‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 9 sur 28 · PELE S PRIT · texte numérisé non relu

PELE S PRIT

'Je vais &eû afoir mai revanche de> toiis les affronts cjuej ai reçus. Depuis tm>

a66 LES AMÉRICAINES.

mois , Mademoiselle , je lis- jour el nuit ; et voici un des résultats do mes lectures ; t'est que vou^ êtes pelagienute* Vous faites dépendre le salut des dispositions des hommes; ■ :<

.. r Mis* DOROTHÉE;

*• Si vous n'avez appris que cela , vous m àufiez tout aussi & en fait de rester en repos. D'abord c'étoft lies sômi-péiagiens qui prétendoïent* que pir lfes. forces naturelles nous pfouvipiis commerihdr le bien, él ma Bonne n'a pas dit cela.

• Expliquez nous cela , ma Botirçe. J'ai totqiatm conQuqUj uni paient pain eK^iftp}e f qui vivoii $elon« lai loi . «altjteUe , attirait fa i grâce pour > ctemoître Jésus- Chnisrt et devenir; chrétien. Il me semble

que voias bous l,fve3t4^AU^e^^ > * • •

ma chère* d'autant plus Sûremefaît que je parle d'après saint Paul. Cet apôtre nous dit que Ws philosophes païens ont été livrés à ) un sens dépravé M flu^ls ont commis les crimes tes plias horri-

LES AMERICAI N RSr. 2§J

bjps ,-pstpce qu'ayant cpnnU Dieu par sas rçuyres , • jïs : n* l'ont p4s: glorifié* Que. tçpqyë4-YPi&$ dans -ces paipLfp, W$S Do- .

rotbpe? -.:> » -. /h.'r. !: .t r

Mis» DOROTHÉE. . . ,

Premièren*eat , que Diaa sa manl»

fe«|e> V!oilà>fe:pr(Bsmr^egrafç«fîii Vient abftoluttient de Dieu , sans cpae l'homme yroelt!onendu6ien.8econdjejîieivt,pui&' qg&ccb philosophes sontpunis {xmr n'a* voir pas glorifié ce Dieu qu'il&ontconnu, sans douté qu'ils ayoient une grâce suffisante pour le faire j car iTséroit contre U jastjee deles pyuk.de l'omissiéa d!ime

chD&jqtf*') 1 J$ W ^^^^

Çooa<JvQr>, ^I(>aM$ur^que}Le( différence

ît>yia eutre ma Boums ai les Pélagieos. Ceux-là disaient que: le cûcrimencement dfiAfttat yeiioit deshoitomfîs. JPafc exém- . ple^pn sonnôk' sermon x Pierre doit se

cdbweriii? m? ce sermon.; mais , pour se 1 cçmv#rtir^ il faut qu'il y aille. Le semi-pélagie&dit qu'il peuUe déterminer par ses seulefc forces naturelles à faire labonner action d^alfei'-ikns cecUaîégUfiç oui il doit trôwer: ht, ssiwl^àfoh i\ faudrait conclure .que le commencement de son «a?-»

l«t Tiendrait de lui; Ma Bonne dit, au.

cotfti'airê, il ftîut à ne grâce- pou* -qu'il se convertisse à l'église,1 et il* lui -en faut * un6 -'pblW qu'ils détermine à aller à l'église. Il avoit fallu sans doute' une* grâce a^x Juifs cte feeroee pour être plus honnêtes gens que leurs voisins ; ils l'avoient eue , parce^que Diefu ne refuse jamais Jes premières -grâces; et s'il n?ac— cotdq ^as. ton jours les autres, c'est en punition du mépris qu'on a fait; de selpremiers dons,

. Madkm. BONJNE,

: Dïoù il faut cotadlure , Monsieur, qq<$F rbotnme ne peut que- correspbnd're ^à la grâce et ' non1 pas 4a prévenir) qu#Dîeuv en donnant la première grâce , donne aussi la possibilité de s'en servir: pos^ sibilité d'autant plus ou moins gtonde* -,' qu'on a plus ou moins réristé'àcseg^prt/^; miers dons: Voilà ce qui sttrive datïSilè • cours ordinaire v ou! :plutîât 'ce qûtfiiaûs1 pouvons présomer. Il «s{ dep cas où ' nous ne pouvons suivre le vol de la gracie \ su je puis m'exprimer ainsi \ c'<est» à-dire où nous ne voyons pas les raisons pourqdoi un sermon qui vient de convertir un scélérat ,.a laisfce dans sot*

les iittiaiCÀiNKS. 269

fxkiié un homme beaucoup moins coupable! : c'est alors jqull fiiut dire avec teint Paul : .0 altitude / 0 profondeur ! -0 grandeur des jugemens !de Dieu !

