‹ Les amies de pensionChapitre 12 sur 12 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

\isile à M'"" Montmorency. — Ses progrès. — Annales du village. — Les enfans da pauvre. — Plaisir de la conversation. — Conclusion.

Jaime à croire que toutes mes jeunes lectrices seront en état de bien apprécier le généreux procédé de Marguerite , sacrifiant ainsi sou intérêt à celui de son amie. Je crois aussi qu'il en est peu d'entre elles qui regardent comme une chose pénible d'aller en pension; plus tard, surtout, lorsque quelques années de plus auront passé sur leurs tètes , elles connaîtront bien mieux encore le prix du temps consacré à leur éducation. Les leçons qu'on cherche à leur inculquer sont autant d'élémcns de leur bonheur futur , sans lesquels elles seraient incapable d'occuper

aucun rang dans la société , et dont la privation entraîne nécessairement celle d'une foule de plaisirs qui dérivent du mérite et de la considération qui s'y rattache.

Les facultés de l'esprit ont besoin d'être développées par l'éducation ; sans elle , nous n'avons que des idées confuses et inexactes , un jugement vague et borné : nous surchargeons notre mémoire d'une foule de choses insignifiantes ; et notre conversation , dépourvue de toute espèce d'agrément , n'offre qu'ennui et dégoût.

Quoiqu'il ne soit pas donné à tout le monde de parvenir à des connaissances supérieures ■> il en est peu , pourtant , qui soient assez malheureux pour ne posséder aucun moyen de sortir de l'état d'ignorance où la nature les a placés ; et une fois qu'ils sont nourris des premiers principes de l'éducation , le travail , un travail attentif et assidu , se charge de faire le reste. S'ils sont privés de secours étrangers , ils n'en éprouvent qu'une satisfaction plus vive à triompher seuls des obstacles et des difficultés qu'ils rencontrent.

Les soins et l'activité de Marguerite furent amplement dédommagés. Elle avait , dans la })ibliothèque de son père, une source de plaisirs et d'instruction , qui lui était ouverte ; et l'idée que ses parens s'applaudissaient de ses succès journaliers , lui inspirait une ardeur infatigable pour l'étude.

Le printemps suivant , elle eut la satisfaction de se retrouver avec M"' Ockeudon et M"" Montmorency. Elle fut invitée à passer quelques semaines avec elles , ou, pour mieux dire , tout le temps que ses parens voudraient bien consentir à rester séparés d'elle.

Le chevalier se disposait , à cette époque , à faire un troisième voyage à Bath. Mais Marguerite ne s'y était pas assez amusée l'année précédente , pour désirer d'y retourner encore ; et elle accepta , sans hésiter , l'invitation de M'"" Montmorency. Il fut convenu qu'elle passerait avec ses amies tout le temps que ses parens resteraient à Bath ; et l'espoir de les revoir bientôt lui fit supporter plus facilement l'idée d'une séparation prochaine. Elle se plaisait aussi à penser qu'elle se trouverait bientôt auprès de ma-

demoiselle Ockcndon , et entrevoyait avec joie la facilité de profiter des leçons que Julie recevait de ses maîtres.

M. et M"'^ Jones s'arrêtèrent , en allant à Bath , pour visiter le château de Montmorency ; et après y avoir passé une nuit , ils prirent congé de leur fille ; la confiant aux soins de IM"" Oekendon , qui la reçut avec toutes les démonstrations de la plus tendre amitié.

3Iarguerite eut le plaisir de trouver Julie avec des sentimens et des dispositions bien différens de ceux dans lesquels elle l'avait laissée. Elle ne s'occupait plus à vanter la gloire de ses ancêtres ; elle ne songeait qu'à s'en rendre digne , et à être utile à ses semblables. Les violentes colères qui défiguraient autrefois son joli visage avaient cédé aux efforts de M''*^ Oekendon; et elle n'avait plus ces craintes ridicules et plus que puériles, qui lui faisaient voir des ennemis dans tous ceux qu'elle rencontrait.

