‹ Les AméricainesChapitre 38 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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âOé 1£S AME&ICAINE8,

foule innombrable de machines si bien organisées , qui existent au seul acte de sa volonté ; acte qui leur a assigné des opérations dont elles ne s'écartent jamais ; acte qui les conserve avec autant de facilité qu'il les a tirées du néant. Ce spectacle me ravit, m'encbante et m'excite à la reconnoissance et à l'ad* miration. Lorsque fe pense a la science divine qui a produit toutes ces merveilles , les lumières des savans me pa« roissent d'épaisses ténèbres ; tous les ouvrages les. plus Guis de l'art , des ordures , des joujoux qui ne sont pas dignes d'attirer un seul de mes regards.

Ladt méry.

Yqilk la preuve Ta plus complette de la vérité de mon système. Les sentimens qu'ils excitent en vous me confirment que la bonté de Dieu l'a engagé à nous donner ce moyen de l'aimer et de Tadmirer. Nous savons que c'est nniquemeiit pour cela qu'il nous a créés et içis au mopde. Or , qui veut la fin vefit aussi les moyens.

^ Miss CHAMPJITllE.

yoicl encore une difficulté qui vous

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n échappé. L'homme est créé à l'imagé de Dieu, parce qu'il est capable de conuoître et d'aimer. Voilà , je pense , pourquoi lady Mérj a avancé qu'on ne pouvoit, sans blasphème, accorder Ces deux prérogatives aux animaux : s'ils les possédoient , on pourroit dire qu'ils sont aussi faits à l'image de Dieu.

Miss BELOTTE.

Je suis bien honteuse de ce que je vBii TOUS dire; mais il ne £aut pas qu'une mauvaise honte l'emporte sur le désir de m'instruire. Je n'ai pas compris bien des choses qui viennent d'être dites. Par exemple , pourquoi faudroit-il qu'une ame matérielle fût mortelle ? Lady Méry a' dit qu'on ne pouvoh croire , sans absurdité, l'amematérieUe dans les bêtes, et spirituelle dans les hommes. Je ne i^omprends pas du tout cette absurdité*

Màdbm. bonne.

C'est que vous avez oublié certains principes dont nous avons parlé amplement autrefois. La répétition de ces principes ennuyera peut-être quelquesunes de ces dames ; mais nous ne de-^ Yons rien laisser derrière nous qui ne

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6oil bien compris. Lady Violente se rappellera sans doute ce que nous avons dit à cet égard. Comment poovoDs*nous conuoilre un objet , ma chère' ?

LâDT VIOLEMTE.

En le décomposant ^ pour ainsi dire, pour connoître ses qualités et les effets qu'elles produisent. J'examine un arbre dans mon jardin : il'étoit petit il y a six ans, et présentement il est beaucoup plus grand que moi. Je pense qu'il n'a pu changer de volume que par l'addition de quelques parties qu'il a au'jourd'hui, et qu'il n'avoit pas auparavant.

Que" concluez- V0U3 de l'addition qui a été faite a cet arbre, et qui a augmenté son volume ?

Ladt violente.

Que , comme il est composé de diverses parties ajoutées les unes aux autres , et qui lui donnent la forme qu'il a aujourd'hui, il est susceptible. d'un changement de forme en désunissant ses parties. D'oii je conclus' que c'est un .corps susceptible d'addition et de soustraction. '

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irflDEM. BONTÏE.

Ce que vouS dites de cet arbre , pouvez-vous le dire de votre corps ?

Ladt violenté.

Assurément , mai Bonne. On peut rae couper un pied, un bras, une jambe^ m'arracher un œil , m'ôler une oreille.

Madïm. bonne.

Mais pourquoi ne dites-vous pas qu'on peut vous couper la lête , vous arracher fe cœur ? L'un est aussi possible que

l'autre.

Lapt ViolÊMTE.

J'en conviens , ma Bonne ; xtiais la soustraction de ces parties produiroit un effet tout différent de celles des pre* mières. Dans le premier <;&s , mon corps seroit mutilé, mâts il vivroit encore.

Dans le second , il seroit détruit , c'est^ à-dire qu'il ne tardercfît pas à perdre sa manjière d^élre pour en prendra une autre. Ma tête et mon corps constituent m^ vie , ou, si vous vouléîB, sont nécessaires à ma vie , au lieu que je puis me passer de mon bras , de mon pied , de mon œil.

