livre de nos cojiversalions , qu'elle aura
la bonté d'y insérer ce que je pense à
cet égard , et le voici : c'est que je
regarderai con^me dç très-malhpnnètes
gens ceux qui voudront rendre son
ouvrage suspect^ Si elle se tron^pe et
dit quelque chose de faux , il est rai-^
sonnable de l'éclairer et de la convaincre^
J'ajoute quMl n'y a qu'une fausse reli«
gion qui doive craindre Pexamen : si la
religion chrétienne est divine , elle ne
craindra pas d être discutée, examinée.
J'ajoute encore que je prendl^ai comme
nue assurance qu'il n'y aura rien de bon
a lui répondre, le silence qu'on gardera
à cet égard : la matière est bien assez
importante pour méFÎler une réponse»
ladt champêtre.
Ce que vous dîtes est excellent pW rapf oïl à la religion chrétienne ; mais si ma Bonne voulôil^Uer pitis loin et parler, par exeiïiplei contre la communion romaine 4 croyez- vous qu'on dût «ouffrif son ouvrage en France? Si elle parloit contre la religion anglicane ,, ne seroit-jl pas prndent d^înlerdfr^son ouvrage en Atïgleterrèr? Los Génev<)iB ne?
sèroicnt-ils pas autorisés a faire cetl-e défense , si par lia^ard elle parloit con tre le calvinismre? j'en dîs autant des autres
commuiiioTts.'
Miss DOROTHÉE.
Non , Madame , si j'en crois mes petites idées ^ je ne pense pas qu'on fut autorisé à interdire son ouvrage. Ou sa critique êeroit juste, oti elle ne le seroit.piMî. Pan^ lepremier cas, il fau^ droit te' réformer; daos \e sécoRd , il faudroit luri réf)ondre. Une bonne religion , je le répète , ne peut que gagner à l'examen , et c'est le plus grand dé tous les biens d'çn démaîjquer unis fausse..
LES AMIÊRICAINES.^ iJ^i
Ladt LOUISE.
Ah! ma Bonne ^ laisserez-vous passer cela ?. J'ai Oui dire que dans votre comixiunion Qn doit tout croire sans exa« m.en ; qu'elle craint , qu'elle défeud même absolument toute discussion^. 41 .me ' seinble aussi avoir lu dans un de vos auteurs , qu'il faut condamner les Prolestans sans les entendre , et qu'il est inutile d^examiner leurs raisons.
Madkk. BONISE.
Je potirrois vous répondre que vous ' nous condamnez bien sans entendre les 'nôtres 5 inaîs c'est un mauvais exemple que nous ne voulons pas suivre f à la vérité, on nous défend les livres que nous regardons comme hérétiques; mais on a deux bonnes raisons pour cela^dont je veux vous rendre juge. La première, c'est que dans tout procès il seroit contraire à l'équité d'ent«ndre le plaidoyer d'un des deux avocats , sans entendre l'autre. Une personne , qui ne veut pas exposer sa foi , doit toujours , en lisant un livre de parti , avoir à côté ce qu'on y a répondu, afin de n'être pas surprise. Je dis en second lieu que les Catholiques
sont dispensas du soin de Kre les HVres de Gonlroverses , parce qu'ils reconnoissenl une autorité qu'ils croyênt divine y et que , lorsque pieu a parlé , tout ^xaifien est superflu. Les Proteslans , au coiîtrïiire , sont juges dons cette cause ^ et ne reconnoissetit jioint d'autorité jafailKble ; ils croyent ^ue ceux qui sont leurs réformateurs ont pu se tromper , et qu'ils se sont trompés en effet en plu-> sieurs points ; par conséquent un Catholique peut raisonnaMément s'en rap- * porter à ce ^'iï croît miè décision di-p viîife , ^t t^n Protestant doit raisanua* blemêiit exanflner cû qu'il ne regarde que co*ri<n^ «ï^ne, autorité humaine. On craint si peu reiainen dans ma communion, ma chère Lady , que si jamais nos conversations nous menoîent jusque^ Ja , \e ne voudrois pas omettre un seul mot des difficultés qui me seraient pro-t posées , je ne dis- pas par vous seulement, mais par vos minisires. Retenezle bien , Mesdames. Au nfnoment oii je dirai un seul mot de controverse , je vous exhorte à les armer tous contre moi. Qu'ils rfte convertissenf si je suis dan^ ï'e^retÉT i je porte ue <:oeur docile
LES AMEAK4.INZ0. !l43
avec un esprit ^nioureuv de fk wér^é y je ne tiens qu'à tïh: par-tOQ$ qû on oie la montrera , je Ja s^ivr^i '^m irépm^ance , quand il devro^ m^eiQ couler la vie.
J'aurai l'Evangile pour règle , cette vérité , il j- a un Dieu^ pour fondement et pour principe. C'est à ces deux flan^beaux que j'examinerai ma croyance et celle des autres. Gest à la face du Dieu vengeur du parjure , que je fai^ le vœu solennel de secouer tout préjugé, de renoncer à toute complaisance, de sacrifier tout intérêt a la voix de Ifi vérité. J'en jure par Ipi-même, je me soumets a toute la rigueur de sa justice, si je viole mon serment , et je vous ad- . mets toutes à la qualité de mes accusatrices au jour de son redoutable jugement , supposé que je cherche jamais k biaiser ou ^ éluder la plus petite des difticultés sur cette matière ; en supposant que nous la traitions , s'entend.
Lai»t lquise.
Savez-vous bien , maBonne , que von5 m'avez fait trembler avec votre vœu çt votre serment. Quoi ! s'il falloîl abandonner la foi de vos pères , de votre
2l44 ^^^ AM ÉRICAINJES.
époux; si cet abandon entrainoU la perte de votre fôrlutie , de yotre vie même , vous auriez le courage de le faire f
Màdem. BONNl::.
Assurément, ma chère: car je n'ai pas le courage d'aller en enfer : mais, je le répète , il n'est pas question de cela à présent, il oe s'agît que de la religion chrétienne que nous prétendons professer toutes ; elle a pour base l'histoire de la chute d'Adam , et les autres vérités renfermées dans la Sainte-Ecriture.
Examinons i**. la nécessité de celte révélation ; 2^. la divinité de cette révélation. Examinons ces deux points à la rigueur, et ne me dissimuliez ni aucune de vos objections, ni aucune de celles que vous avez entendu faire aux impies.
Uïss SOPHIE.
■ En voici une , ma Bonne. J'ai ouï dire a un fort habile homme qu'il étoil au-dessous de Dieu de s'arrêter aux actions de créatures aussi viles et aussi petites à ses yeux que. nous le sommes , et conséquèmment de s'amuser à leurdonner des lois.
LBS AMÉRICAINES. 2^
Miss BOKOTHÉë..
Un homme ayant un jour fait ce
beau raisonnement à ma Bonne , que
Dieu étoit trop au-dessus des créatures
pour s embarrasser de leufs actions ,
voici les. réflexions que je fis r
• Dieu est un être infiniment parfait
qui ne peut aimer que la vérité, la jus~
tice , en un mot toutes les perfections ,
et qui les aime souverainement. Voyons
comment se comportent ks personnes
qui ont quelqu'amour pour la^ justice.
Ma mère est une honnête femme , qui «
par conséquent , aime l'honneur j quel
effet produit en elle cet amour ? Elle
^«jB'apprend en quoi.il consiste, m'en
recommande la pratique , me punit
quand je m'en écarte. Si- elle voyoit
que j'en secouasse le joug sans s'en
mettre en peine , il en faudroit cou*
dure qu'elle n'aîmeroit pas l'honneur.
Donc ma mère aimerojt l'honneur et la
vertu plus que Dieu ne l'aime , s'il fai-
soit moins qu'elle ne fait pour m'enga*
ger et me forcer , pour ainsi dire , à la
pratiquer.
L'homme , il est vrai , est moins
à^6 LCS AMERICAINES.
qu un atome devant Dieu } mais cet atome a pourtant un trait de ressemblance arec l'Elue suprême. Ccft atotne à, coriïttie «on' Créateur, là faculté <le côtiïicfîtfe et d'aimer. Il est vrai que tes deux |>tÉÎssances ,qu} en Dren 6oht infinies, sont trèS-borbéès tti Vhoniïtit ; iïïâii énfiil ^Hes j àtiht. €e n'est point par h^sûM qu'elles i'y fencoirtfent : Bien ne fâJt rien sans desisein , il n'a pas mis Ces deux {)Uissances dans Thomme pour ijuMl n'en fW pas nsskge : cak* elles sièroieîit îmitiles, fet encore une fois il tie peut rieti faire d'inutile. Donc elles f sont pour connoît^je le beau, le boti , et conséqnemment l'aimer. Dita est îe Seul bon , le seul beau : doiic c'est pour lis connoître et l'aimer , que Dieu a mis en lui cfes deux puissances. L'homme s'étant dégradé par le péché , son entendement à été obscurci , son cœur dépravé : donc il falloit ou que Dieu l'abandonnât k ses ténèbtres, a sa cor- Sruplion ^ ou qu'il lui dontiât des lumières M des lors. Dans les enfans d'Adam , icelïe corruption n'avoit pas été volontaire: ils éloient devenus coupables sans avoiî* à 'se reprocher leur crime. Donc
c^éloil 119^ îiiyiVgliQii à la 't^nlë et à U luiâ^piciparde de Pip^* de leur donner un moyen de guérîspn ^ de justification, 11 mç semble , Mesdapies , que cela e§t plus clair quç ii^ jour.
Pas toui*k-'fait , ma cbère ; car enfin cette loi que Dieu a donnée aux honmieg^, isupposé qu'il l'ait faite, il aët« plusieurs «ièolës a^ant de la donper. En second fiéu , eette loi ne nous ren4 pa^ lecTfor^res -que la malad^ie que nous ^vons contrat- Aée en Adam noBS a ôtées. Si cette loi ^toit nécessaire aux hommes pour rem« plîr et connottre leurs devoirs, ceux qui ont vécu avant la publication de celte loi ne pouai3>i£nt aocomi^ir ae qu'ils ne conuaissoient pas.
Mi^K DOROTHÉE.
Vous avez bonne mémoire, Madame.
Sourriez-vous vous rappeler à quel âge on vous a appris les commandemens de Dieu , ou plutôt à quel âge vous 1|9S aves compris ?
Miss CHAMPÊÎ'RE.
