MIT VERTU DE CETTE PJIOMESSE
Les pères du concile , pour prévenir toutes lés mauvaises interprétations , ont eu soin d'ajouter :
Encore que nous voyions que les saintes Lettres estiment tant les bonnes , œuvres f que Jésus-Christ nous promet lui-même qu'un verre d'eau donné en son nom ne demeurera point sans ré* compense > et que l'apôtre témoigne qu 'un moment de peine légère soufferte en ce monde produira un poids éternel* de gloire +. toutefois à Dieu ne plaise que le* chrétien se fie et se glorifie en lui-même et non en Notre-Seigneur > dont la bonté est si grande envers tous les hommes , qu'il veut que les dons qu'il leur fait ^soient leurs mérites.
.Voici comment le saint concile s'exprime dans la session quatorzième du huitième chapitre :
Nous qui ne pouvons rien par nousmêmes , pouvons tout en celui qui nous
fortifie f en telle sorte que l'homme n'a rien dont il puisse se glorifier , ou pour quoi il puisse se confier en lui-même , mais que toute Sa confiance et toute sa gloire est en notre Seigneur Jésus-Christ en qui nous vivons y en qui nous méri^ tons , en qui nous satisfaisons , faisant désignes fruits de pénitence , qui tirent leur force de lui, et par lui sont offerts au Père , et en iui sont acceptés du Père.
L'Eglise, qui a toujours suivi et en* seigné la même doctrine , dit tous les jours dans le saint sacrifice de la messe : Daignez , mon Dieu , accorder à nous pécheurs , vos serviteurs , qui espérons en la multitude de vos miséricordes , quelque part et société avec vos bienheureux apôtres et martyrs , au nombre desquels nous vous prions de nous recevoir + ne regardant point au mérite , mais nous pardonnant par grâce au nom de notre Seigneur Jésus- Christ !
BELESPRIT.
Oh ! pour cela, Monsieur , vous devez vous rendre. Si Mademoiselle n'a point tronqué les paroles du concile , il faut
avouer de bonne foi qu'on a calomnié son église en lui imputant d'anéantir la grâce en donnant trop au mérite de l'homme , et de détruire la médiation de Jésus. Si elle parvient à se justifier aussi clairement sur les autres articles , je promets d'embrasser solemnellement sa coipmunion ; je suis enchanté de la définition du concile : rien de plus clair et de plus positif.
Li CALVINISTE.
Je vérifierai les passages , Monsieur j niais s'ils sont justes, il me sera aisé de vous justifier que les papistes s'éloignent dans la pratique des décisions du concile , et qu'ils croyent des dogmes absolument opposés à celui qui vient d'être (énoncé* >
BELESPRIT.
En supposant des sentimens contraires dans quelques particuliers, il y a de l'injustice à charger l'Eglise romaine de leurs erreurs , quand elle enseigne pu<bliquement le contraire : ,c'est la faute de ces particuliers et non la Sienne. Où en serions-nous si nos églises étoient responsables de toutes les impertinences!
de toutes les impie tés même qui se sont dites et écrites parmi nous ? C'est dans les décisions de nos synodes , dans nos confessions de foi , dans nos catéchismes , qu'il faut chercher à juger de la doctrine de notre église , sans quoi on ne pourvoit jamais savoir à quoi s'en tenir, puisqu'il y a autant d'opinions que de têtes.
Le RABBIN.
Cela me paroît juste. Que chacun apporte son catéchisme ou sa profession de foi. Ce n'est point la foi d'un parlicuîiei\à laquelle je veux nie soumettre , mais à celle d'une église qui me paroisse avoir été établie par Jésus-Christ, Je ne puis connoître celte église qu'en confrontant 4a doctrine de toutes les communions diverses avec celle qui est énoncée dans les saintes Ecritures.
Consentez-vous a celle discussion, Mademoiselle ? Je sais» qu'elle sera du goût de ces Messieurs , qui ne veulent d'autres juges que cette Ecriture,
Ladt LOUISE.
Mais comment ma Bonne pourra-t-elle se procurer les divers caléchismes qu'on
enseigne dans toute l'Eglise catholique?
Elle n'a ici , sans doute , que celui qui ' est à l'usagç des Anglais catholiques.
