‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 11 sur 28 · PREMIÈRE JOURNÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE JOURNÉE

Le RABBIN.

JN e soyez pas surprise , Mademoiselle i si je vous amène si bonne compagnie j je vous l'ai dit de bonne foi , je veux me faire chrétien : vous savez que je vous ai priée , la dernière fois, de me donner jusqu'à ce jour pour prendre certaines mesures : voici de quoi il étoit question: Ce ne seroit pas la peine de quitter une erreur pour en embrasser une autre :

c'est à la vérité que je veux. sacrifier les

6 rrs américaines.

préjugés de ma nai^ançe , l'ajavitié. de ipule ma feuille 5 r**lioae 4e mes «amis,. la fortune de mes enfans et la mienne propre. Puisqu'il est question de renoncer à des bieus ci cjws à l'homme , on ne peut me blâmer des précautions que je veux prejujre jSour coiipoître cette •vérité à laquelle je veux faire de si grands sacrifices. Je sais que la plupart de ces Messieurs croient qu'on peut faire sou . salut dans toutes les cofmnuuions chrétiennes : ils disent en même temps qu'il y a des communions où ce fcalut est beaucoup plus sûr que dans d'autres»

C'est sur quoi j^ai besoin d'être éclaira pour faire on choix.

Mtst DOROTHÉE.

Dieu sçUbéni,! l*$ mojpMtMt ^c arrivé ou mes dQute$ vont être éclaircis r je vais connoître; sans en pouvoir douter* où je çloî$ trouver l'Eglise de Jésus- Christ j jç renouvelle en présence de Dieu qui jn?écoute , le sermenj; que j'ai fait m\\\e foi$, d'être (Jocileala vérité* "]\lei$, roaRonne, nous p>vons point de prêtres catholiques; votre religion estelle la seule qu'on ne-doit point exftjjai-

&Sfc ÀMEEXCAXNIS. J

«er, ou tous croyez-voms capable de la défendra sans secours ?

Midzm. BONNE.

Vous oubliez , ma chère , que les prêtres catholiques 60pt les seqlsauxqucls

il e#t défendu, en * AngU^re , d'accepter une çopférençe en inati^e de religioq ; ils peuvent en parler , si, le hasard les fait trouver dans upe compagnie où l'on en traite; hors de ce hasard , ilç seroieut soumis aux lois pénales.

Le RABBIN.

Comment ferons -nous donc , Mademoiselle ? Je veux être instruit et choisir: pour choisir, il faut connoître , vous le savez. Je vous suppose très ■» savante : cependant la partie ne me paroît pas égale. Avez .«• vous consulté quelques prêtres, en supposant que vous ayez soupçonné mon dessein, ou souhaitez»

vous que nous remettions la partie a un autre jour , pour vous en donner le

temps ?

HUbjm. bonne.

Je ne me pique pas d'être savante, Monsieur j mais je crois être instruite

et savoir mon catéchisme à fond , ce qui me suffît pour soutenir ma cause : j'ai une grande confiance d'ailleurs au secours de Dieu , qui se plaît à employer les moyens les plus foibles pour triompher des plus forts. Je me félicite même actuellement de ma foiblesse-pour deux raisons : la première , et la plus importante, c'est que , forcée d'attendre tout mon secours de Dieu dans cette occasion , mon ignorance me mettra dans la nécessité de demander les lumières du Saint-Esprit; la seconde, c'est que cette ignorance vous invitant à descendre jusqu'à moi , nous pourrons, ces Dames et moi , comprendre ce que vous nous ferez l'honneur de nous dire. Je puis vous protester , Monsieur lé Rabbin , que je n'ai apporté ici aucune préparation , et que je n'ai pas lu dans ma vie plus d'une demi-douzaine de livres de controverse. C'est avec la même vérité \ Messieurs, que je vous dis que je n'ai consulté personne *: mon catéchisme, l'évangile et l'histoire , voilà quels ont été mes docteurs. Au reste , quoique j'aie une fort petite opinion de mes lumières , j'accepte courageusement le

combat, pourvu qu'on veuille s'abaisser à ma méthode.

XOLÉRANT.

' Pour moi , Mademoiselle , je prendrai la méthode qu'il vous plaira ; et si j'en étois cru , loin de nous embarrasser dans d'in utiles d ispu tes, nous laisserions toutes les peçsçnnes qui sont ici dans leur façon de penser. Nous convenons de tous les points fondamentaux : cela doit nous suffire et suffit en effet pour le salut.

Le rabbin.

Je vous prie, Monsieur, de considérer que vous parlez à un, Juif qui vfcut être chrétien , et qui veut l'être de la manière la plus sûre et la plus parfaite. Je ne puis croire que les différente^ sectes qui divisent le christianisme , ne diffèrent entre elles que sur des bagatelles; car, en ce cas , leur conscience rferôit engagée à se réunir , la charité. leur en feroit une loi ; j'ai donc besoin d'être instruit desdifférences qui se trouvent en elles.

Xi LUTHÉRIEN.

Vous avez raison, Monsieur j ces différences sont télfes , que nous n'avons point voulu entrer é» communion avec

}0 lt5 AMÉRICAINIS;

les Calvinistes, quoiqu'ils nous en aient souvent sollicités.

