M A DE M. BONNE
Reprenons notre sujet. De l'aveu de Monsieur , un concile 9 pour être libre, doit laisser à tous ceux qui le composent la liberté de dire leur avis , et ils ne doivent pas y être contraints , ni par promesses ni par menaces. Examinons celui de Riftiini , d'après cette définition ; mais je dois vous parler auparavant de la chute d'Osins et du pape Libère.Vous voyez que je ne cherche pas à dissimuler ce qui est désavantageux à la cause que je défends. Au reste , Mesdames, \e ne me pique pas de chronologie , je dirai les faits comme ils se présenteront à ma mémoire , sans observer les dates , que j'ai oubliées : je me pique seulement d'être exacte sur les faits.
Saint Athanase , comme je vous l'ai dit , ctoit odieux aux ariens, à cause de la fermeté qu'il avoit eue à soutenir Je mot de consubstantiel dont il ne se départit jamais : les évêques d'Egypte rfui voient son exemple j on crut 'qu'il seroit aisé de les réduire, si on pouvoit \*$ séparer de leur patriarche. On accusa
LES AMERICAINES. 5c)5
donc ce grand saiul de plusieurs crimes. On l'accusa d'avoir empêché d'apporter du blé à Constantinople , ce qui éloit blesser Constantin dans un endroit sensible; d'avoir tué un évêque nommé Arsenne ; d avoir employé sa main droite , qu'il avoit coupée , à faire des maléfices, et on produisent cette main; d'avoir fait renverser un autel , briser un calice , et battre un prêtre ; d'avçir éoustrail les aumônes dont il étoit dépositaire. Constantin , après avoir écouté ces calomnies qui regardoientles mœurs de saint Athanase , avoit reconnu son innocence , et l'avoit rappelé ( car il l'avpit banni ). Les ennemis de la foi renouvelèrent ces ridicules accusations, et accumulèrent assemblées sur assemblées, qu'ils nommoient conciles , autant pour faire condamner Athanase que pour étendre leurs erreurs, Dans un de ces prétendus conciles, on introduisit une femme qui demandoit justice avec de grands cris, d'une violence que lui avoit faite le saint évêque. Son diacre, par uue présence d'esprit admirable, s'approchant d'elle, lui demanda comment elle osoit soutenir qu'il l'avoit
insultée? Cette misérable , qui ne connoissoit pointsaiot À thauase, apostropha le diacre, el soutint qu'il étpit coupable du crime dont elle raccusoît ; ce qui fit rire. On la chassa ; mars on ne voulut jamais , comme le saînl le demandoit , l'interroger pour saVoir qui Pavoil engagée à celte calomnie.
On étala ensuite ïa main u'Arsenne ; mais dans le temps qu'on agçravoit le crime qu'Athanàse avoil commis en tuant cet éveque , îlparnt dans le concile avec ses deux mains. Le prêtre qu'on l'accusoit d'avoir maltraité , signa lui-même qu'il n'a voit jamais eu ce caractère , qu'il n'avoit jamais offert le flâcrifice j que le prêtre : que saint Athanase avoït envoyé vers lui , Pavpît trouvé malade dans son lit, et ne lui âvoit fait aucune violence. Enfin , le clergé d'Alexandrie, el le peuple qu'on disoit qu'il lyrannïsoit , protestaient qu'ils n'a voient aucun sujette se plaindre de lui", et traîtoient de calomnie tout ce qu'on disoit au contraire. . *
List VIOLENTE.
Esl-ce après toutes ces preuves de
LFS AMÉRICAINES. 5<j5
l'innocence d'Athanase qu'on continua de le poursuivre ? Cela seroit ridicule.
Midem. BONNE.