Je suppose qu'on me les* a enseignés
de fort bonne heure; car je ne me souviens pas qu'on rae les ait appris ; mais it m'est aisé de me rappeler le temps oii je les ai compris comme il faut j c'est environ a neuf ou dix ans.
Miss DOROTHÉE,
Avant ce temps, croyez-vous que vôtre gouvernante faisoit bien, quand elle se meltoit en colère contre vous ? Ne pensîez-vous pas que votre frère étoit bien méchant quaqd il vous battoit 5 que votre sœur étoit injuste quand elle vous arrachoit une poupée , un fruit , qui vou3 apparlenoit, quand elle vous accusoil d'une faute qu'elle a voit faite elle-même, et vous faisoit fouellçr ?
Miss CHAMPÊTRE.
Assurément je sentoîs que toutes ces actions étoient mauvaises ; mon amourpropre m'avoit éclairée sur ce qui pouvoil blesser ses intérêts.
Miss DOROTHÉE.
Et quand on commettoit ces injustices à l'égard de votre^rère et de votre sœur, pensiez - vous qu'on fit mal d'en agir ainsi?
LES AMERICAINES. 2/\g
Miss CHAMPÊTRE.
Oui , ma chère : j'avois établi on Irîbunal au-dedans de moi-même, oii je 'condamnois père, mère, gouvernante et lout ce qui*" m'approchoil', je vous assure qu'aucun de leurs défauts ne m'échappoit.
Mis» DOROTHÉE.
Vous connoissiez donc la loi avant de ravoir apprise; vous démêliez à mer^ veille le juste et l'iiijuste, vous aimiez l'un, vous baissiez l'autre. «Cette loi éloît au fond de votre cœur avatit qu*on VeAt fait retentir à vos oreilles. Voila quelle fut la loi des hommes avant qu'ils eussent reçu la loi écrite. J'avoue qu'eu égard à - la maladie que nous avons contractée en Adam, nous sommes impuissantes à suivre celte loi : cependant nous voyons par l'histoire de ce temps que plusieurs hommes l'ont suivie , et que d'autres ne la suivoient pas : d'où vient cette difr férence ?
Ladt LOUISE.
Voilà un de ces phénomènes que l'histoire de la création ne m'explique pas ; elle ne me fait pas comprendre non plus
a5o LES AMBRICATNBS,
la possibilité de la cllfl^^ d'Adam; car enfin il u'avuil pas Pbon ible maladie qui nous porte au mal avec lanl de force j il yoyoil clairement la justice de l'obéis* Siîice qu'il dèvoil à Dieu, les suites affreuses de sa prévarication ; et cependant
jl s'y expose en mangeant celle pomme!
^ Quelle vilenie ^
Màdem. bonne.
Lady Louise ne veut pas comprendre qu'Eve fut moins séduite par la gourniatidiAe que par Porgueil. A l'égard de la chute d'Adam , je suis persuadée qu'elle eut des causes bieti différentes. Je .vous €fi dit mon sentiment à cet^égard quand vous étiez Jeunes ; dépendant^ comme je suis «persuadée que Votis n'y avez doQué -alors.qu'une attention fort légère , je dois vous le répéter.
Adahi n'avoit rieti en lui'qnî pÛtren^irainer vers le mal : Dieuluiavoitdonné «l^e'mp1t*e sur sesvpassioDs^ elles étoieut soumises à sa raison; mais il lui éloit possible de perdre céî éftïpîre: il est vrai s{\jLe cela ne.ptiroissoitfpasuaturel et qu'il •avoit toutes lés facilités 'possibles à côir- .«erversôa iusoeence/U connoissoit tout
LES AMétllCAtNËS. 55f
ce qu^une pure créature peut counoilre de Dieu en ceUe vie : c'en étoit plus qu'il ne falloit ppuf aimer de toute sa capa* ci4é ceiDieu» ^purce de toute beauté. . A ce motif déjà si puissant, il s'ea joignqit un autre qui ne l'est pas mpins. Ce Dieu si aimable étoit son créateur , 60n bienfaiteur ;il l'avoit pré di^ néant et sembloit avoir épuisé sa tou^e-^puis- 3ance pour le combler de biens; il. pe. lui ^n manquoit qu'un , c'éloit celui que.de^ voit lui procurer sa persévérance danp l'amour de ^ou Dieu. Que ce précepte , cette obligation étoit douce etnaturellel Parmi les l^ii^ns. qu'il tenoit de lambin libérale de son créateur, il en étoit un qui. sans doute devoit Ipi paroiti^e pré* cieux , c'étoit une compagne tiirée de sa propre substance , une créat)irç intelligente comme lui, iine créature digue par sa b^uté'detre l'ouvrage du «cuéaleun Ces yeux matériel^ incapables d'aper* cevûir la beauté d'un Dieu pur osp vit ^ pouvoientse former une idée légère de sesi perfections, en considérant }a beauté de ses œuvres J d'Eve en tr'autres.c C'étoit pour produire cet heureux effet que Dieu la lui avoit dpunée : il ne devoit jamais réfléchir sur les charmes dont elle étoit
a53 LES AMÉRICAINES.
pourvue, sans tourner son entendemenl sur la source et l'auteur de sa beauté. l\ lui étoît permis, il lui étoil même commandé de l'aimer, pourvu qu'il s'atlachât à elle comme a un symbole de la Divinité. Je ne puism'empêcher, Mesdames, de croire qu'Adam perdit de vue ce motif de l'amour qu'il devoît porter à son épouse : il admira, il aima ses charmes purement pour ses charmes.
D'abord ce ne fut qu'une distraction momentanée qui ne produisît pas une faute considérable : il aimoit Dieu plus qu'elle : seulement il ne l'aimoit plus purement en Dieu. Cetle faute affoiblit insensiblenient la volonté d'Adam; c'éloit une fièvre lente, imperceptible, mais qui, quelque peu considérabfe qu'elle fût, pouvoit causer par la suite un embrasement mortel : chaque instant augmentoit cette disposition funeste : Adam s'attiédissoit dans l'amour de son Dieu , son cœur étoit partagé j le moment fatal approchoit , où Dieu et la créature alloient s'en disputer l'empire. Il arriva ce moment funeste. Adam étoit sur le bord du précipice , l'occasion l'y entraîna. U étoit question de désoMir à
LES AMÉai CHINES. ^55
Dîea ou de désobliger son épouse } vous sentez qu'il aimoltdéja cette épouse avec un tel excès, qu'elle dispuloit son cœur au créateur : elle l'emporta. Adam choisit d'être heureux par la créature , et méprisa le bonheur qu'y pouvoil trouver en ^on Dieu j c'est-à-dire qu*il permit à ses sens de subjuguer sa raison : il le permit librement , volontairement , sans se faire illusion. Ce n*étoit point ses lumières qui étoiçnt affoiblies, c'étoit sa volonté qui par degré s'étoit attiédie pour sou Dieu, qui a voit cessé de s'en occuner avec cette première ardeur; elen punition de ce crime, seslumièresfuBenl obscurcies, sa volonté resta rebelle , et dès-lors sa perte eût été consommée, si Dieu, dont la miséricorde est infinie, n'avoit, au moment même de son crime,préparé le remède qui devoit le guérir , en lui promettant un rédempteur.
Ladt LOUISE.
Nous voilà dans l'Histoire Sainte, ma Bonne, avantde nous en avoir démontré la vérité j vous oubliez que vous nous avez supposées être Américaines,
Madem. bonne.
Je ne l'oublie pas ^ ma chère. Mîss
Dorothée vous a dit et vous a prouve que, malgré noire corruption, nous con- Boissions , nous aimions la justice ; que quand nous nous en ëtartions , c'étoH toujours en nous refusant à nos lumières^ et entrainées par un penchant qui pa* roitroit insu r mon taible^ si l'expérience ne nou« apprenoit pas qu'il y a eu des hommes qui sont venus à bout de le vaincre. El sans en chercher des exemples* hors de nous, nous sentons* fort bien qu'en plusieurs occasions noûsnous sommes surmontées nous-mêmes.
Nous sommes convaincues de ces vérités , lady Loaise , c'est-à-dire de noire amour pour la vertu , du penchant qui BOUS entraîne vers le mal, de la force que nous avons quelquefois pour résister ace penchant. Ce sont là, pour ainsi ^ire, des faits : il est vrai que ces faits dont nous sommes certaines, ont des causes qui nous sout inconnues. :Nous venons de chercher à les expliquer par l'histoire de la création , que nous ne .regardons point encore comme divine,. mais seulement comme vraisemblable. .Si nous trouvons qu'elle puisse servir de clef à cette foule de phénomènes que nous reconnoissoûs en nous , vous avouerez
qu'elle mérlle une allenlion toute particulière > et que sous pouvons, sans être taxées de trop de crédulité , lui donner upe foi humaine. Vuilà où nous en sommes , Madame : cette histoire nous apprend que Dieu promit a Thomme ua réparateur pour le relever de Tétat affreux dans lequel il venoil de se précipiter ; examinons si véritablement nous trouvons au milieu de notre foiblesse un secours étranger qui nous fortifie. SF'a* vons-nous jamais connu un seul homme qui, s'élevant au-dessus dtes pencha us corrompus et des inclinations les plus perverses, nous ait retracé cet état primitif dans lequel Adam fut créé ? S'il y eu a un seul ^ il en fautconclure, ou que cet homme est d'une autre nature que nous , ou qu'il a' eu recours à ce secours étranger dont l'histoire d'Adam «ous offre l'espoir. Qu'en pensez- vous, Mesdames?
Lajit LOUISE.
Je crois que nous pourrioiw trouver de ces hommes dont lapeiffection^n^au- Toit point cette :cause. Un très-heureux naturel, une éducation excellente , le désir de la gloire, la crainte' du mépris , toutes ces causes, dis-je, peuvent
contenir les passions des hommes^ san^ avoir recours à ce secours étranger.
Plusieurs païens nous en donnent la preuve, il y eij a nombre q«t ont été des modèles en tout genre; on ne peut le nier.
Miss BELOTTE.
J'aurois dit autrefois comme vous, Madame ; mais j'ai changé d'avis , et vais, en votft expliquant ma pensée, rappeler ce que ma Bonne nous a dit.
Un homme vertueux est celui qui aime tellement Tordre et la justice , qu'il aîmeroit mieux perdre la vie que d'y manquer ; or , je ne trouVe point de tels hommes dans le paganisme. Celui qui éloit tempérant, se livroit à l'orgueil'; le pauvre volontaire, le chaste, le juste Aristide conseille aux Athéniens un6^ injustice , le violement d'un serment solennel , parce que ce violement éloit avantageux à la république : en un mot , je trouve dans le paganisme . des hommes qui ont aimé et pratiqué des actions louables; mais je n'y trouve • pas cet amour pour la justice qui exclut l'amour de tous les vices, sans en excèj)ter aucuns.
