M188 DOROTHÉE
Je le trouve admirable , j'aurai le plaisir de contredire tout à mon aise.
Apprêtez voire patience , ma Bonne, je ne vous laisserai rien passer qui ne ' soit bien prouvé , je vous en avertis de bonne foi, et vous me connoissez assez pour me croire personne à m'ac* quitter fidèlement de cette promesse.
Madeh. »0]SNE.
Vous ne m'effrayez point, ma chère ^ j'ai du courage, et ne demande pas de quartier. Au reste, Mesdames, si vous, connoissiez miss Dorothée , vous me trouveriez téméraire : née logicienne, une contradiction la blesse, comme une dissontiancç offense Toreille d'un musi<cien j ainsi vous pouvez vous en rap* porter à elle sur Texaclitude, et Je dois me tenir sur mes gardes. Commençons.
Remarquez, je vous prie^ que nous sommes convenues d'oublier tout ce que nous savons; que vous sortez des forêts de l'Amérique^ et que , voulant vous
iSES AMÉKICAINEâ. 5f
former une foi, vous la voulez sûre; ainsi il faut abandonner toutes les connoîssances qui vous viennent par le»
sens, et qui pourroient vous induire en erreur.
Ladt LOUISE.
3e n'enlends pas bien cela jOia Bonne; Mes yeux me découvrent mille objets , mes oreilles sont frappées des sons , et mes autres sens me produisent des connoissances qu'il seroît trop long de détailler. Pourrois-je douter de ce qu'il$ me découvrent?
Madem. BOINNE.
Peut-être bien, Madame. Dites-moi, je vous prie, vos fi[ens ne vc^us ont-ib jamais trompée?
Ladt LOUISE.
Quelquefois; mais c'ejst par accident; Si j'ai la jaunisse, tons les objets me pa-^ raissent jaunes. Si j'ai la fièvre, le sucre me paroit amer et Je bouillon détestable ; si je suis enrhuniée , les .fleurs me paroissent sans odeur. C'est la jaunisse, la fièvre et le rhume qui dépraveut mes sens*
mai^xm. aoNirsr
Et qui vous a dit que vos sens ne sont
pas toujours affectés de quelque maladie qui vous est inconnue, et qui les dé" pravç à votre insu ? ' \
Miss SOPHIE.
Quelle singulière imagination , ma Bonne! A ce compte', il faud roi t douter de tout : où en serions-nou»?
Madem. BOINNE.
Oui, Mesdames, il faut douter de tout, jusqu^a la preuve. Voyons s'il y a quel* que chose dontnous ne pouvons douter, quand bien même nous le voudrions.
Existez-vous^ miss Champêtre? Pouvezvous m'assurer que vous êtes quelqpe chose ?
Ladt CHAMP.ÊTRE. ,
Oui, ma Bonne : je pense, donc je suis ; car si j'étois le néant qui n'e^t rien , je ne ppurroîs rien produire,
Madem, BONNE.
Voilà une vérité , une chose sûre. Le néant , c'est le rien , qui n'a rien , qui ne peut rien produire ; cela est clair. Ma pensée est un effet : elle doit avoir une cause , qui soit elle-même existante. Concevez-vous cela , miss Dorothée ? Si on vouloil V0U3 le disputer , que pen-»
serîcfij-vous» des personnes qui Tenlj^eprendroient?
Miss BOROXHÉË.
Vous savez que je suis sans complî-^ ment , ma Bonne. Je les enverrois tout de isuite aux petites mafsons ^ car on ne peut nier cela et conserver la raison.
Màd£m. bonne.
Et bien , Mesdames , je vous le répète , je ne veux vous obliger à croire quence qui seraau^si clair que cette proposition, et qui en deviendra une conséquence.
Allons , miss Dorothée , voyons si vous pourrez découvriraussi sûrement la ma* nière dont vous existez.
. Miss DORrOTHÉË.