Midek, BONNÇ.
Le catéchisme des catholiques romains de Londres est le même que celui de tous ceux qui vivent dans notre église , dans quelque partie du monde qu'ils existent. Ceux .qui s'écartent dans un 6eul point de la croyance universelle , cessent d'être catholiques , comme je vous l'expliquerai en son lieu. Quant à la proposition de Monsieur le Rabbin , je l'accepte de bon cœur; mais il faut me permettre de relever la calomnie qui vient d'être fa^W. Monsieur le Calviniste prétend que l'Eglise romaine n'en* . seigne. pas ce que le saint concile de Trente a décidé par rapport aux bonnes oeuvres. Je vous jure, en présence de- Dieu qui m'écoute, que j'ai ouvert le livre des décisions du concile , ce matin pour la première Fois , et que je n'ai lu les passages sur le mérite des œuvres , qu'après avoir mis par écrit mes senti meus sur cet article : je n'ai point effacé un seul mot de ce que j'avois écrit j mes
sentimens étaient parfaitement conformes aux décrets. Ces sentimens sont ceux que Ton m'a enseignes dans ma jeunesse : .ces instructions m'ont été donaées en commun. En quel endroit donc enseignert-on une doctrine contraire a celle que j'ai énoncée ? tt faut le nommer, ou traiter cette supposition de pure calomnie.
£i CALVINISTE
Et que me direz -vous, Mademoiselle , par rapport aux œuvres surabondantes, que vous nommez œuvres de «urérogation ? •
Mad m. BONNE.
Je disois , il n'y a qu'mi moment , Monsieur, que ma réponse sur les œuvres avok précédé la lecture que j'ai faîte de la décision du saint Concile à cet égard. Hébie», Monsieur, je vous donne ma parole de ne le plus consulter qu'en votre présenee , et après vous avoir répondu conformément aux instructions de ma jeunesse et aux réflexions que j'ai faites sur l'Ecriture Sainte ; et je suis tellement assurée que toutes les' instructions qu'on donne dans l'église catholique sont uni-
formes ea tout pays, que je vous promets par avance que ce qu'on m'a appris, est coitfarrBQ ucm-sealeijueul aux décision du saiot ço*c$fr de Trente , mai% a^#^ à celles des concile* Oj^çmwïqcief * quoique je n'en aie; jamais lu l'histoire. Ya-t-il une seule personne, pa^mi celles quîsont ici > qui ose en dire autant que moi? Vous avez eu des synodes, Messiears, de$ confessions de' foi !, çt en grand nombre : oseriez- vous jurer qu'on Vous a instruits , et que , vous , vous instruisez les autres conformément a ces confessions de foi ? a
Miss- CHAAJPtÊTRE. ' '
Ce ne sera ps§ moi ,. je Vous assure , qijii voudrois faire germent de- croïre0 ce qui est renfermé , je ne dis pas dans tes décisions données par la cour çcçlesiastique, mais même dans les trente-hjiit articles de notre foi1: iiy Vpfysiéursîât*tiçles que je ne sgurois cioitê, non pîiifc <ju*k certaines parties de ifaoïi càtéfchïàitiil, je vous l'avoue de bonne foi.. '
L'ÀNG^IGA9- f
Ea ce cas y Madame > pa ne peut vous ranger parmi les /membres de l'église IV. ' 5
5o LES AMERICAINES.
anglicane. Etre d'une église , c'est sou* mettre son esprit à croire tout ce qu'elle enseigne comme étant des articles de foi, parce que ses décisions ont été appuyées sur la parole de Dieu.
Naoem. BONNE.
C'est ainsi, Monsieur 9 que je suis soumise à croire tout ce que l'église 'romaine a eùseigné depuis les apôtres , et je suis prête à prouver qu'elle ne croit aujourd'hui que ce qu'elle croyoit alors. Cela viendra en spn temps.
Le CALVINISTE.
