DE LES PRIT
Je vous ai déjà répondu que Moïse aimoit encore plus son ouvrage que ses fils , dont l'incapacité étoit apparemment
LES AMERICAINES. 3l
si décidée, qu'il comprit qu'ils ne pourvoient en aucune sorte conduire ce grand ouvrage à sa perfection.
^ Miss DOROTHÉE.
Moïse aime tellement son œuvre , qui!
lui sacrifie la fortune de Ses fils; Moïse aime si peu son œuvre, qu'il s'expose a la ruiner en mettant le sacerdoce dans la personne de son lâche frère. Voilà deux opinions sorties de votre bouche , choisissez, car elles ne peuvent être vraies toutes les deux. D'ailleurs , nous vous avons fait remarquer qu'ils étoient -capables de devenir riches , et il les laissa dans le même état que les autres Israélites. Convenez donc , Monsieur , que Moïse étoit un homme fait 'au rebours de tous les hommes , si vous ne voulez pas admettre qu'il agissoit par un ordre immédiat de -Dieu : je vais vous en donner d'autres preuves. Quel devoit être le plus vif de ses désirs ?
BELESPRIT.
Gélui de consommer son ouvrage.
Tout homme qui sacrifie tout pour parvenir à faire une entreprise conforme à
son goût, Va pas un plus grand désir que celui d'en voir la fin.
Miss DOROTHÉE.
Ne vous l'avois-je pas dit* qu'il étoit au rebours de tous les hommes ? Il avoit, à la vérité, la manie de comïnencer de grandes entreprises, et il manqua , je ne dis pas des moyens de les mettre à fin , mais de la volonté , et il céda toute la gloire de son entreprise à Josué qui n'étoit point son parent.
. BELESPRIT.
Il le fallut bien , puisqu'il mourut : sa modération a cet égard fut forcée.
Madem. BONNE.
Vous n'avez pas fait attention au texte de son histoire, Monsieur. Ce fut tout aussitôt après le retour de ses espions que Moïse abandonna , ou plutôt suspendit son entreprise j et au lieu d'avancer vers cette terre , l'objet et le prix de tant de travaux , il obligea les Israélites à retourner sur leurs pas , au moment qu'ils touchoient au terme.
BELESPRIT.
Si j'osois, je .dirois à mademoiselle
tCS AMERICAINES. 55
Bonne qu'elle n'est pas de bonne foi.
Elle suppose que ce fut Moïse qui empêcha les Israélites d'avancer vers la terre promise; et, tout au contraire, ce fut eux qui refusèrent de le suivre, parcç que le récit des espions qu'il avoit envoyés dans ce pays les découragea.
Leur chef, présumant qu'il ne seroit point obéi s'il vouloit les forcer à combattre, fit de nécessité vertu , en habile politique ; et pour ne pas commettre son autorité, il prévint leurs désirs, ou plutôt il s'y rendit.
Ladt VIOLENTE.
Si j'osois , à mon tour , je dirois poliment a M. Belesprit qu'il n'a étudié que très-superficiellement l'Histoire Sainte , sans quoi il n'a u roi t pas accusé ma Bonne de mauvaise foi. Vous confondez les teriips , Monsieur.
Madek. BONNE.
Le fait est tout autre que vous ne tous le rappelez, Monsieur; mais en le supposant même tel que vous le dites , Moïse eût pris quelques jours pour laisser au temps le soin d'évaporer leurs terreurs , comme il le fit en effe
Moïse , auquel vous accordez une si grande fiabileté , aurait prévu le repentir du peuple , el se seroit tenu tout prêt pour en profiler. Voila ce qu'auroît fait un Pyrrhus , un Alexandre , un César y et ce qu'ils ont fait plusieurs fois. La conduite de Moïse ne devoit avoir rien de semblable : il ne se conduit pas lui* même , il est conduit, et comment?
miss Dorothée vous Ta dit , tout au rebours des autres hommes , et d'une manière contraire à ses propres inclinations. Pour le bien entendre, Monsieur, il faut vous* rapporter ce qui se passa alors , et que vous avez oublié. Dites-ler lady Violente.
Lidt VIOLENTE.