Cela me paroît facile ; je sens que je suis , et j6 l'assure parce que je pense. Comment aî-je lire de ce que je pense la preuve de mon être ? c'est que je me suis fait une idée de Têlre. Voyezvous , ma Bonne , toutes ces choses sont bien claires dans ma têlej cependant j'ai peine a trouver des termes pour vous exprimer ce que je sens. Je vais tâcher de le faire par une comparaison. J'examine le feu qui brûle ce bois , et
jjp pense qu'il existe ; car il a de« qualités qui tombent sous mes sens et que je crois apercevoir d'une manière trèsdislincle. Puisqu'il a des qualités, il doit ^Ire quelque chose j car ces qualités doivent tenir suun sujet réel : ce qui
n'est rien n'a point de qualités Oh !
cela m'impatiente j je sens que je m'exprime on ne peut pas plus mal. M'enteûdez-vous , Mesdames ?
Ladt méry.
A-peu-près , ma chère. La blancheur est une qualité. La rondeur une autre qualité. Le rien n'est ni blanc ni rond- Toutes lès fois que je trouverai des choses dont je pourrai discerner ou sentir les qualités, je déciderai que le sujet auquel ces qualités tiennent, est quelque chose d'existant; car elles ne peuvent tenir en l'air sans tenir à aucun sujet. Est-ce cela, ma Bonne ?
Madem. bonne.
Oui , ma chère j tout ce qui a des qualités essentielles ou accidentelles existe. Tout ce qui n'a pas de qualités est le néant«
isS AMERICAINES. 55
Ladt LOUISE.
Il me semble , ma Bonne , que vous employez des mois vides de sens. Le néant, le rien. Pourquoi faire des êUres de choses qui n'existent pas? Cela me paroit ridicule.
Madeit. BOINNB.
Non 9 madame , il vly a rien de ridi* cule à cela. Pour éd^rcîr et rendre nos idées par rapport aux choses qui existent, nous créons , pour ainsi dire , nouS' donnons des* noms aux eonXraires^ de ce»'cfaoaes.qiii n'existèni- pas. Ainsi» pour rendre le mot existence pit£5 sen-* sible; nous supposons le néants pour le mettre vis-à-vis de Têtre, pour ainsi dire. U est pourtant certain que nous ne pouvons avoir aucune idée deireqmn-'est pass de ce qui n'a aucune qualité ; car nos idées pàt* rapport aux: oh|ets ne se forment que sur leurs qualités, et nous n'en formons qu'a mesure que nous les «apercevons et sentons. Nous ne pouvons .donc avoir aucune idée, du mant , mais bien de r^^ri^. et nous concevons très-biea que l'être £ait disparolt^re le nsiamt. £H^ ^ons mieux : Le néant est la négation ^
SO LES AMÉRI CAINlfl^
de Vêlre , le contraire,, Vahsen<ié det Vêtre. Ainsi , la laideur est la négation de la beàiilé ; ratsencè, la négation de la présence ; le mensonge , la négation de la vérilé; la malice , la négation de labônlé. IVrenlendez-vons, Mesdames?
Ladt inconséquente.
A merveille , ma Bbhnè ; mais permeltez-moi de vous faire une remarq^ue.
Vous nous aviez promis dé îious prouver la vérité de la Religion chrétienne, et puis tout d'un coup vous passez a aulre chose, et /encore a quoi ? à des choses puériles, où du moins^ très-inutilés j car nous savons très-bien que nous hommes quelque chose et que le néant n'est rien. A quoi bon perdre le temps à nous le répéter? quel rapport cela peut-il avoir avec la religion ? pardonne» - moi ma franchise, ou\ si vous voulez, moii impertinence :'vous avez exigé que nou$ parlassions librement, et je suis exacte k
vous oJ>éir.
Madem. bonne.
Vous me faites plaisir , Madame; et, pour vous encourager à continuer , j'userai de la même franchise a votre égard. Xa preuve du bêsoiB que vous aveiK de
ce que nous avons dît jusqu'à présent, c'est l'opinion oii vous êtes que nous parlons de choses puériles et inutiles : tout' ce qui doit suivre aura pour base cet aicidme. On ne peut donner ce que VoH n'a pas. Rien de plus trivial en apparence que cette assertion : qui a jamais pensé , me direz-vous, à nie^cet axiome?