TOLÉRANT

Avoue», Monsieur, qu'ilyavoit de la mauvaise humeur et de l'esprit de parti dans ee refus ; car les différences qui sont entre vous n'empêchent pas que vous ne soyez chrétiens et en état de gagner le ciel*

Ladt VIOLETTE.

Permettez-moi de vous demander, Monsieur, si cette universalité de salut, dans toutes les sectes r est un sentiment avoué par tpus les chrétiens*

TOLÉRANT

Celte façon de penser e$t universelle de nos jours , parmi, toute? les personnes de bon sens*

Apparemment que ces personnes de bon sens appuient leur sentiment par de bonnes raisons , sans quoi je ne pourrois y souscrire. Je vous dirai même tout naturellement *jue mon bon sens £ moi me tient un autre langage. Pardonnez, si une tfllç de mon âge ose parler en

LES AMERICAIN If. n

présente de doctejurs , ce n'est pas pour décider au moins, c'est pour interroger : après tout, la matière est extrêmement importable ; mon ame est dune aussi grande importance aux yeux de Dieu que celle des docteurs: j'en suis chargée, de cette ame, et par conséquent on doit excuser mon zèle à cet égard: Dites-moi, je vous prie, M. Tolérant , Dieu veut-il être honoré de tous les hommes ? Dieu peut-il être également honoré par la vérité ou par le mensonge , et en conséquence est-il indifférent de Phonorefe chacun k sa mode, sans qu'il puisse s'offenser de nos erreurs ?

TOLÉRAIT

11 est hors de doute que Dieu a créé l'homme pour ?3 gloire, et qu'il veut en être honoré.

Ladt VIOLENTE.

Il faut donc dire ': ou que Dieu a enseigné à l'homme lu inamère dont il veut être honoré , oaque l'homme * cette connoissance de lui-même. .

TOLÉRANT

On pourroit peut-être penser que dans

le paradis terrestre l'homme qfri jouissoit de la justice originelle , pouvoit connoître par lai-même la manière la plus parfaite d'honorer son' Créateur ; mais , hélas! depuis sa chute ses lumières sont trop obscurcies pour cela ; il a eu besoin d'une révélation pour être instruit de ses devoirs.

Miss DOROTHÉE.

L'homme , dans le paradis terrestre ,

^ut besoin d'apprendre ses devoirs de

la bouche de Dieu même. Ce fut de lui

:qu'il reçut l'ordre de ne point toucher

au fruit de l'arbre défendu. Celte re«-

m arque est peut-être peu importante ;

mais ces Messieurs voudront bien nous

permettre de ne nous pas écarter d'un

Iota du texte de la sainte Ecriture : c'est

une méthode dont nous nous trouvons

bien. *

Le calviniste»

Il me semble , mademoiselle Bonne , que- vos écolières le prennent sur un singulier ton: la modestie doit être le partage de leur âge et de leur sexe. Lady Violente en a suivi les règles, elle ^ ne fait qu'interroger; celle-ci décide.

LES AMERICAINES. l3

Mâdem. BONNE.

Vous ignorez , Monsieur, que ces Dames sont censées être de pauvres Américaines, et que nous sommes convenues qu'elfes agiroient comme telles dans nos conversations ; elles ignorent en cette qualité le respect qu'elles doivent aux gens de votre robe. J'ai cru devoir leur laisser jusqu'à ce jour une entière liberté de dire leurs sentimens, même de me contredire lorsque ce que je leur dirois ne leur paroîtroit pas juste : je n'ai garde de chercher à en faire des automates.

Le CALVINISTE.

Mauvaise éducation pour des femmes!

L'obéissance et la soumission d'esprit doit être leur lot : elles doivent soumettre leur petit esprit et leurs foibles lumières à ceux que Dieu a chargés de les enseigner , sans examiner et critiquer leurs décisions.

MiDEM. BONNE.

Je suis bien de votre avis , Monsieur j mais on ne doit se soumettre que par des motifs surnaturels. Pour avoir ces

ï4 LES AMERICAINES.

motifs , il faut être convaincu qu'on obéît et qu'on soumet ses lumières en conséquence d'un ordre de Dieu. 'Or, cette conviction doit naître d'un examen réfléchi ; je l'ai fait avec ces Dames jusqu'à présent , et nous le continuerons , s'il vousplatt. Pour croire sensément, il faut notiver sa foi , je le répète , et s'éclaircir sur les objections qui pourraient nuire à la conviction, ta vérité gagne toujours k l'examen. Continuez ee que vous ave* commencé , lady Violente.

List VIOLENTE.

J'ose demander à M. Tolérant de quelle manière Dieu a instruit les hommes sur le culte et l'obéissance qu'ils lui doivent. ,

TOLÉRANT

Nqus voyons qu'il a daigné instruire immédiatement Adam,Noé, Abraham et 1 es patriarches. Cessaints personnage*, instruits de la bouche de Dieu même , transmirent à leurs enfans les ordres qu'ils en avoient reçus; ensuite Moïse donna de sa part des lois écrites aux Israélites; enfin , Jé$u& lui-même , dans l'évangile , les a instruits de ce qu'ils dévoient faire.