Aussitôt après le murmure des Israélites , Moïse les assembla , et leur dit : Vous avez douté de la parole et de Ja puissance du Seigneur ; vous avez dédaigné la terre qu'il vous a promise j eh bien , vous ne la verrez jamais. Vouç êtes plus de six cent mille qui avez va les prodiges que Dieu a faits jusqu'à de jour en votre faveur , cependant vor.a n'en avez pas profité pour prendre en lui une aveugle confiance ; il vous en punira. Vous laisserez vos cadavres dans ce dç-
XESL AMÉRICAINE*. %£
Beri, et ce grand ouvrage sera exécuté par vos enfans : moi-même qui me suis rendu coupable envers le Seigneur à cause de vous , moi-même , dis-je , je terminerai ma vie dans ces déserts, et je ne verrai que de loin cette terre que je suis venu chercher avec tant de travaux, et dont je vous aurois mis en possession si vous aviez été plus fidèles.
fcELESPJUT.
Je n'avois point oublié ce trait , Mademoiselle , et il ne m'empêche point de croire que Moïse fit sagement de cacher son impuissance sous ce beau prétexte. Maïs , dans, le fond , il est naturel de penser qu'il frémissoit de colère à l$t vue de la lâcheté des Israélites, et qu'il eut voulu, a quelque prix que ce fût , être assez puissant pour les contraindre a fournir la carrière qu'ils avoient commencée.
Ladt VIOLENTE.
Vous chante^ victoire avant le temps; Monsieur. Ne vous ai*je pas dit quç vous confondiez deux circonstances différentes , que vous n'avez pas lues, ou que vqus avez oubliées. Voyons ce qui ,se passa ensuite , et qui est hiep propre
à prouver que Moïse suivoit une im* pulsion étrangère à ses propres lumières* Les Israélites rougirent bientôt de leur pusillanimité, et résolurent de réparer la faute qu'ils avoient faite. Ils demandèrent, avec les plus vives instances, qu'on les conduisît vers ces peuples qui leur avoient paru si redoutables. Je répète que si Moïse avoit été un homme ordinaire il eût profité die cette ardeur, et humainement parlant, elle devoit lui faire un grand plaisir. Point du tout ; il sait que tous les efforts des hommes sont inutiles pour annuller une sentence portée par l'Immuable ; il n'oublie rien pour ralentir le courage de ceux qu'il excitoit quelques jours auparavant , il les assure positivement que leur dessein ne peut réussir jusqu'à ce que tous ceux qui p assoient vingt ans fussent morts , il en excepta deux hommes , Josué et Caleb : ces deux hommes survécurent effectivement a cette multitude. Les Juifs rebelles, et qui avoient la tête dure, comme Moïse le leur reprochoit si souvent , les Juifs , dis-je , veulent éluder cet oracle } ils prennent les armes.
Moïse leur prédit qu'ils seront battus*, et ils le sont en effet.
Miss DOROTHÉE.
Tenez, Monsieur, ce seul trait me prouveroit que Moïse étoit inspiré. Un politique ambitieux seseroit bien gardé de leur, faire une telle prédiction , qui pouvoit abattre leur courage. Ce combat étoit le coup décisif; une fois battus, les Israélites n'a voient garde de s'exposer a un second combat. La prédiction qu'il leur fait est donc une preuve de sa sincérité, et de l'assurance où il étoit que Dieu lui a voit parlé. -Après cela , il arrange tout pouf ce projet qui ne le regarde plus j il voit approcher avec tranquillité le moment qui va le réunir à ses pères. Telle est l'occupation de ses derniers jours.
Ladt LOUISE.
J'ai relu hier au soir les derniers livres de Moïse , et j'avoue que je les ai lus a dessein de vous faire des objections. Cependant je puis vous assurer en conscience, que la conduite de ce grand prophète m'a paru telle dans ces derniers temps de la vie où il n'y a plus rien à dissimuler , qu'elle me paroit un sûr témoignage de la divinité de sa mission.
Laût CHAMPÊTRE.
Il me vient une petite difficulté, Madame : il me semble que vous lisez la Sainte-Ecriture à dessein d'en douter s'il étoit possible. Ne péchez-vous pas en cela contre la foi ? Nous devons croire fermement , sans aucun doute et dans le temps même que nous faisons l'examen qui nous rassemble , être parfaitement convaincues que la chose que nous examinons est certaine et hors de tout soupçon*
Ladt LOUISE.