Un enlant de quatre ans en conviendroit. Avant qu'il soit peu, vous le nierez, ma chère , et d'habiles gens l'ont fait comme vous sans s'en apercevoir. Ecoutezmoi bien, Mesdames. Je vais avancer une proposition singulière. Notre siècle regorge de beaux esprits» de savans, de philosophes qui se piquent de nier les vérités révélées. Je me sens en état ^ moi qui suis une ignorante , de leur prouver qu'ils ne le peuvent qu'en niant cet axiome : On ne peut donner ce que Von na pas. Je veux former une chaîne d'idées claires, nettes, infaillibles et justes, sur^ la religion , et en voici le premier chaîuon. Donnez - vous patience, ma chère Lady , et vous veri^z d'autres chaînons qui vont venir d'eux-mêmeis s'attacher à celui-là , et y tenir si ferme , qu'où ne pourra les eu détacher sans
Tanéanlîr, En voici un qui s'y est défà placé. Je pense , donc f existe ^ il est une suite nalurelle du premier. S'il est vrai qu'on ne peut donner ce que l'on •n'a pas, il est impossible que je sois le néant; car le néant qui n'a pas l'existence , ne peut la donner à ma pensée : il faut que ce qui la produit possède l'être qu'il lui donne. Miss Dorothée , continuez à nous dire ce que vous concevez sur la manière dont vous existez»
Miss DOROTHÉE.
Paî connii mon existence en examinant les qualités de l'être, et je me suis dit : Je pense ^ donc f existe • car si fétois ie néant quin^a rien , je ne pour^ rois rien produire , et moi je produis la pensée. Qu'ai-je fait en faisant celte comparaison? Deux choses. D'abord j'ai aperçu Vêtre^ et puis je lui ai opposé un être de raison qui est le néants pour en remarquer les différences. Je suis donc tfn être capable A^apercevoir plusieurs objets, de lés com^^^frer, pour en remarquer l'es différences. Apercevoir, comparer^ voilà deux qualités de mon être, deux quialités que je possède.
LES AMERICAINES* Sq
Madex. bonne.
Cette faculté que vous avez d'apercevoir les objets , de les comparer ensemble pour en remarquer les diffërenées, nous la nommerons Entendement. Mais , dites-moi , ma chère , ce raisonnement, l'avez -vo^is fait librement ? Pouviez- vous vous empêcher de le faire ?
Miss DOROTHÉE.
Distinguons, ma Bonne. Je pouvoir fort bien m'empêcber de réfléchir sur ces choses ; je n'avois qu'à m'occuper de mon habit , d'un bal , d'un ruban , aussi bien que de l'être et de sa négation, le néant; mais au moment oii j'ai comparé ces deux choses , je n'ai plus été la maîtresse de mon jugement, je n'auroîs pas pu dire : Je pense , donc je ne suis rien. Il m'eût été absolument impossible de conclure cette extravagance; mou esprit pe peut admettre l'absurde.
Je vois par là , ma chère , qu'outre l'entendement vous possédez encore une autre puissance; c'est la liberté de réfléchir ou de ne paç le faire. Cette
OO XÊS AMERICAINE J;
seconde puissance ^ je l'iappelleraî volonté. Je remarque que la volonté ^st libre, et querenlendemenl neTestpas^ elcetledifférence que je remarque entre ces deux puissances me fait voir qu'elles iue Sont pas' les mêmes, parce que Tune peut.xfe.qùe Paûtre ne pçiit pas. Que conclure de ceci, lady Violente?
ladt violente. .
Que notre entendement n'étant non plus Hbre'd'igicquifesCjer h l'absurde , que de se. refiisèiî à 'la. vérité , il ne faut qtie vouloir réfléchir.; comme il faut, pour çonnoître et discerner le vrai du faux^
Ladt LOUISE. .
Je conçois cela parfaitement j cependant l'expérience est contraire à la conviction que j'en ai : car , enfin , tous les hommes réfléchissent peu-ou beaucoup; et pourtant sur les plus petits objets les hommes ont des opinions différentes et même absolument contradictoires :
donc le plusgrand nombre se trompe ; donc la;^vérile.' n'est pas le fruit de la réflexion.^ .....,/:
•Madem. BONNE.. ....