Màdem. bonne.
L'Hîstoire Saini« , considérée sans égard à sa Divinité , mérite bien autant de foi que THisloire profane*} ne nous oflfre-l-elle rien de niieux en ce genre ? ^
Miss BELOTTE.
Oui , ma Bonne : je lisoîs hier This-. loîre de Daniel et de ses compagnons, et j'en éloîs. ravie d'admiration. Dans Vâge le plus propre. a être séduit, dans un temps qui touchoit à Tenfahce^ ces quatre personnes sont choisies pour servir le roi : on les met a ^àrt pour les nourrir de viandes délicieuses j la tentation éloîl délicate : les enfans soi>t gourmands, et ceux-là a voiçnt une belle occasion de satisfaire leur sensualité.
Mais ces vîhndes excellentes dont on veut les nourrir, étoient défendues par la loi de Dieu j dès-lors elles leur pafoîssent odieuses, et ils leur préfèrent le pain, l'eau et lés légumes. Dans la suite, il est question de devenir idolâtres, ou du rpoins de. le paroître en adorant la statue du roi. Un feu épouvantable doit être le tombeau de ceux
*quî se refuseront a ce culle impie } ces jeunes gens surmontent l'horreur que la nature a pour le supplice^ et pour «n supplice si affreux : les flammes leur parois8ent plus supportables que le crime. Daniel , parla suite, craint plus le péché que les griffes. des lion| ; il s'expose à en êlrç. éécbiré. Voila, ce rne semble , des .actes a^U^dessus d^ la
• nature , et qui n'avoîept aucun autr^ molif que le seul désir d'être fidèle ^u devoir^ puisqu'ils éloîept faits au mif lieu d'un peuple idolâtre plus porte à les traiter de folie qu'à les admirer.
En lisant cette histoire qui, comme je vous l'ai dît , mérite autant de foi que celle d'Hérodole , de Polybe , de Xénophon et des autres auteurs profanes; nous sommes forcées de convenir qu'il y a dans l'homme de grandes ressources pour la vertu. Si nous rentrons ensuite dans nous-mêmes, nous sentons que ces ressources nous sont étrangères; la ^ nature hait sa destruction, elle abhorre les douleurs ; il lui faut un motif bien puissant pour s'y livrer volontairement.
XE$ AMERICAINES» o5g
J'avouerai pourtant que ririrtoire profane nous présenté aussi quelques exemples d'hommes qui ont paru s'é* lever au-dessus d'eux-mêmes. Lucrèce, ]M[utius Scévola , Régulus, Cléîie, se sont livrés à la mort et à la doulaor : mais nous apercevons leurs molifs ; une gloire passagère animoit, soutenoii leur courage. D'ailleurs, ces exemples sont rares ^ on les compte , et à peine un siècle en fournit-il un. Mutins Scévola,
bien loin d'être vertueux , sacrifîdit au crime; Lucrèce a voit mieux aimé le commettre, que de perdre sa réputation. Régulus éloît bien éloigné d'être vertueux, il éloit dur, dépourvu d-hu*manité, comme on peut le connoîtrc par le traitement qu'il offroit aux Carthaginois lorsqu'il lut vainqueur. Clélie et SCS compagnes s'exposoient à la vérité à la mort ^ cependant e^les espéroient y échapper. En un mot, je vois dans tous ces grands hommes des parcelles de vertu , pour ainsi dire , et chez aucun des vertus entières. Rien de tout cela dans ce que firent Daniel et ses compagnons. Le motif^qui les anime est louable ; c'est Tborreur de la déso-
bëissance à la loi de Dieu. Ce n'est point ' dans un premier mouvement ^ dansPenthousiasme, qu'ils s'exposent aux lourmens j c'est de sang-froid , après avoir eu tout le temps de réfléchir qu'ils se dévouent au supplice, -et cela sans le plus petit espoir d'y échapper. Con^ cluons de ces exemples , qu'un secours étranger à la nature a soutenu la foi-^ blesse de ces derniers, comme une passion violente animoit les premiers : concluons que l'histoire qui nous apprend que Dieu promit à Adam un libérateur, a de la vraisemblance, et qu'il n'est pas .ridicule deJ'adopter : je ne vous en demande pas davantage pour le présent j un jour ^viendra que nous^ trouverons par milliers des exemples d'héroïsme, qui ne pourront être attribués à aucun motif humain. Actuellement nous allons reprendre notre règle, ce premier appui de toutes nos connoissances.
Il jr a un Dieu. Celte histoire de
la chute d'Adam et de la promesse
d'un Rédempteur n'a-t-elle rien qui soit
contradictoire a cette première, vérité,
. et eu devient-elle au contraire une
LES AMERICAINES. 2t6l
conséquence ? Qu'en pensez-vous , miss Dorothée?
Miss DOROTHÉE,
Je vojs Un Dieu infiniment parfait^ et tellement parfait, qu'il est impossible qu*il déroge a aucune de ses perfections. Tous ses ouvrages doivent avoir le sceau de cette perfection,* c'est, pour ainsi dire^ le cachet, la marque <l.e l'ouvrier.
Sa bonté l'engage à créer une créature capable d'être heureuse du vrai bonheur , c'est- k-dire par l'amour et la pratique de la vertu. Pratiquer' U vertu, c'est la choisir librement et volontairement : il crée donc unecréalut:^ libre. Choisir le bien, c'est être maître de le faire ou de ne le pas faire : il s'ensuit que celte créature libre pouvoit aussi bien se déterminer pour le mal que pour le bien;
Dès la qu'elle choisit le* mal, ell« devient l'objet dès vengeances de celui qui par nature haït le crime. La justice force donc le Créateur à sévir contre le coupable*, et cette même justice lui fait une loi de proportionner le châtiment au crime.
203 LES A»f ÉR ICAINES;
L'homme avoit librement choisi la créature pour sa fin dernière; il avoit donné un amour ^ie préférence à sa femme sur -son Dieu , et av-oit renoncé pour elle k la bienveillance de soa Créateur, ce qui étoit le plus éaorme de tous les crimes. Sa chute avoit entraîné toute sa postérité ; car il faut que le fruit tienne de la natiy*e de l'arbre qui l'a produit : une racine empes* tée produit des fruits empoisonnés» I^a bonté de Dieu l'intéresse pour cette race infortunée : elle avoit été soulHée par la volonté d'autrui ; sa sagesse, d'accord avec sa miséricorde , décide de la justifier par la volonté d'autrui.
L'homme^ par sa naissance, étoit dévenu non-seuâement coupable, tnais il étoit encore dépravé et avoit contracté cette horrible maladie que nous sentons si bien, Mesdames. 11 falloit, pour satisfaire àla 'l^onté de Dieu, que la maladie des enlans d? Adam eût des remèdes proportionnés à la grandeur de cette maladie, capables d'en arrêter les progrès et de la guérir a. la iin radicalement.
£n accordant a Adami et à sa postérité
ILES AMiRICAINES. 26S
le pardoji delB» fiiote elle remède à soa mal ,. la bonté de Dieu éloit satisfaite j mais sa justice ne Tétoit pas t le péché demeuroit sans un châtiment pvopor* lionne à sa malice, La Sainte Êctitare nous apprend commeet la sagesse du Créateur a Irouvé le moyen de concilier le« intérêts de sa justice et dé sa taîséricorde , et cehi d'une hianière si admî^ •rable, que le péché.^ quoicju'il renfei-me une inalice infinie, a été ex,pié par une satisfaction surabondante. Je ne vois rien dans tout ce que je viens de dire de con-r traire à cette vérité primitive : Ilfauh Dieu. Au conti::aire, jjr vois une sagesse infinie , une justice que rîpn ne peul plier, une miséricorde que rien ne peut lasser, pour ainsi dire, et tout cela est bien digne de Dieu.
Làdt LOUISE.
Je conviens de tout cela avec vous, ma chère 5 mais enfin cela né m'apprend rien sur la certitadfe de la révélation , sur sa divitiité , sur set nécessité : c'étoit là de quoi ilétoit question , et ce qui nous importe infiaimrent à savoir.
5^64 t'Es AMERICAINES.^
« Màdem. bonne.
Pourroîs-je vous demander^ Madame , pourquoi il vous importe si fort de sa* voir ces deux choses ?
Ladt LOUISE.
Quelle question ! Ne le sentez- vous pas, ma Bonne , sans que je le dise ? La révélation est la règle non-seulement de ce que je dois croire, mais encore de ce qile je dois faire. C'est elle qui produit riia reconnoissance, en m^apprenaut jpe que je dois à Dieu, et une infinilé d'autres choses que les seules lumières de la raison nepouvoîent me découvrir.
Elle fonde ma conscience, en me découvrant r.excellence du Médiateur que Dieu m'a donné, et au nom duquel je puis tout obtenir. Elle m'excite à supporter les mau5&de cette vie , en me faisant voir rheureux terme où elle doit aboutir. Pais-je trop m'aâsurer de ces biens inestimables ! Tenez , ma Bonne \ Je tremble de peur que vos preuves sur ces importantes vérités né soyeut trop foibles, qu'elles ne laissent des doutes dans mon esprit. Ah ! que je seroîs malr
LE$ AM£aicAir4 ES. a65
heureuse alors ! on ni'arracheroit Ipus
mes biens. . : - . ,
Je vous admi>e, ma chère ihdy :
vous me demandez les preuves de la iiécèssîlé de la révélalîoîi , el vous venez (le les délailler avec une vivacité , une éuergîe qui prouvent combien vous sentez qu'elle est nécessaire. Vous ivene^ d^avouer , ce me semble , que si on vous prouvoil que la 'révélalîon est fausse , vous vous trouveriez mis.érable.
