‹ Les AméricainesChapitre 40 sur 42 · M186 SOPHIE · texte numérisé non relu

M186 SOPHIE

Il faudroit qu'elle n'eut pas de partiel» ni de forme , par conséquent. Où il n'y a point d'étendue , on ne peut rien couper, ôter : mais j'ai beau xrbercber de tout côté ^ je ne 'vois point qu'il existe rien de pareil.

Madem. BONNE.

Mais en supposant qu'il fut possible de trouver une telle chose , diriez- vous q;a'elle seroit de même nature que les corps , et qu'il n'y a aucune différence entr'eux et elle ? •

Miff SOPHIE.

Je serois une extravagante si je le dîsois. Cette chose et les corpç ayadt des qualités différentes et contraires , elles sont de nature opposée.

tes AMEKICAINES. ^^5

Màoxm. BOIïNE.

MaU n'y auroil-il pas moyen de les rendra semblables , d'ôter à la matière sa form.e et sa divisibilité, et a cette chose sop indivisibilité ?

Miss SOPHIE.

Cela ne seroit non plus possible ; que d'ôler la douceur au sucre sans le détruire. Si vous ôtiez la possibilité d'être divisé, aux corps , ils cesseroient d'être corps» Si vous ôtiez l'indivisibilité à cette chose supposée, il faudroit lui donner des parties , et la ranger dans la classe des corps.

Maoek. bonite.

Pourriez-vous me dire , ma chère , quelle est la forme de votre entende-»

ment, de votre volonté, de vos pensées? Concevez - vous qu'il fût possible de couper , de diviser ces choses , comme, vous pouvez diviser ce morceau de papier?

Misn &0PH1Ë.

Ma pensée , mon entendement , ma volonté n'ont point de corps , ma Bonne: comment voulez-vous que je vous en dise la forme ?

2^6 LES ÀttÉRICAlNES.

Madem. bonne.

Ces trois clioses sont donc le contraire des corps, des objets malériels , et ne leur sont contraires que parce qu'ils out des qualités opj^osées.

Nous ne disconvenons pas que la pensée et lavolonté ne soient spirituelles } il est seulement question de savoir si ces choses spirituelles doivent leur origine a une cause qui le soit , ou s'il faut les attribuer à l'organisation Qt au jeu de certains corps.

Ladt VIOLÊNXjB.

. En conscience, comment pouvez- vous faire une telle objection ? Quand vous voyez un veau, vous pensez tout naturellement qu'il a été produit par un taureau. Quand vous rencontrez une pièce de blé , il ne vous vient pas dans l'esprit qu'on ait semé du seigle dans celle pièce. Pourquoi avez-vous ces opinions? C'est que vous êtes fortement persuadé que chaque chose produit son fiemblable et ne peut produire que celaj en sorte que vous vous moque*

liES AMERICAINES* ^'Jf

rîez de quelqu'un qui voudroit soutenir qu'un veau pourroit aussi bien naître d'une chienne el d'un âne , que d'une Tache. Vous traiteriez d'extravagant celui qui vous diroit que pour faire venir du blé il n'est pas nécessaire d*en semer , et qu'il en viendroit également quand on jeteroit en terre de l'orge , de» pois, ou toute autre chose. Chaque chose produit son Sj^mblable , c'est xme vérité dont tout le monde convient. Comment donc pouvez-vous dire que la matière produit la pensée, puisque ces deux choses sont absolument contradictoires l'une à l'autre ? En vérité , je ne vous comprends pas.

I \ BELESP.RIT.

Nous pouvons raisonner par principes -sur les choses dont nous avons une expérience journalière et qui n'a jamais été démentie; mais ce secours nous manque lorsqu'il est question àeé^ choses spirituelles, abstraites. Comme nous ne pourrons jamais en connoître clairement les causes , il me paroi t que nous devons avoir la liberté de les imaginer a notre gré.

Mifts DOROTHÉE.

Et sommes nous les maîtres de supposer Tabsurde ? Avez-vous oublié cet axiome , On ne peut donner ce que F on n*a pas. La matière , telle que nous la connoissons , et nous la connoissons par ses qualités essentielles^ la matière , dis-je , ne pense ni ne veut j elle ne peut pas ménA se mouvoir d'elle-même , et est absolument'passive; cependant vous osez nous dire qu'elle donnera le pouvoir de penser , de vouloir^ de se môu- * voir. Vous voyez que c*esl abuser de notre patience de nous dire de telles sornettes.

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