BIZARRERIES NATIONALES
général parmi les citoyens du Sud et du Sud-Ouest, c'est le port d'armes en tempe de paix. — Dans ces États-là, chaque citoyen est pourvu d'un instrument de àéfense... ou d'attaque.
Me trouvant en wagonj avec un gentleman à l'air pacifique, je hasardai quelques observations sut- et1 sujet,
— Monsieur, me répondit-il, voyez, c'est plus prudent! J'ai toujours sur moi sept coups chargés!
Et, soulevant son gilet, le débonnaire gentleman me fit voir la crosse d'un revolver enfilé dans sa ceinture. Employé gouvernemental— section des cimetières nationaux — notre gentleman se sentait responsable de la sécurité de sa personne.
Je n'ai, pour ma pari, jamais rencontré, même dans les plus mauvais districts, de ces sinistre; personnages, bretteurs éméri tes, lesquels se servenl de leur BoicU> Knife en guise de cure-dents, et flont les fréquentes attaques expliqueraient l'arsenal que portent sur eux les citoyens du Sud. En revanche, les débits de liqueur, les maisons de jeu — lecteur, ne vous méprenez pas sur la nature de jiics \isites en ces repaires — fourmillent d'individus qui, posant un revolver sur la table, vous préviennent par là qu'ils sont d'humeur irritable. Quiconque fréquente ces bouges doit se préparer à tout. Si, enveloppé dans une soudaine bagarre, le curieux empoche quelque coup de couteau, c'est qu'il l'est venu chercher. Nul danger, du reste, même dans le Sud-Ouest, pour l'honnête homme, ferme sans être querelleur, qui gagne sa vie en travaillant.
La Nouvelle- Orléans était, avant la guerre, une des villes les plus malfamées ; une de celles, ou meurtres et crimes de tout genre semblaient si1 donner rendez-vous. Passant la soirée chez M. Mac-Coard, Écossais établi là, je repris en sous-œuvre la question de l'armement personnel. M. Mac-Coard, pour toute réponse, mit la main dans la poche de son gilet, en tira un méchant canif (hait une des lami s étail bris se, et nie I ten lant :
— Voilà, me dit-il, la seul' rme que j'aie jamais porte. j'habite cette ville depuis trente ans! El maintes lois, pendant la nuit, il m'a fallu traverser des quartiers suspects! 11 est vrai que je m'occupe de mes propres affaires, sans jamais me mêler de celles d'aulrui !
On accuse les Suddistes d'intolérance.
Le devais-je à ma qualité d'f;cossais? il se peut. Le fait est, qu'appelé par mes convictions à exprimer sur L'esclavage el bien d'autres sujets des convictions diamétralement opposées à
celles de mes interl > Buteurs, j" n1 de rencontrer en eux
des auditeurs patients, pleins de politesse et le ;ofdialité.
Quanl aux Yankees, le Suddiste lesdél isteà plein cœur; il ne s'en cache pas. Jusqu'aux enfants, partagenl les préventions nationales.
— 0 Dieu ! ainsi priait une Miette : Bénis notre peuple ; mais ne va pas bénir les Yankees !
Cette antipathie est tout entière du côté d<s Suddistes, Dans le Nord, au contraire, je n'entendais exprimer que sympathie pour le Sud, que pitié pour ses désolations, que regrets à 1 endroit de la guerre qu'il avait déchaînée, quo sincères désirs d i vivre avee lui dans les meilleurs rapports. La magnanimité, la bonté -rajoutons-lé pour être juste— sont vertus plus faciles au vainqueur qu'an vaincu. Grâce à Dion, toutefois, les colères tendent à s'abattre; les cœurs à s'apaiser. N'ai-j î point vu, à Raleigh, causer longuement, tranquillement, l'un avec l'autre, deux: anciens officiers, l'un confédéré, l'autre fédéral, qui, trois ans auparavant, se criblaient de coups de pistolet !
L'esclavage, ce mur de séparation une fois écroulé, les deux branches de la même famille, apprenant à se mieux connaître, en viendront vite à se respecter et à s'aimer.