‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 28 sur 28 · CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

CHAMPÊTRE

J'ai îtt en France un livre qui tencloit a prouver que l'église pouvoit se trouver dans le petit nom bre des évêques. Il y avoit un tgrarrd passage d'un certain Vincent de Lërfrrs , que les catholiques regardent , dît -on, comme un grand homme , qui sembloit dire lt contraire

LES AMÉRICAINES. \i*j

de ce -que vous venez d'avancer, J'avois cru cet homme sur sa parole.

Madem. BONNE.

Il est bien aisé , ma chère , d'en im* -poser aux femmes 9 aux ignorans, et aux personnes inappliquées. Nous n'enterrdons pas les langues morles , comment nous assurer que les traductions sont fidèles ? Les gens du monde sont dans le même cas ; ils ne veulent passe donner la peine de vérifier lespassages , et ne soupçonnent pas qu'un auteur ose impunément falsifier. J'ai ouï-dire qtie quelqu'un faisant remarquer à Mézeral qu'il falsifioit la vérité., il répondit : Quî s'en apercevra? Qui se donnera la peiné d'examiner ? Sûrement Fauteur du livre dont vous parlez a fait Je même râisonnement , et a dit en lui-même t De cent personnes qui1 me liront,' îl y en aura quatre-vingt-ueize qui mu croiront sur ma parole : le petit nombre dés . personnes exactes, qui s'apercevra, de p^a tricherie, 11e sera pas cartable de {d4~ tromper les autres.

Le RABBIN.

Découvrez-nous donc en quoi consiste

celte tricherie, et dites-nous comment tous n'en avez pas été la dupe.

Màdeh. BONNE.

L'auteur de cet ouvrage a perdu sa vocation 9 il étoit né pour être fripier. Les fripiers sont très - habiles à vendre des habits de pièces et de morceaux gai sont si adroitement recousus qu'on n'aperçoit pas la couture. Voilà justement ce qu'a fait l'auteur en question . Ce grand passage dé Vincent de Lérins est un ouvragé de friperie, composé de lamieaux si artistement liés , qu'on les croit tout d'une pièce ; c'est-à-dire, Mesdames, qu'il a pris plusieurs passages de Vincent; à l'un, il a ôté le commencement, à l'autre la fin, moyennant quoi il a fait dire à ce grand personnage tout ce qu'il A voulu. En suivant cette méthode, on trouyeroit l'alcoran dans la Bible.

Ladt MÉRY.

Mais quel peut être le but de tous ceux 'qui soutiennent l'Eglise dans le petit nombre des évêques ?

Madbm. BONNE.

Ne l'avez - vous pas compris, ma

chère? L'Eglise , dans le petit nombre des évêques est l'Eglise invisible. On ne peut nombrer les hérésies qui se sont élevées depuis Jésus-Christ; nul hérésiarque qui n'ait eu quelques évêques dans son parti, et qui n'ait dit que l'Eglise étoit concentrée dans le petit nombre de ceux qui suivoient sa doctrine; 11 est donc très-important pour les hérétiques d'établie cette opinion, et aux fidèles de prouver qu'elle est fausse.

J'avois oui soutenir l'Eglise dans le petit nombre des évêques, et ma foi n'eu a voit point été ébranlée ; un ecclésiastique très - grossier , et passablement ignorant, m'a voit donné il cet égard un préservatif infaillible.

Xadt LOUISE.

Voudriez-vous nous donner ce préservatif?.

Ma de m. bonne. '

De tout mon cœur. Je suis née d'un père homme d'esprit, mais qui n'ayant jamais fait une étude particulière de la religion , étoit facile à tromper j il le fut. Je l'en tend ois canoniser, dans mon basâge r des gens rebelles à l'Eglise; je u'étois

pas obligée d'en savoir plus que lui ; 3 crioit contre le pape et lès évêques, j'étois son écho. J'avois même pris cette affaire si sérieusement à cœur , que je ne pouvois voir un ecclésiastique sans l'inciter à la dispute. J'avois treize ans, lorsqu'on annonça un jeune bomme qui étoit au séminaire "pour prendre la prêtrise ; il se nommoit Drouin ; il étoit de Dieppe , ville presque toute peuplée. de pécheurs , de matelots, de gens de mer y c'est - à - dire d'hommes extrêmement grossiers. Pour vous peindre M* Drouin en deux mots , il eût été digne d'entrer dans le collège des apôtres, 'vous entendez dans quel sens. Je ne laissai pas , selon ma coutume , de lui demander ce qu'il étoit. Fils de l'Eglise vtne réponditil j je n'entre pour rien dans les disputes qui l'agitent, et je dors tranquille dans la barque de saint Pierre.