« Je puis maintenant me procurer le plaisir de me promemr avec vous, dit-elle à Marguerite ; je n'ai plus peur de rencontrer

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des voleurs. Nos chemins sont remplis de violettes et de primevères, et je puis vous aider à en cueillir , sans ra'effrayer de voir un laboureur revenir de l'ouvrage. »

Marguerite sourit, en se rappelant l'aventure de la ferme ; elle félicita sincèrement son amie , de s'être corrigée de ses terreurs enfantines. « Cependant je n'ai pas oublié que ce fut pour moi que votre cœur s'alarma ; et que vous ne voulûtes point quitter le lieu du danger , qui heureusement n'était que dans votre imagination, jusqu'au moment où vous me vîtes en sûreté! Je n'ai pas perdu non plus la passion que j'avais pour les fleurs ; et je me ferai un véritable plaisir de vous accompagner dans ces sentiers charmans. Si nous rencontrons quelques dangers , je vous montrerai tout mon courage, en m'exposant pour votre défense.

— Demain, dit M'"' Ockendon, nous vous mènerons voir notre petit hameau; mais je vous préviens qu'il ne faut pas vous alleudrc à trouver un village tel que la poésie se plaît si souvent à nous les représenter. Vous n'y verrez point déjeunes cnfans occupés à cueil-

lir des fleurs, et à entrelacer leurs cheveux de reines-marguerites ; mais simplement de pauvres petits malheureux, pour la plupart mal vêtus et couverts de poussière. Il faut espérer qu'avec les bienfaits de M"" Montmorency, et le vif désir qu'a Julie de se rendre utile à ces pauvres villageois, les choses ne tarderont pas à changer de face ; mais, actuellement ce hameau n'offre encore rien d'intéressant.

Il est vrai que , jusqu'au moment où M'"' Ockendon était devenue l'amie intime de la maison, Julie n'avait jamais su qu'il fût de son devoir de chercher à adoucir la condition de ces pauvres villageois, quoiqu'ils fussent vraisemblablement destin es à devenir par la suite ses vassaux. L'âge avancé de M'"* Montmorency, et sa vie retirée, lui ôtaient non-seulement la facilité, mais encore le désir de soulager les pauvres, et de s'occuper de l'éducation de leurs eiifans. M'^ Person lui avait persuadé que la fatigue et le dégoût étaient une conséquence nécessaire de ces sortes de soins; tandis que, de son côté, l'intendant qui avait la surveillance des ha-

bilans du pays que madame Montmorency employait à la culture de ses terres, tenant uniquement à ce que l'ouvrage fût fait , ne s'inquiétait pas s'ils dépensaient leur salaire dans les cabarets , ou à l'entretien de leurs familles.

Par une conséquence nécessaire de cette négligence , il arrivait que la plupart des pauvres croupissaient dans la plus grossière ignorance, passant la plupart des nuits à boire, sans que les excès auxquels ils se li- Traient leur fissent perdre leur emploi. Ils négligeaient leurs femmes et leurs enfans , qui n'avaient d'autre ressource pour vivre que d'aller à la porte du cbàteau mendier un morceau de pain. Ce genre d'existence affai-v blissait tellement leurs facultés morales , qu'ils n'avaient pas le courage d'étendre plus loin leurs désirs. Leur affection pour leurs enfans se bornait à pourvoir à leurs besoins journaliers, et à leur fournir des vètcmens de la nécessité la plus indispensable; mais pour ce qui était de leur instruction, c'est à quoi ils n'avaient jamais songé.

Il y avait auprès de l'église une vieille

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femme qui s'était érigée eu maîtresse d'école ; et c'était là la seule maison d'éducation qui se trouvât dans tout le village. Les enfansy venaient pour s'amuser, et la plupart étaient de petits tapageurs , que leurs parens n'envoyaient là que pour s'en débarrasser. « Nous n'avons pas grand' chose à leur laisser, disaient ces malheureux villageois ; il faut qu'ils s'amusent pendant qu'ils le peuvent. »

Quand M"" Ockendon vint pour la première fois au château de Montmorency, elle eut à combattre une foule de fausses idées qu'on était parvenu à communiquer à madame Montmorency . On lui avait fait accroire qu'elle vivait au milieu d'une peuplade de sauvages ignorans , et que , de quelque manière qu'on s'y prît pour les rendre bons, on n'obtiendrait jamais aucun résultat satisfaisant. Julie était imbue de la même opinion ; mais les soins de M'"' Ockendon parvinrent facilement à dissiper ces sots préjugés. 3Iadame IMontmorency consentit à ce qu j Julie , aidée des conseils de sa gouvernante, s'occupât des moyens d'améliorer leur sort; elle