Je l'avoue , ma chère 5 mais cela n'en est pas moins vrai. Constantius avoit succédé a Constantin, et éloit gouverné par des évêques arieus , d'autant plus dangereux qu'ils feignoient d'être orthodoxes ,el envelof>poient leur venin sous des paroles équivoque*. 11 fit condamne? saint Athanase pour ces calomnies si bien démasquées , et persécuta tous ceux qui refu^oicnt de souscrire auat confessions de foi qu'il t multiplia ; car quand on a abandonné la foi et l'unité , ou change tous les jours. Osius , âgé de plus de cent ans , et évéque depuis soixante, éprouva une prison de. plusieurs années , et des >traitemens si crue h , que son esprit s'affoiblit aussi Lien que sou corps , et il signa une.de ses confessions de foi* , Mais dç retou^ dans son église, il protesta contre, 1? violence , demanda pardon du scandale qu'il avoit donné , et mourut très-catholique. Il ne fut pas Je seul maltraité ; plusieurs, fatigués de la persécutipi*^
Z§6 les américaines;
signèrent la condamnation d'ÀthanaSe ( non comme hérétique, mais comme criminel ); d'autres furent mis en prison ou envoyés en exil, entr'autres saint Paulin ,.évêque dç Trêves , qui y mourut cinq ans après.
BELESPRIT.
- Les évêques de Trente avoient-ils à craindre rien de pareil ? Cependant Monsieur le Calviniste prétend qu'ils n'étoient pas libres , et veut nous faire croire que ceux qui vivoient sous Cous»tantius l'étoient. Cela me paroit injuste.
MiDEtf. BONNE.
. Cependant, Monsieur, c'est de la chute de quelques évêques maltraités , ou qui manquoient de lumières , qu'on prend droit de dire que l'univers étoit arien*
Lz RABBIN. • -
* Qu'èntendez-vous en disant que les éyêques manquoient de lumières? N'a- Voîent-ils pas l'assistance du Saint* Esprit.
Madzi. BONNE.
* 'Oui', a Nicéé^ qui! étoit un concile «légitime • mais dans la.pl qpart de ceux
qui suivirent , qui n'étoienl que des conciliabules où présidoîent des hQmmes excommuniés , comme ariens, on ne devoil pas attendre l'assistance du Saint- Esprit. Ce n'étoit pas là l'Eglise avec laquelle Jésus-Christ a promis qu'il seroit jusqu'à la consommation des siècles, et contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. Ces assemblées ne pouvoient être légitimes que par l'aveu du plus grand nombre des évoques , et cet aveu leur a toujours manqué , parce qu'elles étoient opposées à la foi de Nicée , que tous les évêques d'Occident gardoient, que saint Alhanase et les évêques d'Egypte souteuoient, pour laquelle le plus grand nombre de ceux qui avoient consenti à la suppression du mot consubstantiel , auroient donné leur vie. Aussi voyons-nous que dans ces assemblées , lorsqu'on voulut .parler de la foi, le plus grand nombre des évêques s'écrièrent : Ce qui regarde la foi , est une affaire finie à Nicée ; il ne doit être question ici que des crimes attribués à Alhanase. Parlons du pape Libère. 4
Os pape, persuadé de l'innocence
d'Athanase, parce qu'il avoit été justifié àJRome dans un concile tenu sous le pape Jules, pressa l'empereur Constantius , qui etoit à Milan , d'y faire assembler un concile pour terminer les disputes entre les évêques d'Occident el ceux d'Orient : ces derniers le demnndoicnt aussi pour faire condamner saint Alhanase. Remarquez qu'ils n\> soient le traiter d'hérétique , crainte de se démasquer eux-mêmes ; c'étoit en conséquence des anciennes accusations tant de fois réfutées. Le pape avoit eu* voyé trois évêques à ce concile comme ses légats; on les empêcha d'y entrer pendaul dix. jours; et lorsqu'ils y furent admis , on leur proposa U coudamnation d'Athanase. Saint Eusèbe de Verceil dit qu'il falloit d'abord s'assurer de la foi, et proposa de souscrire le symbole de Nicée : f évêque de JtfiUn voulant le faire, Valons de Mur ce, arien, lui arracha le papier et la plume d'entre les mains. Le peuple ayant appris cette violence , murmura beaucoup, ce qui engagea l'empereur à faire quitter l'église où se tenoit l'assemblée pour passer dans 6on palais. Ce fut la que ce prince
LES AMERICAINES, Z(jg
eut l'audace de vouloir expliquer la foi, par une lettre qui lui avoit été comjraudée d&h& un sowge. Les légats lui répondue que la fV>i sur la divinité de Jésus avoit toujours été constanlej qu'a Nicéc on n'avait fait que fixer les termes dont il falloit se servir pour lfexprîaier,et qu'il falloit condamner Àriiis, L'empereur, leur répondit qu'il étoit catholique , ; qu'il né leur demandoit pas conseil, et qu'il suivrait Ariùs s'il le jugeoit à-propôs; cependant il n'iusis* toit que sur la condamnation d'Àthanase. Trouvant trop de fermeté dans les légats , il tira son épee contr'eux , conv manda d'emmener quelques évêques au supplice, puis se rétracta , et les bannit. Ursace et Valens , évêques ariens', en firent fouetter quelques-uns; des soldats entrèrent jusques dans le sanctuaire pour arracher de l'autel des évoques qui s'y étoierit réfugiés.
