PREMIERE PARTIE
Madem. BOI^NE.
.LiA Providence, Mesdames, qui dispose tout avec sagesse et avec bontés me permet encore de vous entretenir après une longue absence. Pour mettre a profil l'avantage qu'elle me procure, j'ai résolu. Mesdames» d'employer tous les momens que nous devons passer ensemble, à des études infiniment supérieures à celles que nous avons faites les années passées : il est question de nous rendre raison k nousmêmes de notre foi , d'en eicaminer les fondemens. Pour comprendre la néces*ftité de cette étude , rappelez-vous ,)e yous
8 &ES AMiRrlCAlNEf.
prie,ces paroles de Jésus-Christ: Celui gui ai4râlà^iefi éfui ser^baplie^ êêra saaçéi celui qui jiaura pas la foi ne peut être sauvé\e\\es sont sî positives, qu'il faut brûler les Ecritures^ ea nier la vérité, renoncer à croire la divinité de Jésus- Christ , ou dire avec lui : Lafoi est d'une absolue nécessité pour être sauvé. Mais qu'esl*ce que cette Foi , dont la nécessité est si absolue qu'elle ne peut être suppléée par rien»? C'est ce qui fera le scrjet de notre élude et de nos conversations. C'tst dans ce moment , Mesdames , que nous avons besoin , plus que jamais , des lumières du Saint-Esprit* Saint Pierre parla à une multitude de Juifs assemblés; quatre mille se convertirent , et les autres persévérèrent dans leur incrédulité. La grâce fut présentée, offerte à tous ceux qui écoutèrent les paroles de Pierre^ et ces quatre mille furent les seuls qui daignèrent la. re:Cevoir : les autres la rejetcrent, et les paroles de cqi Apôtre ne furent à leur èg^xà qme de vainsftons qui frappè^ejEit Iqurs oi^illes sana toucher leurcoetir, La lumière fut suffisante pour tous, je ÏQ répète, et ce petit nombre $euJei4pnt .ouvrit les yeux : tremblons
LES AMEatËAlNfiS* 9
qu'un itf^reil fpàlj^eur ne. uoas arrive; conjurons l'Esprit Saint de dissiper Içs ténèbres de ^f^^'g^m^ep^^ment , de fon- .dre l?igtaçç de nqs çqpm ,. ^'^rrachijr le fimesle^^amoefai; i^ni nou^ cache des yé^ rîtes uçQe|5^fii*Sp. des vérités absolument nç^ep^^^fpf^^. djè^ v^rMfi? «eules néces-
.?)W'i' P^i*'^?^^ ^^^s pouvez -?S"?f ^ï^.^HUp:??f .*p.^?fl« danger : il n'y ,f}^fieJfijSÇ4floce 4e Ja Religion qu'il faut
posséder pour entrer dans le Ciel , et sans
laquelle çtn ne peut espérer d'y entrer. JC^onnezrflOLoi jd/oipc Taltenlion la plus ré-
fléchie ,jl'esgp|t le plqs dfocile,- elle cœur , l^ , plus décidé à céder fiux lumières du
'Tre5-Hautquçûqp'i^ji)qus en coule.
f Mi»s PRÉJUGÉ.
Ces Dames m'ont appris, ma Bonne, qu'une de vos coàv6ûtionsé( oit de laisser /à celles qui ypuç écoutent la liberté de : vous inlerifogér, de vous contredire même, et de ne jamais céder qu'à là raison. Je vais profiter de ce privilège , et vous faire mes objections contre le genre d'étude que vous nous proposez. Convient-il aux personnes du sexe? Une foi simple n'est- .elle pas notre partage ? N'y a-t-il point de danger à. examiner ce que nous de
!0 LES AMlEAÏCAlNZâ.
VODS croire aveuglément sur le pârolts de Dieu ?
MiDEir. BONNE.' '•
Et qui vous assuré , Madame ,que votr|e foi est fondée sur la parole de Dieu? Un Turc m'en diroit autant, le croirîez-vous autorisé à me proposer cette objection?
