LES JOURNAUX
L'Améfiqtie est le paradis des journaux. Il s'en publie un nombre plus considérable dans le seul État de New-York,que dans les trois royaumes réunis d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande.
En 1861, la Caroline du Sud possédait cinquante feuilles périodiques au moins, et la Louisiane plus de cent. On évalue à cinq mille, le chiffre total des journaux édités aux États-Unis. Et, tandis que le Boston News Letters, seule gazette qui existât en 1704, insérait dans sa colonne des Dernières Nouvelles, le discours de la roi m1 Anne, vieux de quatre mois ; les abonnés du Herald lisent aujourd'hui le discours de la reine Victoria, quelques heures avant ses sujets anglais. — Le télégraphe transatlantique devance de cinq heures le Soleil. J'ai parcouru, à neuf heures du matin, dans le New-York Exchange, les dépêches datées de Liverpool, midi. Si quelque grande explosion se produisait à Londres vers minuit, les Américains en trouveraient le récit dans leurs journaux à sept ou huit heures du soir : quatre ou cinq heures avant qu'elle n'éclatât !
L»1 journal, potir un Américain, c'est la moitié de la vie. Les prisonniers eux-mêmes reçoivent chaque matin le leur. On peut mettre un criminel au cachot, on peut le réduire au pairt et à l'eau, mais lui refuser son journal f nul n'oserait, en Amérique, exercer pareille cruauté envers le plus noir des scélérats.
Un prédicateur— c'était dans la Caroline du Nord— déroulait un jour devant son auditoire, le sinistre tableau des châtiments que la justice divine réserve aux méchants. Peine perdue ; on n'écoutait pas. Tout à coup : « — Ils iront, cria l'orateur, dans une contrée où ne parvient pas un journal 1 » — La foudre éclatant au milieu de l'assemblée, eût produit moins d'effet. Tous pâlirent. Et, dit l'histoire, tous furent instantanément convertis