles,s'écrie Monsabré avec saint Paul. J'aime à voir de cette hauteur, les générations et les événements qui ont rempli et
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rempliront les siècles jusqu'à la consommation des temps ; je suis heureux d'entendre sortir de tous les lieux, de tous les temps, de toutes les générations, de tous les peuples, de tous les événements de l'histoire humaine ce cri de solennel acquiescement : cela doit être, qu'il en soit ainsi ! — Amen ! C'est bien !... Voilà mon dernier mot dit l'orateur sacré."
Qu'il me soit permis. Messieurs, d'en ajouter un autre.
Si le monde entier, depuis son origine jusqu'à nos jours, déroule à nos yeux émerveillés l'accomplissement du plan divin ; si les aspirations de l'esprit, de râme,du cœur des peuples, comme des individus témoignent tour à tour de leur adhésion et de leur acquiescement par un amen généreux et constant, je puis dire que notre pays, en particulier, garde dans son histoire, dans ses dévouements et dans sa foi une adhésion,
un amen peut-être plus pur, plus saint que toute autre contrée. Ville- Marie, surtout, peut lever la tête avec une juste fierté.
C'est sans cloute, disait dernièrement l'éminent curé de Notre-Dame, grâce à la protection de Marie et à leur foi si vive, que les Canadiens ont surmonté les épreuves et les périls. Il faut donc conserver toujours notre piété et notre foi pour être diornes de notre destinée." Pour cela rien cie plus utile que de stimuler notre ardeur au spectacle des hautes vertus de nos pères. Il faut le dire, les dévouements, l'héroïsme de l'illustre fondateur de notre cité ne sont pas suffisamment connus. Depuis trop longtemps le touriste descend sur nos rives sans avoir l'heureuse occasion de saluer, sur une de nos plus belles places publiques, la noble figure de Paul de Chomédy, sieur de Maisonneuve. Espérons que pareil désappointement touche à son
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terme. En tout cas, nous devons féliciter le séminaire de Saint- Sulpice qui a si généreusement assisté notre jeunesse et favorisé les progrès de notre beau Canada, d'avoir érigé, au pays de l'histoire, un monument impérissable non moins digne d'un fils de Jean-Jacques Olierquedu premier gouverneur de Ville- Marie. Echangeant sa belle patrie de France contre les forêts et les arpents de neige de l'île que nous habitons, notre héros s'était d'abord arrêté à Québec. M. de Montmagny animé sans doute d'excellentes intentions, cherche à le dissuader de remonter plus haut le Saint- Laurent. Une assemblée est convoquée, et M. de Maisonneuve de se lever et de s'écrier : — Je ne suis pas venu pour délibérer, mais bien pour exécuter. Tous les arbres de l'île de Montréal seraient-ils changés en autant d'Iroquois, il n'en est pas moins de mon devoir et de mon honneur
d'aller y établir une colonie." Messieurs, dites et faites de même. Nous n'avons pas à délibérer, c'est-à-dire à mettre en question les principes de notre foi, il faut exécuter, mettre en pratique la foi de notre sainte Eglise, la foi de nos aïeux, la foi de nos mères si chrétiennes.
Entendez-vous cet acquiescement complet et généreux de la patrie ? Cet amen est tellement identifié au sol, à la famille, à la nation qu'il faut bien reconnaître que le grain de sénevé a été jeté dans cette terre canadienne par le divin père de famille. Il a poussé, il a grandi ; et l'arbre gigantesque et majestueux qu'il forme vous abrite et vous protège.
Puissiez- vous, Messieurs du cercle Ville- Marie, toujours comprendre la noblesse de votre mission qui est d'aider les plus saintes énergies ! Recevez, au nom de cet auditoire distingué, les vœux que nous formons
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tous pour l'heureux développement de votre belle institution dont les succès vont toujours grandissants : c'est \amen national.
Montréal, Cercle Ville-Marie, 3 février 1891.