Mis* POROTEÈE,
Oh ! pour cela , Monsieur, en suivant vôtre définition , on ne doit pas compter ce qui se fit dans cette assemblée y elle n'éloit pas libre* -
Midem, BONNE.
Libère félicita les confesseurs de la foi, et ayant été tenté lui-même par un des favoris de l'.empereur, il résista courageusement aux louanges , aux présens, aux menaces qui lui furent faites. Enfin, il fut enlevé de nuit, parce qu'on craignoit d'exciter quelque émotion parmi le peuple , qui aimoit ce pape.
Le CALVINISTE.
Dites plutôt l'évêque de Rome, Mademoiselle. H n'a voit , non plus que son église, aucune prééminence sur les autres. C'étoit Tan 355, temps dans lequel l'église romaine n'a voit point encore souillé sa pureté par les titres pompeux qu'elle a affectés depuis.
Madei. BONNE.
Je ne me pique pas d'être savante , Monsieur, mais du moins je sais l'histoire. Ammien-Majrcellin , historien de ce temps ,e4 dont l'autorité ne peut vous être suspecte , puisqu'il ctoit païen , se sert de ces mots : l'empereur désirait ardemment que la condamnation d' Athanasefât confirmét\par l'autorité qui réside particulièrement dans les
êvéques de. Rome. Vous me'permetlrez, Monsieur, d'en croire cet auteur préfet rablement k vous , puisqu'il étoit lémoia de ce qui se passoit, et parloit selon l'opinion généralement reçue. Je pourrois confirmer son témoignage p^r celui des auteurs qui lavoient précédé j j'y re« viendrai en son temps. . »
- Libère , présenté devant l'empereur , montra la même fermeté , et appuya surtout sur la rétractation d'Ursace et de Valens, qui dans un concile avoient reconpu l'innocence d'Athanase , et avoient signé celte rétractation. Qn demandoit deux choses à Libèîre : de condamner Athanase, et de communiquer avec les ariens. Comme on ne put le gagner ,. on l'envoya en e*il à Berée , dont Théophile, célèbre àrien, étoit évêque } et l'empereur , pour consommer son crime , fit élire à la place de Libère un nommé Félix. Il fut sacré par trois évêques ariens, dans le palais de l'empereur, en présence de trois eunuques > parce qu'on refusa de les recevoir dans aucune église.
De quatre-vingt-dix évêques en Egypte et en Lidye , qui restèrent fidèles à la foi.
il y en eut (renie d'exilés, trente-six de déposés, et les autres furent extrêmement maltraités ; eu sorte que quelquesuns succombèrent , c'est-à-dire qu'ils feignirent d'abandonner saint Athanase, qui enfin fut obligé de se sauver. On nomma un hérétique en sa place ; et comme le peuple refusa constamment de le recevoir, quoiqu'il fût accompagné de soldais, il y eu» un grand nombre de personnes de tuées. Plusieurs vierges furent dépouillées et fouettées avec une inhumanité qui rappeloit le temps du paganisme. Aussi cet évêque arien a voit-il un grand cortège de païens , auxquels on permettoit l'exercice de leur euhe, pourvu qu'ils fussent ennemis d'Aihanase.
