‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 2 sur 28 · PREMIÈRE JOURNÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE JOURNÉE

Ladt LOUISE,

Depuis que nous nous sommes quittées, ma Bonne, il m'est tombe entre les mains un ouvrage relatif à notre dernière conversation : il est du petit-fils de Racine. Il m'a convaincue que les opérations qui bous surprennent dans les' bêles , et qui nous séduisent jusqu'à nou$ engager à leur attribuer une ame, ont une cause connue. Cependant je ne puis vous rendre parfaitement ce que je coni-

6 £ES ÂrtriRïçaTN es.

prends à cel égard > pourriez - yous le .

mettre au clai* ; si vous l'avez là ?

Madem. B.ONNE.

Ouï, Madame ; je l*ai lu $ et je ne sais comment j'ai oublié de vous en parler la dernière fois. L'auteur nous fait remarquer qu'il y a en nous des mouvez mens volontaires et que nous faisons par quelques motifs , et d'autres qui ne le sont pas.

Miss SOPHIE.

Comment, ma Bonne, je ne- seraispas maîtresse de tous mes mouvemens?

Je ressemblerois à ma monlre qui marque l'heure sans le vouloir, et même sans le savoir? je iserois une véritable

machine comme elle?

Madem. BONNE.

Etes-vous maîtresse de remuer ou non vos yeux quand on fait un mouvement fort proche d'eux , de ne pas lever les bras pour parer un coup qu'on veut vous porter , et de faire plusieurs autres mouvemens qui tendent à la conservation de votre corps?

Miss SOPHIE.

Je n'y avois jamais fait attention : à

LES AMERICAINES. fj

présent que j'y réfléchis , je trouve que vous avez raison. Je tombai l'autre jour, et je me mis la main tout en sang, car c'eloit dans des épines qui m'auroient déchiré le visage. Cependant je ne fis pas cette réflexion ea tombant ; j'avois une peur générale sans savoir pour quelle partie de mon corps je devois trembler. : je ne sais comment cela se fit; ce qu'il y a de sûr, c'est que ma main . eut plus d'esprit que moi , et vint se camper devant mon visage pour le garantir aussi ^bien que mes yeux.

Midéh. BONNE.

Il est en nous mille de ces mouveroens qui nous garantissent de plusieurs accidens que nous n'aurions pu éviter s'il eût fallu que notre raison eût été chargée de les prévenir. Pour connoitre la cause de ces mouvemens salutaires, il faut que vous sachiez, Mesdames, que nous sommes pourvues de plusieurs paires de nerfs , dont un certain nombre agissent par les ordres de notre ame , et les autres par une impulsion qui leur a élé imprimée par le Créateur, qui les a , pour ainsi dire, mis en sentinelle pour

la conservation de l'individu dont i& font partie, ou, pour parler plus juste t qui les a tellement construits, arrangés , qu'ils se meuvent nécessairement en:

certaines occasions. Depuis notre dépra- 10 va t ion , ces mouvemens ne sont pas toujours salutaires ; mais nous avons la raison, qui peut en arrêter les effets aussitôt qu'ils sont sensibles. Je marche dans la rue une épée à la main : on me prend au collet, un mouvement machinal me fait frapper ce qui m'arrête avec cette épée que je tiens. Celte action est tellement involontaire , que la justice des hommes ne la punit pas. Au contraire, 61 celui qui m'a pris au collet m'échappe, et que je le poursuive , cela n'est plus mis au rang du premier mouvement, du mouvement machinal ; la volonté y a eu part; c'est elle qui fait mouvoir mes jambes, et je suis criminelle à proportion du temp£-que j'ai eu à réfléchir. Supposons que nous n'eussions que ces deux sortes de nerfs , et que nous fussions privées d'une ame ; que notre' vie consistât dansl'arrangementdediverses parties de notre corps: nous ferions nécessairement tous ces mouvemens involontaires

tendans a la conservation de la machine. Le picoltement de l'estomac nous porteroirà prendre de la nourriture, comme nous voyons que l'enfant qui vient de naître en cherche. Or, M. Racine suppose , avec quelque raison , que les animaux n'ont que des nerfs de cette espèce ; peut-être même sont-ils beaucoup plus parfaits que chez nous , et qu'ils suffisent pour leur faire opérer les choses que nous regardons comme l'effet du raisonnement ?