Ladt violente.-
Je puis bien assurer que je pense à c^el égard comtaie lady Louise. Si on Hi'ôtoit la révélation,' je serôis. tomme nn pauvre vaisseau sans pilote. Je suis certaine encore que , sentant vivement les peines de la viç yiet ne voyant pas à quoi tout cela deyroit aboutir, je me dépêcherois bien vite de les terminer par la mort} cary a-t-il rien de plus misérable que de passer une soîxaiîtaine d'années ou plus, à se lever ^ se coucher, boire, manger, dormir, être malade, courir après la fumée des honneurs, suet pour amasser des richesses qu'il faut
366 LSS AMEAICAIIiES*
quitteif en peu , jouir de quelques plai* sirs qui ne compensent pas,a la millième partie , les peines qu'il faut prendre pour se les procurer et en jouir , et puis tout d'un coup , au moment oii l'on le voudroit le moins , être arrachée à tout cela, sans pouvoir s'en réserver la plus petite partie. Ah ! je le répète , sans la certitude 4'une autre vie qu'on peut se procurer heureuse par le bon usage qu'on fait de celle-ci , il n'y auroit pas de raison k la supporter^ il faudroit s'en débarrasser bien vite.
Lâot LOUISE.
Elle n'est pas tout-à-fait si désagréable , ma chère^ : les biens el les maux s'y succèdent , cela désennuyé ; mais , malgré cela, j'avoue que l'idée d'une Itutre vie tout-à-fait exempte de maux, A de grands charmes , et peut adoucir toutes les peines de celle-ci.
Mâdex. BOl^I^E.
Ma chère lady Louise , Dieu vous a dcMimé un <^u.r excellent : si vos ri* chesses répondoient à vos désirs , il n'y auroit pas un seul pauvre. Si voire pou-
LES AM£IIICAIN£S. ^67
voir étoit égal k votre bonne volonté , il n'y auroit pas un seul malheureux.
Vous ne haissea que le crime , et cependant, quoique yous ayez pour lui l'aversion la plus sincère , vous n'aves jamais entendu parler du châtiment d'un criminel sans être touchée jusques aux larmes. Si vous aviez en main on moyen> sûr à€ diminuer le nombre de ceux qui commettent l'iniquité , de ramener les hommes à l'observation de leurs devcnrs, négligeriez- vous d'employer ce moyen ?
Ladt LOUISE.
Non* assurément, ma Bonne; je me croirois la plus criminelle de toutes les créatures» si je ne l'employois pas.
Mâoem. BGlSIiE.
Né me demandez donc plus de vous prouver la nécessité de la révélation.
Vous avez dit vousi-même qu'elle nous excite k la reconnoissance et k l'amour pour notre Créateur. En nous assurant que les peines de ce monde sont des moyens d'acquérir le bonheur dans une vie future , elle soutient noire patience dans des maux qui doivent avoir une fin si avantageuse, En nous éclairant sur
208 LES AMÉRICAïN-ES.
rénormité du crime, et les châtimens affreux qui lui sont destinés, elle nous force , pour ainsi dire ; a rëvilerl Si vous' eussiez eu vous seul^ la çonnbissance de ces grandes' et salutaires vérités , votre bonté naturelle ne vous eut pas permis de priver les hommes des biens infinis qu'elles peuvent lui procurer. Or , Dîèu a une bonté immense , et la vôtre n'est qu'un atome, moins, qu'un atome même en comparaison.
N'en doutez donc pas, Madame; sa charité infinie a fait pour les hommes ce que vous eussiez fait vous-même. Il y a sans doute une révélation, la bonté de Dieu m*en assure j mais parmi les différens peuples qui ont habité et qui habitent encore la terre . il n'y en a aucun qui ne se croye participant de ce bienfait. Chaque nation a sa révélation ; le grand point est de discerner celle qui vient de Dieu , celle qui ^st divine, Comme cet article est de la plus grande conséquence, cette révélation doit avoir les fondemens les plus fermes , les caractères les moins susceptibles de soupçon. Il faut qu'ils soîent tels, que le savant, l'ignorant, le génie le plus subtil,
LB^S AMERlGAINSSt ^69
et celui qui est simple 9 puissent les discerner par la lumière de la raison.
Examinons si la Révélation des Chré-* tiens a dés caractères dislinctifs qui puissent engager un être raisonnable à la préférer à. toutes les autres/
Pour me forcer à regarder là révé« latiou comme divine , il faut premièrement qu'elle ne renferme rien de contradictoire à cette vérité: Il y a un Dieu. Il faut , en second lieu , que tout ce qu'elle m'ordonne de croire et de faire soit digne dé ce Dieu > et fasse preuve de ses divins attributs. 11 faut enfin que Dieu l'ait autorisée par de tels prodiges, qu'ils soient manifestement au-dessus di^s forces de« la nature , de chaque honime, ou même de tous les hommes rassemblés. Examinons si la révélation que 'je Vous propose a ces caractères. Mais remarquez, Mesdames, que ce troisième caractère doit toujours avqif été précédé des premiers. Je^m'expUquepUnç révélation quim'enseigneroit des' choses contradictoires à ridée que j'ai 4*nn Dieu, qui ne fussent pas dignes de lui, auroit beau être autorisée par des miracles , je les regarde-
%J0 LES AMiftlCAlKES.
rois comme faux , quelque rrais qu'ils me parussent. Voyons si nous trouve* rons ce défaut dans la rétëlation avant d'examiner lèfs prodiges qui l'attestent* Pites-moi , miss Dorothée, qu'est-ce que la révélation nous présente à croire? Que nous'découvrc-t-elle ?
Miss DOKOTHÉE.
La révélation nous découvre , premièrement ,:xe que nous devons croire par rapport a Dieu j secondement , quels tout nos devoirs envers lui: c'cst-a-dire qu'elle npus enseigne ce que nous de* vons croire , et ce que nous devons faire I comme on l'a déjà remarqué, ,
Mabem. B0I9N£^
Miss Champêtre, dîles-nous ce qiié la révélation présente à croire par rap^ port à Dieu.
Miss GHAMPÊTltE.
11 me semble qu'il faut distinguer deux choses : les unes que nous pouvons comprendre, et les autres qui sont absolument au-dessus de nos 'perceptions. Par rapport à celles que nous pouvons comprendre , elle nous ap-
LES AMiRXCAINEft. 2^1
prend qa'U^y a un Dieu, cest-Â-dire un être intinîment parfait. Cette pre«> mière vérité , nous n'avons pas besoin de la révélation pour la connoltre , la raison seule nous Tauroit découverte :
mais tout le reste , je soutiens qu'étant au-dessusi de la portée ée la raison , nous ne pouvons en faire usage pour nous prouver la vérité de la révélation que vous npus proposez.
Vous me dîtes qu'une des preuves de la vérité de cette révélation est de ne me rien proposer a croire qui ne soit digne de Dieu. Dps là qu'elle m^apprend sur Dieu des choses que je ne puis comprendre , je suis hors d'état de juger si ces choses sont dignes ou non de la Divinité ; car il seroit ridicule de porter aucun jugement sur une chose qu'il ne m'est pas possible de comprendre.
Màdem. 9019NE. .
Vous vous méprenez 9 ma chère; ces choses que vous ne pouvez comprendre»
sont une preuve de la divinité de la révélation. Votre raison ne voua t-telle pas découvert que Dieu est infini? Pour qu'il soit tel , ^1 faut qu'il y ait
2^2 LE» A ME UïCA INF.Sv,
en lui des choses que vous ne puissiez coniprendre ; car votre esprit étant fini et borné , il ne peut atteindre qu'a ce qui cist borné comme lui. Une. révélation, qui vous offriroît un Dieu à votre portée, seroitfimanifestement fausse, parce qu'elle exigeroit vos bonimages pour un élre contradictoire à celui que voire raison vous ;a découvert, et qui est incompréhensible.
Premicq: caractère de la divinité de la xévélçitjppv Elle offre à nos hommages «n^ Dieu, incompréhensible , tel que noire raison, nous Ta montré.
,, IVoila, Mesdames, *ce que nous devons, pcfiiser par rapport aux choses que pous. ne, pouvons comprendre en Dieu, tejilps qjne ^jCjnt son Unité et sa Trinité; niais, il y.^ijL^ a d'aulres qui sont plus à noire. por^9,e^çl cellçs-là ftous pouvons et nous devons les examiner.
La raison qui m'apprend qu'il y a un être infiniment parjîait, me découvre ce que je dois tentendre par ces mots; o'est-ià-direi que, je conçois,. en prononçant ces paroles , un. Dieu, infiniment saint , just^, bon, puissant, libéral , etc. 11 faut examiner si la ré-
LES AMiHICÀINES. SlJ]S
vëlaticm oie le contre tel; car, je le répète etieore, si elledérogeolt à celte idé^, elfe §w<>i^ fap^çc?. pitcs-moi, lady Vk>leiit^î, Cfi.que' Ja .révélation nous décQU¥f§ .par rapport à la sainteté de
.:^ t Lam VIOLENTE.
* Qu'il' haït lè mal , qu'il ne peut se reconcilier avec lui , qu'il Je poursuit par-tout poui* le détruire et pour le punir, même daos çeiix qui lui a voient été les plus agréables 9 comme dans David , Ëzéchias et tant d'autres.
" Mâdm. bonne.
•Qii'est-ce que la révélation nous découvre par rapport à là justice de Dieu, miss Dorothée? •
Miss DOROTHÉE.
Qu'il ne 'peut pas ne pas aimer et ;récompenser la vertu, ne pas haïr ou •punir le crime. La Sainte Écriture m'a tellement convaincue de cette vérité, que par-tout oii j'aperçois un châtîtment ; j'assure positivement qu' il y a toujours eu un crime j par-tout oti je Tois une récompense, je suppose tou-
jours une vertu. C'est, ce me semble , ce que l'histoire d'Adam m'apprend d'une manière bien positive. Dieu veut lui donner le bonheur; doùc il le crée libre afin de pouvoir, en couronnant sa vertu, suivre les lois que lui dicte sa justice, ou le punir s'il choisit le mal. Qui dit Justice, dit nécessairement la récompense de ce qui est bon , le châtiment de ce qui est mauvais.*
ladt Champêtre.
Ce que vous me dites là me'paroit ^ très-dangereux , et même contraire à rÉvangîle. Quoi ! toutes les fois que je verrai mon prochain affligé de quelque laal, je croirai -qu'il a été criminel? La prospérité des méchans sera regardée comme une récompense ! Souvenezvous, ma chère, que J. C. condamna celte façon de penser che^ les Juifa, et les avertit de ne pas croire que ceux sur lesquels la tour-de Siloé étoit tomr bée , fussent les plus méchans de 4out Israël , non plus que les Galiléèns, dont Pilate avoit fait mêler le sang avec les sacrifices.
LES AM^KlCAJASd. 2^5
Mifts DOKOTHÉE.