Je vous prie de m'cxcuser, ma chère; mais ce que vous me dites me paroît un vrai galimatias. Qu'ai-je besoin d'examen , si je dois croire aveuglément ?
On diroit qu'il est question de l'alcoran qui doit être cru les yeux fermés , et qu'on ne peut examiner avec des yeux critiques, sans se rendre coupable.
Trouveriez- vous bon , si j'étois née à Constanlinople , qu'on me fît la leçon que vous venez de débiter ?
Ladt CHAMPÊTRE.
Non, Madame , parce que là on vous enseignerait l'erreur j ici c'est la
lis Âfe-xRiCAiirs*. 5g
vérité qui doit être crue sans examen.
On s'expose à la perdre en l'examinant.
Ladt LOUISE.
.Vous plaisantez , ma chère, et vous ne pouvez réellement avoir une telle pensée. Avez-vous oublié que notre entendement est fait ^>our la vérité, qu'elle le subjugue aussitôt qu'il l'aperçoit clairement. Vous dites qu'il est des vérités qui s'obscurcissent par l'examen , et moi je dis que c'est toujours parce que nous n'examinons point ou que nous examinons ma}, qu'elle nous échappe.
Miss CHAMPÊTRE.
Je conçois qu'il est prudent d^examiner , qu'il est dangereux de le faire.
J'ai là -dessus dans ma tête quelques conversations qui me troublent , peutêtre... mais ce n'est pas le moment d'expliquer ma pensée j continuez, je vous prie r cela viendra.
Ladt VIOLENCE.
Je ne sais si je ne la devine point celte pensée. N'est - il pas vrai qu'il faut être neutre pour bien faire un examen, et qu'il est dangereux de semé**
prendre , quand on y porte ses préjugés
et qu'on a un grand désir de trouver ce ,que l'on croyoit déjà ? Nous sommes convenues , au commencement de ces leçons , que nous n'avions jamais examiné les fondemens de notre foi , nous en avons pourtant uçe , ou, pour mieux dire, nous croyons sur la foi d'autrui , et cette foi nous a long-temps paru suffisante. Cette sorte de foi nous a paru douteuse j "nous avons voulu connoître par nous-mêmes, et voir si nous ne trouverions pas dans nôtre raison des motifs suffisans de croire : cette entreprise est bonne et louable ; cependant j'y trouve deux inconvéniens. Pour faire cet examen , il a fallu mettre de côté ce que nous croyions précédemment , et , comme je le disois , être neutre ; c'està-dire ne croire , ni affirmer , ni nier rien de ce que nous avons entendu dire. Si nous ne sommes pas dans cette disposition , nous sommes en danger d'être entraînées par le préjugé et l'inclination;
que si nous y sommes , il faut renoncer à être d'aucune religion en attendant.
N'est-ce pas là ce qui vous effraye , ma <;hère lady ? Vous n'aimez pas à voir ainsi votre foi suspendue.
Mrs s DOROTHÉE.
Quel mal peut-îi y avoir à suspendre sa foi pour un peu de temps , afin dé pouvoir l'affermir si elle est fondée ? Remarquez , Mesdames ,. que nous sommes convaincues de l'existence de .Dieu ; que cette vérité a entraîné celle de la nécessité d'un culte. Dieu ne peut pas être offensé des efforts que nous faisons pour découvrir celui qu'il nous a donné, pourvu que nous soyons dans h ferme résolution d'y adhérer aussitôt que nous l'aurons connu. Voilà ma disposition ,. j'y suis tranquille , je n*ai pas plus de penchant pour un culte que pour un autre : ce n'est pas à moi d'en choisir un , d'en forger un , ou d'adopter celui que les autres auroient forgé. Dieu assurément m'en a donné un auquel je suis soumise paravance,quoiquejeneleconnoissepas.
Voici mon acte de foi, car vous ne devez pas croine que je n'en aie point du tout. Mon Dieu , je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées quoique je ne les cpnnoisse point encore. Je les crois j parce que vous les avez dites ; je les crois comme vous les avez dites sans vouloir y rien retraii-
cher, y rien ajouter. Donnez-moi - vos lumières pour m'instruire , et votre grâce pour vivre selon ma foi.
Miss SOPHIE.