-*: J/aHroipé l'autre? jourritti homme qu t ïn'ia*paUej3taj il me citoif» outre ces paroles, ces autres : Il faitimiséricorde à . * qui il lui plaît, à qui il veut ; et la cou* cl us ion qu'il en tiroît me paruLabsurde. ♦Moi qui n'en tend ois pas les beaux rai- \ [Spnnf nieus cqu'iï faisait, je lui dis que; iXalthudoÀe saint Paul ne regardoit que les bornes de nos lumières e( non pas les jugemens de Dieu. Il sauve qui il veut^ maïs il Veut toujours ce qui est bon , juste , sage» Loin de nous toute idée de caprice , de prédilection aveugle dans Dieu. Voici comme cela s'arrange dans ma tête. Il y a d'abord des grâces générales que tous les hommes reçoivent.

Elles sont foibles , imperceptibles , mais suffisantes. Sans doute Dieu, en nous les donnant, nous donne aussi le pouvoir , la force d'en faire usage si nous lé voulons ; car ce seroit se moquer, que de nous donner les premières sans les se-

27Q XES ^VBKICAÏNES.

conde&; si on one dcfarce nue bouriede gainées , qtfàn la mette *dât*s *n ltak qb je ne puis a&èiûdré, partfeq**e je $uis trop petkè , il faut.me #©mitiî oui tabouret, une échelle ou autre chose pour v grimper. La fidélité a ées premières grâces en larttire'dîattttJefe'itôtt^fs^dou'- ♦bfes:, > c*eM4«dW >le d&ic: dô54j^¥ë*te tien , la forcé de le faire , o&*fe<jfa$iifté de demander cette forcé; e* tfe^Vâfce en grâce on parvient au sàlut } fôUjOtirs parla grâce de Dieu qui comminifce et achève, poorv^ que noite 'vatoaté He se roidisse pas contre lui, -com^e la • mienne fait souvent. -•''<■

Ladt LOUISE.

Mais si vous avez résiste à la grâce ,

vous vous êtes mise hors d'état de prô-

filer des grâces suivantes , selon votre sjstême. l j

Miss DOROTHÉE.

Comme si Dieu n'en donnoit qu'une portion congrue ! Où en serois-}e , s'il agissoit ainsi ? Il est magnifique et libéral , Mesdames. J'affoiblis sa grâce par mes résistances} mai^ il m'en resté assez pour rrïe convertir. Voici ce que ,jè crois , comme si je Pavois vu :

Lï S AMERICAINES. 271

1**. QuSÏ ri^jr aura pas tin seul ré*prouvé qui ne tfon fesse, au jou* du- jugernteirt , qu'fl la eu plus ^ gVâeeS *pi'il ne ktî e% falloit pousse sauver ; ;J

2a. Qttïl *ti*yaura point àta seul Sain* qui n'eût pu , s'il l'eût voulu , être damne j

5°. Que Dieu justifiera sa cause, et enïeïà Voir la sàgtftàe , la justice et la bonté, dans la distribution de stes^râces.

BELPSPRIT, . :

Remerciess-moi, miss Dorothée : vous avez parlé comme un docteur, elc'eqt mon accusation par rapport à -mademoiselle Bonne , qui a fait briller votre esprit. * î»

Appelez-vous cela raisonner en docteur, Monsieur? Vous donneriez lie .

bonnet à bon marché , je le vois. J'ai raisonné de cela comme une fille qui sait qu'il y a un Dieu , «t qui n'admet rien qui ne soit conséquent à l'être qu'elle exprime par ce mot, >

Maî>im, BONNE.

