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ont para dans la Revue du Monde catholique, et sont devenus une petite brochure publiée chez M. Arthur Savaète, à Paris. Il convient cependant d’en donner un rapide aperçu dans ces pages consacrées à réfuter l’américanisme.
M. Tardivel dégage de l’ensemble des questions qui se rapportent à l'américanisme, la question religieuse, qui à la vérité n’est pas la moindre, et qui par ses ramifications logiques touche à beaucoup d’autres. Pour répondre à l’article de M. Brunetière, il étudie « La situation religieuse aux Etats-Unis». Sous ce titre, il groupe les conditions d’existence de l’Eglise catholique en face-. de l'opinion, du gouvernement, des sectes qui pullulent dans ce pays, et dans le milieu que le libéralisme a créé. L'école est une annexe naturelle de l'Eglise: cette question est étudiée et fouillée dans tous les sens. Les dationalités et les langues, qui se mêlent dans la république, sont un autre facteur trop essentiel des problèmes à résoudre dans l’avenir pour être omises. Mais l'accroissement de l'Eglise et les pertes qu’elle a subies forment des chapitres réservés, qui vont plus directement contre l’article de M. Brunetièie. M. Tardivel présente les mêmes arguments que M. Charles Maignen, à l’aide des statistiques et des chiffres, en donnant à sa thèse de plus amples développements. Quand on a lu son livre on est renseigné ; et on peut y puiser comme dans un arsenal des armes pour répondre aux américanistes de tout ordre,
Le grand ouvrage de Claudio Jannet, Les Etats- Unis contemporains, demeure classique sur la matière. Malgré les nombreux travaux pubiiés depuis un siècle sur la République du Nord, un pays curieux, qui ne ressemble qu’à ‘ui-même, depuis de Toequeville il n’avait pas para de travail plus complet. Claudio Jannet, disciple de Le Play, chef de la bonne école, a sur de Tocqueville la supériorité des doctrines et le bénéfice des faits accomplis, qui servent de contre-épreuve aux principes d’un libéralisme plus généreux que sage. Beaucoup de questions que de Tocqueville n’avait pas abordéer, ou qu’il n’avait touchées qu’en passant, ont reçu dans son ouvrage des développements plus considérables.
La religion, en particulier, avec toutes ses annexes, y est largement traitée. l’arce que Claudio Jannet était un fervent catholique, sa foi l’a aidé à déccuvrir la vérité dans le milieu catholique où s’épauouïit l'Eglise. Séduit d’abord par les conditions favorables dont le catholicisme jouit aux Etats-Unis, et que nul ne conteste, on pouvait croire qu’il couclurait, comme les américanistes de nos jours, pour « l’idéal » qui se déploie sous les plis du drapeau étoilé ; mais il fait des réserves, et ne souhaite pas le même bouheur aux vieilles nations qui en sont dépourvues. En ce temps-là — il y a déjà 80 ans, — l’américanisme n’était pas à l'état de controverse aiguë qu’il a pris avec l’Heckerisme : au fond, c’est lui qui circulait dans les esprits, assoupi par les encycliques, aujourd’hui en pleine ébullition malgré d’autres encycliques. On trouvera dans Les Etats-Unis contemporains des réponses à toutes ses vanteries.
M. Tardivel a détaché de l’œuvre de Claudio Jannet le chapitre de la religion. Il l’a traité à un point de vue plus théologique, presque mystique, en laissant son empreinte personnelle sur un sujet presque épuisé avant lui. Ce sera son honneur devant Dieu et devant les hommes de bonne volonté sur la terre.
Nous tracions ces.lignes quand est arrivée eu France, comme un coup de foudre, la nouvelle de sa mort. Ce n’est pas exagérer de dire que cette mort a été un deuil pour les catholiques. Tous les organes de grande publicité religieuse, à Paris et dans les Provinces, ont rendu un juste hommage de regrets à un vaillant journaliste qui tombait sur l’arène la plume à la main. Tardivel était Français par le sang ; il l'était par l’âme. Ses nombreux voyages sur le continent lui avaient créé d’honorables relations, et des amitiés que hi les distances ni les années n’avaient affaiblies, Nous suivions de loin le champion des doctrines intégrales, tenant tête à tous les libéralismes qui au Canada lui disputaient le terrain.