Mifs CHAMPÊTRE.

Cela me paroît raisonnable. Vous m'avertissez que vous allez faire un geste vif de la main devant mes yeux , et que vous n'avez pas dessein d'offenser ma prunelle : conséquemment je devrois tenir l'œil ouvert, et cependant le mouvement de ma paupière se fait malgré ma raison, qui me dit que je n'ai rien à craindre pour ma vie. Vous voyez que ce mouvement est forcé , c'est-à-dire machinal.

Ladt VIOLENTE.

Je vous accorde, ma Bonne, que tous les mouvemens des animaux se

font ainsi-, sans qu'il soit besoin de leur accorder la faculté de penser, puisqu'il n'est pas nécessaire de réfléchir pour se mouvoir ainsi. Mais ne pourroil-on pas appliquer ce même raisonnement aux hommes, et faire de ces nerfs indociles la clef de toutes leurs opérations * sans leur supposer une ame ?

Madêk. bonne.

Oui, $ril n'étoit pas prouvé qu'ils ont des mouvemens dont ils sont les maîtres. L'enfant qui vient de naître, comme Ranimai, sont forcés de chercher à manger, parce qu'un tiraillement de certains nerfs y pousse : aussitôt que ce tiraillement cesse, ces deux êtres cessent de prendre de la nourriture. La,même chose arrive-t-elle chez le gourmand?

Non , il mange non-seulement après que ce tirailleraient est passé, mais encore un mets à son goût lui fera braver le hocquet , lés nausées et les autres signes d'une réplétion trop abondante. Qui produit cette différence humiliante entre l'animal 9 l'enfant et l'homme? C'est la volonté qui se trouve dans le dernier, et qui manque aux autres j un faux rai-

sonnement de la sensualité, qui lui cache la bassesse de son action et qui l'étourdit sur ses suites. Pesez bien cette différence , Mesdames , et vous convien* direz qu'il y a dans l'homme un principe moteur d'une autre nature- que dans les animaux , puisqu'il produit des effets contraires.

Mis» BELOTTJ2.

Je conçois ceci beaucoup mieux que la dernière leçon, et tous me rendez un grand service. J'aime les animaux , et dans ma première enfance on ne pouvoit me résoudre à manger de la viande, par l'horreur que me causoit la pensée qu'on avoit tué ces pauvres animaux pour moi. Il fallut mè persuader qu'on ne mangeoit que les bêles qui mouroient naturellement. L'habitude m'a ôté celte répugnance, qui pourtant me reprend quelquefois, sur-tout pour les agneaux et les poulets. A l'avenir j'en mangerai plus librement. \ .

Madim, BONNE.

Votre répugnance devroit être celle de toutes les personnes qui ont un bon cœur; Quoi ! je serois persuadée que cet

innocent agneau pense et sent ; que sa félicité est bornée à ïa courte durée de son être , et j'aurais la cruauté de l'en priver pour me procurer un plaisir barbare en le dévorant f Plaisir d'autant plus t:rueïT que la viande n'est point nécessaire at ma conservation ; car on peut très-bien vivre de végétaux. Non-seulement je causerai* une douleur sensibje à ces pauvres créatures > en leur ôtant leur être r maïs ^empoisonnerais tout le bonheur dont ils pourraient jouir dans le temps de leur courte existence; car enfin la brebis voit égorger sont agneau : celui qu'on doit égorger de~ main a été témoin aujourd'hui du supplice de son malheureux compagnon.

Quel effet cela doit - il produire sureux!

Lidt MÉRT.