Et sans être, docteur non plus quer miss Dorothée, j'aurois dit tout; comme elle , quand bien même TEylise ne ni'au-

27a LIS ;AlMiRIC4IJV£S,

XQ/it Kiea appris sur ce su>éj. Vûifiez-Tous un aulre; exemple qui vîeqne à l'appui de cette yérité? Les, Actes des Apôtres nous le fournissent» Lady Méry , qu'arriva-tjil à saint Paul ehg2 lçç Athéniens ?

: * ' ' Ladi MÉKY.

Les Athéniens cpii vivoient du temps de saint Paul , ressembloient peu à ceux que vous avez admires du temps des Aristide et des Thémislôcle. Ceux-là combattaient pour la patrie, ceux-ci passoieat lé jour à se promener sur les places publiques , et à s'entretenir de nouvelles. Saint Paul en ayant abordé quelques-uns, leur parla "de l'Evangile de Jésus . et il le fit avec d'autant plus de zèle qu'il frémissoit d'horreur en voyant l'attachement de celte ville a l'idolâtrie. Quelques philosophes l'ayant écouté y se dirent les uns aux autres : que .veut dire ce discoureur ? Ils le conduisirent àl'Aréopage,oiilesjugesleprièrent civilement de leur exposer la doctrine qu'il enseignoit. Seigneurs Athéniens , leur dit l'apôtre , il me semble qu'en 'toutes choses vous êtes religieux jusqu'à l'excès ; car ayant regarde en passant

les autels de vos dieux * j'en ai vu un avec cette inscription : Au Dieu in* connu. C'est ce Dieu que vous adorez sans le connoitre , que je vous annonce. Il leur parla ensuite des 'merveilles de la création ; il leur fît voir combien l'iionime s'étoit dégradé en adorant des statues , beaucoup moins excellentes que lui. Ensuite il leur parla de l'avé- . nenaent de Jé$us et de sa, résurrection. Lorsque ils entendirent parler de là résurrection des morts '-, quelques-uns s'en moquèrent ; les autres lui dirent : Nous vous* entendrons une autre fois sur Ce sujçt. Ainsi Paul se retira de leur assemblée. Quelques-uns cependant se joignirent à lui , entr autres un membre de F Aréopage p nommé Denis , et une femme, nommée Damaris.

Laot LOUÏSE.

Ah! pauvre esprit humain, que tes bornes sont étroites ! Que ta puissance esrt peu de chose ! Qui n'auroit cru qu'un peuple savant, poli, spirituel, comme les Athéniens , auroit prêté l'oreille à ce qu'on leijr disoit d'une religion si raisonnable et $i conforme aux principes na-

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turels? Cependant , à peine s'en trouve-t-il quelques-uns qui veuillent profiter de la grâce qui leur est offerte.

Majjjrm. BONNE.

II semble, &u contraire^u'ils craignent d'être convaincus : ils commençoient à sentir les impressions de la grâce ; ils se hâtent de s'y dérober, ilô interrompent l'a pétre» et; remettent h entendre les vérités salutaires qu'on Voulcrit leur enseigner, 4 un temps qui ne devoit jamais revenir pour lé plus gnand nombre d'entr'eax» Craignons qu'un pareil malheur ne -nous arrive, Mesdames. Je prévois de grandes tentations pour celles qui m'écoutent. Un jouir viendra,1 ou plusieurs m'interromperont peut-être pour me dire : Nous vous entendrons une autre fois} paroles qui signifieront dans leur bouche, comme dans celle des Athéniens, jqous ne vouleng point voqs tgteftdge du tout j paroles cfui peOt^êU'e décideront de leur sajlut éternel,; comotf exiles élucidèrent.'de celui de ces malheureux sénateur*.

La»x LOUISE, . , .,

Âvez-tous des choses si' rebutantes

XES AMÉRICAINES*., 2J$

k nous dire » pour nous supposer danfc la nécessité de vous fuir ?