S'il me prenoit envie de vous nier la vérité de la révélation , pourrièz-ypns résister aux tentations auxquelles mes liiaûvais raispnnemens vous exposeroient , sur-tout si je vous les faisois dans un temps oîi l'intérêt d'une violente passion vous feroit souhaiter de trouver ces raîsonnemens justes? Assurons-nous par les lumières de la raison que Dieu a parlé^ alors nous pourrons fermer les yeux en toute sûreté, et croire aveuglément tout ce qu'il nous aura dit: jusqu'à ce moment doutons de tout ( FoyezlaPréface)^ la prudence nous en fait une loi que nous ne pouvons violer sans risque.
ladt inconséquente,
Je^crois bien, ma Bonne , que l'étude que vous nous présentez est très-belle ; cependant je crains de la faire, et voiti pourquoi : la Religion chrétienne me paroît consolante, elle me promet des
secours , des adaucissemens dans les si* tuatioDS fâcheuses de cette vie, et un Lonheur éternel dans l'autre joiiponrrai-je Ifouverrien de pareil? J'àvoue:quc ces secours, ces consolations , ce bonheur éternel, je les espère sur la foi d'autruî., et je ne me dissimule pas combien ce four dément est foible : on m'a bercée de ces idéçsdès l'enfance, et je crois que je ne les ai adoptécis qu'à force de les enteudre répéter. Mais qu'importe la man ière dont cela est entré dans mqn esprit? Je crois, et cela me tranquillise : que.seroiUce si un examen sévc^re me montroil que je suis dans l'erreur?. 11 faudroit donc renoncer malgré moi à loua les biens que je possède?
Màdem. bonnï:.
» Vous ne possédez rien, ma efeère,pùjS)que vous n'êtes pas sûre de voire pos-^ session et: que vouJi craignez que Ton vous la ravisse : vous mè paroissez comm^ un Homme qui ayant passé deux jours sans manger , réveroit qu'il est dans un festin oii il se rassasieroit. à son gré , et qui craiudroit d être réveillé , de peur d'être arraché à cette douce illusion pour faire un repas réel. Ou la Religion chré^-
Ï2 tÊ5 iLMERiCAipfES.
tienne a des fondemens solides et est
.divine ,ôû e»e ne peut pas nous donner
-tes bieiis îtieslirhables qu'elle nous pto-
xnet : si elle nous trompe , nous iie pou-
'v<Jm tropsouhailer d'êrre réireilléespour
chercher à laplaîce des biens trompeurs
qu^elle nous offre ^n vain , un bonheur
<8olide. Au lieu de craindre d'être dé-
îtroiiîpéesvhâlezivous del vous assurer la
pdtôsession de ces biens inestimables s'ils
-existent : s'ils n'existent pas , je ne vous
élerai rien, je vous le répète , en vous çn
privant: au contraire, je vous guérirai
cl'unç erreur, et une erreur quelconque
est toujours un mal. ^
Ladt MÉKY.
Pour moi , j'ai une objection à vous faire, qui me paroît plus réelle. Je conçois la beauté , le satisfaisant de la science delà Religion; ]e sois charmée de pouvoir m'y appliquer toute entière; mais cette élude est-elle aussi essentielle que vous avez voulu nous le faire entendre ? si cela étoit, que deviendroient tant de pauvres gens qui n'ont ni le temps , ni les occasions , ni la capacité nécessaire pour cette étude ? Eu Angleterre , par exemple , je suis assurée que sur cent
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personnes il n'y en a pas deux qui puissent ia faire ; c'est, je crois , la même chose en France : -un marchand occupé de son coninaerce,un domestique, de San service , un paysan , de son travail ^ tous ces ^ens-là , dis-je , n'ont pas le temps néces* saire pour s'instruire : le plus grand nomibre de ces personnes manquent de capat^ cité, quand même elles auroient dn temps: d'ailleurs, qui auroit ia patience de les instruire? Ufaudroit donc qu'un ministre ou un curé n'eût que cela a faire? M'est-'il pas plus avantageux qu'ils s'attachent a leur procurer de ioohnes'mœuFS que ùe grandes lumières? qu'ils leur apprennent à bien vivre , plutôtqù'à bien croire ?
Màdem. bonne.
Voilà une objection , ou plutôt des objections qui méritent une attention particulière : si elles ne sont pas justes, au moins ont-elles de la vraisemblance.