Us doivent être a-peu-près dans la situation où Homère nous représente Ulysse et ses compagnons, dans la caverne du Cyclope. Monsieur Belesprît nous a dit , pour justifier la bonté de Dieu , que peut-être la somme des biens et des plaisirs , dans les animaux, éga~ loi t ou surpassait la somme des maux

LES A ML'KlCÀlNr»; rj

qu'ils éprouvent. Là , Monsieur, pfcrlon* sincèrement. Si nous étions destines à peupler la basse-cour d'un antropo* \phage pour servir à ses repas , que chaque jour nous vissions enlever quelquesuns de nos compagnons de misère, et que chaque fois que nous verrions entrer le cuisinier de ce monstre nous eus* si on s à trembler pour nous-mêmes, aurions-nous le courage de prendre un moment de repos, de goûter les plaisirs qui se r oient à notre usage ? N'aurions- * nous pas sans cesse présente ridée de notre cruelle destination ? Si à cette première peine il s'y en joignait use autre , l'idée d'un anéantissement total sans espoir de dédommagement dans une autre vie, de ce que nous aurions eu à souffrir dans celle-ci, quels se roi en t nos sentimens pour le Créateur, qui nous auroit créés uniquement pour servir ht la cuisine de ce monstre ? Pourrionsnous aimer ce Créateur ?

La&t violente.

Pourquoi non ? On aime tous les jours

une belle personne , quoiqu'elle ne nous

ait fëit aucun bien. N'arrive - 1— il pas

qu'un amant , maltraité par elle , coa»

î4x L£8 AMÉRICAINES.

tinue de l'aimer malgré lui? Nous ne pouvons nous empêcher d'aimer ce qui est aimable. Les rigueurs du Créateur à notre égard n'empêcheroient pas qu'il ne fût la souveraine* beauté : noua l'aimerions malgré nous , parce qu'il se-* roit beau. Monsieur de Cambrai et plu* sieurs Saints n'ont-ils pas dit qu'ils aimer oient Dieu, quand même il lesauroit créés pour aller en enfer glorifier sa justice ? Cela seroit bien plus dur que d'être créés pour être mangés.

) Miss DOROTHÉE.

Si dès Saints ont parlé ainsi, permjpttez-moi de vous le dire, c'est qu'ils étofent dans une sorte de délire que produit un violent amour. Un amant dit souvent à sa maîtresse qu'il seroit prêt à mourir pour elle ; que le feu , l'eau, les élémens, tous les hommes ne pourraient le séparer d'elle : il le pense quançl il le dit, ce qui n'empêche pas que ce ne soit un mensonge ; mais cette fausseté est une preuve de leur amour.

C'est comme lorsque Moïse consentoît à voir effacer son nom du livre de vie, pourvu que Dieu pardonnât aux Israélites : celte prière eût été impie, si l'en-

LES AMERICAINES. l5

ihousiasme de la charité n'eût pas em<* pêche ce saint homme de réfléchir sur ce qu'il proposoit. D'ailleurs, nous ne pouvons faire de comparaison entre la beauté des créatures et celle du Créa* teur. Une belle personne ne perdroit rien de ses charmes extérieurs pour avoir des défauts essentiels dans l'es* prit ou dans le cœur : ce qui constitue sa beauté , c'est l'arrangement de ses traits ; si on lui crevoit un œil , qu'on lui brûlât le yisage , elle cesserait d'être parfaitement belle. Or, ce qui constitue la beauté de Dieu , c'est l'assemblage de toutes les perfections*: si vous lui supposiez la moindre négation de bonté , de justice, ce seroit l'œil crevé de la belle personne. Conséquent ment, il cesserait d'avoir cette beauté qui entraîne nécessairement l'amour.

Madem. BONNE.

Lady Violente nous a exposé, sans y penser, l'erreur des Quiétistes, qui, abusant des paroles prononcées par les Saints dans des transports d'amour pour Dieu, vouloient nous conduire à l'indifférencedu salut, sous prétexte de ne chercher que la gloire de Dieu indiffé*

t6 les américaines;

remment de tout intérêt propre. Diea nous a créés avec un penchant invincible à aimer ce qui est bon à notre égard , et avec un penchant qui n'a pas moins de force à haïr tout ce qui est méchant par rapport à nous , quand il seroit bon pour tout le reste des hommes* Ce penchant nous empêcheroit de l'ai* mer s'il nous avoit créés pour l'enfer ; et comme il l'a mis en nous, il ne pourroit nous en faire un' crime : il ne pourroit pas non plus exiger notre amour , faits tels qu'il nous a créés , s'il nous avoit mis dans la situation supposée par lady Méry. Or , cette situation qui n'est pas la nôtre, est celle des animaux si on les suppose raisonnables. Ces créatures posées dans une situation si terrible, que j'ai vu toutes ces dames en frémir; ces créatures \ dis-je, sont dans l'impossibilité d'aimer raisonnablement leur Créateur , qui assurément ne peut leur paroître aimable. Cette pensée fait horreur.