XES AMERICAINES. l5

L4dt VIOLENTE.

Aiusi les hommes jusqu'à Moïse fu- . renl instruits d$s volontés du Seigneur par la tradition , c'est-à-dire que les ordres do Dieu passèrent à eux de pire en fila, de bouche en bouche,, jusqu'à ce que Moïse leur eût donné la loi écrite» Je vous prie de me dire, Monsieur, en quoi consistoient les ordres de Dieu, tant cqux qui avaient été donnés avant la loi écrit? s que ceu* qi*i ^voient été

donné* dans cetta loi, et eas^Uedans le «int etvaogile,

TOLÉRANT

T}\ew les avoit instruits dans toutes ces révélations différentes , de la façon dont il falloît régler leur vie et leurs mœurs pour lui être agréables, el il ajouta^ dan§ 1§ saint évangile les choses que les hommes etoient obi igqs de croire.

Misf DORQTHÉ&

Attendit-il jusque ce temps îi leur donner matière à exercer leiir foi ? Noé ne fut-il pas obligé de croire que Dieu ne puriiroit plus les hommes par un second 'déluge, et ne punit-il pas le manque de

l6 les- américaines;

foi qu'ils eurent en cette promesse par la confusion des langues ? Adam , avant Noé, auroit-il été excusable de ne point croire , -et espérer pour le genre humain le remède qui lui étoit promis, quoique d'une manière fort obscure ? Qui eut plus besoin de foi qu'Abraham ? Il quitte ses parens, son pays, sur la foi d'une promesse dont il ne devoit jamais voir l'accomplissement. Le pays où Dieu l'envoie doit être le partage d« sa postérité j et non-seulement il n'a pas d'enfans , mais sa femme est hors d'âge d'en avoir. Enfin , Dieu lui donne un fils, et l'assure que c'est en ce (ils que toutes les nations doivent être bénies; et dans le temps oii ce fils .n'a point encore d'enfans, il lui commande de l'immoler. Je le répète , y eut-il jamais un homme dont I? foi eût été plus exercée ? 11 laisse son fils Isaac héritier des promesses de, Dieu et de sa foi j et ce jprécieux héritage passe à se* en fans jusqu'au temps de Moïse, Je vois dans cette conduite de Dieu deux, choses que vous restreignez à une seule. Vous dites que Dieu apprit aux hommes ce qu'ils dévoient faire ; ajoutez qu'il leur apprit aussi ce, qu'ils

- LES AMÉRICAINES. If

dévoient croire. Ces deux choses sont également marquées dans l'Ecriture.

TOLÉRANT

Miss Dorothée est extrêmement exacte et n'oublie rien. On voit qu'elle est bien instruite ; cela est très-louable à son âge;

Le GALVINISTE:

Et qu'elle est enchantée d'étaler ce qu'elle sait , d'en '/aire parade. Direz- .vous aussi , Monsieur, que cela est loua* ble dans une fille dé son âge.?

Miss DOROTHÉE. '

Vous avez beau faire, Monsieur, vous ne ferez point dégénérer la conversation en invectives. Pensez, si cela vous amuse, que je suis une impertinente', que je cherche à briller r cela m'est égal $ vous vous déclarez ma partie , vous ne pouvez plus êlre mon juge : je vous récuse. Au reste , j'espère que ces Messieurs seront plus équitables; .et pour fonder leur indulgence, je les prie de peser le pénible de ma situation. Je suis intimement persuadée qu'il y a un Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper ; je crois qu'il a daigné nous instruire, et que ses instructions sont renfermées dans les

10 tBS ÀvilUCAIHES.

jaini «s écritures; donc je crois tout ce qu'elles contiennent , d'une manière si ferme , que qi*and tous les hommes et tous les anges voudrçi eut niçr ces vérités, Us ne pourraient altérer ma conviction ; ma fqi demeurçroit ferme pt constante , malgré la défection de tout l'univers. Ma foi n'est poiht l'effet des discours que j'ai entendus; j'ai d'abord doute de tout ce qu'on m'a dit à cet égard , car je *uis naturellement incrédule et fortement persuadée que Jes hommes "sont ou trompeurs ou sujets à se tromper; c'est le fondement raisonnable de mon incrédulité à leur égard. Jesuis en même temps persuadée que Dieu ayant créé tous les hommes pour connoître la vérité , il leur a donné en même temps des moyens infaillibles de la découvrir, et que c'est toujours par leur faute qu'ils sont la victime de l'erreur. Cependant , celle vérité qui fait l'objet de nos recherches actuelles et de nos désirs , est difficile à trouver, quoiqu'il soit possible delà découvrir; dans cette persuasion, vous rie jdeve? p*s trouver mauvais que . je prenne lef plus grandes précautions pour n'être pas trompée* Je les prendrois

arec des anges, ces pré cautions ; ce n'est paiztf par orgueil, par opiniâtreté , m$is par la seule eff«*nte de rae méprendre dam le point le plu* important pour moi : crainte qui est appuyée s«r de bonnes raisons

Pwrw* r^pus «qus fi>ire psr* de ce* raisons qui fcadent votre craipte ?