- yoiiîKÎes dùnoc[\xe je lie vous passèrar
.LES AitfÉRICAI KCS. 6l
. pas, ma chère Lady , C6 sont des cousequences d'un principe absolument faux, et il faut de toute nécessité que les (illcs ressemblent à leur père.
Vous suppoj»ez gratuitement que les bommes réfléchiasent avant d'embrasser une opinion ; vous supposez encore qu'ils réfléchissent comme il faut, et il m'est aisé de vous prouver, ou qu^ils se délerminent sans réfléchir ^ ou qu'ils ré£échis* sent mal.
Remarquez , M'adame , que pour bien connoitre un objet afin d'en décide»
commeilfaul,il est nécessaire d'en connoitre les qualités. Si, par exemple , mou goût est dépravé par une maladie, je deviens incapable de décider par ce sens que le sucre est doux et l'absinthe amère. De même, si je fais une pilule de sucre et une d'absinthe, et que je l'avale avec nne telle dextérité^qu'elle ne touche ni 'à ma tangué ni à mon palais , je ne pourrai assurer laquelle des deux est doiice ou amère , quoique mon goût soit sain. EnBn, pour pouvoir apprécier un aliment 9 il ne faut point que mon imagination soit blessée et prévenue , car celte
i partie de nous-mcme a la force.de dé-» V- • - • . ♦ «
xialorer les objets. Vous avez pris une médecine extrêmement dégoûtante et qui vous a beaucoup tourmentée; soyez sûre que tout ce qu'on vous présentera à titre de remède vous dégoûtera , vous fera soulever le cœur, quand même cela rfauroit rien de désagréable.
Appliquons ces comparaisons a notre sujet. Tous \eà hommes , dites-vous, ré*fléchissent, et cependant ils tombent dans Terreur à quelques égards : c*est qu'ils ont une volonté dépravée qui les empêche de bien connoître les qualités de la chose qu'ils examinent ; c'est qi/ils réfléchissent en l'aîr , pour ainsi dire , sans bien mâcher le sujet qu'ils veulent connoître; enfin, c'est qu'ils apportent des préjugés dansl'examen, et cherchent moins à connoître la vérité, qu'à se tranquilliser dans les erreurs qu'ils aiment, et à fournir des prétextes pour se refuser à des vérités qu'ils regardent comme un^ médecine désagréable.
Làdt LOUISE.
Je conçois que ce n'est pas la faute de la vérité si elle n'est pas décoi;iverte , l'eiTCur ne doit être attribuée qu'aux défauts de l'examen. Mais, ma Bonne,
LES AMÉmCA INE'8. 65
VOUS venez de dire que pour réfléchir ccfmme il faut sur un objet, il falloit d'abord en bien connoîlre les qualités : expliquez cela par un exemple.
Onmeprésénteun diamant bien brillante, gros comme une lentille, et un caillou gros comme une noix ; je choisis le brillant, et un joaillier choisiroit le caillou , parce qu'en l'examinant il auroil découvert que c'est un diamant brut , beaucoup au-dessus de la'valeur du diamant travaille. Vous concevez que j'aurois fait un mauvais choix ; pourquoi ? Parce qne j'aurois porté /un jugement faux, fondé sur l'ignorance des qualîlés de ce caillou. Voilà la cause pour laquelle lé plus grand nombre des hommes agit liialj c'est que presque tous jugent mal , faute de bieii connoître ce dont ils jugent. Nous avons remarqué. Mesdames, que Tentèndement ne veut rien j son unique emploi est. d'texàminer et de cotinoîlre. Remarquons encore que la volonté ne voit rien, et qu'elle ne peut que vouloir. Elle charge lenlendement du' soin d'examiner, leà •objets , tet choisit en aveugle sur son rapport : ainsi il est pour nous de la der-
nîère conséquence c^ue ce rapporl soit juste.
Mies BOROTHÉË.