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parla même à l'ecclésiastique de la paroisse , pour l'engager à seconder leur généreuse entreprise. Mais il ne faisait point sa résidence dans le village ; et d'ailleurs ses occupations ne lui permettaient pas de se prêter à ses désirs. 11 reconnut néanmoins la justesse de ses observations ; il se serait fait un véritable plaisir de favoriser l'exécution du projet qui lui était proposé. Mais , dans la suite , il ne ramena plus la conversation sur ce sujet. Ainsi , point d'homme qui s'intéressât au sort de ces malheureux paysans ; des femmes seules osaient entreprendre la tâche difficile d'opérer une réforme dans le village.

M'^*' Ockendon fut chargée de commencer et de poursuivre l'exécution de ce généreux dessein. Mais elle se garda bien d'agir sans ménagement , dans la crainte qu'on ne l'accusât de prendre trop sur elle-même : elle savait que dans les entreprises même les plus louables , il nous arrive quelquefois de nous laisser emporter trop loin , et de manquer ainsi le but que nous nous proposions. La première chose qu'elle fit fut de prendre Marguerite avec elle , et d'aller visiter les

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pamres dans leurs chaumières , pour s'informer de leurs besoins et leur procurer les secours les plus urgens.

Ce ne fut pas sans quelque répugnance qu'elles furent admises sous l'humble toit de l'indigence : ces malheureux prétendaient qu'elles ne venaient que pour voir comment ils vivaient. En effet, c'était là le motif qui avait déterminé leur visite ; mais c'était avec l'intention d'améliorer leur situation , et non pas de chercher à leur en faire un crime. M"^ Ockendon reconnut que le moyen le plus sûr de s'accréditer auprès d'eux , était de leur offrir quelque chose dont ils fussent en état d'apprécier le bienfait. Avec la permission de M™® Montmorency , elle leur dit que M''^ Julie venait de sa part ; s'informer des soulagemens dont ils pouvaient avoir l)esoin pour se mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver. En conséquence, on leur proposa du bois pour se chauffer , des vètemcns , des couvertures , et même , à quelques-uns , des logemens plus commodes.

Cette proposition ne pouvait que leur être iafmiment agréable : tous avaient besoin de

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quelque chose ; et Julie leur promit , au nom de sa grand'mère, que ces besoins seraient bientôt satisfaits. Un autre moyen qu'elle employait pour se concilier la bienvieillance des parens , c'était d'admirer leurs enfacs , toutes les fois qu'elle en trouvait l'occasion , ou de leur donner quelque monnaie , qu'ils s'empressaient de montrer à leurs mères , et que colles-ci voyaient presque avec plus de plaisir que C3 qui leur avait été promis à elles-mêmes. Julie sentit alors combien il est doux de donner aux autres ; et elle ne désespéra pas de voir se renouveler souvent l'occasion d'être utile à ces infortunés. Aussi elle fut à peine partie , que ces l)ons villageois s'empressèrent , à l'envi , de la combler d'éloges , et de verser sur elle mille bénédictions. « Et cette bonne gouvernante , disaient-ils, il faut que ce soit elle (jui lui ait mis cela dans la tète ! car celle (ju'est partie pour se marier était si fière, qu'a//e n'aurait jamais voulu visiter nos maisons , pas même y entrer. »

Cette petite communauté pouvait se diviser en trois classes. Les petits fermiers qui

louaient les terres du château : les manœuvres et les laboureurs. Il ne fallut pas longtemps à Julie et à sa gouvernante pour les connaître tous : les premiers n'avaient qu'à exposer leurs besoins à M°* Montmoreney , et aussitôt les moyens d'y subvenir étaient mis à leur disposition. Tout ce qui était nécessaire pour la commodité de leurs maisons, les portes, les fenêtres, les nouvelles toitures , tout cela était fait par les ouvriers du village , etpayéparM™*3Iontmorency. L'industrie était encouragée : l'on accordait à celui qui se distinguait par son travail , une pièce de terre , pour en faire un jardin ; et les plus habiles cultivateurs obtenaient toujours quelque récompense.