Voici la seconde fois que miss Dorothée nous eipose sa façon cte penser , ' et la seconde fois qu'elle me scandalise. Ne vous en fâchez pas , ma chère j mais il est vrai que je ne puis ôter de ma pensée que vous n'êtes pas, comme nous, de l'église d'Angleterre , c'esl-à-dire de l'anglicane.
Miss DOROTHÉE.
Si je n'avois jamais lu l'Evangile, et que je ne fusse pas convaincue de sa divinité , je voijs dirois simplement que j'adhère à l'Eglise que Dieu a fondée. Je suis un peu plus avaiïcée \ et comme jç me suis prouvé jusqu'à la démonstration , que Jésus- Christ est Dieu , je ne puis admettre de doute sur. cette vente qui me paroît claire comme un et un sont deux. Je ne crois pas à la divimle de Jésus, parce qu'on me Ta dit, mais parce que l'examen le plus exact m'en a convaincue. Dès -là que j'ai cette foi , il faut nécessairement que je veuille êlre
membre de l'Eglise que Jésus a fondée.
Je souhaite que l'Eglise anglicane soit celle-là , je l'espère même ; mais si je disois que je le crois, je serois nécessairement une menteuse ou une sotte *
Mis* SOPHIE.
Je ne vous accuse ni dé Fan ni de * l'autre , mais au moins êtes-vous la plus singulière créature qu'il y ait au monde. On diroit, a vous entendre, que nous ne sommes pas toutes dans l'Eglise de Jésus-Christ Qui resteroit dans uue église que l'on ne regarderait pas comme telle ? On en sortiroit bien vîle.
Miss DOROTHÉE.
Aussi n'accusé-je personne.de cette impiété. Passez-moi certains 'mots dont je vais me servir , ma chère ; on ne peut dans la dispute se piquer d'une scrupuleuse politesse, et perdre le temps à peser les termes qu'on emploie ; il en est qui sont durs et dont on est forcé de se servir : soyez sûre que je n'aurai point dessein de vous offenser.
Vous me dites que vous regarde» l'Eglise anglicane comme celle de Jésus- Christ } il faut nécessairement de trois
. choses Tune : ou que vous ayez pris celte persuasion dans un examen exact , ou que vous mentiez en disant que vous le croyez , ou crue vous soyez une sotte. Je ne vous accuse pas d'être la seconde de ces choses , c'est-k-dire une menteuse ;
. votre réponse m'apprendra si je dois vous regarder comme une sotte. Avezvous de bonnes raisons pour regarder l'Eglise anglicane comme l'Eglise de Jésus-Christ ? Pourriez-vous me dire pourquoi vous la préférez à uile autre , à la luthérienne , ou la presbytérienne , par exemple ?
Miss SOPHIE.
, Ces raisons, je ne les ai pas; mais mes parens et* les ministres qui m'instruisent , les ont : je les en èrois sur leur parole j quel intérêt auroient-ils à me tromper?
Miss DOROTHÉE. *
Vous dites que vos parens et les ministres qui vous instruisent ont de bonnes raisons pour regarder l'Fglise anglicane comme celle de Jésus-Christ.
En ce cas,ils ont raison d y êlre attachés, ils tiennent à la vérité ; mais vous qui ne
les avez pas , vous avez tort de porter un jugement décisif.
Miss SOPHIE.
Vous m'impatientez , je vous assure :
apparemment que vous aimeriez mieux que je crusse ma religion mauvaise, et que j'en changeasse ?
Cela «st bien loin de ma pensée , ma chère , je craindrois à présent de dire qu'une religion est meilleure que l'autre; car je ne l'ai point examinée, et par conséquent je n'en sais pas un root : ces choses-là ne se devinent point , on les cherche et on les trouve ; car Jésus* Christ l'a promis , et -en vérité la chose vaut bien la peine d'être examinée.
Vous dites que vos parens et nos ministres n'ont aucune raison de vous tromper yw confondons point, s'il vous plaît , ves personnes. Parlons des premières d'abord , nous verrons après cela ce que nous aurons à dire des secondes. .