* Il me vient une singulière idée , ma Bonne; c'est que la volonté n'est pas libre. Je m'explique. Lorsque mon entendement aperçoit une vérité prouvée,
'il ne peut se refuser à la lumière , il faut qu'il croie malgré lui. De même, lorsque la volonté aperçoit le bien , elle est forcée de le choisir. On me présente ces deux diamans: il est certain que j'aurois choisi le diamant brutsi je l'eusse connu tel qu'il éloit j et à moins d'être folle ^ je n'aurois pu agir autrement.
màdem. bonne,
• Cela est bien vrai , ma chère j mais par
.malheur nous sommes souvent folles. Un voleur sait fort bien qu'il sera pendu tôt ou tard^et celanel'empêche pas devoler ; un petit avantage présent l'emporte sur la crainte d'une mort ignominieuse. Une passion violente entraîne souvent la li-
^ berté^ mais elle ne la violente pas : il est peu de personnes qui n'en aient fait l'expérience, et sur-tout vous, ma pauvre
.missDorothée,quiconnoissezlebiensans
Je suivre toujours.
MiBB DOROTHÉE.
D'accord , ma Bonne j je conçois que je SUIS foU.e : je préfère ce qui est un bien imaginaire à un bien réel ; mais, dans le moment de la passion ^ ce mal meparoît . un bien ^ sans quoi je ne le choisirois pas.
Madem. bonne.
Et n'êtes-vous pas libre de réfléchir ? Je vais vousmontrer,par unescemple^que nous sommes toujours coupables de nos mauvais choix. Il est sûr que si nous nous sommes bien convaincues que c'est dans laReligîonquenoi^slrouveronslcmoyea d'être heureuses en celte vie et en Paulrc, nous pratiquerons cette religion ; car nous voulons être heureuses } c'est l'unique vœu de l'homme. J*offre cette conviction à vous et a tous les hommes , qui ont chacun une portion de lumière, à cet égard, égale à leurs besoins. Mais si quelques-unes de vous Irouvoieut ces leçons trop graves , et qu'en ron >équence elles n'y revinssent plus , ell'.s resteroieiit dans l'ignorance ; leur ft)i foible ne leur fournissant que de foibles motifs de faire le bien , leur volonté, ne se porteroîl au bien que foiM^menl^et on diroit voloù-
tiers qu'elles ont manque de secours pu]$« sansqui les auroienl déterminées comme invinciblement, en sorte qu'elles n'eussent pu ^ sans les plus grands efforts , se refuser à leurs propres lumières. Il n'en faudroit pas inférer qu'elles ne le pour* roient pas absolument ; mais que cela sel»oi t d'une si grande difficulté , qu'il né seroit pas probable qu'elles commissent le mal avec cette conviction parfaite. Cette grande difficulté de faire le mal qu'elles pouvoîent acquérir, qu'est-ce qui les en auroit privées? ne seroit-ce pas leur vo-n lonté, etne seroient - elles pas respon-^ fiables des suites de leur paresse ? Ne se^ roit-ce pas volontairement que Ijss autres auroient surmonté leur dégoût pour acquérir des lumières et des motifs capables de tenir leur volonté comme encbaînée au bien? '
Mrss DOROTHÉE.
A VOUS eti tendre, ma Bonne, on dîroît qu'il ne tient qu'à nous seules de devenir comme impeccables.
Madem. bonne.
Souvenez-vous, ma chère, que nous ne sommes que jpliilosopbes^ et çncore
rCS AMERICAINSS. 67
Ijue nous n'avons fait que les premiers pas dans le chemin de la philosophie. Un plus long examen sur nous-même nous fera comprendre que notre ame a une maladie qui a déprave ses goûts , et qu'elle peut dire avec un ancien :
Je vois le miens 9 et je choisis le pire.
Mais nous ne devons pas aller si vite , nous qui ne connoissons encore presque rien de notre être, Lady Violente , ayez ]a bonté de nous récapituler ce peu que nous savons.
Ladt violente.
Texiste , ]e suis un être capable d'apercevoir j de comparer , de juger et de choisir j c'est-à-dire , que je possède un entendement et une volonté,
Madeii. bonne.
Il est tard. Mesdames, nous continuerons la première fois.
68 LES AMEAICiLINEB;