On 7*eul bien penser que Libère fut extrêmement maltraité dfins son exil :
après deux ans de souffrances il consentit à condamner saint Athanase , et souscrivit à une confession de foi suspecte.
Le CALVINISTE.
Dites hérétique , Mademoiselle. Il faut avouer le fait tel qu'il est , sans y chercher d'adoucissement.
Madem, BONNE.
Et quand cela seroit vrai , Monsieur , qu'y perdroit la foi catholique ? Le pape exilé , persécuté , souscrivant à l'erreur par foi blés se, au roi t été une copie de Pierre reniant Jésus par crainte. Je vous ai fait remarquer que la foi de Pierre ne périt pas dans ces tristes moniens : il crut toujours que celui qu'il renioit étoit le Christ.
Lidt LOUISE.
Prenez garde à vous , ma Bonne. Quoi ! la foi dé Pierre ne péril point alors? Cela sent furieusement Dordrecht.
Maoem. BONNE,
Non, Madame. On vous eût dit à Dordrecht que sa charité ne périt pas, qu'il conserva sa grâce.' Un péché mortel qui la fait perdre, ne détruit poiut la foi: j'en ai pour garant Jésus-Christ, qui a dit à Pierre : J'ai prié pour toi ', afin quêta foi ne périsse pas : celle de Libère ne périt pas non plus. Il commit sans doute de grands crimes en condamnant un innocent , en communiquant avec des hérétiques j mais ces gens protestoient
4û4 LES AMÉRICAINES.
qu'ils tenoientla divinité de Jésus-Chrîsf, et qu'ils n'en vouloient qu'au consuhstantiel , pour les raisons que j'ai citées ; il eût du donner sa vie plutôt que de consentir à la suppression de ce mot ; mais il se flatta qu'il y avoit une grande différence entre ôter ce mot ou le condamner : aussi celui qui le lui proposa , lui vit rejeter cette proposition avec horreur. Il prétendoit si peu abandonner la foi de Nicée, qu'étant conduit en présence de l'empe.reu*, où on lui fit signer une formule d'où l'on avoit ôté Je consubstantiel, il déclara qu'il excommunient ceux qui disoient : Que le fils n'étoit pas semblable au père en substance et en toute chose.
Miss DOROTHÉE-
Comment les ariens ne voyoient-ils pas que Libère n'étoit rien moins qu'arien après celte déclaration?
Madem. BONNE.
Ils le sentirent bien ; mais en ce temps la secte étoit divisée en ariens et en semi-ariens. Ces derniers avoient adouci les blasphèmes d'Arius, et persécutaient les vrais ariens, qu'ils haïssoient autant
que les catholiques : ils cherchoienl donc à décorer leur parti du nom de Libère , et s'embarrjassoient peu qu'il pensât comme eux , pourvu que le public le crût. Ce fut en effet un grand scandale ; les catholiques rie voulurent pas communiquer avec Libère lorsqu'il retourna à Rome , et ce ne fut qu'après qu'il eut réparé sa faute , qu'ils lui rendirent leur
confiance.
Le RABBIN.
Je conçois actuellement ce point d'histoire. Libère signa une de ces confessions de foi équivoques , qu'on pouvoit entendre de deux façons différentes : on peut assurer qu'il ne prétendit point renoncer à la foi , puisqu'il la soutint en présence de l'empereur , avant d'être rétabli dans son siège. Il ne vous reste plus qu'à nous justifier le concile de fUmini.
