‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 80 sur 138 · SUR LE !H1§SIS8IPI · texte numérisé non relu

SUR LE !H1§SIS8IPI

— Poussorez-vous jusqu'au Mississipi ? — me demandait un de mes amis il»' New-Yorkj au moment où je partais pour ma tourné»1 dans fè Sud.

— Je l'espère bien !

— En ce cas, ne vous embarquez pas sur le fleuve.

— Pourquoi pas?

— Parce que vous courriez grand risque de monter au ciel, un peu plus vite que vous ne voulez ! Les steamers du Mississipi sautent en l'air! c'est leur habitude (1)1

— Remonterez-vous le Mississipi? me demandait un autre ami de Philadelphie.

— Oui.

— Alors, croyez-moi : prenez une cabine aussi rapprochée de l'arrière que possible.

— Pourquoi ?

— Parce quo, si vous venez h sauter, vous aurez ainsi quelque chance de gagner le bord.

Lés uns rieurs, les autres sérieux, tous, du plus au moins, me tenaient lé même langage; si bien quo, saisi d'un accès de prudence au moment où, pour me rendre à Vicksburg, je posais le pi il sur un de ces steamers à mauvaise réputation, je priai l'employé de me donner la cabine la plus éloignée du centre.

— Os cabines- la sont déjà retenues! me répondit l'employé, en me passant le registre: Mais, parmi celles qui restent, voici la plus voisine de l'arrière. —Et il m'en présenta la clé.

I. Le correspondant d'un journal de l'Ouest se trouvait .abord d'un Mississipi qui sauta, comme c'était son droit. Réchappé à grand' peine, notre journaliste publia la description du céleste pays qu'il avait involontairement exploré: — Comment etes-voos redescendu? — lui demanda-t-on. — Moi? j'ai giaissé mon pantalon, et je me suis laissé glisser le long d'un arc-en-riel !

°™ LTÎS AMÉRICAINS CnEZ I:UX.

Pénétré de reconnaissance ertvers l'obligeant commissaire, je 111(1 ,l,ls à J:l recherche de mon futur logis. Ma gratitude, je le confesse, diminua singulièrement, lorsque je découvris mon perchoir: droit au-dessus dçs tuyaux de la chaudière! - Mais quoi» le steamer, portant au front son diadème de cabines étagées, était si majestueux; si vaste s'arrondissait le salon, d'une immaculée blancheur, tout étincelaat d'or; le bâtiment posait si puissant sur le fleuve, qu'admettre l'explosion d'un édifice pareil me semblait insensé. Cependant, quand les machines commencèrent à fonctionner, notre palais à vibrer, les coups de piston à donner, je sentis s'ébranler ma confiance. Fallait-il s'en prendre à la haute pression? je ne sais; ce qu'il y a de certain, c'est que notre monstre, au lieu de se comporter comme les steamers ordinaires, aspirait, rejetait, engouffrait, vomissait des torrents de vapeur, et que, tandis qu'il glissait, plus prompt qu'un éclair sur le fleuve, tout son corps frémissait de telle sorte, que les moindres objets semblaient en proie à la danse de saint Guy !

La nuit venue, je me retirai dans ma chambrette, vrai bijou : vernis blanc mat relevé d'or, avec rideaux de mousseline, lavabo de marbre, glace limpide, cadre éblouissant. Ouit mais lisez un peu l'avertissement que voici: Les passagers trouveront des ceintures de sauvetage sous leurs hamacs.

Les portes sortent facilement de leurs gonds. Les matelas sont insubmersibles !

J'ai l'esprit mal fait, peut-être; que voulez-vous? ces détails, fort rassurants sans doute, joints à la perspective de descendre le Mississipi étendu sur une porte de cabin.', ne me disposaient guère au sommeil. Ajoutons que mon dortoir situé, comme je viens de l'écrire, sur les bouilleurs, et la vapeur s'échappant des flancs du steamer au lieu de jaillir du sommet dé la cheminée ; un sifflet aigu, suivi du vacarme que produirait quelque explosion volcanique, 'lait à chaque arrêt, m'annonçant, on l'eût dit, que l'heure était \ me de dépendre ma porte et de boucler ma ceinture de natation (1).

1. Quand vons verrez, disait M. Xwà Sir Chartes Lyell, votre steamer lutter de yitesse av ival; quand le capitaine, excité par l'enthousiasme des

pa sagers, assis sur la le sûreté pour 1* maintenir solide au poste

criera: Chauffez! chau-Tez ! — Alors, filez : ■ >, vitesse de vos jambes

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