Je répondrai en deux mots.* Ou vous prenez les biens ou les maux physiques comme des biens ou des maux réels , ou vous ne les regardez pas comme tels. Dans le premier cas , je dirai : les maladies, le froid, le chaud , etc. son| des effels^ qui doivent avoir une cause.; cette cause ne peut être que le péché, et celui d'Adam sufBt pour justifier à cet égard la justice de Dieu. J'ajoute encore que l'homme le plus juste n'étant point exempt de péché, mérite tonjours d'être châtié dans celte vie; que ce châtiment est ennnême temps la punition de ses fautes, l'épreuve d^ sâ vertu, et le moyen de gagner le ciel. Si vous dites 6n bonne philosophe que les maux physiques ne sont pas de vrais maux, j'ajouterai que parmi les choses naturelles qu'oii regarde tnal-à-propos comme des biens -• je trouveroiô ces châtimens que la justice de Dieu fait du péché. A combien de personnes les honneurs, les richesses, la santé u'èntr elles point été des occasions de chuté ? Ne me sera-t-il poiut permis de regarder
'576 JLES AMERICAINES.
comme des châlîmens ces avantages
devenus funestes à ceux qui les ont
obtenus? *
^ Mjldem. bowne. .
'Le fond delirolre pensée est vrai, ma clière Dorothée : tout mal suppose le crime àdx yeux d'une personne qui est cbnVaîncue dé la justice de Dieu j maïs vous vous êtes exprimée d'une manière aflirnialive ; fet pour vous rendre plus éxàt^, il faudroit trop dôus écarter de notre sujet. Tenons-nouis-en à la thèse générale. La justice doit nécessairement |)ùjrtir le mal , récompenser le bien. Il y a des maux dans cette vîe : donc , si Dieu est juste , îl y a du péché. Quand il n'y auroit que celui d'Adam , cettcT conséquence seroît justifiée. Dites moi , lady Louise, ce que la révélation vous découvre par* rapport .à la bonté de Dieuf. i :> i;
. , .. , ' ^.ADT LOUISE.
• ' Elle m'appiSend que cette dîvine.qualité l'a engagé à créer des créatures pour les rendre pai^icipantes de son bonheur selon le degré de leur puissance à être heureuses j elle me découvre qu'il n'a point àbandonué l'hom-
me après sa chute , et lai a préparé un remède capable de réparer avantagea^ sèment ses perles.
Il me semble apercevoir une conlradiction. Vous nous avez dit que Dieu, comme juste et saint, haïssôit essentiel*lement le crime^ et le poursuîvoît partout pour le punir. La justice veut que le châtiment, la réparation soient proportionnés à l'offense : or , l'homme ne poùvoit fournir à une telle réparation , il fâlloit nécessairement ou que la justice fût violée par le pardon d'un crime qui n'étoit pas Suffisamment expié , ou que sa bonté souffrît par le châtiment d'un coupable inhabile à réparer.
Madem. bonne.
J'avoue-, ma chère , que loiate la sagesse ht|maitie .n'Mt ^u parer à^cet in-i çonvéjiient , et voilà ce; gui. me prouve la nécessité de lâ^^ré.yéJatioo^ f'est qu'elle me découvre comment la sagesse infinie a su concilier les droits de, sa justice et de sa misféricorc^ j véi;ité„vqu^ la sagesse de tous le$ hommes .réunis ^'au-»
roit pu deviue^, imaginer o^ême. En:
Irons dans le détail par rapport a cette preuve; je ne doute pas que je ne l'aye fait autrefois; mais Tordre de ce dis* cours m'oblige à le répéter, et d'ailleurs ces grandes vérités ne peuvent être trop inculquées , parce qu'elles s'échappent de l'esprit /quoiqu'elles soient de la dernière importance. Ce sera en vous i^terrogeant , Mesdames /que je procéderai a cet examen ; Je trouve cette méthod^ plus aisée» Dites-nous , miss Champêtre, quels sont les caractères du péché d'Adam?
Miss CHAMPÊTRE.
. Il me.s^mble qu'Adam se rendit coupable d'une ingratitude odieuse , puisqu'à peine sorti des mains d'un Dieu qui l'avoit comblé de biens , il méprisa son Créateur au point de lui préférer sa femme. Il coniiinit anssî une îti justice criante, en chél^cfhant à se sousli'aire au domaine dte^'sôiï sdùveraîn iseignèui*, qui avoit sur lui les droits les plus sacrés. Ce fut un enfant qui renonça à la bénédictîon'^e sôri père , mais du père le plus teiidre ; un sujet , ^ûi se rebella contre le meilleur des A>is j un ingrat.
LEft AMERICAINES. 279
qui voulut se , servir de tous les biens qu*il venoît de recevoir, pour àépouîUer le plus généreux de tous les biénfai* leurs; un insensé, qui préféra la laideur h, la beauté , le malheur a lar félicité sans bornes, injustice a la droiture.
Voyez- vous, ma Bonne j je conçois cela beaucoup mieux que je ne puis le dire , et cependant je sens que ye le conçois beaucoup moins qu'il ne peut l'être :
mon imagination , après s'être efforcée de rassembler tous les caractères qui aggravent la faute d'Adam, s'arrête par l'impuissance d'aller plus avant ; je sens qu'il y a un au-delà qui ne m'est pas accessible , et auquel il faut renoncer d'atteindre.
Mavbm. boniie.
Vous avez raison, ma chère ; c'est que la malice du péché étant beaucoup plus grande que votive esprit , elle n'y peut entrer. Cette malice , comaie je vous le disois autrefois, n'a eu de bornes que l'impuissance de celui qui offensoit^et l'inaccessibilitéde celui qui étoit offensé : passez-moi ce terme , Mesdames j car s'il est nouveau, il exprime ma pensée. Voila -donc une créature
sSo LES AM£KICAtN£9.
bornée, coupable d'uq, crime qui aproit eii des suites infinies 9 si Toffensét eût été en état d'en être blessé* Tous . lés jours nous d^isons qu'un bpnqime est un meurtrier, quoiqu'il n'ait tué persoi^ne»
Il a tiré un coup de pistolet qui , par sa mal-adresse ,. n'a percé que mon haï» bit.; il m'a donné un coup d'épée qui a été paré par le bouton de mon habit que le fer a rei\contré : Je poison qu'iJ me préparoit, a été renversé par accident : mais quoique , sa mauvaise intention ait été im puisante, il n^an est pas moins coupable .d'homicide : ce n'est point ia volonté qui lui; a m^injqué ^, ce soi^t les moyens/ Disons-le donc. Mesdames , et disons-leavec horreur : Adam fut un déicide : il s'attaqua à l'être de son Dieu , il chercha à le détruire , en voulant s'y égaler. Or, comme mis^ Sq^ phie l'a fort bien remarqué , la justice ne peut être satisfaite que par un,e satisfaction proportionnée à l'offense et à la qualité de celui qui a été Offensé. L'homme éloit incapable de procurer une. telle satisfaction; donc î'hommQ éloit incapable d,e réparer, sa faute , quand il eût. souffert toijite une éternité
|)Our l'expier : il s'ensuit qu'il devoit êlre toute réternité l'objet de la justice de Dieuj car celte vertu cesseroit d'exister, si elle s'adoucissoit sans avoir reçu une satisfaction égale à l'offense. Ditesmoi , lady Louise , ce qu'il falloit pour vécoQcilier l'homme avec Dieu.
Lii>T LOUISE.
Ma raison me répète ce que vous v€^nez de me dire , d'où je conclus qu'il falloit élever le réparateur jusqu'à celui qui «voit été offensé > lui donner une dignité pareille àla sienne: or, celan'étoit pas possible. Ou bien il eût fallu rabaisser Dieu jusqu'à la condition du coupable, ce qui n'est pas possible non plus, Dieu étant impassible et immuablo par sa nature. Le péché de l'homme paroîssoît donc impossible à réparer, il éfoit sans remède. Ma raison a besoin de la révélation pour en apprendre davantage : il faut qu'elle me découvre celle manière de réparation qui me paroît absolument impossible , je le répète.
madem. bonne,
/ Aussi la révélation vient- elle à votre secours > et dénoue ce nœud que vous
â8a LES AMERICAIl^SS.
ne pouvrez détordre. Elle vous apprend que la seconde personne ^e la Sainte* Trinité , que le Verbe a pris une nature semblable à la nôtre, ou plutôt qu'il a pris notre nature , qji'il a unie à la nature divine d'une manière si iuefrable,qu'elle8 ont subsisté dans une seule personne qui étoit celle du fils deDieu.Comm'e homme, il étoit capable de souffrir; comme Dieu, il donnoitun prix infini à ses souffrances, et égaloit , surpassoit même par sa satisfaction, la malice et Ténormité du pêche. Ainsi l'Incarnation a fait un accord admirable de la justice et de la bonté de Dieu , en sorte que ces deux perfections ont été satisfaites. «
Miss DOROTHÉE.
Vous savez , ma Bonne , que nous ne raisonnons de ces choses qu'eu égard à nos lumières naturelles : les miennes m'offrent une telle foule d'objections, que je ne sais pareil commencer pour vous les exposer. D'abord, cette union de la nature divine avec la nature humaine me paroit contradictoire : jamais ii ne me sera possible de la croire , sans renoncer à toutes mes notions. Elle blesse
L£^ AMiMCAINES. ^85
toutes les règles de la nature , et il faut faire divorce avec le boa sens pour y
Madxh. BOIfTÏE.
IVon , ma chère , si nous pouvons une fois nous convaincre que Dieu nous a révélé ce mystère, le bon sens nous engagera à le croire j voici ce qu'il nous dira : L'entendement de l'bomme est borné ; la sagesse et la puissance de Dieu sont infinies : pour comprendre ses œuvres , il faudroit que mon entendement fût it)fini. De ce que mes yeux ne dé* couvrent dans l'océan qu'environ deux ou trois lieues , je n'en dois pas conclure qu'il n'a que cette étendue , mais seule** ment que la foiblesse de mes yeux m'em* pêche d'en découvrir davantage. Ce plus que je ne vois pas, n'existe pàsmoinsqué la partie que je découvre : seulement ^ l'un est à la portée de ma vue , et l'autre ne l'est pas. La vérité^de l'existence de Dieu est à la portée de ma raison; je sais qu'ail peut tout ce qu'il veut , qu'il ne veut rien, que de juste et de raisonnable y voilà les deux ou trois lieues de l'océan que je découvre : le reste ne peut être aperçu par une foîble créature
^84 l'^S AME RICA INESi
comme moi, et n'en existe pas ihoins^ Mais , 4irez-vous » cela paroît àma raisoil des choses contradictoires, cela est abr solument contraire à tous les principes des sciences démontrées. C'est que ma ijaîson , ces principes y ceç sciences étant bornées , n'ont de prise que sur les objets quilesontaussi.Ilseroitbien plus contradictoire de penser que Dieu, qui est la souveraine vérité, pût mentir et nous trpmper. Noire raison n'a qu'une chose a faire, c'est d'examiner si réellement Dieu a révélé ce que nous ne pouvons corpprend^^e; quand elle est sûre de ce pojn^ elle nous fait une loi de nous soumettre $ans examen,parce qu'il seroit ridicule de prétendre découvrir ce que nous savons être absolument hors de la portée de notre Vl»ç. Concevez-vous cela, Mesdames?