BELESPRIT.

Je vous l'avoue. Si je conservois mon ancienne façon de penser, je ne pourrois de ma vie manger d'aucun animal.

Je me rends donc. Que les bêtes "soient

tout ce que nous ignorons , qu'importe ? Toujours est-il sûr qu'elles ne pensent point. Je conviens , j'accorde que le système opposé ne peut être adopté par un homme persuadé qu'il y a un Dieu , quoiqu'il lui soit présenté et comme prouvé par les sens. A plus forte raison doit-il être rejeté par un chrétien'. J'ajoute et par un honnête homme, Le système de l'ame des bêtes tend à nous faire douter de l'immortalité de la nôtre, et y conduira toujours un bon logicien : il renverse donc toute morale , toute religion. Enfin, j'accorde qu'il est contraire à l'humanité, et que tous ceux qui s'obstineront à donner du sentiment aux bêtes, sont des monstres de cruauté, si, à l'exemple de Pythagore, ils ne renoncent pas absolument a se nourrir de leur chair et à vivre de végétaux plutôt que d'être les bourreaux de créatures pensantes. **

Midei, BONNE.

Vous avez renfermé en peu de mots, Monsieur, tout ce que nous avons dit à èel égard. Passons à un autre sujet. Nous devons parler aujourd'hui de la publication de la loi de Dieu, examiner la

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façon dont elle a été donnée. Nous con-î tiuueron.s ensuite de nous convaincre de la vérité de la mission de Moïse par ses actions, et nous examinerons si nous pouvons raisonnablement le regarder comme un ambitieux; car , je le répète, nous n'avons d'autres moyens de juger du caractère d'un homme que par ses actes. C'est la vraie pierre de touche, ce serait une témérité d'en juger autrement.

Ce fut un an après la sortie d'Egypte, que Dieu donna la loi à Moïse sur le mont Sinaï. Celte montagne fut vue de tout le peuple, environnée d'une fumée épaisse ; il en sortit du feu et des éclairs : on y entendit le bruit des trompettes et les éclats du tonnerre. Ce ne fut pas seulement une fois que Dieu apparut dans cet appareil terrible; Moïse retourna plusieurs fois sur la montagne j et une fois, entr'autres,ily resta quarante jours et quarante nuits. On s'accoutume a tout. Les Israélites, qui d'abord avoient été effrayés à la vue des phénomènes qui s'offroient à leurs yeux , s'y habituèrent bientôt; et à la vue de la majesté de Dieu, pour ainsi dire , ils demandèrent des

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dieux étrangers à Aaron, qui eut la lâcheté de leur fondre un veau d'or

qu'ils adorèrent/

BELESPRIT.

Voilà où l'histoire de Mpïse me devient extrêmement suspecte. Ou lespec-. tacle n'étoit pas aussi terrible qu'on le, publie, ou ce fait de l'idolâtrie des Juifs n'a point de vraisemblance. Nous ferait-on croire que nous fussions capables de tomber dans un pareil excès > daus un temps où nous verrions une de nos mon-, tagnes environnée de prodiges propres, à porter la terreur dans l'a me des plus déterminés? Non, nous serions tremblans, abattus : les scélérats même renoncéroient pendant la durée de ces prodiges à leurs pratiques criminelles : le contraire répugne à la nature de l'homme ,quî a horreur de sa destruction ; le plus intrépide tremble dans des circonstances beaucoup moins effrayantes.

MiDiH. BONNE.

Je vois, a Pair d'applaudissement qui paroît sur votre visage , que vous vous1 félicitez de votre objection. Le crime se commet difficilement, dites- vous, a la

vue d'un châtiment présent et qui frappé les seas. Malheureusement pour vous , des expériences passées sous nos yeux i pour ainsi dire, nous forcent de convenir du contraire. Au milieu des morts et des mourans , dans un temps ou l'on ïespiroit le trépas, pour ainsi dire , et ou Ton voyoit tomber les hommes comme les feuilles des arbres , dans le temps de la peste de Marseille en un mot , n'a-t-on pas vu commettre des crimes qui ré* voltent? Lady Violente , rapportea-nouS Ce que nous racontait l'autre jour cette dame de Marseille qui prit le thé avec nous.