C'est de quoi je vous déèe. Mais , M. l'Anglican , vous n'êtes , ce rae semble y j>as plus raisonnable que les catholiques, et vous voulez dominer sur les consciences. Les hommes qui ont rédigé ces articles de fpi sont sujets à l'erreur ; miss Champêtre a raison de ne s'en rapporter qu'à l'Ecriture. Je ne vous dis qu'un mot sur cet article , et je suis bien aise de vous faire remarquer que mademoiselle Bonne, qui ne vouloit pas qu'on voltigeât de question en question , en a mis une nouvelle sur le tapis. Après tout , c'est une preuve de sa prudence :
LÏS AttÉftlCAlftïS. 5l
«lie esquive une difficuhé qu'elle ne pou voit résoudre , cela est naturel.
Made*. BONNE.
Je vous suis bien obligée , Monsieur, de me rappeler à nos conventions; j'ai eu tort de ra'eu écarter,et je vais réparer ma faute, qui n'a point eu pour cause le motif que vous me supposez. Commençons par définir le mot de surérogation* Dites-moi, je vous prie , Monsieur , jusqu'où s'étend le précepte de donner l'aumône? Quelle partie de nos biens sommes* nous obligés de donner à Dieu daûs la personne -des pauvres ? Car, enfin, on n'est pas obligé de se dépouiller entièrement pour les .
assister.
Le CALV4NISTE.
Non , Mademoiselle. Je dois aux pauvres le superflu de mon bien , après que j'ai pourvu aux besoins de ma famille, à l'établissement de mes enfans et à mes propres nécessités ; le tout réglé , non selon les besoins du luxe , mais sur ceux de la raison.
Midem, BONNE»
Rien de plus juste, Monsieur. Parmi nos besoins comptez-vous la nécessité
52 LJES AMÉRICAINES.
de prendre des plaisirs honnêtes, d'eu procurer à voire famille ; un jeu modéré , par exemple t quelques repas avec vos amis , çt choses, semblables ?
Oui 9 Mademoiselle ; le délassement est aussi nécessaire an corps que la nourriture : la charité que jemedois, et à nia famille , m'oblige de sacrifier quelques sortîmes pour mes, plaisirs : je ne pèche pas en le faisait ,. pourvu que la modération y préside, et que les sommes que j'y emploie soient en proportion de ma fortune et de kplace que j'occupe dans le monde.
M*dem. BONNE.
Vous dites que vous ne péchez pas en le faisant. Pécheriez-vous , Monsieur, si vous retranchiez quelque chose de là somme destinée a vos plaisirs , pour en assister ïes pauvres ? Je vais rendre ceci sensible par un exernple. J"aî connu une Pâme qui avoit fixé la dixième partie de $on bien pour ses habits , sa table , et ses plaisirs; mais entraînée pw son amour pouries pauvres, elle se voloit à,chague
instant, Etoit:il question de s'acheter mie
robe ?!elle prenoit une étoffe de Tannée dernière, quvn'étoit plus de mode./ et qu'elle avoit par conséquent à meilleur marché; ce qu'elle gagnôit sur ce marché, ïétoit employé pou^ les pauvres. Elle •u*oit de la ttrêmfe économie pour sa ta-* -Me : jaoaajvoix n'y voyait rien qui ne fut <kvenuco«ittmn,,Ott du moins à un prix raisonnable ; ainsi elle ne m&tigecit de petits pois que quinze jours après les gourmands , quand elle étoit seule , s'eoteml'j car. lorsqu'elle donnoit à manger, sa table, étoît servie sommeil etoit convenable aux personnes Qu'elle àvoit invitées ; en un mot , elle avoit renoncé à toutes les primeurs. Cette Dame s'étoit tellement arrangée, qu'il lui revenoit la moitié de la somme, qu'elle; avoit fixée pour; sa dépense , et se d&ioramageoit avec usure , en assistant les misérables, des plaisirs frivoles dont elle se privoit* Je vous demande , Monsieur, si le bien qu'elle faisait étoit obligatoire,; si elle eut pétfhéefc employant toWcsa somme, et qu'elle eût préféré twife perdrix à un gigot de* mouton? • •
Le CALVINISTE.
J$ n'oseroîs pas dire* Qu'elle péchât;
cependant elle pouvoit excéder dans ce reïrancheraent : elle se devoit quelque chose.
LiDT LOUISE.
