‹ Les AméricainesChapitre 42 sur 42 · X.ES AMÉRICÀrN£S. ^îSl · texte numérisé non relu

X.ES AMÉRICÀrN£S. ^îSl

trîce outrée qui prétende que chacun fléchisse devant son idole. Inventez-en un qui n'entraîne pas de conséquences absurdes, qui n'attaque pas Timmortalité de mon ame, qui ne choque pas l'idée que j'ai d'un Dieu infiniment parfait y et vous me verrez docile à Tadop* ter , s'il est plus vraisemblable que celui auquel je me tiendrai jusqu'à ce qu'on m'en offre un meilleur* En fait d'opinion, je ne me passionne que pour la vérité. 11 est bien des choses sur lesquelles* je suis peut-être dans l'erreur, mais j'y suis de bonne foi ; et dès le moment oTi l'on pourra me le prouver , j'abandonnerai mes sentimens ^ quels qu'ils soient , sans aucune répugnance.

Miss DOROTHÉE.

. J'abandonne aussi mon système pour le vôtre , ma chère Lady. Je trouve les opérations des bêtes trop parfaites pour êlre le produit de leur volonté; maïs dès-la que vous les attribuez à un ordre immuable de la volonté de leur Créa-, teur, je n'ai plus rien à dire, et je ne suis non plus surprise de leur constante fidélilé à suivre les lois que Dieu leur a prescrites ^ que je ne le suis du mou-«

2l8l LES AMÉRICAINES.

Yement réglé du soleil et des astres, ce9 brillantes luacbiiies dont la formation n'a pas plus coûté à leur divin ouvrier que la construction d'un moucheron ou d'un insecte encore plus petite

La»t violente.

O mon Dieu ! vous m'avez donné une volonté avec la liberté d'en disposer. Il est bien sûr qu'elle est à moi , j'en veux donc faire le seul usage qui me soit avantageux , et le voici. C'est que j'y renonce une fois pour toutes; je vous la donne , je ne veux plus en entendre parler, je ne. veux plus qu'elle soit à moi. Faites de moi un de ces auto«' mates dont vous avez rempli l'univers et qui ne peuvent vous désobéir.

Madbm. BONTfE.

0 la paresseuse qui voudroit sacrifier sa volonté en gros , pour s'épargner la peine de le faire en détail ! C'est à chaque moment de la vie , ma clière , qu'il faut répéter cet acte, si vous voulez que Dieu l'accepte. Tâchez d'aller au ciel ; là, sans être automate, votre volonté sera fixée dans le bien ,et vous n'éprouverez plus ses révoltes. 11 faut

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tâcher d'y aller aussi , Monsieur , en la compagnie de nous autres pauvres simples femmes qui n'avons ni assea d'esprit , ni assez de courage pour résister aux lumières de la raison.

BELESPRIT.

Heureuse simplicité ! Ah ! que ne don? nerois-je pas pour l'avoir toujours eue ?

Vous me faites souvenir d'un bon mot de my lord Ckester-Fields. Vous savez combien il a d'esprit, et l'usage qu'il en fait. Il mé disoit un jour : vous êtes une bonne femme qui croyez fermement tout ce qu'on vous dit. Ouï, mylord , lui répondis-je. Vous autres beaux*esprits , vous en avez une telle surabondance , que vous pouvez en dé^ penser une bonne portion eu doute. La nature a été moins libérale à n^n égard; elle ne m'en a donné que la portion suffisante pour croire avec connois* sance de cause. Un soupir qui échappa à mylord , prévint sa réponse sans qu'il s'en aperçût peut-être : c'éloit un soupir qui sortoit, comme Tèxclar mation que vous venez de faire , d*uu

çceur oppressé par la vérité. Dané le fond vous avez raison , me diuil. Ce n'est pas 4a foi qui tourmente , cest le doute. Je n'ai jamais oublié cet oracle sorti de la bouche d'un de nos pbilo- £ophes modernes , et comme je vous l'aï dit, je l'ai regardé comme le produit d'un sentiment retenu qui sortoil de la prison où Ton s'efïorçoit de le tenir. Si les sa vans étoienl de boiwe foi , ils avoueroient qu*il leur en a coûté in^ninïent pour devenir incréctjjles , et que tous leurs efforts à cet égard n'ont produit qu'une écorce d'incrédtilité dont ils abusent les autres , et qui rarement parvient jusqu'à les abuser eux-mêmes.