LAi»t VïOLÉtïïÈ.

Cette dame , qui avoit eu la. peste ,' voulut , dans le temps de sa convalescence , aller autnoins a la porte d'une église pour y remercier Dieu. Elle se leva à quatre heures du matin , et en passant dans une rue écartée que la peste avoit rendue déserte, elle entendit chanter.

Surprise au dernier point , elle trouva à l'extrémité de cette rue quatre galériens , du nombre de ceux qui étoient chargés d'ensevelir les morts, qui , tenant le cadavre d'une femme, le faisoient

danser* Que dire des vols , des assassinats qui ont été commis alors dans cette ville frappée du plus terrible de tous les fléaux ? Le récit de ce qu'elle nous en dit nous fit dresser les cheyeux à la tête.

Madzk. BONNE.

Sans remonter si loin , nous pouvons nous rappeler ce quf s'est passé, il y a bien moins de temps , a Lisbonne. Je sais de la bouche de plusieurs Anglais qui y étoient présens , que le spectacle de cette ville , abîmée tout-k-coup , leur fit croire qu'ils étoient arrivés au jour où la machine du monde devoit se dissoudre. Le ciel qui étoit serein , fut obscurci tout-à-coup par une nuée de poussière qui s'élevoit des maisons détruites. On voyoit à ses côtés des hommes eitsevelissous des ruines : ceux qui fuyoient pour trouver un asile /voyoient écraser proche d'eux ceux qui couraient dans le même dessein. Les secousses du tremblement, qui se succédoient avec rapidité , ne finissoient pas si absolument qu'on n'éprouvât daqs leurs intervalles des frémissemens sous les pieds, qui faisoient craindre que la terre ne s'en-

tr'ouvrît à tout moment. D'un autre c^ôté le Tage sortaut de son lit , sembloit vouloir entraîner les malheureux restes de ceux<|ui avoient échappe au premier péril. Ce fut dans ces momens affreux qu'on trouva des hommçs assez impies, pour braver , pour ainsi dire , la puissance et la colère du TouuPuissant en «accumulant leurs crimes sous ses yeux:

-ils mettaient le feu à plusieurs etf droits, passoient soiis des voûtes ébranlées que le moindre choc pouvoit abîmer , pour jallér. piller et s'enrichir. Fâut-il s'étonjner après cela de ce qui arriva aux -Israélites? Que diriez vous, Monsieur, tii'orl vonloit vous faire accroire que ce x}u$$e passoit a Marseille et à Lisbonne ja'attodl jriea d'effrayant, puisqu'on y a commis desî crimes atroces , ce qui vraisemblablement ûe seroit pas arrivé sous Isa ryeux d^un Diçi* qui ûuroit ëù actuellezùeût la vengeance en niain?

» i : - . ladt lo-ui&e.

B faut avouer qu*Â-àron étoit un gran d -îâèW: auliëu df exporter lés Israélites à demeurer fidèles à Dieu , au lieu de leur représenter l'horrible crime qu*ils alloient commettre ,^et de leur dire qu'il

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etoit déterminé à souffrir mille morts plutôt que de le partager, il se rend le ministre de leur impiété et leur fait fabriquer une idole.

Je suis de votre avis, Madame. Après cette lâcheté, si Moïse avoit agi par ses propres lumières, il se se roi t bien donné de garde d'açsociçf à, $QU autorité un homme plus capable de faire échouer ses desseins , que de les faire réussir^

BELJESçniT, / ,. i

Il a v^jt \oùX àcxaindHe de son; frère jqux étoif sOli çopapiice * et quirr^eût pas manqtjé 4e : 4^ vdjle'raâi fourberie aux Israélites, s'il eut voulu le punir comme le mérjtoU/S3 lâcheté; Sp modération fut l'«ffet iîe^fr^teéfc.f »

PauvréJ VatsôBUéiiîenf , Monsieur I Mcfïse aVôir on moyen bien sur de s'affranchir de toute crainte* à cet égard • il pou voit faire périr sou lâche frère , et même s'en faire .ujnmérit^. auprès des Israélites, auxquels il eût fait accroire que c etoit par zèlé^pttbf la gîoirè de Dieu qu'il sacrifîoit ce frère chéri •

34 1LE* américaines;

' belesp-rm:.