^'JO tES ÀMKKiCAINESr

. Madjem. BOIÏKE.

Voici ce que je comprends de voire discours : que ces deux corps , le vôtre et l'arbre, sontessenliellemeBt des composés de plusieurs parties ; qu'il y a quelques-unes de ces parties qu'on peut retrancher sans qu'ils cessent d'être ce qu'ils étoient auparavant ; mais qu'il y en a d'autres qui sont si nécessaires à leur existence , qu'on ne peut les en ôter sans qu'ils cessent d'être ce qu'ils étoient auparavant. Donnez un nom distinctif à ces deux sortes dé choses.

La»t violente.

On appelle qualités essentielles , celles qu'on ne peut oter d'un corps sans le détruire , en sorte qu'il. cesse d'être ce qu'il étoit auparavant. Voila un pain de sucre : une qualité essentielle au sucre, c'est d'être doux. Au moment que le sucre cesseroit d'être dbux , il cesseroit aussi d'être sucre, et deviendroit une cristal^ lisation insipide. Donc la douceur esf tellement essentielle au sucre , qu'il ne peut subsister sans elle. Ce pain de sucre est fait en pyramide , il est congelé : celte forme, <:ette congélation. sont des

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qualités qui ne lui sont cp! accidentelles ^ qui ne constituent pas son essence } car cette forme pourrait être changée en une autre ^ cette figure solide devenir liquide , sans que le sucre perdit sa douceur, et par conséquent cessât d'être sucre

Maoem. BONKE.

Dites-moi^ miss Sophie: quelles soni les^ qualités de la matière , c^est-a^dire deiKorps composés de matière?

Miss SOPHIE.

Je crois que c'est l'étendue , la forme i la pesanteur, la divisibilité.

Madeh. bonne.

C'est fort bien répondu , ma chère; Tout ce qui est matière est étendu , a une forme , est lourd , peut être divisé , augmenté. La forme ronde , carrée ; pointue , n'est point essentielle à la iifia**^ tière , mais seulement une forme quelconque : elle ne peut subsister sans cela. Je puis changer ce!te forme en la divi- ' saut 9 en la coupjint , en y ajoutant d'autres parties ; mais toujours en aurat-elle une. Dès là que l'étendue est es«> scutielle à la matière , la divisibilité lui

est essentielle au€si, c'est à-dire qu*oa ne peut , quoi que Ton fasse, lui ôter la faculté, d'être divisible. Elle peut être longrtenips sans être divisée^ mais, par sa nature , il faut qu'elle le soit un jour. Voici un morceau de papier : je puis le couper en cent mille parties} tant qu'il restera papier , il conservera cette qualUé de pouvoir être coupé , quoiqu!il ne s'ensuive pas qu'il le sera : je puis prendre fantaisie de le conserver ylier , tel qu'il est à présent, et il restera tel très-long-temps, sans pourtant perdre la faculté d'être coupé. Ce que je dis de ce papier , je jpuis le dire de ce diamant y de cet(e pièce d'or. Mais jé n'en puis dire autant de cet arbre , de ce fruit ; ils portent en eux des principes de divisibilité que je ne suis pas en état de suspendre, non plus que celles qui sont dflnsmoncorps.il est vrai qu'un, corps gelé se conserveroit des siècles , mais au dégel il tomberoiten pourriture. Qu'estce que ceU signifie ^mis^ Dorothée?

Niss DOROTHÉE.

Que vous manquez de connoissance ^ et que vous ignorez les moyens d^arrêter lés causes de la divisibilité de ces corps j

LES ABIERtCAlNES; ^7$

je dis d'arrêter «de suspendre, car nulle puissance ne peol ôter à ta matière la possibilité d'être divisée.

Madem. bonpïe.

Vous avez raison , ma >chère ; nulle science ne peut parvenir à anéantir, dans les objets matériels , la possibilité de la division; mais l'on pourroit suspendre cette division des corps: c'est en 4]uoi consisteroit la perfection de l'art, encore ne seroit-ce que pour un temps.

A présent, miss Sophie , si on pouvoit trouver quelque chose qui n'eût ni par- N ties, ni figure, qui , par conséquent, ne pût être brûlée, cassée , brisée, coupée , que seroit cette chose«là ? Pourroiton àife qu'elle fût un corps composée de matière?

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