Mtu &OROTHÉE. •

C'est que je suis convaincue que le plus grand nombre des horqpies est dans Perreur j çt pour passer d'une thèse générale à une plus particulière , c'est que je crois que le plus grand nombre de ceux qui sont dans cette chambre sont dans l'erreur. ' Secondement , je crois fermement qu'ils y sont par leur faute y d'où je conelus qu'ils seront punis de leurs etreurs. •

TOLÉRANT

Souffrez que je vous interrompe, mis»

Dorothée, Vous m'amusez beaucoup par voire joli babil, et pour une fille de treize ans vous raisonnez quelquefois' assez juste ; cependant vous abusez de notre condescendance k vous écouter ^

et vous devenez trop hardie. Comment osez -vous avancer que le plus graud nombre de ceux qui sont ici sont dans l'erreur , qu'ils y sont par leur faute , et qu'ils en seront punis ?

Miss DOROTHÉE.

Je pousserai la hardiesse bien plus loin, Monsieur ; car je prouverai mes propositions. Ma Bonne est papiste. Si elle ne se trompe pas , nous nous trompons tous. J'en dis autant de Monsieur le Luthérien^t de tons les autres ; comme chacun ici a un sentiment particulier, et que les sentimens des autres lui sont opposés , l'un dans un point , l'autre dans un autre, il est clair que ces sentimens .contradictoires ne peuvent être vrais en même temps.

TOLÉRANT

Bon pour ce premier article $ mais je ne puis vous, passer celui où vous dites que ceux qui sont dans Terreur y sont par leur faute.

Miss DOROTHÉE.

La connoissance de la vérité dépend de Dieu et des hommes. Dieu leur a donné la raison et une grâce suffisante

LES AMERICAINES. Il

pour en faire usage : tout est donc infailliblement fait de sa part ; car il ne commande rien d'impossible. Reste k l'homme qui est libre , à faire usage de la grâce et de sa raison, il faut que je dise à ceux qui sont dans l'erreur : Ou c'est par la faute de Dieu , ou par la vôtre. Vous voyez bien en conscience que je ne puis mettre votre erreur sur le compte de la divfaité : il faut donc qu'elle soit sur le vôtre } et dès là vos çrreurs vous rendront coupables aux yeux de celui qui vous a créés pour la vérité , qui a daigné vous en instruire lui-même , et qui vous a donné les grâces pour profiter de cette instruction.

TOLÉRANT

On peut admettre votre raisonnement par rapport à certaines vérités; mais toutes ne sont pas également nécessaires.

Miss DOROTHÉE.

Vous posez en fait ce qui est en question . Moq.sieur. Vous dédaignez les éçlaireissemens que nous voulons prendre ici : chacun , selou vous , doi t rester dans sa façon de penser , soit

Qu'elle soit bonne ou mauvaise. Lady Violente a donc en droit de vous demander, titx totttttoetq&tit , si Dieu petit &re ég&fertiéttt hànbté par là foi êe ht vérité pu [pair celle â û fnébàotigé , tt assut étfrent la réponse n'est pas difficile. . Elle est pourtant de la dernière conséquence.

Liut VIOLENTE.

Je vous suis bien obligea , ma cbèrç ,. de m'avoîr* interrompue : vous avez proposé mes idées d'une «lanière beau* ■coup plus claire que je ne l'auroîê faite 11 me semble que Monsieur Tolérant voudroit regarder la sainte Écriture comme' si elle nous eût été donnée plutôt pour âotrS apprendre ce que bous devons fait* , que te que nous devons croiitëF.

TôtèitAWf. !

Ces deux points sont sans doute également imporlans par rapport à certains points de croyance ; mais je Sttitf pourtant persuadé que Diéû* demande de nous moins de luttaièffes que dfebotrtiês œuvres^et qu'il pardonnera au* hortiWreS plutôfune erreur qu uû crîrtie,' sur-tout

LES AMERICAINES. a3

si cette erreur est l'effet de notre ignorance on le défaut de notre naissance*

Lt CALVINISTE.

Je ne puis Vous passer cela , Monsieur. Cela sent le papisme. Voudriezvous mettre l'assurance du salùt dans les oeuvres ? Elle dépend de la foi.

Il y auroit bien des choses a dire sur cela , Monsieur ; mais enfin , je vous accorde que la foi àès dogmes fondamentaux est regardée par quelques-uns cômrfie essentielle au salut ; pour moi , je crois que les bonnes œuvras sont infiniment agréables aux yeux du Créateur.

Qui aime Dieu et s'acquitte de ce qu'il doità ses frères , est chrétien à mes yeux, dans quelque pays qu'il soit né*

Le RÂB&I&

Je vois , Messieurs , qae vous êtes bien éloignés d'être d'accord sur le fond des choses , puisque vous avez tant de peine à convenir des préliminaires, Si par hasard vous ne pouviez ^ous accor* der , et que chacun trouvât ses raisons

meilleures <jue celles dés autres, çomm^

cela arrive ordinairement en pareil cas ,' qui décidera entre vous ? Car enfin , je le répète ici , il me faut une décision ; ce n'est pas la peine de quitter la religion de mes pères pour en prendre une incertaine.

Le CALVINISTE.

Vous demandes qui sera notre juge ?