Puisque jvqus croyez que vos pareris ont de bonnes raisons d'être anglicans, priez-les de vous les , communiquer , éi
Zj$ LES AMÉRICAINES.
prenez la peine de les peser : après cela vous croirez en personne raisonnable. Quant à moi, je ne soupçonne pas ma mère d'être lin grand docteur en cette matière : elle a pris sa foi toute faite chez sa grand'mère. Je sais, an en pouvoir douter, que ma grand'mère qui Itoit toute bonne et toute simple, te- «oit sa foi de la seconde main et la crovoit bonne parce que c'étoit celle de monsieur son père. Or, en conscience, celte espèce de foi ne peut me convenir; il m'en faut une qui vienae d'une conviction à laquelle je ne puisse mèrefuser Pour ce qui est des ministres ( et tous ce nom f entends les prêtres de toutes les religions), pour les ministres, dis-ie , ils me sont suspects , parce qu ils «ont parties et rie peuvent être juges ; et puis nous ne les tenons pas pour infaillibles. Je consens a écouter leurs raisons, ils doivent être plus éclaires que moi : ils sont les avocate , et Jésus; Christ seul sera mon juge. J'exammerai soigneusement ce qu'il m'a dit , je le
confronterai avec ce que ces Messieurs meditontiets'ilscontredisentrEyangile,
vous sentezbieh que je ne Tes croira pas
plus qu'elle.
Miss BELOTTE.
Je ne puis-dire de ma grand'mère ce que vous avez dit de la vôtre , Miss Dorothée : celle-là n'avoit point pris sa religion toute faite chez ses pareil*, elle en avoit changé j et comme c'était une femme de beaucoup d'esprit , je pense qu'elle l'a fait en connoissance de cause.
Miss DOROTHÉE.
J'ai eu l'honneur de la connoître, ma chère , et elle a eu la bonté de me dire les raisons de son changement. Elle étoit persuadée que pourvu qu'on crût en Dieu et eji Jésus-Christ , cela étoit suffisant; que tout le reste ne signifioit . rien , et qu'ainsi le bon ordre exigeoit <jue Von fut de la communion dominante dans le pays où l'on étoit né.
Voilà ce qui «occasionna son changement de religion*
tiDt CHAMPÊTRE.
C'est-à-dire, qu'elle étoit déiste., 11
me semble , nia chère Dorothée , que
vous Têtes aussi; et xfèft ce que. je
-puis .voos dire de plus doux : nombre
de gens iroient plus loin que moî > et soutiendroiènt que vous n'êtes plus chrétienne. Vous renoncez à votre baptême : car enfin vos parrains et marraines ont promis pour vous • que vous vous soumettriez: à l'Eglise anglicane dans laquelle vous avez été baptisée.
Miss DOROTHÉE.
* Si' on a promis Celte sottise pour rnor, je m'en dédis , et ne me crois liée qu'a l'Eglise de Jésus-Christ ; si c'est l'Eglise anglicane , à la' bonne heure.
Miss SOPHIE. ?
En* vérité ,• on ne peut pas tenir a ce discours : je vous iavertis que vous me scandalisez extrêmement , moi et ces dames; ". * •
Miss DOROTHÉE.
Dites-moi, ma chère: si par hasard ma tu ère étôit accouchée, de rnpti êix France, et que j'eusse été baptisée' dans une église et par un prêtre papiste \ trôuveriez-vous bon que^je regardasse cette. église comme celle, de Jésus- Christ, et que je m'y crusse liée?
., : , Mu$ SOPHIE.
Dieu m'en préserve , ma chère ; vous
ne pourriez vous empêcher de yoir que l'Eglise romaine est idolâtre j que par conséquent elle n'est et ne peut pas être l'épouse de Jésus-Christ, FEglisc qu'il a fondée. Cela saute aux yeux.
Miss DOROTHÉE.
Vous les avez donc bien perçans, ma chère , les miens ne voyent actuellement rien de cela j et la raison en est simple : je n'en aï aucune preuve, faute d'examen , et ce seroit une grande téjmériié à moi de décider pour ou contre avant d'être instruite. II est vrai que les ministres m'oiit dit que l'Eglise romaine est idolâtre ; les catholiques le nient» Voilà donc un procès établi dont je suis juge-née, car Cela me regarde immédiatement. Mais supposons que l'Eglise romaine soit idolâtre , et que j'y fusse née, j'y resterois en suivant votre principe, et je diroîs ; Mes parens et les, prêtres ont sans doute des raisons pour être de Cette Eglise , ils n'ont point d'intérêt -à me tromper* Je vous rends vos paroles , ipa chère , vous ne pouvez les récuser;
Miss BELOTTE.