Il se battait un contre quatre, payant, dans certains milieux, son courage de sa popularité, qu’il ne rechercha pas; sacrifiant à ses convictions ses ressources et enfin sa santé : il arriva à la
vraie considération pur un chemin d’épines. Heureux les morts, dit le livre sacré, qui meurent dans le Seigneur, pourvu qu'ils se reposent de leur labeur, car leurs œuvres les accompagnent par delà la tombe. Ce repos, Tardivel l’a trouvé après 80 années de combats désintéressés : ses œuvres l'ont suivi au tribunal du souverain juge ! Les numéros de La Vérité en s’entassant forment le dossier de ses mérites ; les volumes qu’il a composés contre la francmaçonnerie, ses romans, si différents de ceux qu’une autre littérature répand à profusion pour gagner de l'argent en corrompant les âmes, ses récits de voyages, et le volume que nous analysons trop rapidement sur La situation religieuse aux Etats- Unis, rendront témoignage de ses qualités, et lui vaudront la récompeuse promise aux serviteurs bons et fidèles.
Celui qui adresse ici un adieu fraternel À sa mémoire se souvient d’avoir été honoré de la visite de Jules-Paul Tardivel dans son ermitage solitaire, et des heures trop rapides qu'il passa dans ses entretiens. Notre ami était jenne et fort, destiné à de plus longs travaux. Comment est-il tombé avant l’âge celui qui combattait si courageusement pour Israël !
Maintenant les américanistes devraient être plus modestes, et chanter la grande République sur un mode moins lyrique. Si La Fayette rentrait en scène, malgré la légèreté de ses jugements et l'entraînement de ses détermination, il admirerait peut-être plus doucement l’œuvre que par sa vaillance il avait contribué à fonder. L’honnête Tocqueville corrigerait plus d’un chapitre de La Démocratie en Amérique ; et il souscrirait à quelques conclusions de Le Play, qu’il acceptait à demi, il y a cinquante ans. Depuis cette époque, les faux dogmes de la Révolution, importés par Jefferson, ont évolué avec une effrayante rapidité, et donné des résultats, imprévus des uns, prophétisés par d’autres. De Maistre aura raïon une fois de plus. Que les politiques, jaloux des progrès des nations modernes, cherchent ailleurs des modèles. Le passé de l’Europe chrétienne est assez glorieux et assez inspirateur: pourquoi le dédaigner en le calomniant? S'ils ne veulent pas enchaîner leurs institutions, parce que le monde
marche, que du moins il change, qu’en donnant satisfaction à de nouveaux besoins, et à des aspirations qui ne sont pas toutes fausses, ils ne touchent pas aux fondements éternels de la civilisation ; qu’ils n’éliminent pas des facteurs nécessaires : qu'ils ne violent pas des lois qu’on ne viole pas impunément. Un facteur nécessaire de la civilisation, c’est la religion, avec son décalogue qui règle les rapports des hommes entre eux. Une loi iuviolable de la société, parce qu’elle est dans la nature, c’est l'inégalité des conditions qui amène l'inégalité des aptitudes pour les fonctions publiques, y compris l’électorat, et le droit des meilleurs et des plus capables à lesremplir. Le nivellement démocratique est une hérésie en sociologie, une faute en politique : la subordination des autorités sociales au nombre est un renversement monstrueux du plan divin dans l'établissement des nations. Telles sont les leçons qui découlent de l'enquête raisonnée de Claudio Jannct sur les Etats-Unis, et les avertissements salutaires que l’école de cet éminent économiste donne » américanistes.
Par rapport À la situation de l’Église catholique, les écrits de
M. Charles Maignen et l'ouvrage de Jules Tarlivel paraissent décisifs sur cette question capitale. L'aventure de l’Ieckerisme, et la déroute de ses plus chauds partisans sont encore plus instructives. Ici c’est la doctrine théologique qui est engagée : iciil y a chose ‘ rée. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entenden : ais les libéraux ont l'oreille dure.
P. Ar, prêtre du Sacré-Cœur.