Il faut distinguer deux temps dans ce concile , Monsieur. Dans le premier, les pères ne voulurent point s'assembler avec les ariens , auxquels on donna un oratoire à part : ce fut de là qu'ils pré*
se ri ter en i un écrit dressé le 11 mai de J'année 559. C'était une confession de foi faite à Sirmium, où, rejetant les mots de substance jet de consubstantieU ils disoient seulement que le (Us étoit semblable au père en toute chose.
BELESPRIT.
Je vous l'avoue , j'aurais été la dupe de cette expression , qui paroît marquer une parfaite égalité entre le père et le fils.
Madxm. bonne.
L'expérience avoit appris aux évêques - à se défier de tout ce qui venoit des ariens , quelque bon qu'il parût. Aussi répondirent-ils :.
Nous ne sommes pas assemblés pour apprehdre ce que nous devons croire :
nous l'avons appris de ceux qui nous ont enseigné et ^baptisé , de ceux qui nous ont ordonné évêques , de nos *pères , des martyrs, et des confesseurs auxquels nous avons succédé , de tant d.e saints qui se sont assemblés à iV Hcee, et dont plusieurs vivent encore. Nous ne voulons point d'autre foi* et nous ne sommes venus ici que pour tetraficher
les nouveautés quiy sont contraint
LES AMÉRICAINES. J[Of
Que veut dire votre formule datée de r année , du jour et du mois ? JL-t-on Jamais rien vu de semblable? N'y avoit-il point de chrétiens avant ce temps ? Et tant de saints f qui avant ce jour-là se sont endormit au Seigneur; ou qui ont donné leur sang pour la foi, ne savoient-ils pas ce qu'ils dévoient croire? C'est plutôt une preuve, que vous laissez à la postérité, de la nouveauté DE VOTRE DOCTRINE.
J'ai rapporté ce passage tout entier ; Monsieur ; et comme on pourrait me soupçonner d'infidélité je l'ai transcrit pour vous le remettre; Examinezle bien , je vous en avertis ; car s'il est tel que je l'ai cité , il est suffisant pour combattre toutes les opinions dont on peut prouver la date ; cette date fait le monument de la nouveauté d'une doc* trine. On l'a dit, il y a plus de quinze siècles. Et comme les ariens alléguèrent que les prophéties étoient datées , on leur répondit : l'Eglise a bien accoutumé de dater les actes des conciles et le ré* glement des affaires sujettes aux chan~ gemens, niais non les confessions de
4o8 LES AMÉRICAINES.
foi; parce qu'elle ne fait que publier ce qu'elle a toujours cru*
BELESPRIT.
Il me semble que ce concile de Rimini , clont on vous menaçoit , vous est très-favorable , et décide non-seulement contre les ariens , mais encore contre Jous les novateurs présens et à venir.
Les paroles des pères me paroissent décisives.
L* CALVINISTE
Oui , et ceux qui les ont dites ont abandonné lâchement la foi de la divinité de Jésus-Christ quelques mois après.
Màdxm. BONNE;
C'est ce que je nie j et je vais prouver invinciblement ma négation, Dans ce concile on examina les confessions de foi qu'avoient faites les ariens; on les rejeta après les avoir confrontées avec celle de Nicée qu'on retint seule; et vdici ce qu'on dit dans le décret : Nous croyons que le moyen de plaire à tous les catholiqties est de ne point nous éloigner du symbole que nous avons appris , et dont nous avons reconnu lu
pureté, après en avoir conféré tous en* semble. C'est la foi que nous avons reçue par les prophètes de Dieu le père , par Jésus - Christ Notre - Seigneur , que le Saint - Esprit nous a enseignée par les apôtres , jusqu'au concile de Nicée , et qui subsiste à présent. Tous les évêques , sans en excepter un seul , souscrivirent a ce décret ; et ensuite, après avoir parlé de l'hérésie d'Àrius , ils ajoutent : C'est pourquoi nous la condamnons avec toutes les hérésies qui se sont élevées contre la tradition catholique , ^apostolique , comme elles ont déjà été condamnées dans les conciles différens.
BELESPR1T.
Vous m'avez trompé, M. l'Anglican.