Mais , lui dis-je , si par hasard vous suiviez Perreur', auriez - vous raison d'être si tranquille? Ecoutez ^ Mademoiselle, tne dit-il, nous sommes de deux sentimens dlfférens , et par conséquent un de nous deux a tort, cela est clair comme le jour j malgré cela je

dois être tranquille , fet vous devez avoir peur. Supposez que nous mourions tous les deux aujourd'hui', et que nous soyons présentés en même temps au jugement de Jésus-Christ, je lui dirois , moi : Mon bon Dieu, vous avez mis dans Pévan* gile : Tu es Pierre ,■ et sur cette pierre f établis mon Eglise , contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. Moi qui sais que vous n êtes pas un menteur , j'ai obéi à cette Eglise fondée sur pierre, et j'ai dit en moimême : si je me trompe, c'est Jésus qui m'aura trohipé ; c'est son affaire et point la mienne : je sais bien qu'il n'auroit pas le cœur de me damner pour lui avoir obéi. Vous voyez bien, mon bon Dieu, que je ne pouvois raisonner plus juste. Mais si c'est vous qui ^ôuS ' êtes trompée , Mademoiselle , ma foi, vous aurez la gueule morte. Que lui diriez -vous? Tels et tels étoient de fort honnêtes gens , je les ai crus. Eh ! mais , vous répondra Jésus , vous avois*je dit de les croire ? Poûviez-vous penser que je manquerais a ma parole ? Je vouS avois montré la place où je fondois mon Eglise ; je vous avois juré qu'elle

ne tombèrent jamais dans l'erreur ; qufc von Ijez -vous de plus? Vous avez été une impertinente . de ne pas croire en ma parole , et de vouloir habiter dans une maison sans fondement : retirez-vous d'ici , vous n'êtes pas mon enfant ; vous avez désobéi à mon Eglise, je ne vous eonnois pas»

Malgré les termes burlesques de ce raisonnement que je vous ai rapporté mot pour mot, il me -parut sans ré* pliquej et toutes les fois que j'ai eu des tentations contre la foi,, je me; le sui$ rappelé. Je m'exprime pal ; je xtev>ois dire toutes les fois que j'ai entendu atta* quer la fol; car depuis quarante-trois ans que ceci est passé , je n'ai jamais eu une tentation contre la foi. Je ne douterai de l'infaillibilité de l'église qu'au moment où Ton pourra me prouver qu'il n'y a point de. Dieu. Or, cela est impossible.

P L* CALVINISTE

Je ne vois en aucune manière que ces deux choses soient conséquentes l'une de l'autre.

Le RABBIN.

Je vous l'ai déjà dit , Monsieur, et je

vais'vous le répéter , la chose est claire. S'il y a un Dieu , c'est un Etre infiniment parfait. S'il est infiniment parfait , il d fait l'homme pour sa gloire ; la justice qu'il se doit à lui-même l'exige: il a fail l'homme pour être heureux; sa bonté l'en sollicitait. Sa sagesse lui die toit qu'il ne pou voit être aimé de l'homme sans en être connu ; que l'homme étoit inoa* pable de s'élever par lui-même à la connoissance de &n auteur et du culte qu'il lui doit. Il falloit donc une révélation* Dieu k qui l'avenir est toujours présent « a prévu qu'il y auroit de fausses ré relations; donc sa bonté l'a engagé à don* ner à la sienne des caractères si clairs > qu'on ne peut s'y méprendre, et il l'a fait. La divinité de sa doctrine, les prophéties, les miracles opérés par .Moïse* tout nous annonce que Dieu a parlé. Il nous avoit promis quevson fils.devoit s'incarner dansun temps précis : ce temps est passé ; donc ce fils est venu. Toutes les circonstances de 4a vie et de la mort du Messie étoient prédites : Jésus les a accomplies ; donc Jésus est le Messie promis. Ce fils de Dieu nous a ptomis la vie élerpelle , à condition que nous se-