C'est de quoi je ne conviendrai point, Monsieur* Une étoffe de l'année passée couvre aussi bien tet peut être aussi riche et aussi décente que celle qui est de mode ;. un morceau de mouton , quand on est seule, est aussi sain qu'une perdrix ; les fraises et les cerises sont aussi agréables quinze jours plus tord que quinze jours plutôt : elles son^ même plus mûres. Je co&çois actuellement que c'est là ce que ma Bonne appelle ceuvres de subrogation ; elles sont fort bonnes ces œuvres-là, et elle?, plaisent sans doute à Dieu , si on les fait pour lui. Je pense même qu'elles doivent être plus agréables à ses yeux -que les autres» J'ai un domestique que j'ai pris pour me servir à table : mon jardinier tombe malade , et mon valet qui sait que j'aime les fleurs , se charge d'arroser les miennes, quoique je ne Pexige pas. Je lui sais plus de gré de cela que de me donner à boire; c'est une preuve qa'il cherche k me faire :plai$ir; qfc'il m'aime , que ce n'est point
fcîS ÀMEHICAINIS; 55
par force , maïs par amitié qu'il me sert. Dieu me commande d'observer ses commandement , et me menace de l'enfer si je lui désobéis. L'amour bien ordonne que je dois me porter à moi-même, est un puissant motif pour m'engagér à y être fidèle , de crainte de perdre ttton bonheur en me privant de sa vue et de sa possession. Mais il se présente un bien à faire, que Dieu laisse, pour ainsi dire, à ma disposition ; il ne me punira pas pour ne l'avoir point fait j nulle crainte ne m'oblige a le faire : c'est le seul désir de plaire davantage à mon Créateur qui m'y engage ; je voudrais, s'il étoit possible y lui donner à chaque instant des preqves de mon amour , non*seulement en faisant ce qu'il m'a commandé, mai»
en accomplissant aussi ses conseils ; cela est bon, très-bon. Je n'ai pas le courage de le faire, Monsieur j mais j'ai un respect infini pour celles qui le font , et j'enyie leur sort,.
L* CALVINISTE
. On ne vous dispute pas la bonté de ces actions; mais pour me servir de votre comparaison , que djriez-vbus de votre
""56 • t'E'B A fk fc R ï€ Aï N È è.
. laquais , devenu jardinier , si, sens pre- -texlfr tfamteW vès fte«f8,'il tiégligeoit le service que VOôs lui àtez commandé , sSlprenoit drtritdg te «qu'il fait «l'extraordinaire pow devenir insolent, s*iî pfétendoil qae vous lui «ussfaz de grandes obligations du petit sertîte qu'il (ibercberoil à Vous itendre TQ&e diriez-vous , ai votre jardinier n$étant pôitit malade , et n'ayant d'autre -motif .que Sa paresse pour 'ftégiige* de cùkiver vos fleurs , il vous eût obligé par là de lé chasser de votre maison , et qù£ ce bon laquais voulût vous forcer à loi pardonner sa négligence et à le reprendre, stiu& préteKle que vos fleuri out été cultivées, et qu'il * travaillé pour le paresseux ?
Ladt LOUISE*
Il faut vous répondre jkav ordre , Monsieur^ et d'abord pertoettes-moi <k tous rappeler un discours ou plutôt un oracle de Jésus, notre docteur commun :
Malheur à vous * pharisiens hypocrites, qui donnez la dîme de la menthe , du cumin * et qui néglige* d* observer les vomm&ndemens*
Voilà les pharisiens dans le cas du
valet dont nous parloirs ; il néglige sou devoir pour faire ce à quoi il n?egt ^pas obligé. Ecoutez ce que dit Jésus:
M fa&oit faire ces choses > et n£ pas ^négliger lès autres. Ce n'est pas de ce cju'Us font au-delà dès commandemens iquo notre Sauveur les reprend ; il approuve leur exa'ètftttde miautieuse? // falloit faire des <^oSefr/Mftis il les blâme <lleb prendre droit 4ë toégligefr C*lle$ qui -sont absolument essentielles, le dis donc avec mon maître : Le valet feroit bien d'arroser les fleurs,- et il feroit mal de négliger son sèrvice.'II âuroit raison de chercher à' m'oblige 1% et il auroit tort de s'eij prévaloir. Sa négligence, «on impertinence ne changent point la nature de la bonne action qu'il a faite (je suppose qu'il. u a eu que de bonnes intentions ) : l'abus d'une chose ne la rend . point mauvaise , Jésus vient de nous l'apprendre. Vous me demandez ce que je ferois , s'il prétendoit appliquer le mérite dé son travail à mon jardinier paresseux? Je penserois peut-être que sa charité est . mal réglée , mais je ne pourrois rn'empêcher de louer son motif. Je vous avouerai même qu'en considération de sa