On parvint à persuader à quelques-uns de renoncer aux cabarets pour s'occuper de leurs jardins, dans la crainte que les femmes ne s'aperçussent qu'on n'avait rien fait pour elles. Mais ceux qui étaient paresseux restèrent toujours les mêmes -, et l'on n'en put rien obtenir : ils étaient également indifférens à la louange et au blâme ; et quoique leurs femmes et leurs enfans se trouvassent

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réduits à un état yraiment digne de compassion , il était difficile de leur rendre service , tant celles-ci semblaient favoriser la paresse et l'insouciance de leurs maris. La mère se plaignait de son époux , et se flattait de l'es- ])oir que ses fils ne lui ressembleraient point; et cependant il était impossible de lui persuader qu'on ne pouvait parer à cet i nconvénient qu'eu leur mettaut un bon exemple sous les yeux , et en leur donnant une meilleure éducation. Hors des heures consacrées au travail , les enfans n'étaient soumis à aucune espèce de surveillance, et il leur était permis de s'abandonner librement à leurs grossières inclinations. Le dimanche, ils passaient leur temps à s'amuser ou à ne rien faire ; et si , parfois , il leur arrivait de se diriger vers l'église, ce n'était encore que ])Our varier leurs plaisirs : ils s'arrêtaient à la porte ; et au lieu d'assister au sermon ou aux vêpres , ils s'amusaient à jouer sur les pierres des tombeaux.

11 n'y avait aucun homme dans la paroisse qui prit assez d'intérêt à eux pour enlrei)rendre de réformer leur conduite ; et

c'était là ce qui faisait craindre à M"* Ockcndon de n'avoir point la satisfaction de les voir se corriger. Mais pour les filles, elle ne désespérait pas de les ramener à de meilleurs principes.

Cependant elle ne connaissait pas encore tous leurs défauts; car ces petites malheureuses étaient déjà assez habiles à dissimuler en présence des dames , pour paraître devant elles toutes autres qu'elles n'étaient , quoique leurs vicieuses inclinations reprissent bientôt le dessus. Pendant un mois environ M"* Montmorency et sa maîtresse avaient essayé de leur ouvrir un cours d'enseignement gratuit ; mais il y en eut fort peu qui se montrèrent jalouses d'être admises à profiter de cet avantage.

Le jour suivant, M^'^ Ockendon, accompagnée de sa jeune élève et de Marguerite , se mit en devoir de recommencer ses promenades. Elles s'arrêtèrent dans plusieurs maisons où les enfans seuls paraissaient avoir quelque plaisir à les voir. On n'avait point oublié les bontés de Julie ; mais ce qui causait l'inquiétude des mères, c'était la crainte

qu'on ne leur demandât leurs enfans pour les emmener à l'école. ■■ Ne pour riez-vous pas envoyer quelqu'une de ces petites filles à l'école de M""^ Montmorency ? demanda M"^ Ockendon. Celle-ci, continua-t-elle , en montrant l'ainée de toutes , n'est-elle pas eu âge de venir à l'école dea Dames.

— Hélas ! madame , disait l'une , elle ne sera pas plus heureuse là qu'ailleurs. Une autre disait qu'elle n'avait point d'assez beaux habits pour envoyer sa fille à l'école. La plupart étaient sûres que cela ne conviendrait pas à leurs enfans. « Et, dame , vous savez qu'il ne faut pas forcer leur volonté , n'est-ce pas , madame ? » D'autres , enfin , promettaient de ne rien négliger pour en gager leurs filles à y aller , ou cherchaient , sous quelque mauvais prétexte , à obtenir du temps : comme si tout l'avantage eût été du côté de M"* Ockendon et de sa jeune amie.

Marguerite avait de la peine à se figurer qu'il y eût des gens assez stupides et assez ignoranspour agir d'une manière aussi directe contre leurs propres intérêts. Mais

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c'est qu'il y avait déjà long-temps qu'il» étaient abandonnés à eux-mêmes , et que , par un sentiment naturel , ils étaient plus attachés aux opinions qu'ils s'étaient formées eux-mêmes , que ceux qui ont eu le bonheur d'être gouvernés et instruits par des personnes éclairées.

