J 88 LES AMÉRICAINS CHEZ EUX
parti a la tète d'un détachement de trois cents hommes, il revint suivi de trente-cinq ; le colonel, et cinq officiers sur six, avaient été tués. A Fredericksburg, placé en face de Marye's Heights, sous un feu terrible, il perdit presque tout son monde, mais tint bon. Il livra la bataille de Reames Gut, dans laquelle il s'empara de neuf canons, et fit plus de prisonniers qu'il n'avait de soldats. Lorsque, en avril 1865, Lee, à la tête des débris de son armée, cherchait à se frayer un passage à travers les montagnes, la brigade de Macrae couvrit sa retraite près de Farmville. S'avançant sur Appomatox, où allait s'effectuer la reddition, Macrae attaqua et battit un corps fédéral, qui s'apprêtait à faire main basse sur les bagages. La brigade de Macrae fut la dernière à poser les armes.
Malgré ses innombrables combats, et bien qu'à deux reprises son épée ait été brisée et ses vêtements mis en lambeaux par des éclats d'obus, Macrae n'a été blessé qu'une seule fois.
Il a eu le périlleux honneur d'essuyer le feu d'une batterie entière. Le temps était sombre, le combat vif ; Macrae, se dirigeant sous bois, vers ce qu'il prenait pour un corps confédéré, se trouve tout à coup en présence de la division ennemie Franklin ! Reconnu, on lui crie de se rendre. Sans répondre, Macrae tourne bride, donne de l'éperon, et reprend au galop le chemin de la forêt. On assure que la division entière, -— 20,000 hommes — lui tira dessus. Son épée fut fracassée, son cheval blessé, mais lui-même échappa sain et sauf (1).
Macrae, du reste, appartient à une famille guerrière ; ses huit frères ont servi, soit dans l'armée, soit dans la marine. L'un d'eux faisait partie de l'armée nationale, quand éclata la guerre; son serment le liait à la cause de l'Union; les frères eurent donc la douleur de combattre dans des camps opposés. Leur père, le général Alexandre Macrae, avait fait la campagne de 1812 contre l'Angleterre. Bien qu'âgé de soixante et dix ans lorsque les États du
1. On raconte l'anecdote suivante à propos du premier uniforme de Macrae. Maître Sam, tailleur de province chargé de confectionner l'objet, ne possédait que des notions confuses sur le costume militaire. Patriote ardent, il prépara néanmoins, dans le noble but de soutenir dignement l'honneur du district, un habit galonné sur toutes les coutures, enrichi de toutes les décorations dont le brave homme eût jamais entendu parler ! Notre jeune soldat se sentait assez de courage pour essuyer le feu de l'ennemi ; mais s'exposer, sous cette éclatante carapace, aux regards de ses camarades : non ! Le chef-d'œuvre du patriotique tailleur resta enseveli dans l'ombre. Le général affirme que, depuis les galons de caporal aux étoiles de commandant en chef, tous les insignes figuraient, soit par devant, soit par derrière, sur cet habit sans pareil.