Mîss dorothéî:.
Oui, ma Bonne; c'est comme si un homme se plantoit au bord de la nier, délermînékn'en point sortir , qu'il n'en eût aperçu le bout,
Màdem. bonne.
Précisément , ma chère; mais si la .
manière dont s'est accompli le mystère
LES AMSaiCAlNES. ^85
de llucarnatioa ne peut enirer dans notre esprit et être comprise par notre raison *, la sagesse des desseins de Died en l'ordonnant peu^ être examinée ; je m'explique, Mesdames.
Je n'ai point encore examiné si la ré« vélation est divine; donc je ne pais croire raisonnablement un mystère que je ne comprends pas ; car il n'y a que l'autorité de Dieu sous laquelle je doive plier ma raison sans craindre de me tromper ou d'être trompée j il n'y a qu'elle qui puisse et qui doive subjuguer . mon jugement; je le suspends donc jusqu'à ce que -je sois sûre qu'il a parlé, et je dis : si Dieu m'a révélé le mystère de rincarnation, je le croirai sur sa parole ; en attendant , je vais examiner si ce mystère, que je ne puis comprendre, est digne de Dieu ; si par rapport k ses effets et à ses suites, il n'a rienqûî répugne à l'idée que je me suis faite de cet Etre suprême. Si ce mystère , au-dessus de ma raison , produit des effets approuvés par ma raison, des effets digues de toutes les perfections de Dieu , ce sera un préjugé bien favorable k la révélation. Ei^ un mot , Mesdames , il faut que ce mystère pa-.
il86 LES AMERICAINES.
roisse tellement propre à augmenter la gloire de Dieu , qu'on soit tenté de dire : il manqneroit quelque chose aux œuvres de Dieu , si celle-là njpyoi t pas été opérée.
Ladt LOUISE.
J'ai bien de la peine k croirç que vous en veniez jusque-là; pour moi, je suis de Topinion d'une Dame qui me dispit, qu'elle évitoit soigfheusement de penser aux mystères de la religion , et nommément à celui de rincamation , de peur * d'eu douter.
Màdbm. bonne.
Je connoîs cette Dame, ma chère, elle a beaucoup d'esprit , et cependant elle ne sent pas le ridicule de son raisonnement. Elle m'a tenu le même propos , et je ne manquai pas de lui répondre que . le doute est le chemin de la vérité ; qu'il n'y a que le mensonge qui craigne l'exa^ men et qui y perde. Jç ne l'ai point con* vaincue : le préjugé est trop fortement établi chez elle pour espérer de la rame? ner k la raison .Suivons une route opposée, Mesdames; que notre raison ne recon»
noisse qu'un seul sujérieur qui est l'o-
LES AMÉRIÇAINKS. ^8^
racle divin j jusqu'à ce que nous soyons sûres qu'il a parlé y examinons.
Miss DOROTHÉE.
J'aurois à vous faire souvenir d'une histoire singulière par rapport à cette dame , et qui montre jusqu'à quel point elle pousse le préjugé ; mais comme je ne veux pas perdre de vue ce que j'ai k vous objecter , je remettrai cette histoire à la première leçon; et , pour continuer celle-ci , je vous demande s'il u'étoit pas indigne de la grandeur et de la majesté de Dieu de s'unir à une nature telle que la nôtre.
Madsm. BONNE.
Non assurément , ma chère : vous perdez de vue ce qu'étoit l'homme au sortir des mains de son Dieu, et ayant d'avoir contracté cette horrible maladie qui nous déprave. C'étoit une créature capable de connoitre^ d'aimer, de glorifier son Créateur. Quelle fin ! U participoit en quelque sorte aux avantages de la Divinité , et i^'avoit pas d'autre occupation que celle de l'Etre suprême.
Quel privilège ! Tous ses penchans étoient droits , justes , et il pouvoit se 6xer dans cet heureux état. Quelle féli*
^88 LES ÀMÉRICÀIKE«.
cité ! C'est à celle nature primitive , si belle 3 si noble , si avantagée , que la Divinilé a d^^igné s'unir j et quels effets ont résulté de celte union ? Dieu a été honoré, adoré, aimé, re-mercîé sur la terre,, d'une manière digne de lui. Je vous l'avoue. Mesdames, quand je con* sidère l'Incarnation sous ce point de vue,indépendamment du péché d'Adam même , je trouve ce mystère si digne de Dieu , qu'il me paroît nécessaire peutêtreà la perfection de ses œuvres, comme je vous le disoisiln'y a qu'un moment, La beauté sans défaut, la bonté sans mesure , la sagesse infinie , vouloient être adorées , connues , aimées hors de lui} quelque parfaite, que fût la créature qu'il avoît destinée à cet heureux^ à ce glorieua: emploi, c'était upe créature trop bornée pour lui rendre des hommages dignes de lui. La terre étoit comme un autel d'où de voit s'élever sans cesse un encens pur j mais il falloit un prêtre digne de l'offrir j et ce prêtre, la nature humaine ne pouvoit le pi^bduire. Pour honorer^ aimer parfaitement un Dieu^ il falloit un Dieu. Quand on célèbre la naissance de Jésuj, je vois dans la crèche
le Frère aîné des hommes , le Grand- Prêtre selon Fordre de MelcWsédcch , qui vient, au nom de toute la nature humaine^ payer à PEtcmeliè juste tribut qu^ lui d<dl îa Créature. H de=W6fitiietre Clief/tio^ei^Ofitîfe; il donne àtios hommages €e qui leur maiiquoit , en les tmîs» sant aux sîens.En offra&t à Diem ee^iyixi Sofant, je kiî rends tocrt ce que je lui dois ;ila ler^e Revient «n ciefj. Dieu feltc fiwr eMe d^si^egarflsde >eom{4àîsaBt:e • îl y toit toute ia nature humain» réunie iu>us ce Chef infiniment agréable k ses yeux. Ah ! «i I- loearnation ne devoît sV pérer ^rï^en conséquence de la chute d'Adam, disons avec'saiHt Augustin T O rheureuse faute , qui nous aeprocuré un tel Frère , un tel Prêtre î Oui , Mesdames , je suis si persuadée que rien ne pouvoit remplir les desseins de Dieu, jdans la création,, que les hommages de Jésus-Christ, que je suis portée à croire que la seconde Personne de la Sainte Trinité ^e dfûl incarnée , quand même il n'y auroit point eu dépêché à expier,elle l'ejàt Cait pour diviniser nos hommages ,\ei en rendre à Dieu de dignes de lui. Voilà du moins ce qup me dit
HQO LES AMERicÀÎNES.'
ma raison, lorsqu'elle pèse les fruits inestimables de ce mystère.
Ï4JL©T LOUISE,
Et cela est parfaitement df accord avec la mienne. Je n'ai^ois jamais copsidéré rincfirnation âous ce point de vue ; sous prétexte que c'étoit un mystère inacces* sible à ma raison, je croyois devoir l'ar dorer sans y réfléchir. Que de trésors j'ai perdus par ma faute ! Ypus avez fait naître dans mon s^mie une magnifique idée- sous laquelle je veux dièà ce jour envisager le^Yerbè incarné : ce sera le Frère aine des homïnes et leur Prêtre^ Je ne veux point perdre de vue ces deux qualités, si propres à consoler mon imr puissance.
Mâdem. bothne.
Ajoutez-y un autre titre , Madame; Le Verbe incarné eût été le Prêtre de Thomme innocent j il devient la victime de l'homme pécheur. Lé seul motif d'adorer parfaitement son Père l'eût attiré raisonnablement sur la terre jque sera-ce, si on joint à ce motif celui de réparer sa gloire , de satisfaire à sa justice , de lé réconcilier avec ia nature humaine , dé
liiiretiâre^dans tous ceux qui voudroicnt profiter de ses grâces , des adorateurs pour toute rélernîtc ? La miséricorde fait un miracle pour anéantir le pcclié^ sans ôler à la justice la victime qu'elle exige. Encore une fois , quel prodige ! Qu'il est digne de l'Etre infiniment parfait, et dès-là qu'il est digne d'être cru !
Ladt violente.
Je vous jure, ma Bonne, que je n'ai plus besoin de la révélation pour croire ce mystère : il me paroît nécessaire à la gloire*, a la justice, à la miséricorde Se Dieu; dès*la il me paroît existant, il me paroît une conséquence de cette rérité : // j a un Dieu.
Madem. bonne.
• Que sera-ce. Mesdames, si à celte conviction qui naît naturellemeul de l'examen que nous venons de faire , nous ajoutons celle que doit produire la parole expresse de Dieu ? Non-seulement ce mystère, <}uî «st Je fondement de la religion chrétienne, n'a rien de contradictoire à ridée que nous avons d'un Dieu j non-seulement il remplit parfejitemeBt toutes nf)S notions par rapport
a la perfection de Dieu ; mais j'ai des preuves certaines que Dieu l'a opéré 5 iî a daîgné tMfe les révéler lui-même.
Jlapï^elez ici; , Mesdames , toute voU^ attention ; ]e dis plus, rappelez toute votre incréditlité , dépouillez tous les préjugés qu'^n vous a donnés sur la reîîgioTi , quelque légitimes qu'ils soient j oubliez toutçsles raisons de convenances qui vous engagent à croire ce mystère et les autres ; rappelez toutes les objections des libertins et des impies, pour procéder à l'eacanaen de la révélation, Faites une bonne fois l'exercice de voire rlison , pour découvrir s'il est vrai que Dieu ait parlé , ^fin de lui en faire cut suite un sacrifice parfait.