58 L&& AM£ftICAlN£S.
bonne volonté, qui m'est agréable, je pardonnerais quelque chose- à mon jardinier , sur-to»t si j'étois convaincue que le laquais ne demande grâce pour lui que par amour pour moi, et parce qu'il est persuadé que dans le fond j'aime le jardinier, et serois bien aise d'avoir, ua motif de lui faire grâce. . '
BEL ESPRIT
Avouez , Moûsieçr ; que vous sôuhaw feriez actuellement avoir -dit une vérite , lorsque vous avez annoncé que les papistes empêchaient de lire la sainte Ecriture ? Cela serait plus commode pour vous y car il est désagréable de se voir planter au nez un passage qui nous condamne.
Trêve de plaisanterie , Monsieur; 3 n'en est pas question dans un temps .
où l'on pourrait ; verser dçs / larmes» Oui y les miennes sont prêtes à couler, quand je vois le danger où son! ces Dames : me voilà convaincu , plus que jamais, du danger de la doctrine des œuvres de subrogation , puisqu'elle est assez plausible pour. en imposer à ua telj point.
Làdt LOUISE.
Mais , quels sont ces dangers , Mortsieur ? Avez -vous, quelque objection raisonnable contre ce que je viens de dire? Parlez.
Le CALVINISTE.
Il y en a deux qu'il n'est pas possible de détruire. Nous n'appartenons point à Dieu , comme un domestique à celui qui le paye et le nourrit , mais comme l'esclave au maître qui l'a acheté. Toute» les actions , tout le travail d'un escUve appartient à son maître ; et quoi qu'U fasse, jl n'y a rien de subrogation , rien dont il puisse disposer. De même , nous appartenons tellement à Dieu , nous et nos actions , qu'il n'y en a pas une seule que nous puissions donqer /appliquer.
Cette seule raison anéantiroi Lie qiéritp des œuvres j mais il y en a une aytf e qui nous oblige à rejeter absolument Jg doctrine des œuvres. C'est que la confiance qu'on y met est injurieuse a la satisfaction de Jésus - Chris* T qui est surabondante, qui n'a pas besoiu> d'êlrp aidée v suppléée , et qui seule peut nous mériter la rémission des péchés, le salât
6o LES AMÉRICAINES.
et la grâce. .Si j'applique .à mon frère ce quç.je crois avoir fait de trop, je dis par là que (oui ce que je fais n'appartient point à Dieu , puisque j'en puis disposer ; je suppose que la satisfaction 4e Jésus n'est pas suffisante pour obtenir à moi et aux autres le pardon et les grâces ; )Q$e préférer , ou du moins égaler mes mérites a ceux de Jésus,
» '.s L*far LQU1SE.
Si le maître de l'esclave avoit eu la bonté de se relâcher h son égard , et de iti* laisser la liberté de disposer de ses -aeljofes , cet esclave ne pourroil-il pas ett di£f>Osér? Si, lôifci de désapprouver le ttânàport que eët esclave feroit de sou iservicé à un de ses compagnons, le maître approûvoit ce transport , pour- -rioite-ncnirs <firé qu'il en seroil oflfensé ? ÏÛffii1, si Heifclàvè phrtestoît de bouche et de coéuT qù'iJ ne doft qifl là grande lifterait de' son Maître la liberté : de disposer de ses attions , pburroit-on dire qu'il s'attribueroit quelque chose ? C'est donc à ma Botme a nous apprendre daShk tfètèl fceû$ TEgl&e rotaaine entend lés œu i¥es de surétogatioà et leiir transport ; en second lieu elle doit nous
LES AMÉRICAINES. Gl
prouver par la sainte Ecriture , que les senti mens de son église a cet égard sont fondés Sur là parole de Dieu , et qu'ils sont autorisés par Dieu même.
Maseh, BONNE.
Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dit le saint concile de Trente sur le peu de Valeur que nous devons attribuer à nos œuvres , qui ne tirent leurs mérites que de ceux de Jésus; fai prouvé qu'il seroit ridicule el absurde de s'élever pour un bien qui ne nous appartient pas, et qu'en croyant que Dieu couronneront un jour lios œuvVés , fcous Croyions qu*iîcourônneroit en nous ses dons, comme parle l'apôlre j mais on ne peut trop le répéter, Mesdames : je proteste donc, d'après mon Eglise , à la face du ciel et de la terre , que la satisfaction de Jésus est surabondante k tous ^garôs ; qu'elle fcufBt pour nous mériter Ta grâcfc, le sâlut et là rémission des péchés. Nous confessons encore, je le répète, que nos œuvres sont mortes , indignes de Dieu , qu'elles ne peuvent en être regardées en ellesmêmes. Mais ces oeuvtes, tout indignes ^qu'elles sont , étant faites par lé tiionvement du Saint-Esprit qui nous a été mé-
82 tES AMERICAINES.
rite par Jésus, elle» ne sept plus nôtres," elles appartiennent à celui par qui nous les avons faites : et c'est par une pure miséricorde qu'il veut bien nous en laisser le mérite. Cette maison , je suppose, est à vendre : Monsieur veut l'acheter, parce que pour entrer dans la Chambre des Communes il lui faut un bien au soleil ; son désir à cet égard est inutile, parce qu'il manque de l'argent nécessaire pour faire cet achat : aussi n'auroit-il pas pensé à entrer au parlement , si un puissant protecteur ne l'y avoit incité. Il s'est rendu à son invitation à cet égard % c'est tout ce qui dépendent de lui. Son protecteur voyant sa docilité à se prêter a ses vues , tiré de son portefeuille vingt mille livres sterling» pour acheter cette maison et entrer au .parlement ; c'est biçn lui qui achète , mais c'est le protecteur qui fournit l'argent. Il fait plus : il lui suggère chaque jour ce qu'il doit dire au parlement., il guide ses démarches, compose ses harangues; Monsieur, par ce moyen, acquiert de la gloire^ mais elle revient toute entière à son protecteur» 11 est le principe du désir qu'elle a conçu, aussi
1ES AMERICAIN Et. , 65
bien que de l'ëxécutiori : il n'y à rien de vous , Monsieur , dans tout ce que vous •avez fait de mieux pour le service de la nation; cependant* de l'aveu de celui quia été le' moteur de votre conduite , vous demandez au roi la récompense des bons avis qui sont sortis de Votre bouche. Dans la vérité, celte récompense est due à celui par qui vous avez tout fait r et dont vous n'avez été que l'instrument; mais puisqu'il vous a cédé ses droits., cette cession donne un droit légitime à la récompense, sans, que vous ayez le droit de vchts glorifier des choses qui l'ontraérîlée» Concevez par cette comparaison ce que l'église romaine enseigne* Elle confesse que le désir de faire le bien vient de Jésus y que c'est lui qui nous donne les moyens de mettre ce désir en exécution; elle recohnok que toute la gloire et le mérite de cette exécution appartiennent à Jésus ; mais s'il nous cède le mérite de ce bien que nous avons fait par son moyen , il est bien à nous , et nous pouvons sans témérité en espérer la récompense.
Vous dites que nous semblons dire, en enseignant le mérite des œuvres , que Ut
satisfaction de Jésus n'est pas suffisante :
nous sommes bien éJo ignées d'une telle
pensée. Dieu est le maître de sëfe dons
«ides conditions auxquelles il veutUDus
les départir.- Il pfomûiTimnhorlalité à
notre premier, père ;, à condition <ju't1
ne mangefoit pas du fruit défendu ; ce
n'est pas qti'ii n'eût pu }a lui açcendei*
sans celle condition ; ,-maïs pnisqte sa
sagesse la lui a voit dictée,, nous devons
croire qu'il élbit juste que cela Eut ainsi ;
car Dieu est la justice même. Jésus-Christ
a mis aussi une conditionau présent qu'il
nous a fait de son Sang , dftitfQin mérite et
de sesœuvres ; c'estque nousy JQindriotiis
les nôtres, quelque ii!a parfaites qu'eHqs
soient. Puisqu'il l'a ainsi ordonne , nOUs
devons croirç que celte condition fe$t
juste.