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rions baptisés et aurions la foi ; donc il n'est pas possible d'aller au ciel sans la foi. Jésus, en nous ordonnant d'avoir la foi , n'a pas pu nous imposer la nécessité de croire des choses fausses ; donc c'est la vérité que nous devons croire. Jésus, comme Dieu , a prévu qu'on interprète* roit son évangile en cent manières différentes : or U ne peut y avoir qu'un er explication qui sort bonne ; donc il a voulu que nous foséiou^wompés , ou H noua a donné l'infaillibilité pour ne point nous méprendre sur le vrai sens de l'Ecriture, ou bien il a placé son infaillibilité dans une église visible que nous pussions écouter et consulter. Le premier de ces desseins eut été contraire à fia bonté. L'expérience nous apprend qu'il n'a pas fait le second, sans quoi il n'y au roit qu'un sentiment parmi les chrétiens: il y en a mille ; donc chaque homme n'a pas l'infaillible moyen d'entendre l'Ecriture ^doiic il a fait le troisième, c'est-a-dire qu'il a établi un tribunal pou r expliquer le sens de l'Ecri ture. Ce tribunal , il nous a dit qu'il le pi a coi t dans son église, qu'il fondoitson église sur Piçrre. La voilà Visible, et cela étoît

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nécessaire ; car une église cachée et rien, c'est la même chose pour. nous. Je le répète, il faut que nous puissions la consulter dans nos doutes et la fcroire dans ses décisions.. C'est aux apôtres et à leurs, successeurs qu'il a dit : Qui vous écoute m'écoute. Ce sont donc les éyêques successeurs des apôtres que je doÎ6 écouter; car si on dit qu'ils ne sont pus l'église , chaque secte s'écriera : Elle est chez nous j çt moi, pauvre juif, je ne saurai où la prendre. Voilà , Monsieur , une chaîne depuis cette vérité: Il y a un Dieu; et cette autre; V église est fondée sur Pierre. Voilà, dis-je, une chaîne dont tous les anneaux sont si étroitement liés , qu'on - ne peut en ôter un sans la dissoudre. Àvez-vous quelque chose de solide k objecter à cela?

Ls CALVINISTE.

Oui , Monsieur , je vais faire une chaîne à mon tour. L'église romaine est devenue idolâtre : donc elle n'est pas l'église de Jésus*Christ. Elle a corrompu son é van» gile par de fausses interprétations. Elle a substitué la tradition des hommes à l'Ecriture sainte. Pour empêcher ses çnfans de reconnoïtre ses erreurs , elle

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leur a arraché les saints livres des mains. Elle a , de son autorité, inventé cinqsacreniens, quoiqu'il n*y ait que Jésus-Christ qui ait droit d'en faire. Elle a ruiné la médiation de Jésus-Christ^en lui associant les Saints. Elle adore non-seulement la croix, les images, mais encore le pape. Elle a rainé la discipline par les indulgences et l'absolution* Elle a substitué le mérite des œuvres à la justification qui vient de la foi. Elle a chargé les chrétiens d un Jougplus pesant que celui que portoient les juifs, par Lp célibat des prêtres, le carême , les jeûnes , les mortifications. Elle a ruiné la société en lui arrachant une infinité de membres qui se consacrent a l'oisiveté, à la débauche ou au désespoir. Elle a trouvé moyen dé dépouiller les familles , en inventant le purgatoire, les messes , et mille autres cagotèries. Elle est devenue persécutrice, et a renouvelé les cruautés des Dioctétien et des Néron. Les éyêques, qui.se disent -successeurs des apôtres, ne respirent que l'orgueil , le faste et la superbe. Le soir disant successeur de Pierre a foulé aux pieds les têtes couronnées , s'est dit le dispensateur des couronnes ;

en uçr mot , s'est revêtti de tous les caractères del'Ante-Christ. Je vous dis en gros ce qui m'est venu dans l'esprit , l'examen m'en produira davan-?

tage ; mais en voilà assez pour prouver qu'elle n'est pas l'Eglise de Jésus.

Li.DT LOUISE,

Je vous ai pourtant ouï dire qu'on* p,eut se sauver dans cette Eglise : le moyen de le croire , si vous dites vrai ! Au reste, retranchez de cette kirielle de reproches ce qui regarde le mérite des œuvres, les indulgences et i'ab-r solution ; mais, ma Bonne a si bien justifié son Eglise à cet égard , qu'il y auroit de l'injustice à y revenir.

MiDi¥. J30NNE.

Conclue? hardiment , ma chère , que , si ce que Monsieur vient de dire est vrai, on ne peut se sauver dans notre communion. Oh.! monsieur le Rabbin , vous paroissez pencher pour l'Eglise ro«? maine ; preness-y garde , au moins , les accusations de Monsieur sont graves :

s'il peut les prouver, je renonce au ca-» tholicisme. Nous verrons cela la pre-»

mière fois,

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