LETTRE SUR L EXPULSION DES RELIGIEUSES DE PORT-ROTAL EN
: Du 3* septembre (1664).
Nous sommes si remplis d'indignation contre l'horrible traitement que Ton fait aux religieuses de Port-
1. Il s'agit évidemment ici deTexpulsioxi des douze religieuses de Port-Royal, qui eut lieu le 26 août .1664: elles furent remplacées par des religieuses de la Visitation, dirigées par la mère de Fontaines.
Le 9 juin 1664, l'archevêque de Paris se rendit à Port- Royal pour exhorter les religieuses à signer le formulairjt : sa visite dura jusqu'au 14 : les religieuses refusèrent toutes énergiquement, quelques-unes avec une excessive vivacité. Le prélat, en se retirant le dernier jour, brûla devant elles toutes les notes prises par lui pendant cet interrogatoire pour rendre pleine sécurité aux sœurs, leur assigna trois semaines pour réfléchir et leur laissa l'abbé Chamillart, docteur en Sor-
Royal que nous ne pouvons parler d'autre chose. Plus nous allons avant, plus nos cœurs en son icy pénétrés d'horreur. On nous mande que les filles de Sainte-Marie qui sont à Port-Royal disent qu'elles sont fort édifiées de la douceur des filles de Port-Royal, mais point de leur raison, n'ayant que Topiniastreté, et qu'on voit qu'elles ont un entestement terrible résistant sans opposer aucune raison à ce qu'on leur dit. Voyez quelles peuvent estre ces filles, pour quelles ne prennent pas pour des raisons les deffences de ces pauvres religieuses de Port-Royal. Car on peut bien ne s'y pas rendre, mais on ne peut pas dire qu'elles agissent sans se fonder sur rien, et par seule opiniastreté. Et il faut estre bien bouché soy mesme pour appeller cela entestement. Voyés comme on les a bien choisies, c'est-àdire incapables de douter par les raisons des autres, et d y faire aucune aucune attention, allant toujours tout droit à ce que les jésuites leur ont dit, et n'en baissant pas d'an cran par ce qu'elles entendent. En vérité, cela fait fendre le cœur de les voir mises en de telles mains! Paymerois mieux de vrays jésuites; car ime fois par jour, ils conviendroient que ces filles ont
bonne pour confesseur et conseil. Chamillart n'eut aucun succès: il exagéra le pouvoir que lui conférait son titre. Le 21 août, l'archevêque revint , déclara les religieuses rebelles et leur défendit l'usage des sacrements. Le 26, des voiturea tinrent p'rendre, en présence du prélat et d'un déploiement ridicule de force militaire, les douzes religieuses les plus compromises. Il visita ensuite tout le monastère; le 29 novembre, on enleva encore trois sœurs de Port-Royal. — Pour Port-Royaldes-C'nanips auquel a rapport cette lettre, il eut une année de tranquillité de plus : ce n'est qu'en juin 1665 que M. Chamillart y fut envoyé par l'archevêque , mais la mère de Fargis, supérioure, refusa de le recevoir.
leurs raisons et se contenteroient de les trouver moins bonnes que les leurs, mais ils ne les escouteroientpas, comme s'ils estoient comme des murailles. Pour moy j'ay une telle indignation de cette conduite que par cela seul, je m'attache à cette maison, leur conduite ayant tout Tair de la conduite des saincts, et la conduite de leurs ennemis tout l'opposé. Car qui a jamais ouï parler qu'on excommunie aujourd'huy des filles, qu'on les traitte demain en scélérates, et qu'on les desescommunie demain, sans qu'elles ayent changé de conduite? Enfin tous les caractères du bon party sont de leur costé, et tous ceux du mauvais sont de Tautre. Cela seul me détermineroit, quand j'agirois sans connoissance aucune des fonds de la cause, et il me semble qu'on peut apliquer à cecy ce que dit saint Cyprien ou Tertulien que le sang des martirs estoit la semence des chrétiens; car les persécutions de ces pauvres filles me déterminent quasi a estre janséniste, et me semblent devoir y déterminer tous les gens équitables qui, naturellement, se soulèvent contre ces sortes de choses-là, et s'instruisent pour trouver qu'elles sont mal fondées. Je vous supplie d'avoir la bonté de me mander tout ce que vous pouvez sçavoir de la suite de cette terrible tragédie et de me croire très parfaitement vostre très humble.