Pour moi , je suis de l'avis de ma Ul. 3
5û LES AMERICAINES,
graud'mère ;• je vous laisserons aussi tranquillement dans celte communion que je le suis dans la mienne : nous sommes d'accord sur les points fonda?
mentaux , le reste ce signifie pas grand' chose.
Ladt violente.
Mais si cela étoit vrai, Madame, il fa u droit nous reunir; qu'en pensezvous , miss Porplhçe ?
Mis» DOROTHÉE.
Pouvez-vous demander mon avis sur une cbose que je ne puis savoir certainement , puisque je ne l'ai point examinée ? Voyez-vous , Mesdames , vous ne me débusquerez pas démon coin* Voulez-vous, miss Belotte, me faire croire que la foi qu'on a en commun, est suffisante pour le salut? Prouvez-moi que Jésus l'a dit ; alors je serai de votre avis, non pat une raison ou par une autre , mais seulement parce qu'il l'aura dit : jusques-là je n'en croirai rien. Je n'en disconviendrai pas non plus : que ferai- je -donc? je suspendrai mon jugement jusqu'à l'examen ; cela me paroît raisonnable.
t. ES AMERICAINES, Si
BELESFRIT.
Et à moi aussi. Mademoiselle Bonne a abandonné le champ de bataille, elle se tient à l'écart , et garde le silence ; c'est le lot de s Papistes, qui fpntvceu de, croire saris examen tout ce que disant le Pape et les Prêtres , et auxquels on défend de rien examiner : il ne leur est pas même permis de lire l'Ecriture , el je ne sais par quel hasard elle la sait si bien. Je m'étonne qu'on ne lui ait pas interdit cette lecture.; à coup sûr on lui imposeroit une rude pénitence si elle s'en confessoit : il faut, sur la foi de ses Prêtres , qu'elle nou* croie damnés s^ns examiner si notre doctrine est bonne ou mauvaise. C'est un reproche que leut fait un très-habile ministre en répondant à un mauvais ouvrage qui a pouf titçe : Préjugés légitimes contre hi Protestons*
Midem. BONNE.
Il est temps , Monsieur , que je rompe le silence; je le gardois pour laisser à ces Dames la liberté de s'exprimer et n'être' point accusée de chercher à faire pencher la balance : actuellement ce sir
5% LES ÀMÉRICÀI W ESÏ.
lénce seroit scaudaleux : on nous calomuie , je suis forcée de nous défendre. Non, Monsieur, les Papistes, puisqu'il vous plaît dé les appeler ainsi, ne font point voeu d'une obéissance stiipide , ils peuvent tous les jours examiner, et examinent les fondemens de leur foi j s'ils se soumettent, c'est. après s'être assurés que Dieu a parlé. Nous ne croyons pas que le Pape , hï aucun des membres de liotre égïisc , soient infaillibles en leur particulier: mais nous croyons que notre église l'est. Nous ne le croyons qu'en con* séqùçnce de l'examen. Non-seulement ôiî'nous le permet cet examen , on nous exhorté même a le faire, et nous avons, à'fcO qu'on m'a assuré, des ouvrages exceljens sur cette matière.
:Est-ce qne.vous îi'avez pas lu vousmême ces sortes de livres, ma Bonne ?
»ii»^.: botoe;
Non , ma - chère. Ma méthode est de chercher à couuotCre la vérité par la voie que nous avons suivie; comme elle m'a «suffisamment convaincue; je* nj'y suis bernc;e. Ju continue à répoudre à 'Mou-
LES, ÀMÉJUC AIPfBS. So
sieur. Loin de nous interdire la lecture de TEcrhure-Sainle , on nous la lit-, oti nous recommande de la lire. Vous me contesterez ce que. j'avancç ; car vous vous piquez de savoir mipux que nousmêmes ce qu'on nous permet. ou défend:
je ne vous répoudrai pas sur l'heure ^ parce qu'il faut suivre noire sujet , et achever de prouver la divinité de Ja révélation j mais celle réponse n'est que retardée, elle .yi^ndra * son temps, aussi bien que la /réponse ,au ministre gui a écrit contre les .préjugés légitimes, etdont.il n est nécessaire de lire que la préface; on y voit qu'il fait deux volumes pour combattre un fantome qu'il s'est forge, et détruire un^c opinion que nous n'avems pas. Il doit être question de Moïse h présent, et non des papistes, qui ne craignent pas d'être accusés de sottise par ceux qui les connoissent, et qui se moquent de ceux qui ne lès cOBnôïssantpâi1; ou ne Jes connoissant que sur des ouï-dire, se mêlent de raisonner sur Leur compjte.