Vou6 poussez les choses trop loin, Mademoiselle, ce fratricide n'étoit point dans le caractère de Moïse : on ne voit point qu'il fut féroce; au contraire , les lois qu'il donna au peuple comme de la part de Dieu , ne respirent que Mminanité et indiquent un cœur tendre.

MiBiK. BONNE.

' Vous oubliez , Monsieur, qu'une passion dominante parvient à dépraver le caractère le plus doux : l'histoire nous en fournit mille exemples $ mais vous trouves des exceptions aux règles générales, quand il s'agit de servir l'incrédulité : vous ne nous les passeriez pas sans de bonnes preuves , et vous auriez raison. Selon vous , Moïse é toit ^ comme l'on dit. à Londres , une bonne nature d'homme , qui mentoit, à la vérité, avec une grande intrépidité , sans que cela tirât à conséquence pour son caractère; c'était par charité pour ses compatriotes.

Mist DOROTHÉE.

* Voilà un singulier contraste dans le caractère de Moïse ! U sue sang et eau

LES ÂMiftlCAlNfeS. 45

pour faire réussir le dessein charitable qu'il a formé de rendre les Israélites honnêtes gens : son frère par sa lâcheté détruit presque son ouvrage , et Moïse est si bon , si tendre , qu'il n'a pas le coutage de s'ôtér par un fratricide un homme dont il a tout à craindre » et rien à espérer* C'est un agneau pour la douce ur;e t puii, dans le manient, cet homme si doux* commande- aux efifans deXévi de massa drer tout ce qu'ils trouveront sous leurs mains en traversant le camp. Quelle douceur.1 Son frèrerpouvoit fort bien attraper «n coup d'épée aussi bien que. seslconfiden& ; c^i* il devait en avoir un grand nombre. Ces hommes là 31e dévoient pas trop se fier à la débonaireté d'un tel homme qui en fait massacrer plusieurs milliers* t ;

' • "' \ •» BEtrÉSÊKIT.

^ Je ne vois pas pourquoi vous lui supposez un si grand nombre de complices j la politique lui défendoit de les multiplier,

: Maoeh. BONNE.

- Ou cette nuée, <:es feux, ces ton-

serres , qui pendant quarante jours en-

5<ï VES AMERICAINES.

vironncrem la ifeon tagne,étoient envoyés du Tout-Puissant pour marquer sa présence , ou ces soi - disant phénomènes étaient produits par 1 artifice de Moïse , qui, à l'aide de quelque composition, Qpéroit ces choses qui paroissoient si extraordinaires ; c'est-à-dire qu'il étoit un très-habile machiniste : mais il faut lui accorder un grand nombre de ma* iiowivres pour faire mouvoir ces ma»

chines, dont l'effet devoii subsister pendant quarante jours. Prenez le parti qui vous conviendra le mieux dans cette alternative ; vous ne pouviez le faire sans tomber dans des ktcoavéniens qui vous arrêteront toujours. Et que direzrvous du châtiment des trois familles de Coré , Dathan et Ahiron ? '

BELESPRÎT.

Si je vous dis ,. ^omme £>ien d'autres, que Moïse avoit préparé cette horrible tragédie , vous me trouverez encore des répliques que j'entrevois.1

Màdem. BONNE.

Assurément, Monsieur,; d'autant plus que ce châtiment est accompagné de circonstances qu'il est important ' de pejçr avec attention.

LES AMERICAINE*. SJ

Premièrement f il faut Remarquer que les rebelles s étant récriés su* le ministère d'Aaron , et le lui ayant disputé f Moïse ne remit. qu'au lendemain la déci-^ «ion de cette affaire.;.