-'. . iLe calviniste. •
: Toilà ce qiw iious : nions -et ce quil 'faut prouver. Nous pré tendons que Jésus n'a imposé d'autre condition que la foi» La condition des œuvres, ou plutôt la supposition de cette condition, fêté faite par ces Hommes qui imposent aux autres des fardeaux pénibles qu'ils ne foudroient pas remuer du bout du doigt.
Cornaient croire que Dieu nous pardonnant par les îriérites de Jésus-Christ , ne Je fasse pas pleinement , parfaitement ? Cette pensée est injurieuse au réparateur, de croire qu'il manque quelque chose a sa réparation , et qxt'il soit besoin de satisfaction après la sienne.
Miss DOROTHÉE.
Ah ! ma Bonne, vous avez perdu votre procès , je me range du parti de Monsieur. J'embrasserai de bon cœur son opinion , supposé qu'il puisse lia prouver , et je souhaite qu'il y réussisse , cela sera très -commode. S'il peut le faire > combien vais» je crieç contre la tyrannie quevous avez exercée contre moi pendant les quatre ans que j'ai passés chea vous ? Vous me répétiez sans cesse qu'il falloit réparer ses fautes ; je n'en ai. jamais commis une , que vous ne m'ayez imposé une pénitence. Moi qui ai toujours entendu dire que- les papistes avoient corrompu la in orale de Jésus-Christ , qu'ils étoient relâchés, je croyôis bonnement qu'on étoit encore plus rigide dans les autres communions ; j'entendois dire , en par-
66 LE6#ÀMÉ RICA INES.
lant du changement arrivé dans la religion f la réformation. Les réfugiés français disent eux-mêmes qu'ils suivent la religion réformée. Croiriez -tous bien que j'étois assez simple pour prendre ce mol dans la signification ordinaire.? Par le mot de reformer, on entend communément remettre une chose relâchée dans sa première vigueur; on dit :
Monsieur un tel a réformé sa table »
c'est-à-dire qu'au lieu de dix plais on n'en sert plus que deux ou trois f il en a oté ce qu'ify a voit de trop rare et de trop coûteux* Vous saviez bien que j'entendois ce mot dans ce sens, et vous avez eu la cruauté de me .laisser dans cette erreur ? Que ne m'avertissiez^ vous que les réformés ont retranché de la religion la nécessité de satisfaire soi-même à la justice de Dieu ? Oh !
ce sont d'habiles gens , s'ils ont trouvé cela dans l'Evangile.
L« CALVINISTE
Je suis excédé, et la patience m'échappe. Voilà sur mon honneur la plus impertinente petite créature qu'il y ait au monde»
LES AMERICAINES. fij
n Miss, DOROTHÉE.
Si j'ai mal .parlé , rendez témoignage du mal que j'ai dit ; et si j'ai bien parlé \ pourquoi m'injuriez-vous ?
Midem, BONNE.
Effectivement , Monsieur , ce sont des raisons qu'il lui faut, et non pas des injures : vous dites qu'on fait une injure à Jésus, en disant qu'il faut ajouter quel** que chose a sa réparation ; vous ne considérez pas que l'apôtre kir a fait cette injure : J'accomplis > dit-il, dans ma chair ce qui manque à ta Passion de Je'su^- Christ. Qu'est-ce donc qui y manque ? La condition que Jésus exige pour nous l'appliquer. Mais , dites-vous^ cette condition est de l'invention des îi oui mes ; c'est ce qu'il faudra examiner : en attendant, voyons si nous trouverons dans la sainte Ecriture des exemples propres à autoriser ce que vous appelez l'opinion des hommes. Ladj Violente , trouvez-vous que Dieu nous ait donné dans la sainte Ecriture des exemples d'un péché absolument pardonné , sans que le pécheur fut dispensé de satisfaire ?
68 LES ÀtoERICÀÎttEé.
Ladt ' V l'OLE N TE.