Miss Dorothée , récapitules toutes les vérités dont Monsieui:' Belesprit a éié forcé de convenir.

Miss DOROTHÉE;

Je craips que ma mémoire ne me fass^ un affront : en tout cas , ma Bonne , vous ti[) 'aiderez,

' 11 y a un Dieu, c'est-à-dire un Etre infiniment parfait. ''

Une conséquence de cette vérité , eu égard au monde tel qu'il est , c'est l'imtnortabté de Tame. Dieu blesserait la

justice , s'il laissoit la vertu sans réccrnipense et le vice sans châtiment. Il ne le fait pas CD cette vie, donc il le fait dans l'autre. ; .

La même justice lui fait créer des hommes pour en être aimé et glorifié j car il ne pouvoit lés créer ponr une autre fin que lui-même ; cette même justice ^ dis-je, Fa engagé à se manifestera ces hommes ) car on ne pe^it aimer ce que Ton ne connoît pas : on ne peut aimer qu'à proportion de la connoissance qu'on a de l'objet que l'on doit aimer.

Dieu s^est manifesté aux hommes en:

plusieurs manières : *

D'abord par la beauté et la perfection de l'univers , qui peut nous découvrir sa toute-puissance , sa sagesse, sa bonté, sa libéralité, et par conséquent qui doit nous excitera l'admiration et à l'amour*

Secondement , par ce sentiment inté^ rieur qu'il a gravé au fond de notre a me , qui nous porte à chercher le

bonheur; bonheur que Pexpériencenous apprend ne pouvoir être trouvé dans la créature : ce qui nous force , pour ainsi dire f à nous retourner yersi lui.

Troisièmement , par la connoissance

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beaucoup plas immédiale qu'il avoit donnée de lui au preniier homme ; connoissance qui s^esl couservée parmi xxn petit nombre d'hommes ; . depuis Adam jusqu'à Noé, qui se perpétua jusqu'à Abraham , qui fut soutenue et renouvelée par les promesses que Dieu fit à ce patriarche et à ses enfans;

Quatrièmement, par une révélation jcncore plus expresse , dont Moïse fut lé ministre ; révélation autorisée par les miracles qui l'accompagnèrent , par les prophéties qui l'a voient précédée , et par ceux qui continuèrent , et dont l'accomplissement vérifia la divinité pendant une longue suite d'années f révélation qui porte, pour ainsi dire , le cachet de Dieu , qui n'a pu être contrefaite par ies plus habiles législateurs ; c'est-à-dire qu'il n'y a aucun législateur qui 410US ait donné des idées dignes de Dieu et conformes à nos lumières { excepté Moïse); qu'il n'y en a aucun , dis-je , dont les lois ayent été dignes d'un Dieu«

Madsii. bonne.

Vous aviez tort de vous défier de votre mén^oire , ma chère y on ne peut avoir

mieux resserré ce que nous avons dit.

Nous en sommps restées à la publication de cette loi : voyons dans les circonstances qui l'accompagnent , et dans le reste de la vie de Moïse , des preuves de la divinité de cette loi ; elles seront sura« boudantes après celles que nous avons déjà données ; mais il faut profiter de nos richesses. Nous j trouverons aussi des preuves de la sainteté de Moïse qui forceront l'incrédulité jusques dans ses derniers retranchemens. Voilà de quoi nous nous entretiendrons la première fois.

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