Mis s DOROTHÉE,

Pour moi, je vous dirai comme saint Pierre le dit à Notre-Seigneur : Quand fous les autres vous quitter oient je ne vous abgndonnerois, pas. Dusisieehvous nous expliquer Falcor#n ,fje voudrais voir cornaient vous vous eu tireriez. . . {

List LOtJISÈ:

Ce seroït autre chose , ma et ère : si ma Bonne pouvoit chanter la palinodie , et nous parler contre 4a religion ^ je ne Fecoulerois pas : je n'ai pas assez bonne opinion de mes lumières pour lés exposer à une telle tentation.

Mis» DO/tOTBÉE.

Et que pourroit-elle noys dire de plus fort que ce que M. le Rabbin et IVLBelesprit nous ont dit? Leurs mauvais raisonnemens ont-ils ébranlé votre foi ? Ne Font-ils pas affermie au contraire? On pouvoit , il n'y a que trois mois , renverser notre christianisme, nous laisser au moins des doutes , des anxiétés 9 qui dans- les tentations délicates ne nous

2}Û I- E S A M É il I C A 1 K E S.

eussent fourni que des armes insuffisantes pour empêcher noire foi de succomber. A présent, pour parvenir à nous arracher notre christianisme , il faudroit commencer par nous arracher notre raison : ces deux choses se sont tellement liées , qu'elles sont devenues inséparables. Pourquoi ? C'est qu'on n'a pointsubjugué notre entendement , qu'on lui a laissé son libre exercice, et que par la méthode que nous avons suivie , ma Bonne s'est ôlé la liberté de nous tromper quand elle l'auroit voulu. Pour moi, je déclare qu'elle peut prendre pour sujet de ses conversations tout ce qu'elle jugera à propos j je serois curieuse de lui voir soutenir une mauvaise cause , pour la battre de ses armes.

BELESPRIT.

* Kïen de plus sensé. Nous sommes ici , par exemple, de diverses opinions sur la manière dont il faut professer le christianisme. Ou ces différences sont légères, ou elles sont essentielles : je ne les ai jamais examinées, moi qui vous parle j mais voici ce que le bon sens me dit : . Si ces différences étoient légères , ce n'aùroit pas été la peine de fjûre schisme ;

il eût fallu rester unis et épargner tant .de sang qui a été répandu à cette occasion. Lp. conduite qu'on a tenue, m'indique qu'on a cru les choses qui nous ont séparés, essentielles, puisqu'on a tout risqué pour les soutenir. De dire que des choses pour lesquelles on a sacrifié de côté et d'autre ses biens, son .repos et sa vie, sont les mêmes, c'est une absurdité. Si elles pe sont pas les mêmes , elles différent en quelques points : elles ne peuvent être vraies , ces choses qui diffèrent j ce qui est vérité dans une, doit être mensonge dans son contraire. M'entendez-vous , Mesdames?

Lady violente.

A - peu - près. Si ma Bonne croit quelques articles que nous ne croyons pas , il est nécessaire qu'elle ou nous soyons dans l'erreur. On nous dit que ces erreurs importent peu. A cela ye réponds : x°. Qu'il est très -disgracieux d'être la victime de l'erreur , même dans des bagatelles; 2°. qu'on ne nous a point prouvé que l'un ou l'autre des sentimens importe peu ; et qui a osé examiner la sainte Bible,le sainŒvangile,

peut bien mettre sur la sellette le Pape ,

a*)8 LES AMERICAINES.

Luther, Calvin, Henry VIII, etc.. ..Noua y avons bien mis Moïse , et , je l'ose dire, Jésus-Christ. Amende honorable au Sauveur d'avoir examiné sa révélation : il connoissoit nos motifs } ils étoient d'affermir nos âmes dans le culte qu'on doit rendre à Dieu en esprit et en vérité : d'autres recherches , *i nous les faisions, auraient le même motif, elles .Kfè peuvent que lui être agréables, Je voua suivrai donc , ma Bonne^ par-tout où il vous plaira nous meilér , bien entendu que je vous relèverai sî vous vous écartez du principe que vous avez posé vousmême.