L'Ecriture, Monsieur : nous ne reconnoissons que son autorité , et nous récusons celle des hommes sans exception , parce qu'ils sont faillibles. Le seul inconvénient qu'il y ait à cet égard ^ c'est qu'il faudra procéder , les livres sur table. Ces dîmes ont été élevées par une Catholique romaine j conséquémment elles ne connoissent pas la sainte Ecriture ; car vous savez qu'une des erreurs du papisme est d'interdire aux fidèles la lecture des livres saints. T

BELESPKÏT. v

Àh I Monsieur , vous débutez mal :

voilà une calomnie que miss Dorothée ne vous passera pas , et depuis une demiheure que nous sommes ensemble, vous auriez dû vous apercevoir que celte calomnie n'a pas de fondement.

Miss DOROTHÉE.

Je ne sais comment on en use chez les autres catholiques ; 'mais je sais que toutes les écolières de ma Bonne ont appris par cœur l'ancien et le nouyçau Testament , et qu'elle ne recommande rien davantage que la lecture des saintes Ecritures./

Màdim. BONNE.

- Je vous assure , Messieurs , que je la savois- par cœur % à douze ans; que ce n'étoit point par une permission particulière que je Pavois apprise, puisque nous devions être prêtes à répéter l'évangile de chaque dimanche , moi et toutes les filles de mon âge qui allions au catéchisme. De plus, tous les dimanches on lit le saint Evangile dans l'église , à la grand'messe.

Li CALVINISTE.

Voyez, Mesdames, comment vous devez vous fier à ce que votfs dit Mademoiselle. Elle n'a garde de vous avertir qu'on lit l'évangile en latin.

Voyez, Mesdames, combien il est im- IV. 2

portant de s'instruire avant, de parler. Monsieur eût évité cette sortie , s'il avoit pris cette précaution ; car la charité m'oblige de croire qu'il n'a jamais eu occasion de savoir ce qui se passe parmi nous. It est vrai qu'on chante d'abord le saint Evangile en latin; mais on le répète en français, et le curé ou celui qui est préposé de sa part , explique cet Evangile dans un discours qu'on appelle prône. 11 ignore sans doute aussi qu'il y a peu de familles de celles qui vivent chrétiennement, qui n'aient les livres du saint Evangile. Il est vrai qu'on ne voit pas si conw munément la Bible dans nos maisons , parce que parmi les événemens historiques qui y sont racontés , il y en a qu'il ne conviendroit pas de laisser lire aux feunes gens.

Le CALVINISTE.

Mais vous ne pouvez disconvenir qu'il y a eu des temps ouj'on défendoit aux catholiques de lire l'Ecriture.

Màdem. bonne.

Parce que ceux de votre communion avoient fait plusieurs traductions très- . défectueuses, qu'il ne convenoit pas de

XES JLME&ÏCÀIJSTE'S. , 27

lire, et pour plusieurs autres, raisons que je vous expliquerai dans un autre temps. Notre méthode J Monsieur, n'est point de voltiger d'un sujet à un autre ; il faut finir un article avant de l'abandonner. Je vous dirai, avant de reprendre notre sujet, que ces Dames nous suivront volontiers, lorsque vous voudrez prendre la sainte Ecriture pour juge, et vous n'y gagnerez pas. Vous venez de leur dire que vous récusiez absolument toute au* torité humaine pour vous en tenir à la sainte Ecriture $ sou venez-vous-en bien': dans plus d'une occasion elles pourront bien vous rappeler à cette règle en ca's que vous l'oubliassiez. Continuez , lady Violente.

Làj>* violente.

Nous sommes eq conversation, ma Bonne; je retrouverai toujours le moment d'achever mes questions : ayez un peu d'indulgence sur les écarts, quand ils se présenteront naturellement. Par exemple , je suis curieuse de savoir comment M. Tolérant et M. le Calviniste s'accommoderont : le premier- prétend qu'on est chrétien daus tout pays , c'est- • à-dire, si je ne me trompe , qu'on est en

tS LES AMERICAINES. -

état de salut indépendamment de sa foi, quand on aime Dieu et son prochain , et qu'on leur rend tout ce qu'on leur doit. Le second assure que les bonnes œuvres ne sont point essentielles au salut, qu'il dépend absolument de la foi. Ces Messieurs ont pris la sainte Écriture pour juge. Voyons ce qu'ils y trouveront à cet égard: cela revient a notre sujet, ce me semble?

Jésus-Christ s'est expliqué à cet égard de la manière la plus claire, Celui qui aura la foi et sera baptisé, sera sauvé. Celui qui ri aura pas la foi , ne sera pas sauvé. Vous voyez que la foi est une condition absolue pour être sauvé. Jésus ne dit pas qu'elle peut être suppléée par les œuvres dont il né dit pas un mot. N'allez pourtant pas croire que je veuille dire qu'il -ne faille* pas faire de bonnes œuvres; à Dieu ne plaise! car elles sont les fruits de la foi. Tout ce que je prétends, c'est que la foi opère le salut sans les ouvres, qui ne doivent point être regardées comme des moyens de salut , et qui ne méritent point le ciel , comme le disent les papistes.