Vous me dîtes, ma chère Méry , qu'un grand nombre de marchands , d'artisans, de domestiques et autres n'ont pas le loisir de s'appliquer a l'étude de la Religion , parce qu'ils doivent apprendre le conunerce ,1e service, leur profession,
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et que, lorsqu'il» la savent, tout leur temps doit être employé à l'exercer. Je conviens que toute la perfection, toute la sainteté des hommes consiste à bien remplir lés devoirs de leur profession : mais quelle est cette première et essentielle profession des hommes ? c'est d'être Chrétiens. 11 n'est pas absolument nécessaire qu'ils soient marchands, artisaps^ domestiques V laboureurs , et il est esseoh tiel qu'ils soient chrétiens. Pardonnerroit-on à ce marchand d'ignorer l'arilhmétique et le>prix de ses marchandises ? à ce domestique, de négliger d'apprendre la manière dont il doit. remplir son service ? à cet artisan, de ne pas connoîlre les outils de sa profession? Qiiépenseriezvous d'un médecin qui vous diroit qu'il n'a pas eu le temps d'étudier l'anatomie, de lire des livres de médecine > de fréquenter les hôpitaux? vous le traiteriez d'insensé. Il n'y a donc quela science du christianisme qu'il soit permis d'ignorer sans honte ? quel aveuglement ! Mais , dites-rvous > les curés et les ministres n'ont ni le temps ni la patience de les instruire : quelle horreur ! Ils ont bien le temps de manger, de boire, de dormir, de se
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divertir : or , ces choses sont moips nécessaires que rinslruction de lôùl^ paroisjsièna / éar 41- n^est pas essentiel qu'ils Tiyént,etil est^ssenliel qu'ils se salivent : or, ils ne peuvent se sauver qu'en se consacrant tout entiers à l'instruction de leurs paroissiens* Au lieu d'employer plusieurs jours à coûiposer un sermon éloquent, qu'ils fassent quatre catéchismes ; qu^ils îs'appliquent avec ai^^t d'ardeur à trouver les moyens d'instruire leur troupeau , qu'ils en apportent à recevoir' leurs revenus^ Lady Meiy ajoute qu*il vaut .niieux leur apprendm à bien vivre' qu'a bien croire j et moi je lui réponds que Jésus n'a pas été dé ce sentiment ; qu'il a mis la Foi pour la première condition du salut: j'ajoute que les mœurs des hommes^ sont en proportion de îeur foî. Le plus stupide paysaû , qui aurait eu le malheur de commettre un crime 9 ne manque . d'aucuue lumière pour le Cacher et l'excuser : que dis-je ? la crainte d'être, pendu rend ces rustres fidèles. Pourquoi cette crainte les empêche-t*elle de voler ?^€'est qu'ils ont une parfaite conviction que la justice des hommes ne fait aucune grâce sur ce
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crime, etqu'ilconduîl à la potence. Celle 'idéea lafoi^ce.-de réprimer lei^rcupidilç. Si 9n péndoit ceux q^i' s'emvrent ^ qui : disent de$ paroles ^ésbonuétes, qui 0)4disentet déchireut la réputation du pro» chain, rivrognerie ^ Vimpudicité, la c;ilomnie sëroient aussi ^nare^ que le;, vol;: kl cf a inte^ du cbâlimeDtcS^^peudroil les -effets de toutes cespassi^^Si, q|i^i ne sont . pas plus violentes ^ue c^U&t^ese meltçe à son aise en s'appropriant l6 bien d'au- Irui. Qui leur donne le courage* nécessaire pour résiâteràce dernjer p/snc^an^ ? ; l'appréhension du supplice^^L^ crainte d'une éternité malbèuç^eu^ie opererofit u.n effet aussi heureux paî rapport ^ tous les -vices , si elle étoijt bien rçellej et elle le deviendroit,si un pasteur zélé, avoi,t soin de l'instruction de ses oujailles, ^t daignoit descendre à leur poi:tée pat dçs instructions familières. J'avoue qu'il ept des esprits plus épais que Jes autres', ne croyez pourtant pas que lé nombre en soit aussi grand qu'on le suppose communément , parce qu'il est plus ai^é de se persuader qu'ils sont incapables d'ins* truction, que de se*donner là peine nécessaire pour les instruire. Tous les
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Hommes , à f exception d'un très-petit nombre, sont capables d'exercer des professions qui demandent une certaine intelligence : le temps , la patience du maître viennent à bout de surmonter les plus grands obstacles et qu'on auroil re^^ gardes d'abord comme invincîMies. Si un Curé se donnoitla moitié de la peine pour former des chrétiens, qu'un cordonnier pour apprendre à son apprenti à faire un soulier, assurément il y réussiroîf.
Enfin , Dieu ne nous demandera qu'à proportion de nos lumières , il sera content des effortsque nous aurons faits pour nous instruire^ quand bien même ces efforts auroient élé insufBsans, pourvu que nous y ayous employé. tout ce qui dépeudoit de nouç pour bien étudier }.au lieu que nous serons criminels de notre ignorance, $i nous n'avons pas fait toutce qui dépendoit de nous pour la détruire*