Vous m'aviez assure que la tradition devoit être rejetée; qu'on ne pouvoit l'alléguer quand il étoit question de Ja foi ; que c'étoit une invention papiste. On étoit donc papiste en 359 ou 56o ; voilà la tradition reconnue. •
L'ANGLICAN
Oui , la tradition catholique et apostolique , mais non pas celle de l'Eglise IV. 18
4lO LES AMERICAINES.
romaine , telle qu'elle est aujour* d'hui,
* Nabiv. BONNE.
Il faudra nous montrer la différence de ces traditions , Monsieur ; car ici tout gît en preuves. Voici celle que j'offre dte faire, et je l'ai offerte dès le commencement de nos conférences; c'est de faire voir que nous ne croyons aujourd'hui que ce qu'on a toujours cru dans l'Eglise. Mes garans seront les écrits des Pères de ce$ premiers siècles, que votis regardez comme purs,
Mis» DOROTHÉE.
Mais cela est contradictoire. Si ces Messieurs assurent que la foi périt à Rimini , ils ne peuvent ajouter que l'Eglise étoit pure alors.
Madeh. BONNE.
Vous en verrez bien d'autres, ma chère , prenez patience. Ces Messieurs eau vent celle-ci en mettant l'église dans le petit nombre des évêques en temps de persécution, comme celui-là l'éloit.
ht RABBIN.
Je le répète pour la dixième fois. Si
ILES AMERICAINES. il t
on veut que je sois chrétien*, il ne faut plus me parler de l'église dans le petit nombre; il me faut une église' visible,1 à moi qui suis juif. Je la veux où Jésus l'a mise , sur un chandelier et non sou* un boisseau. Continuez , s'il vous plait ,l Mademoiselle. . i
Midzk. BONNE!
Les évêques ariens furent alors contraints de se démasquer ; ils refusèrent de souscrire à ces décrets , et d'un commun accord furent excommuniés et déposés. Remarquez, Mesdames, que le concile finit là ; que dès-lors les évêques vouloient se retirer dans leurs diocèses, comme ils l'eussent fait, s'ils' n'eussent été retenus à Rimini par un ordre exprès de l'empereur. Ils lui envoyèrent des députés avec les actes du concile , et les ariens en firent autant de leur côté.' Puisqu'ils rendoient compte au prince de ce qu'ils avoient fait f l'affaire pour laquelle ils étoient assemblés étoit donc conclue ? N'appelons donc plus ce qui va suivre, le concile de Rimiqi.
Le CALVINISTE.
Pitoyable raisonnement 1 Ne sontce
p&s les mêmes évêques qui, quelques mois après, trahirent la diviqilé, de Jésus-Christ? •' .
"MàM-K* BONNE,
• Premièrement, ils ne trahirent point la divinité de Jésus, les actes de leur assemblée en font foi. Mais quand ils l'eussent fait , la foi n'aurojt point été trahie dans un concile : il n'y en àvpit plus selon la définition dont nous sommés convenus j c'étoient des évêques prisonniers. Nous n'en sommes pas réduits à Les justifier d'une apostasie dont ils ne se rendirent pas coupables, ifiais d'une foiblesse ; et la suite va montrer qu'ils n'abandonnèrent le mot consub* stantiel qu'après a'voir pris toutes les précautions imaginables pour mettre en sûreté le sens de ce mot ; ils eurent tort : les ménagçmeps avec les béré* tiques sont toujours dangereux.
TOLÉRANT
• Belle maxime ! Mademoiselle Bonne persécuteront de bon cœur «cela étoit en son pouvoir.
Mahu. ï cuire, ' Voua ne me rendez pas justice , Moa*
sieur; je le répète : jamais je ne voudrais maltraiter la personne des lerrans', dont j'ai la compassion la plus vive ; c'est avec les erreurs que je ne voudrois pas entrer en composition. Ai-je tort?