LfS AMERICAINES. 2g

TOLÉRANT

À vous entendre ,Ja foi l'emporterôit de beaucoup sur la charité. Cependant Jésus-Christ s'est énoncé de-la manière la plus claire à ce sujet. Maître, que Jautnl faire pour obtenirla vie éternelle? Voilà la question qui lui fut faite par un jeune homme. Remarquez que si le Sauveur a dû s'expliquer dogmatiquement , c'est dans cette occasion. Voici sa réponse : Observez les Commandemens. Et gui sont-ils # Vous aimerez Dieu de tout votre cœur, et vôtre prochain comme vous-même. Qu'est-ce qu'on appelle bonnes œuvres, je vous prie?Connoissons*nous autre chose sous ce nom que ce qui se rapporte à la gloire de Dieu et au bien du prochain? N'est-ce pas nous annoncer clairement que tout ce qui peut glorifier Dieu et faire du bien à ses créatures devient le moyen de la vie éternelle? Trouvez- vous dans ce passage, Monsieur, un. seul mot qui tende à nous prouver que la foi est la condition absolue du salut , et que les œuvres ne doivent point être rangées parmi ces moyens ?

5o LES AMERICAINE*.

Lï RABBIN.

Qui décidera eatre vous r Messieurs?

Vous m'avez dit que la sainte Ecriture seroit votre seul juge \ el dès Ventrée vous la tirez a votre sens , chacun de votre côté, d'une manière contradictoire : cela me donne mauvaise opinion de ce moyen de connoître la vérité , que vous avez choisi. Y a-t-il encore bien des opinions contraires qui puissent s'appuyer sur différens passages de l'Ecriture ?

maaiv. bonne:

Tout ce que nous sommes ici de personnes , sommes d'un sentiment particulier ; mais c'est peu de chose en comparaison du grand nombre àe ceux qui pensent contradictoirement sur la religion. Je dois ajouter le grand nombre de ceux qui , dans les siècles passés, ont eu des sentimens nouveaux, contradictoires les uns avec 4es autres. Il n'y en a pas un seul qui n'ait trouvé dans l'Ecriture des passages pour appuyer son opinion.

Le RABBIN.

A ce que Je vois , nous ne devons pas espérer un grand fruit de ces conversa*

LES ÀMÉKICÀINES. 5l

tïons. L'Ecriture est un juge mort , qui auroit besoin d'un coirimen taire fait par son auteur. Savez-voustnen que j'ai déjà perdu plus de la moitié de l'envie que j'avois d'être chrétien ?

Le calviniste.

Vous vous découragez^op tôt , Monsieur y je conviens qu'il n'est pas possible d'avoir la foi sans Iqs œuvres : une foi qui ne les produiroit pas, seroit une foi morte, et n 'auroit rien de réel. Je suis seulement en garde contre une erreur des papistes , qui croyent que Dieu est obligé d'accorder le ciel aux mérites de leurs œuvres ? qui enseignent qu'il y a des œuvres de subrogation , c'est-à-dire des œuvres qui leur donnent un droit surabondant au ciel , ensorte que Dieu leur en doit de reste, et qu'ils peuvent faire présent de ces richesses qui leur sont inutiles , à des chrétiens qui sont moins saints qu'eux , et qui obtiendront le ciel par ces mérites étrangers , sans s'embarrasser de rien faire de leur côté. Voila sur quoi est fondée l'abominable doctrine des indulgenc.es , comme si Jésus n'avoit pas dit expresse-

nient : Quand cous aurez fait tout ce que vous aurez pu , dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. Ce que j'ai a\ancé est-il vrai? dites oui ou non, Mademoiselle.

liDi LCJUISE.

Seroit-il possible, ma Bonne, que votre Eglise eût de tels sentimens? Je suis bien sûre au moins que ce ne sont pas les vôtres. Mais en supposant que Monsieur n'ait rien avancé qui ne soit vrai , comment pouvez-vous rester une minute dans une église qui fait du salut une marchandise , qu'on achète sans que Dieu puisse le refuser aux bonnes œuvres? Celte pensée me paroît insolente. D'ailleurs , qu'est - ce - que ces œuvres de subrogation ? En pouvonsnous jamais assefc faire pour le ciel? Le -salut ne nous est-il pas acquis uniquement .par les mérites du sang de Jésus ? Toutes les bonnes œuvres réu-, nies ensemble peuvent-elles avoir quelque proportion avec la gloire future?

Enfin, qu'est-ce que ces bonnes œuvres, dont vous vous dépauillez pour en enrichir les autres, et qui leur sont tellement appropriées qu'ils sont dispensés de tra-

vailler eux-mêmes pour gagner le ciel ? Ah ! ma Bonne ! tirez-moi bien yîte de pçine à cet égard ; une telle doctrine n'est bonne qu'à détruire la rédemption de Jésus , et à nourrir l'orgueil et la paresse.

. Madem. BONNE.