Secondement , qu'il ne changea point la place du camp , el laissa les tentes où «lies étoient auparavant. Le peud'inter- Talle qui se trouve entre la faute et le châtiment ne lui permit pas de préparer sous la terre un goufre assez vaste pour ensevelir trois familles. D'ailleurs, la terre une ibis ouverte , comment eût-il pu la refermer sur-le-champ? el s'il ne l'avoit pas fait , n'est-il pas probable que quelqu'un se serait approche de cet abîme pour essayer de donner du secours a ces malheureux , dont les cris dévoient exciter la pitié 2

BÉt,ESPîUT*

Ohl çomr le coup, Mademoiselle, vous a'y pensez pas ! Moïse a voit eu. l'art de persuader h ces pauvres idiots que ces trois familles venoient d'être frappées de là main de Dieu même ; la terreur s'étoit «emparée de tout le$ esprits , et pal -a'eit osé douter de ce qu'il yeuoit de dire.

Midem.. BONNE.

Les Israélites étaient plus de six cents mille hommes capables de porter les armes; n'y avoit-il point dans ce grand nombre un seul esprit fort, qui prît la liberté de douter des paroles de Moïse j un seul qui se fût aperçu des préparatifs de cet acte sanglant ? Car enfin , comment peut-on supposer que ces fosses , qui dévoient être très-profondes, eussent été creusées à Tinsu de ce grand nombre de témoins oisifs , et qui n'étaient distraits par rien ? Cela n'est pas aisé à concevoir.

' » ' Miss DOR'OTHÉE.

', Il est si peu vrai que tous les îsraélites fussent atterrés par le terrible châtiment de ces rebelles , que cinquante des partisans de ces trois chefs de la révolte y persistèrent et forent dévorés par le feu ; fait que Moïse par ordre de Dieu éternisa , en prenant les encensoirs de ces; rebelles pour eil faire des plaques <jui furent appliquées sur l'autel. Ce second châtiment n'empêcha* point le reste •du pbuple de murmurer contre: Moïse et Àaron , auxquels on atlrihuoit la mort de ces hommes ; ces murmures cou**

tèrent la vie à quatorze mille sept cents Israélites qui périrent de mort subite : comment expliquerez-vous la mort de ces derniers ? Les regards de Moïse les faisoient-ils périr ?

Mabzh, BONNE.

Que d'autres prodiges nous aurions k vous proposer, Monsieur ! Direz-vous que c'étoit par un talisman qu'on étoit guéri de la morsure desserpens aussitôt qu'on jetoit les jeux sur le serpent d'airain? Ne sèroit-ce pas assujettir le Tout- Puissant aux élémens ou aux caprices des hommes ? Car il n'y auroit pas moyen d'attribuer ces guérisons à des causes physiques. Que direz-vous de cette lèpre dont Marie, sœur de Moïse, fut frappée au moment qu'elle eut osé insulter Séphora sa belle-sœur ? Je ne fini rois pas , si je v ou lois détailler un grand nombre d'autres prodiges : ce que j'en ai dit suffira pour convaincre les personnes raisonnables , et ne fer oit rien sur les extra vagans, qqi ne raisonnent point.

BELESPRIT.-

Vous nous avez promis de nous prouver que Moïse n'avoit rien du- caractère

<le l'ambitieux j je ne vous tiens pas quille de votre parole.

Mxdebt. BONNE.

Et ne,Tavons-nous pas déjà fait? Un ambitieux a pour idole la réputation y l'autorité, rétablissement de sa famille ei de ses enfaus. Rappelez-vous ce que nous avons déjà dit sur le témoignage que Moïse se rend à lui-même. 11 avoue nettement qu'il fut effrayé de la grandeur de l'entreprise qui lui éloit proposée, et qu'il s'en excusa long-temps y son .bégaiement lui tenait au coeur, et il en parle sans cesse. Ce n'est pas là le langage de l'ambitieux, qui étourdit tout le monde de son courage , et qui veut qu'on le regarde comme étant inaccessible à la crainte. Jélbro, son beau-père> lui dit en face qu'il manque de prudence , il en convient et se rend à son avis» Ce conducteur des Juifs avoit deux fils, il ne fait pas la moindre démarche pour leur assurer une partie de son autorité.

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