Je ne suis embarrassée que du choix de cesexemples. Dieu pardonne à Adam; lui promet un libérateur , et en même temps le soumet ftux peines les plus dures. Mais je m'arrêterai à un seul exemple qui me paroit le plus frappant. Rien de plus positif que l'absolution donnée à David au nom du Seigneur par le prophète Nathan. A peine ce roj pénitent a-t-il dit : J'ai péché , quç Iç prophète ajoute , et le Seigneur vous q pardonné. Est-ce tout ? Non ; ce péché pardonné sera pourtant puni. JJ enfant qui est le fruit de votre crime mourra, dit Nathan, etc. Il punit la vanité de David par une peste affreuse , après 1$ lui avoir pardonnée. Celle d'Ezéchja* attire un grand châtiment. L/incrédulitç de Moïse le priva du plaisir d'entrer dans la terre promise, aussi bien que son frère Aaron,, Je Irouverois millf ^exemples semblables ; mais ils nç re?
viennent pas à roa mémoire.
Miss CHAMPÊTRE.
Je ne comprends pas trop cela. Le pardon accordé à David supposent le
regret le plus sincère de sa part , et devoit, ce me semble, lui obtenir un pardqjj absolu. Que peuseroit-on d'un roi qui dirait à un criminel : Je vous pardonne votre crime , mais vous serez pendu ?
MiDin. BONNE
C'est a ces Messieurs a vous expliquer cette conduite , qui ne peut devenir claire que dans la doctrine de l'Eglise catholique*. Elle enseigne , Mesdames que le péché mortel nous rend ennemis de Dieu , nous prive de sa grâce, de son amour, et nous rend dignes de Penfër. Jésus-Christ pouvoit seul nous délivrer dé cette peine j car le péehé renfermant une malice înGnic , il ne pouvoit être pardonné que par une sa»
tisfaclion infinie» Jésus l'a offerte pour
nous , cette satisfaction : nous sommes
rétablis dans la grâce de Dieu, dans et>n «amitié,: délivrés de l'enfer , aussitôt que par tme douleur sincère nous en obtenons l'application que l'Eglise nous fait , dans ce que nous appelons le sacrement de pénitence ; mais remar* que» (feux choses. C'est que cette douleur sihcère renferme le désir et la
résolution de satisfaire à la justice de Dieu. C'est , en second lieu , que le Créateur se doit l'exercice de cette justice sur le coupable réel. Il accepte la satisfaction que l'homme n'étoit pas en état d'offrir; il condescend à son impuissance , à condition que le pécheur fera tout ce dont il est capable.
LadiVÎOLENTE,
Je crois que je comprends cela , ma Bonne* Je dois un million , et je ne possède que centguinées. Vous me dites:
donnez ces cent guinées que vous avez , et j'acquitterai pour vous le reste de la dette à raison de votre impuissance. Il n'y auroit pas dé raison à moi de vous prier de payer la dette entière , puisque je suis, en état d'en payer une petite partie.
Midkm. BONNE.
Votre comparaison explique fort bien ce que j'ai dit : nous recônooissons que le péché mérite deux peines, une éternelle, une temporelle. Dieu remet la première au pécheur en se payant , pour ainsi dire , des mérites de Jé$!is-Chrôt. C'étoit de celle -là que parloit le pro-
pfaète Nathan , quand il dit à David : le Seigneur vous a pardonné. Quant k la peine temporelle , la justice demande que le pécheur la* subisse; c'est pourquoi le prophète ajoute : et votre fils mourra»
Lidt LOUISE.
Savez- vous bien , Messieurs , que je trouve cette doctrine très-raisonnable?
Quoi donc ! prendrions-nous droit des souffrances de Jésus > pour nous dispenser de souffrir quelque chose pour l'amour de lui ? C'est pour nous prouver son amour qu'il a fait beaucoup plus qu'il n'étoit nécessaire pour nous racheter j et nous ne voudrions pas participer a ses souffrances ? Gela me parott lâche et injuste.
Le CALVINISTE,
Ah f Madame ^prenez garde a vous; vous êtes papiste sans le savoir ;4 votre maîtresse a abusé de votre confiance pour voujs empoisonner l'esprit des er- * reurs que *op Eglise enseigne. La doctrine qu'une seule des actions de Jésus sufïîsoit pour nous sauver, n'est, point reçue dans nos églises : elle a des consé- , quences trop dangereuses,