Avant de vous répondre , Madame , permettez-moi de vous faire~remarquer une chose. Nous en étions sur un point de la'dernière conséquence. Le bon sens de Monsieur le Rabbin lui avoit découvert que la sainte Ecriture étant un juge muet, il falloit quelqu'autre chose pour terminer les disputes de religion. Or, ce point est celui qui doit décider de tout : Messieurs les particularistes le sentent bien , et il n'est point de ruses dont ils ne se servent pour en éviter la discussion. Ici,^c'est une sortie contre dis erreurs qu'on altrib.ue aux catholiques, quoiqu'ils les aient en horreur; une autre fois , ce seront des choses piquantes ej capables de provoquer la colère; en un mot, il n'y a rien qu'on ne fasse pour éviter un écueil contre lequel il faut nécessairement se briser. Je serois en droit d'exiger que cet article

fût approfondi avant de répondre ; niai* par condescendance pour lady Louise , je veux bien suivre Monsieur dans l'écart qu'il vient de faire.

Le CALVINISTE.

Des écarts , des ruses ! Vous vous ex- F tiquez singulièrement. Il n'en est point besoin pour convaincre voire Eglise

impiété.

Midem. BONNE,

Je viens de vaus en prévenir, Mesdames : voici des injures; mais je ne me piquerai point, et Monsieur ppurroit xne ballfe sans m'inciter à me servir de ses armes ^ il est question de répondre article par article à ce qui effraye lady Louise.

Vous dites que mon Eglise enseigne que Dieu est obligé d'accorder le ciel aux mérites des bonnes œuvres ; et si par lasard Jésus Favoit dit, serions--nous téméraires de le répéter après lui ? Dif esikoî, lady Louise, si vous«aviez retiré dans votre maison une pauvre impotente, incapable de vous rendre service , et que vous lui disiez < j'ai un portier à ma porte pour veiller à ceux qui entrent

et qui sortent dans ma maison , par conséquent je n'ai pas besoin que vous vous y teniez ; cependant , si vous voulez me promettre d'y rester six mois, je m'engage à vous donner cent louis au bout de ce temps. Trouveriez - vous cette ferfime insolente, parce que ,s'appuyant sur votre parole, elle auroit une ferme confiance que vous lui donneriez la somme que vous lui auriez promise? Seriez-vous recevable à lui dire qu'elle n'a pas gagné cette somme, puisque, dans la vérité, elle n'a rien fait qui mérite une telle récompense?

* Ladt LOUISE.

Assurément on ne pour roi t pas dire cpie cette pauvre impotente eût rien fait pour mon service en restant à ma porte; cependant je me croirois obligée à lui donner cette somme , parce qu'elle y auroit droit en vertu de ma promesse.

Mi.DïM. BONNE.

Eh bien, Madame ! tout ce que nous

pouvons faire à l'égard de Dieu ne

mérite pa^ mieux que ne l'auroit fait

rcette pauvre femme en restant à votre

porte pour vous obéir j mais ce Dieu ,

infiniment libéral , s'est engagé à nous donner le ciel pour un verre d'eau froide donné en son nom. Un verre. d'eau est pourtant bien peu de chose; n'importe , il l'a voulu ainsi: Jésus nous en a assuré; et comme on ne peut avoir la foi sans croire à ses paroles , celui qui ne crtfira pas qu'un acte de charité attirera le centuple dès cette vie , et la gloire éternelle en l'autre, n'a pas cette foi, qui, selon Monsieur , opère seule le salut. Le ciel et la terre passeront , dit ce divin Sauveur , mais mes paroles ne passeront point. Vous ne seriez pas capable de manquer à accomplir votre promesse , quoique vous l'eussiez faite à la dernière des.créalures. Oseriez- vous accuser Dieu de manquer à celle qu'il nous a donnée par la bouche de Jésus-Christ lui-même ?

Ladt LOUISE.

J'ai un grand intérêt que ce que vous nous dites soit y rai, et je n'ai rien a dire CQntre la promesse de Jésus; cependant

nos œuvres sont si peu de chose !

Madem. BONNE.

Elles sont en elles-mêmes au-dessus de ce que nous pouvons imaginer. Ce

LES AMERICAINES. Sf

ti'est pas parce que nous croyons que nos œuvres méritedt le ciel, que nous l'espérons en conséquence de ces œu-.

vres ; mais parce que notre Dieu qui est infiniment libéral , s'est engagé à nous le donner k ce prix c'est une pure! bonté de sa part. Vous craignez, lady Louise , que*cette pensée ne soît propre à nourrir la présomption. Eh ! de quoi nous éleverions-nous, mon Dieu, quand nous accomplissons les œuvres que vous nous avez commandées ! Est-ce par nos propres forces ? Non , sans doute , Mesdames. Je vous l'ai dit cent fois lorsque vous étiez jeunes, et je vous le répète encore. Nous Sommes des créatures souillées aux yeux de Dieu , incapables de tout bien dans Tordre du salut, capables de tout mal. Toutes nos actions participent de notre indignité; elles sont les œuvres d'un atome , de quelque chose même au-dessous, puisque cet atome est souillé par lé péché, et s'est dégradé par là au-dessous du néant ; il n'est plus dès-lors qu'un objet odieux, incapable.de plaire a son Créateur. Il est vrai que Jésus nous a réhabilités aux yeux de son Père , et/ju'il nous a mérité

les moyens de nous rendre agréables à ses yeux; mais tout cela n'est point en .nous, et ne peut nous être attribué. Nous ne sommes pas plus dignes d'obtenir par nous-mêmes la grâce de Dieu en celte vie , que de mériter par nous-mêmes la gloire de l'autre; cependant Jésus nous assure que simous demandons le Saint- Esprit en son nom , il nous sera accordé; que si nous agissons par cet esprit, et que nous couvrions nos œuvres de ses mérites , pour ainsi dire , elles deviendront dignes , par cette union , de nous ' mériter la gloire éternelle. Pourroit-il s'offenser de la confiance qu'il nous a commandée? *

L* CALVINISTE

', Sans être'absolumeut satisfait de votre réponse , j'en suis très-édifié> Mademoiselle. On voit bien que vous avez passé quinze ans en Angleterre : vous y ave* pris insensiblement de bons sentimens.