Vous le savez , Mesdames , j'ai fait vœu de ne m'en écarter jamais. Mais il n'est pas question d.e cela à présent , 'Mesdames; reprenons le fil de notre discours. Nous devons conclure de tout ce que nous avons dit , que la prédication des apôtres n'eut pas un succès gé* néral , eu égard aux mauvaises dispositions de ceux qui les écoutaient : elle en eut pourtant un atKjuel on n'a voit pa» lieu de s'attendre , &i on considère d\m .côté la doctrine qu'ils prêchoient, et de l'autre la religion, et les mœurs de ceux

auxquels ils la prêchoient. Lady Violente, peignez-nous l'état où étoit l'univers au temps ou Ie$ apôtres prêchèrent l'évangile.

Lai>t VIOLENTE.

Il faut d'abord le faire une idée desr dieux qui étaient adorés alors. C'était une Cy bêle ; mère des dieux j cW-à-dire une vieille folle amoureuse d'un mortel r nommé Àthys, qui fut par elle changé en arbre, parce qu'il n'eut pas la complaisance de répondre à son amour. C'était un Jupiter , qui avoit épousé sa sœur t et qui $e délassoit du soin de lancer sa foudre sur les adultères , en subornant les filles et même les femmes : un dieu emporté,, capricieux, jaloux. Junon, sa femme, était une emportée, en proie aux passions qui subjuguent celles de sottise. Vénus, une femme débauchée qui çnfaifroit gloire. Mercure , un voleur, un Jhôtttaoç ^ftfi aidoit à son père Jupiter à séduire les mortelles. Je ne fini rois pas y si je voulôis vous rappeler l'infamie de cette foulfc de dieux et de déesses, qui étaient adorés jpar toute la terre au teftip^ de la prédication, des apôtres»

Miss SOPHIE.

Ma Bonne nous a fait entendre que cela augmentoit la difficulté de l'entre- . prise des apôtres ; j'aurois cru , au contraire, que cela la facilitait; il n'y avoit rien de si aisé que de faire comprendre aux hommes que le culte qu'ils rendoieiit à ces scélérats étoit ridicule et impie.

Madem. BONNE.

Les hommes de ce temps ressembloient à ceux de nos jours, ma chère > ils réfléchissoient peu. D'ailleurs, cette religion étoit commode. Comment auroientrils craint d'être punis par leurs dieux des crimes dopt ces dieux s'étoient rendus coupables eux - ùiêmes ? Ces hommes vpuloient être vicieux, et Hs étoient charmés de s'autoriser à commettre des crimes consacrés. Lady Violente, faites fa comparaison de leur foi et de leurs mœurs, a^ec ce que lefe apôtres leur offroient a croire et a faire.

Làdt violente.

Le divorce étoit devenu si commun à Rome, qu'il y avoit peu de familles <£ui en fussent exemptes : et on offrait

LES ÀMERIGAIKSS. 3f8l

aux Romains un mariage; indissoluble, ,qui .ne pouvok se rompre qu'a la mort. Le luxe éloit parvenu à sou dernier période dans cette capitale du monde , et on proppsoitàces Sardanapales une pauvreté qui ôtçit les moyens de satisfaire Oe iuxç; on leur prêchoit la mortifîca- . lion des sens , le crucifiement de la chair. On leur disoit qu'il faltoit devenir .simples, aimer le mépris. Comment imaginer la possibilité d'une telle métamorphose?

Madem. BOHNE,

Pour mieux sentir la difficulté qu'il y avoil à établir chez les Romains les vertus chrétiennes, rappelez- vous, Mesdames, qu'il n'étoit pas possible de trouver sept vestales parmi lès filles des nobles , et qu'il fallut leur associer des plébéiennes, tarit la chasteté éloit peu connue chez les .personnes du sexe même; et, peu d'années après, FÉvangile multiplia les vierges, les humbles, les pauvres volontaires. Ces fiers Romains plièrent la tête sous ce joug pénible ; et comme si l'austérité de la morale chrétienne »'avoit pas suffi pour les effrayer, la persécution s'y joignit bientôt. Les païens, en

283 BFS AMERICAINES.

demandant Veau du baptême , savaient fort bien qu'ils dévoient se préparer a donner du sang ; les tourmens les plt^s cruels , la mort la plus ignominieuse , la perte des biens , l'exil , voilà ce qu'on faisoit envisager aux catécWnènes, et cela nfe -servbit qu'à augmenter leur ardeur; quel prodige! O que celle parole de Jésus étoit bien vérifiée; Quand je serai élevé de terre , j'attirerai tout le monde à moi. Quelle plus grande preuve pourroit-on demander de la divinité de la religion chrétienne ?