Ne faites-vous pas vous-même un crime aux pères de Rimini d'une condescendance qu'ils se crurent permise? Ppufquoi me blâmer d'un sentiment que vous les blâmez de n'avoir pas eu ?
Je vous ai fait voir ces pères assemblés k Rhntni au nom de Jésus, et l'ayant au milieu d'eux selon 'ses promesses ; vous les allez voir assemblés au nom et sous l'autorité d'Arsfccé et de Va* lens /revêtus des ordres de l'empereur, qui ordonnoit aux juges séculiers de forcer les évêques a s'accorder aveb les ariens. Ceux-ci se masquèrent seloti leur coutume, et demandoiênt aux évoques si c'étoit Jésus- Christ qiCils adovoient , ou la^onsubstantialité. Enfin* Arsace et Valens proposèrent deux confessions de foi : une faite à Sirmium'j et l'autre qui venoit d'être composée par les députés a une ville nommée Nicée, différente de la ville où s'étort tenu le concileOEcuménique: Dans cette
confession on disoit que Jésus-Christ étoit né du père avant tous les siècles; quyil étoit Dieu de Dieu.. Valens de Murce protesta, en présence du préfet
, et du peuple assemblé dans l'église , qu'il n'étoit point arien. Un évêque
' ayant lu tout haut les blasphèmes attribués à Valens , il les désavoua et s'écria : Si quelqiiun dit que le fils de Dieu n'est pas éternel comme le père , qu'il soit anathëme ; si quelqu'un ne dit pas que Jésus est semblable au père, selon les écritures, qu'il soit anar thème. Tous les évêques répétaient à chaque fois : qu'il soit anathéme. Valens ajouta, comme pour fortifier la doctrine catholique : Si quelqu'un dit que le fils de Dieu est créature, comme
LES AUTRES CREATURES j qu'il SOU anOr
thème.
BELESPRIT.
Je conçois tout le venin de cette dernière expression , parce que vous nous l'avez fait remarquer auparavant; mais je vous avoue que sans cela j'en eusse été Ja dupe , et aurois juré que Valens çroy oit la divinité dé Jésus-Christ.
Madbm. BONNE. '
Effectivement , Valens choisissoit les expressions consacrées par les ariens
Sour les anathémâtiser , et faisoit pleurer e joie ces bonsévêques quis'accusoient de l'avoir condamné trop légèrement. Il ajouta : Si quelqu'un dit que le fils de Dieu a été tiré du néant et non pas du père , qu'il soit anathéme ; si quelqu'un dit : Il y avoit un temps oit le fils de Dieu nétoit pas, qu9il soit anathéme* L'évêque Claude, qui conservoit quelques soupçons , dit : « Il y a encore une » chose qui a échappé à mon frère Va* » lens. Nous le condamnerons, s'il vous » plaît , en commun 9 afin qu'il ne nous » reste aucun scrupule. » Si quelqu'un dit que le fils de Dieu est avant tous les siècles , mais non avant tous les temps absolument, en sorte quil mette quelque chose avant lui, qu'il soit anathéme.
. Valens répondit avec les autres , qu'il soit anathéme , et fit la même réponse à plusieurs au très questions, par lesquelles pn s'efforça4e levé* toutes les équivoques et les sous-entendus,<Mais Valens en sa» voit plus qu'eux , et itfgnoroit pas quç
4l6 L£8 AMÉRICAINES*
le mot de consubstantiel étoit le seul qui fermât la porte à tous les fauxfuyans ; an lieu que les éyêques crurent mal-à-propos que ce mot jéloit parfaitement remplacé , et la foi de la divinité « couvert. Eh bien ! Mesdames , croyezvous que les évêques perdirent la foi à Rimini ?
LiM iîomsE. .
Non , assurément , ma Bonne ; on ne pour roi t les en accuser sans calomnie, Qui n'a u roi t pas été la dupe de ces expressions?
MiDin, BÔWI.
Un concile légUinaye ,%ma chère, tel qu'il le fut au commencement. Jésus- Christ n'eût pas permis qu'il eut abandonné le consubstantiel.