J'ai dit que la révélation , si elle est divine , doit avoir des carîjctères si clairs qu'il ne soit pas possible de s'y méprendre ; voyons si j'ai trop avancé : mais, îe le répète, Mesdames, si je parviens ai vous prouver la vérité de la révélalion , le doute «ur les vérités qu'elle vous présentera à croire seroit absurde. Disputez la révélation tant qu*il vous iïCta possible, je me prêterai à toutes Vos objectioïts. Serez-vous forcées de
Les AMERICAINES. S-QS
les abandonner f el de vous soumettre.; faites-le pleinement. Ne nie dites pla/s alors* Mais que deviendront l^s notions les plus claires, les' règles que leis savans de nos jours veuleia^ établir , et qu'ils semblent avoir fait vœu de répandre? Il en est une qai doit pl^évaloir sur toutes les autres ^ c'est que Di^u , ie Tou^Puissant , aura parle ; celui qui est la vérité souveraine, ne peut sp troifliper. A ces mot^, toute créature doit se rendre^ à iBoins qu'elle ne Veuille renoncer à la raisons: à ces mots , la foi n'est plus uti acte qu'il faille laisser aux femmes et aux iguorans , car voilà, ce que l'on prétend dans notr^ siècle. Nos pbilosopheS;dedaâg«eat tout ee qui; est au-dessus de l«ur petite sphère t cerveauix étroits, qui, ne pouvant me rendi'e raison de* la dix-miU llème partie des miracles, qjui sont en eux'^mêmes ou qui les environnent , portent un œil audacieux sur ce qui est plus éloigné d'eux' que le ciel ae l*ést de la terre, et qui en prononcent hardiment. Fixe le soleil', téméraire atome j soutiens la vîolfence de ses rayons sans eu être aveuglé; suis Pét^Iair ra-
3g4 rCS AMERICAIJiES;
pide dans sa course, mesure Vétendue des mers, essaye à en déranger les bor* nés; et tu apprendras bîenlôl que les foibles yeux ne sont pas construits de manière a soutenir une lumière si vive; tu dois les borner à mesurer un petit nombre de surfaces sur lesquelles tu pourras faire des conjectures, que lu chercheras à approfondir; et pour une vérité qui sera le fruit de ton examen, mille erreurs m'avertiront de «le. tenir ;en garde contre ta fausse sagesse , et ik rire de tes présomptueuses décisions. Apprends que l'exercice de la foi est l'exercice nécessaire de tout ce qui raisonne conséquemment , et que , si les lueurs sont réeHes, elles l'engageront à humilier lût superbe sous le joug de la parole de Dieu, et qu'il est absurde de préférer l'étincelle au soleih
Miss DOROTHÉE.
Ma Bonne me divertit toujours quand il est question de nos beaux-esprits , elle devient éloquente dans les sorties qu'elle fait sur eux.
Madem. bonne.
Je l'avoue, n^a clière, j'ai souvent
LES AMÉaiGAIIf es; 395
Itoip de vlvaqité quand il est question de ces beaux Messieurs ; ils ont tant essayé de me faire partager leur aveugle manie, que je suis un peu excusable de sjentir tout^e ma bile en mpuvement quaQd je me rappelle leurs sermous.' Continuons/
LiûT LOUISE. •
Mais , ma Bonne , pourquoi Dieu n*a-t-il pas un peu plus étendu nos lumières, je ne dis pas pour comprendre ces* mystères*, mais du moins pour eit ôlerles apparentes contrariétés? Si noua pouvions les concevoir, par exemple, comme les Saints le font dans le ciel; y ny auroit plus d'impies, de matérialistes , d'hérétiques ; nous serions tous d'accord , nous serions tous Saints.
Madbm. bonne.
, Et que deviendroient les. biens inestimables que nous procure l'exercice delà foi? Quoi! une misérable créature , qui j. comme jje vous leidisois loutà-rheure, n'est pas capable de connoître la. cent millième partie des phénomènes qui- se passent en elle> qui ne peut m'expliquer pourquoi son doigt
irenni^ âiu hfoiiid^e srigtie^âa sa volonté i- <îeWe ei^éaUsirerigdorante, di5-je, deman^ dera des raJBoiBB.^des preuves à^^M Diea ^ qoatid il aura daigné lui révéler ses mystères ? Ce$t une hnprudetice qui M'a pas^ de nom) une ô«fts5è<vqûi lui fait mériter à bon droit le non» d'insensé^ que le Saint-Espcit lui domie dans l'É* crilure. Nous aurons occasion de parler plas d'une fois sur la folie de no^ssieurs les beau^ -esprits. En vpilà- assez pour aujourd'hui,, je vous dois une histoire , , et je n'ai qu'un trait d-hi^loice à vous rapporter. Il est, très-co;pséquent à la. matière que npu5i traUçxpjg;
J'ignore, ou plutôt j'ai ouMiç. quelle est la n^aison de la Dtame dqpt je var^ vous parler : e.Ue fut ap^el^e la.prin«> cesse Palatine après son mariage ; je crois pourtant qu^elle ëloit fille du duc de Mantôue. Quoi qtr'îï en soit, elle vivoil sous le règne de Louis XIV. Dans sa jeunesse, elle eut beaucoup de piété j mais^ s*étant éloignée de Dîeir par* degrés, ' elle dicmnai cfehs la galanterie, et ensuite dans Ites intrigues qui partagèrent tou4è la cour pendant la régence d'Anne d'Autriche. Cette Damé avoît
%ZS AMERICAINES. 297
un e«J)rît supérieur, une grande anibi* lion, beaucoup de génie pour les affaires, «ne fermeté à toul^ épreuve, cl sur-tout une fidélité à sa paix^le qui la faisoit regarder comme le plus lionnêle hommf? du monde. Or , vous senlea qu'entre un honnête homme ( selon ridée que Ton attache à ce nom dans le monde) et une honnête femme il y a une^ distance infinie. Gelle-ci avoit des amans, qui eussent scandalisé , sî elle eût vécu cent ans plutôt j mais dans le siècle oii elle vivoit, c'étoii presque une modie, et on n'y prenoil pas garde de si près.
"Cependant les principes dëreligioii que la Palatine avoit eus dans sa jeunesse empoisonnoient ses plaisirs criminels ; deux fois poursuivie par la grâce eMe essàjrk die ^eréc^oncilîer avec Dieu, et toujours la force de Thabitude la replongea dans l'état le plus rnalheureux. Lasse de lutter contre sa conscience , elle essaya d'éteindre dans son ame le f|lamba%u de la Foi: livres contrek/ religion , société aves les soidîsajttfesprits forts , tout fut ehiployé j et Dj^ qui l'avôit long-temps poursuivie ,'
3g8 LES AM£RIGAINES«
rabandcnna enfin aux désirs déréglés de gOD cœur : elVpril ««e«î grande horreur de la religion, qu'elle ne pouvoil ei> enlendrc parKr sans laisser échapper des raillevies qui scaudalisoient même les libertins. Elle n'avoit pourtant pas affiché ce désordre scandaleux qui exclut de la compagnie des honnêtes gens; et comme elle âvoit rendu de grands services à la reine pendant la minorité du roi, elle vivoit à la cour avec éclat et considération. Elle étoit née bienfaisante, ei a voit conservé celte inclination au milieu de ses désordres j les prières des pauvres qu'elle assistoit , montèrent jusqu'au trône de Dieu, sollicitèrent sa miséricorde, et en obtiii* rent un miracle. •
Lja princesse Palatine vivoit tranquille dans rétat déplorable que je viens de vous peindre , lorsqu'au milieu d'un sommeil paisible, et sans qu'aucun cvé*^ nement précédent l'eût frappée de ma.nière à laisser des traces dans son cerveau, conséquentes a cejjue je vais vous dire , elle eut le^songe suit^TlJ:
Elle crut être dans ijne épaîssfrsfiprêt oïl elle $'é(oit égarée. Après avoir nïV*
LES AMÉRICAI?iES. 2g9*
çhé fort long - temps pour en chercher l'issue., elle apei'çut une cabane dont elle s'approcha pour se reposer , car sa course Va voit épuisée. Cette cabane élpiç habitée par uiii aveugle-n^,.qui lui of* frit quelques rafraîchissemens. Pendant qu'elle prenoit un repas frugal , elle fît quelques questipns a sou hôte , et apprit de lui qu'il étoit venif au monde tel qu'elle le voj^oit. Et pourquoi , lui demanda-t^elle , vous êtes - vous confiné d^ns ce désert? Pour éviter la persécution des hommes, lui répondit Taveuglej ceux avec lesquels j'ai vécu avant ma retraite , n'ont rien oublié pour me rendre le plus malheureux de tous les hommes ; ils vouloient me persuader qu'ils . jouissoient d'un sens dont je manque, et me vantoient un soleil ^ une lune» et quantité d'autres objets qui n'existoient que dans leur imagînalion j ils me soulenoient qu'ils pouv oient connoître tout ce qui les ehvironnoit, autrement que par le toucher, me parloient de couleurs et de mille choses très-absurdes ; et ce qui m'étoit le plus insupportable , c'est que des gens qui avoienl d'ailleurs beaucoup d'espril et
JÎOO i-ES AMÉRICAINES.
de probité, éloîenl d-accord avec les autres pour soutehie* ces metiaonges.
Pour me dérober âl^eurs ihîpurhmttés a cet égard} je me «im séquestre de tout commercé} et; dépuis dix ans 'qiie je vis dans cette solitude, vous êtes la première personne dont j'aie entendu la voix. J'espère que vous ne serez pas k mon égard aussi ih^dste que les antres , et que vous conviendrez avec moî qu'on vOuloit mé bercer de folles visions. ^
Et le. moyen d'en convenir, lui répondit la Palatine? Si une douzaine de personnes eussent voulu vous piersuader de l'existence de ce sens qui vous manque, Vous auriez été excusable de douler de leur rapport; mais comment* pouvezvous croire que tous les hommes se Qoient accordés k vous tromper? Vous m'avez avoué que d^habileset d'honnêtes gens vous avoient assuré qu'ils vôjent ice que vous ne faites que loucher j ils vous assurent qu'il y a un soleil , une lune, des étoiles; que les corps ont des couleurs , une forme qu'ils peuvent distinguer sans les toucher ; et seulement à cause que vous ne les apercevez pas , vous voulez anéantir leur témoignage.
LES AMERICAIlSrES. Sojt
Out-îls quelqu'îutéiêt à vous tromper?
Avouez de bonne foi que refuser dé you^:eu rapporter a runanitnité de leur (emoigna^ , , esî jï^e véritable folie- • . .Je» crois (Jw VOM^ aVeaSî raison, répondit Taveugle } m^iis avouez aussi que vous êtes plus extravagante que moi.