BELESPRIT.

11 y a nombre d'auteurs qui s'efforcent d'anéantir le témoignage que quelques autres rendent à la constance des martyrs : ils prétendent qu'il y a eu peu de persécutions , et par conséquent peu de martyrs. ,

Màoem. BONNE.

Que signifie donc les apologies de 6aint Justin , philosophe et martyr , celles de Tertullien, adressées aux empereurs pour les engager à donner la paix aux chrétiens ? Quand ces monumens ne seroient pas au-dessus de toute cri-

J tique J n'avons -fcotfs pas la lettre de * Pline le jeune , qui eotestafe une persécution si cruelle, qu'il suffisait d'avouer qu'on fût tehtétièn pour être mis à mort ? Un de ces matins, ces Messieurs voudrontrxtops prop^cqu'il fait,jBuit a ^aidi. Je vx>us l'avoue . leur mauvaise fpi ma ..révolte. ..,..-

Miss BELOTTÇ.

Vous nous avez dit t ma Boirae, que les Romains se couver tirent à la vue des miracles. Cette conversion générale se fit donc du vivant des apôtres; j'ai oui dire que le pouvoir cfén faire n'a pas passé à leurs successeurs.

Madem. BONNE.

Si la- croix s'est établie sur le Ca pi tôle sans miracle , c'en est ?n mille fois plus surprenant que ceux .dont QnTeut douter ; cette réponse est de saint Augustin : il la faisoit aux incrédules de son temps , et ceux de nos jours n'ont rien de bon à répliquer: '

Miss CHAMPÊTRE.

Je vais vous faire une singulière réflexion. Vous prétendez que le christianisme purifia les moeurs ; mais pou-

; 2$4 LES AMtRlCAlNfif.

vons-rnous croire qu'il ait produit cet . effet ? Ne sommes-nous pas chrétien*, . et vivonff-notis autrement qu'on lierai- 1 ioii au milieu de Rome païenne ?,

Mit t DOROTHÉE:

Vcricï la réponse U votre téflëxïoii , 'ttia chère. On dit aujourd'hui que Ton croit , et l'on ment. Si on croyoit véritablement, on conformerait ses mœurs a èa foi. Si on eut vécu alors comme on vit aujourd'hui , il n'y auroit pas eu de quoi crier au miracle.

Vous avez bien raison, ma chère; îîîâis les choses n'ont pas été au commencement comme elles sont aujour- : d'huî : la lettre de Pline, dont je vous pàrlois tout-a-Pheut é, en ' fait foi. Lfes conversions en ce'temps n'étoient poîtit équivoques. Consultez lés canons de l'Eglise , et vous frémirez de la longueur de 1? pénitence qu'on imposoit pour un seul péché mortel. L'idée qu'on avoit de l'innocence de vie qu'exigeoit le christianisme étoit telle , qu'on la poussa trop loin. Montante tTertullien après lui, prétendirent qu'çn ne de voit point accorder

L«S AMERICAINES. a65

la pénitence à ceux qui avoienl eu le malheur de tomber dans un péché considérable après avoir été baptisé ; leur sentiment étoit outré sans doute , mais au moins fait-il voir la pureté des mœurs des premiers chrétiens.

; J'ai rempli , je pense 9 Mesdames , l'engagement que j'avois pris avec vous: reste à savoir si ces Messieurs en sont satisfaits , et s'ils nous en feront voir une preuve non équivoque. Vous m'en^ tendez, je pense, Monsieur le Rabbin?

Li RABBIN.

Je vous l'ai déjà dit , Mademoiselle , je suis convaincu , et bientôt vous n'aurez plus aucun doute de la -réalité de mes sentimens; mais je vous demande, pour faire une déclaration nette et précise , jusqu'à notre première entrevue: je crois vous avoir déjà dit qu'il me faut ce temps pour prendre certaines mesures absolu*»

ment nécessaires a mon repos.

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