BEI/ESPRIT. U -l ?
- ' •••/..♦ ** irt mu
Vous voilà bien sérieçsentti#jac£jf&,
54 ^2* A JïÉRiC AÎ-nes.
Mademoiselle : j'ai été trop sincère , je le vois. "
MibiK. BOSSE.
Deux faussetés en quatre mois : d'abord, je rie Suis pas fâchée; s'il falïoit que je le 'fusse toutes lès fois qu'on déraisonne, je le serois trop souvent. C'est avec Je plus gtand sàng-froid du monde que j'ajoute que vous confondez les lermes1 :(êïre sincère, c'est dire une vé-
' , t1U'6p sà^ et 9u'on croit être obligé de faire bonnoïtré pour procurer un bien . Assurer coin'me vraie une chose dont on n'est' pas sûr , c'est être téméraire. Dire, sans besoin', une vérité désagréable, c'est être imprudent, étourdi , peu charitable; " ' -
■ BËLESPRIÏ\
Et/vîte, reprenons noire ancien sujet,
celu^cÀttf. ^'^.pas Favorable : si nous ; devons 'y revenir uu jour, que ce soît .avec mpcîé.ratïon, je vous prie.
Quiien a-ttumqné^ Monsieur? Je n'ai pas insulté a voire foi : respectez lamienne , et n'en jugez qu'après vous en être bien instruit.
Nous en étions au discours que Moïse fit aux Israélites avant sa mort , et lady Louise les trouve si bèàtlx , qu'elle leà régarde cbftimè une jsrfeuvé dé la divinité de ià mission. Effectivement on y Voit jàn homrrite pénétré de là jgrahdeur de Dieu , du néant de la créature , de l'étroite obligation où elle est dVdorér , d'aimer , dé servir soti bienfaiteur. Combien de fois leur répète-t-il leurs obligations à Cet égard? Combien Ifes motifi d'ôbéissâricé «Jii'il présenté aux Juifc Sont-ils pùissans ? Et nous devons remarquer qu'qn de ces motifs , et celui auquel il revient le plus soiiyen* ^ 6ft tiré dès prodiges qu'il à Opérés en leur favétiï , dont leurs yeux ohi été témoins. Cëi prbdiges que vous avez Vus, leufr dit-il , répétez-les au* enfàhis qui naîtront dans la terre pcetûise , et qui n'auront pas eu l'avantage de les Voir opérer. Ensuile Moïse fit prêter aux Juifs le serment le plus sacré ^le plus terrible et Je plus solennel , d'être fidèles à Dieç. 11 fait ensuile écrire et leur sortie d'Egypte , el les miracles qui l'ont accompagnée et suivie : il fait aussi écrire ses exhortations , leurs serment
et les lois qu'ils se sont obligés d'observer. Il ne se ménage point la liberté d'insérer des mensonges dans ce livre en l'ensevelissant , pour ainsi dire , entre les mains de quelques personnes; c'est un livre que chacun est obligé de lire ou d'entendre lire : les pères doivent en instruire leurs enfans ; il veut que le monde s'en occupe le jour ^ la nuit, en prenant ses repas , en marchant. Estce là , Monsieur , la conduite d'un imposteur ? Un homme qui rapporte tout à Dieu, rien à lui, peut-il être traité d'am-. bitieiix ?
BELESPRIT. ,
J'aurois bien une remarque à faire sur ce que vous venez de dire j le puis-je sans cainte d'être appelé téméraire , imprudent, étourdi?
Màdem. BOWjSE.
Est-ce que je parlois a vous , Monsieur ? je croyois n'en vouloir qu'a ceux qui parloient mal-a -propos : ma critique vous regardoit-elle ? Au reste, je vous offre une entière sûreté sur ce que vous voulez m'objecter, il faut éclaîrcir parfaitement votre sujet avant de le quitter.