— Ils sont également étrangers aux avantages de la médecine, dit M"" Ockendon, en continuant sa promenade; quoique la nature ait placé sous leurs mains une foule de simples d'une vertu salutaire, ils en ignorent les propriétés et n'en connaissent point l'usage. Ils ne connaissent d'autre remède à tous leurs maux , que le vin qu'ils envoient chercher au château , et qui ne sert souvent qu'à aggraver leur mal , lorsque ceux qui se portent bien n'ont pas soin de le boire , dans l'intérêt du malade ; et ce n'est que très-difficilement qu'on parvient quelquefois à leur faire prendre du bouillon. »

En sortant de ces chaumières, elles entrèrent dans celles d'une classe de gens moins misérables , c'est-à-dire chez les ouvriers , qui se faisaient gloire d'avoir un état. L'ordre

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ella propreté qui rcgnaieut dans leurs maisons charma M^i* Ockendon , qui ne manqua pas de leur en témoigner sa ^ive satisfaction. Elle avait obtenu d'eux quelques élèYes ; et c était là la raison qui empêchait les autres d'envoyer les enfans à son école. « Parce que , disaient-elles , celles-là seraient les favorites , et les nôtres pâtiraient pour elles. »

Elles entrèrent ensuite dans une petite ferme , dont la maîtresse s'empressa de leur offrir des gâteaux et du vin de sa façon. C'aurait été faire un affront à cette brave femme, que de ne point accepter ce qu'elle offrait de si bon cœur ; mais il ne fallait pas non plus en faire trop d'éloges , dans la crainte d'être obligées de faire excès de l'un et de l'autre. Les enfans étaient là qui regardaient en ouvrant de grands yeux , et qui s'étonnaient en eux-mêmes que les dames refusassent ce qu'ils ne se seraient pas fait presser d'accepter. « Votre chapeau, monsieur; €t vous , mademoiselle , votre révérence ! » dit la mère à son garçon et à sa fille , en les % oyant entrer dans la chambre , pour se mé-

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nager roccasion de faire ensuite observer à ses hôtes combien ils étaient grands et forts ou leur faire remarquer toute autre chose qui était pour elle un objet d'admiration.

Lorsqu'elles furent sorties de cette ferme , « Ces enfaus, dit Marguerite , sont mieux élevés que ceux de leurs pauvres voisins. Est-ce qu'ils seraient à votre école ?

— Ce serait un trop grand bonheur pour eux ! répondit ]M"* Ockendon en souriant ; il y en a qui vont à deux ou trois milles pour apprendre à lire ; et de là , on les en- V oie à l'école de la ville prochaine , pendant un an ou six mois , suivant les facultés des parens, pour y achever leur éducation. Là , elles n'apprendront rien , parce que Ton n'y enseigne rien convenablement ; mais on les appelle demoiselles. Elles brodent assez mal comme vous pouvez l'imaginer ; et alors elles reviennent à la maison , aussi ignorantes et et aussi étrangères à ce qu'il convient de savoir, que lorsqu'elles étaient parties. Je pourrais même dire davantage ; car les soins du ménage , dont elles s'étaient d'abord occupées avec leur mère, sont maintenant

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devenus indigues de leur attention. Quelfois , pour le simple plaisir de Yoir ou d'être vues , elles se rendent au marché avec du beurre et des œufs, dans l'endroit où elles avaient coutume d'aller autre fois à l'école. Mais il n'y a pas plus grandes fêtes pour elles que les jours de bal , de réjouissances ou de mariage : c'est là qu'elles étalent la beauté de leur toilette , et tous leurs grands airs de pension. Cependant leurs parens sont obligés de prendre quelqu'un parmi les enfans de la classe indigente , pour faire l'ouvrage de la maison , dont ces demoiselles dédaignent de s'occuper; tandis que s'il s'agit de sortir, de se montrer, on les trouve toujours disposées. »

Elles arrivèrent à l'école au moment même ou les enfans se disposaient à en sortir. La maîtresse était une jeune femme assez proprement mise ; elle avait une douzaine de petites tilles , qui vinre/'l en foule assiéger la porte , pour entendre le rapport qui serait fait sur leur compte , et voir de quelle manière il serait reçu. Des louanges et des récompenses furent accordées à celles qui

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les méritaient ; la mattresse ii eut que des reproches à adresser à celles qui s'étaient mal acquittées de leurs devoirs. A la fin de Tannuée , on fit un résumé du travail général ; et des prix furent accordés à celles qui s'étaient distinguées par leurs progrès et leur assiduité.