Mais la doctrine que vous venez d'exposer n'est pas celle de votre église ; vos bons sentimens ne la justifient pas , et elle reste chargée de l'horrible doctrine que vous venez d'abjurer. Je me sers du mot d'abjuration r Mademoiselle , parce

qu'en vérité vous venez de renoncer au papisme : encore trois ou quatre rétractations de cette espèce , et vous êtes protestante. Vous serez excommuniée à Rome ; cela ne peut manquer de vous arriver, et j'espère en avoir bientôt le plaisir.

Madik, BONNE.

Si cette espérance vous amuse , gardez-la au moins quelques minutes : avant de vous prouver qu'elle est trompeuse , permettez-moi de vous demander pourquoi vous n'êtes pas absolument content de ma réponse , quoiqu'elle me rende protestante à vos yeux?

L» CALVINISTE

C'est que je ne veux admettreen aucun sens le mérite des œuvresà cause des terribles inconvéniens qui suivent de celte doctrine : si on latoléroit, comme on le pourrait, dans le sens où vous l'avez exposée , on oublierai^ bientôt ce sens pour retomber dans les excès que nous avons reprochés aux papistes avec justice j il faut ôter les pierres de scandale.

Le RABBIN.

Permettez- moi -de vous faire une

question qui décidera dans un mot * Monsieur. Jésus a-t-il dît , ou non , les paroles que Mademoiselle Bonne vient de citer ; qu'un verre d'eau donné en son nom seroit récompensé du centuple en cette vie , et de la gloire éternelle en l'autre?

Lt CALVINI STE.

Je ne vous nierai pas que ces paroles n'ayentété prononcées par Jésus ; mais il faut remarquer qu'il a souvent parlé en parabole > en figure : on. explique ces endroils de l'Ecriture par d'autres, quand on voit qu'ils sont sujets à des inconvéniens.

. Le RABBIN.

Ecoutez , Monsieur , je ne suis pas encore chrétien , ainsi mon respect pour Jésus est encore conditionnel ; mais je vous avertis que si jamais je deviens son disciple , je regarderai, comme une témérité criminelle le discours que vous venez de tenir. Quoi donc , Monsieur !

êtes- vous plus sage et plus précautionné que celui que vous regardez comme Dieu ? Si vous vous -mêlez d!expliquer et de tordre ses paroles , que restera-t-il dans l'Evangile? Car les autres auront

sans doute le même privilège que vous.

Pour moi , ces paroles me paraissent si claires, que je ne vois pas qu'on y puisse trouver un autre sens , et je croirois user d'une mauvaise subtilité 9 si je cherchois à éluder ainsi les prophéties qui annoncent le Christ.

L ■. CALVIN ISÏE*

Jésus a lui-même expliqué ces paroles , quand il a dit : Quand vous aurez fait ce que' vous pourrez^ x dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. Un serviteur inutile ne mérite point de récompense.

Le HABBÏN.

Non , à cause du service qu'il a rendu8 f mais bien à cause de la promesse du maître qui lui donne droit a cettç récompense , comme Madem oiselle Bonne nous a dit que son église Tentendoit. Si elle peut nous prouver qu'elle est calomniée; lorsqu'on l'accuse de penser autrement , je regarderai la doctrine des catholiques à cet égard comme très-saine.

IJJadim. BONNE.

D'autant plus, Monsieur , que. la

sainte Ecriture est pleine de passages qui confirment celte doctrine. Nous croyons , €t Monsieur aussi , tjue le Saint-Esprit a parlé par la bouche de saint Paul. Qr, cet apôtre dit en termes exprès : La couronne de justice me sera donnée. Si c'est une justice , c'est qu'elle est due à ses combats ; mais comment les combats de saint Paul avoient-ils mérité cette couronne ? C'est que Dieu s'étoit engagé à couronner en lui ses dons ; c'est qu'il combattoit au nom et par les mérites de Jésus.

L* RABBIN

Voila votre sentiment ? Mademoiselle.

Pourriez -vous nous prouver qu'il ne diffère point de celui de votre église?

Madem. bois ne.

Dieu me préserve ,. Monsieur, d'avoir un sentiment particulier. Je fais gloire d'être soumise à l'église days les grandes comme .dans les petites choses. Voici comme le saint concile de Trente s'est expliqué sur le sujet dont il est ici question. C'est dans la session sixième , chapitre seize. •

La vie éternelle doit être proposée

aux enfdns de Dieu , et comme une grâce qui leur est miséricordieusement accordée parles mérites de Jésus-Christ, et comme une récompense (fui est fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres f

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