Ce qu'il y a de plus, honnêtes gens , les plus ^éclaires , les Augustin ', les •Aai'broi3e,les tihrys.ost6nije.et des millions d'auti^s , vous certifient qu'ils se sont convaincus de la vérité de la révélation par l'examen le, pliJis exact et le plus long. Les apôtres et upe multitude de martyrs- ont été si persuadés de cette vérité, qu'ils Tout signée de leur sang; et cependant vous osez penser qu'ils se sont accordés pour vous tromper. Parce que vous vous êtes aveuglée volontairement, vous accusez tant de gi'andspef* soulages d'être aveugles. Sufïîl-il donc de nier ces vérités pour les anéantir?
Et par^e que vous ne les voyez plus , croyez-vQiis être en droit de révoquer en doute des témoignages si nombreux et si désintéressés?
A ces mots , la PalatViie se réveille couverte .d'une sueur froide } elle re-
BOÎÎ LBS AMÉRICAIWES.
Cormoit ses erreurs, et les suites affreuses qu'elle en devoit craîudre pour L'éternité ; elle se jette à genouk et passa, le reste de la tuit dans la prière et dans les larmes. Le funeste voile étoît déchiré, sa raison reprit tous ses droits. Elle ne se- contenta pas de se frapper infructueusement la poitrine ^ sa conversion fut entière et publique. Ses engagemens furent rompus sans aucun méifjagement ; une vie austère , pénitente ^ retirée, édifia autant le monde pendant plusieurs années , qu'elle l'avoit scandalisé auparavant, et elle persévéra jusqu'à la mort dans le nouveau g^re de vie qu'elle a voit embrassé:
Lady violente.
Cette histoire nous fournit, ce me semble , une nouvelle preuve de^la vérité de la religion , à l'usage et à la portée de tout le monde. Une multitude d'hommes éclairés et qui ont passé leur vie à l'étudier , sont per3uadé$ qu'elle est divine ; et ils nous en donnent une preuve sans réplique-, en s'assujet- Ussant à ' sa pratique exacte dans les choses qui ^aroissent les plus pénibles à la nature.
LES AMERICAINS 9. 5o5
Miss SOPHIE.
Celle preuve ne peul-elle pas être alléguée en faveur de toutes les fausses religions? La Grèce a eo ses Socrale , ses Arîslide , ses Phocîou , ses Déraos- Ihène , et grand nombre d'autres savans que je ne me rappelle pas ^ Rpme a eu ses Scipion , ses Paul Emile, ses Cicéron , et, sous le règne d'Auguste , des savans dans tous les genres. Les Grecis èl les Romains auroient-ils été reçus à dire : les plus savans el les plus hontiêtes gens d'entre nous croyeul ce que nous croyons sur la nature de nos dieux : donc ce que nous eti croyons est vrai.
Miss DOROTHÉE. '
Non, Madame. Les Grecs et les Romains n'auroient pu poser^ce principe, ni eu tirer cette conséquence, parce que leurs plus grands hommes, loin d'avoir des senlimens uniformes sur ja religion, s'étoîentfait a cet égard des systèmes trèsdifférens : parce que , loin de croire la religion dominante , il n'étoit pas même possible qu'ils la crussent, parce que l'absurde ne peut entrer dans une tête qui raisonne , et ne peut être que le partage d'un
So4 LES AMÉRlCAINir*.
vulgaire aveugle, qui tfa jamais comparé deux idées : non seulement ils ne croyoient point la religion dominante , mais ils s'en moquoient, et leurs écrits font foi et de la contrariété de leurs sentimens , et du mépris qu'ils avoient pour les opinions reçues. Les poètes même sur , les théâtres, et les écrivains, ne hasardoient rien en tournant en ridicule Iça faus&es divinités; les sa vans, les honnêtes gens du tenips n'ont jamais essayé de réprimer leur audace ; ce qu'ils eussent fait sans doute, s'ils eussent cru aux dieux qu'on outrageoit.
IVlADEM. BONNE.
Ajoutez qu'ils avoieut ua intérêt particulier à entretenir l'erreur du peuple à cet égard. La mort de Socrate a voit appris aux philosophes le danger d'essayer de faire des prosélytes au sentiment, de Tunité d'un Dieu 3 on pouvoit bien perisér à cet égard tout ce qu'où vouloit, pourvu qu'on le pensât tout bas, du moins chez les Grecs. Chez les Romains , les grands hommes en état de comprendre les absurdités de la théologie païenne, la rei^.irdoient comme un frein capable de retenir le vulgaire , et avoieut d'au-
LES ^MifiîCÂlVtê. ^o5*
tant phis de crainte de ]e détromper ,. que ce^ grands hommes étoient à la lêter dû gouvernement , qui ne ponvoit se sou^ tenir sans une religion qui, tout ex^ra-^ vagante qu'elle étoit ^ leur laissoit un moyen de contenir la multitude.
Mï»5 DOROTHÉE.
Ce que vous venez de dire , ma Bonne, me fait naître une idée. Je m'aperçois que tous les législateurs ont eu soind'é*^ t^l^Iir une relig;ion telle ijuelle : pourquoi Font-ils fait? C'est que leplus grand nom* l)re des hommes ont besoin de motifs re-** lîgîeux poTjr mettre des borner à leurs passions, qui bouleverseroientlasociélé e.t la rçndroient ixapossiblet. Je m'aperçois en second lieu qu'ils onttrouyé dans les bamm^es mie docilité a cet égard>, qui a droit de surprendre , vu les choses qu'on» leur proposoîl a croire , et le but qu*ou avoît en les leur proposant, qui éloit de Içs contenir dans des bornes plusiétroiles qu'jJsne l'eussent souhaité en mille occaaions.Ceslégislaleurssont parvenus àleui; but , malg.ré l'imperfection des moyens qu'ils employoîent. Avec des molifs religieux, ou eiigageoil les Romains à renon-
So6 LES AMÉKICAÏNÉ^;
cer à ce qu'ils avoîent de plus précieux , à leur liberté j le respect pour le sermcïQt étoît poussé chez eux jusqu'ati scrupule. S'ils n'ont pas été véritablement teriueusT, cMtoitla faute de leur religion , qui éloit impuissante à produire cet heureux effet. D'oii venoit leur docilité ? Du-sentimenf intime que chaque homme a de la divir ÊÎté, de l'obligation de l'honorer, de ïui obéir. Or, voici comme je raisonne : Des? Boiiimeôquin'avoient qu'ui^e bonté mé-*^ dioere et des lumières bornées , ont cher^' ^hé a faire du bien â leurs senôblables , à modérer leurs passions , a les civiliser^ à leur faire pratiquer quelques vertus , à leur faire éviter certains vices , et ils sont parvenus à leur but, quoique d'une manière imparfaite.
' llfaudroit donc supposer dans ces législateurs plui de lumières , plus d'amour pour l'ordre , que dans le créateur de l'univers , s'ils eussent employé , pour rendre les hommes heureux, tm moyeu qu'il euft rejeté quoiqu'il fût si efficace pour produire cet heureux effet : aussi l'a-t-îl mis en œuvre en leur donnant une loi si parfaite, qu'elle porte pour ainsi dire le sceau , le cachet de son auteur.
- L«S AMERICAINES^* ÎOJ
Ensorle que si quelqu^un s'avisoil de me dire que celle loi n'est pas de Dieu, je pourrois répondre hardiment qu'elle est telle , du moins , qu'il ne pouvoit en donner. une plus sainte , pWs parfaite , plus abrégée , plijs claire , moîna sujelte aux incouvéniens qu'on remarque dans ioutes les autres lois qui indiquent les bornes de l'esprit de leurs auteurs j en un mot , une plus digne de lui.^
MirDBM. BONNE.
Vous abrégez beaucoup mon ou- "wrage ,^ Mesdames , et vous me fou;?nissea par vos réflexions de nouvelles preuves ' de la divinité de la révélation, aussi bien que.de sa uécessité^ je vais les récapituler..
Les hommes les plus éclairés » et qut ont blanchi dans l'étude delà religion, ont cru la révélation ,^ et leur lénioigûage à cet ég^rd est uniforme. ,
Le moyen le plus efficace pour coa* tenir les passions des hommes étant la religion ^ il seroit contraire à l'idée ijue nous avons d'un Dieu infiniment bon , de croire qu'il eût privé de ce moyen de vertu des créatures qu'il % créées pour être vertueuses;
5o$ LES AMÉRICAIÎ^ES.
Ajoutez à' la première de ces pretives tine circonstance que mi^s Dorothée n'a point oubliée. Cest que cette révé-^ lation que ces hommes si savans reçoi'<> vent comm^ divine , ks oblige à ittener une vie pure aux dépens des peochans Vicïeux les plus chers a la nature cor-^» rompue , et qu'ils y ont conformé leurs mœurs j ce qui nous offre une autre preuve de la vérité de la révélation , aussi forte que les autres.
La révélation des Chrétiens est si parfaite dans sa morale^ qu'elte est digne du Kèu que notre raison nous a offert , et qu'i^ n'est plus possible d'en imaginer une plus parfaite ) elle seule peut rendre l'homme estimable , heureux • elle seulef fait ou peut faire le repo's , le bonheur , là sûreté de la société* Tous les maux dont nous nous plaignons ont leur source dans le violement de cette loi; si elle étoit parfaitement observée , la terre deviendroit le séjour de la félicité.
Malgré ces beatix caractère» de la révélation, nous né laisserons pas, Mesdames , d'en examiner l'histoire avec Tcxactitude la plus scrupuleuse. Il nous faut des preuves plus claires que le jour ,
LES AMERICAINC8. S09
pour ne pas confondre Moïse avec Osirîs, rythagore, Numa, MiD08,Lycurgue, Mahomet, et une infinité d'autres hommes qui se sont faits auteurs des différentes religions qui ont été et qui sont ré« panduesdans l'univers. Miss Dorothée, rappelez-vous l'histoire de Moïse , telle que nous la fit , il y a quelque temps , M. Belesprit notre voisin ^ qui prêtent doit nous obliger à la révoquer en doute, ou qui youloitpous faire regarder Moïse comme un imposteur. Je ne crois pas que l'incrédulité puisse s'armer de plus fortes armes , et par conséquent , en ré<* futant ce mauvais roman , nous répondrons, je l'espère, aux objections les plus spécieuses que peu vent faire les impies contre la divinité de l'Ancien Tes-^ tament , qui est la base et le fondement de tout ce qui nous est révélé dans I9 Nouveau,