Cette cérémonie stimula l'ardeur de celles qui , jusque-là , avaient refusé de profiter de l'avantage qui leur était offert ; et mademoiselle Ockeudon eut bientôt la satisfaction de voir son entreprise couronnée d'un plein succès. Julie écrivit à son oncle , pour lui faire connaître le résultat de ses efforts ; et celui-ci promit de venir incessamment user de son influence pour établir une école de garçons.

Marguerite resta deux mois avec ses amies, jouissant de tous les plaisirs et de tous les avantages dont leur société était la source ; et à l'expiration de ce terme , elle eut la satisfaction de voir son père et sa mère à leur retour de Bath.

Le chevalier avait recouvré la santé : la fraîcheur brillait sur ses joues , ses yeux

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étaient animés d'une nouvelle vie ; et il fut charmé de trouver son ancien ami , le colonel Gutaven , au château de Montmorency , où , à la prière de la vieille dame , chacun se fit un plaisir de demeurer encore quelques jours.

Les parens de Marguerite furent enchantés de la trouver dans une meilleure santé que la délicatesse de sa complexion ne leur avait permis de l'espérer. Elle était devenue une excellente écuyère , depuis qu'elle était avec son amie ; et tous les matins , elle faisait une promenade à cheval avec elle et le colonel, tandis que le reste de la société les suivait dans des calèches. La campagne était helle ; chacun était disposé à en jouir; le chevalier lui-même ne songeait qu'au plaisir présent ; et tout le monde était heureux du bonheur des autres. Au sein d'une aussi aimable société , les jours s'écoulèrent rapidement; et ce. ne fut qu'au bout d'une semaine que , les affaires du chevalier le rappelant à sa maison , on fut obligé de se séparer. Julie trouva le moyen de rappeler à son oncle la promesse qu'il lui avait

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faite d'cnlrcprendre rélablissemeut dune école de garçons, et l'engagea à rester avec elle pour mettre son projet à exécution, aussi bien que pour les seconder, elle et M"^ Ockendon , dans leurs généreux desseins.

Brigitte revint de pension à la fin de l'année. Elle était pénétrée de la plus \ive reconnaissance pour les bontés de Marguerite : « Ma cbère amie , lui dit-elle , l'interdiction est leyée : vous pourrez maintenant avoir des maîtres, si vous en avez encore besoin. Je n'oublierai jamais tout ce que je vous dois ! Sans le généreux sacrifice que vous avez fait en ma faveur , que serais-je devenue à la fin de cette année ?

Sa tante n'avait pas oublié sa promesse : l'année d'après , elle continua de la tenir en pension à ses frais ; et enfin M"^ Comagène lui offrit une place de sous-maîtresse dans son pensionnat, jusqu'à ce qu'il s'offrit un parti plus avantageux.

Marguerite ne cessa de répandre des charmes sur les derniers jours de ses vieux parens ; et ses qualités aimables contribué-

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rent à faire le bonlieur de sa tendre mère. Elle suivit la marche adoptée par M^'* Ockendoii, à l'égard des pauvres de son voisinage , et comme ils avaient déjà plus d'une fois éprouvé la bienfaisance de M™^ Jones , elle n'eut pas à vaincre les mêmes difficultés qu'au château de Montmorency , pour les déterminer à accepter les nouveaux avantages qu'elle leur offrait. Tous les enfans des environs de Woodgate , furent élevés sans qu'il en coûtât rien à leurs parens; et Marguerite éprouva la plus vive satisfaction à voir le bon ordre , la discipline et le goût de l'instruction s'établir parmi eux.

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