AME
lupart des lettres contenues dans ce ont été écrites par quelques-unes des r les plus distinguées, les plus belles et î spirituelles du dix-septième siècle, l pas juste que je vous l' offre ^ à vous
qui êtes asse{ bonne pour lire sans trop d'ennui ce que je publie ?
En travaillant, on est exposé à se heurter sur sa route à des inimitiés et à des jalousies plus ou moins franches, plus ou moins rudes.
Mais le jour où l'on rencontre de sympathiques encouragements, on est amplement dédommagé de ces petites misères : on les oublie même bien vite, comme vous m'ave{ appris à le faire, et l'on ne songe plus qu'à mieux mériter dans l'avenir les suffrages des amis éclairés et bienveillants.
Permettez-moi, madame la Comtesse y de saisir cette occasion pour vous renouveler ici l'hommage de mes plus respectueux sentiments.
K. DE Barthélémy.
Paris, 8 septembre 1864.
a L'avantage des lettres intimes est qu'au milieu de bien des détails inutiles elles nous instruisent d'une foule de choses qui ne sont point passées dans l'histoire et qui méritent d'être sues. » Cette remarque, formulée si judicieusement par M. Cousin, a été la cause déterminante du livre que je présente aujourd'hui au public. Le savant académicien a, le premier, fait véritablement connaître les riches portefeuilles du médecin Valant , véritables archives de la société la plus
lettrée et la plus polie du xvii^ siècle ; il a écrit la vie de la marquise de Sablé, qui était Tâme de ces salons, et à laquelle on doit bien pardonner aisément certains petits travers, certains petits ridicules, en présence des qualités sérieuses et de Tesprit élevé dont elle était douée. M. Cousin . a joint en appendices aux deux éditions de cet excellent livre beaucoup de lettres émanées des personnes les plus considérables et les plus intelligentes de la société de madame de Sablé. Un plus grand nombre était cependant demeuré en dehors de ces deux recueils, et j'ai pensé qu'en glanant ces miettes, je pourrais encore faire un choix assez agréable pour les lecteurs qui aiment ce grand siècle. Il s'est rencontré, assez récemment, des critiques pour blâmer vivement les curieux qui cherchent encore à cueillir quelques fleurs aux buissons plus ou moins fleuris le long des routes à travers le xvii® siècle; qui ont déclaré avoir « assez » de cette littérature. Tout le monde, heureusement, n'est pas de cet avis, et le nombre est grand encore de ceux qui
plaisir aux trouvailles que Ton peut j cette époque et sur cette société, usin nous a fait connaître mesdames de B Longueville , de Chevreuse, de Hauteautour d'elles, quelques femmes distinleur intimité, particulièrement madame
5 et mademoiselle de Yertus; mais toutes
6 ont été forcément reléguées au dernier est-ce bien assez quand il s'agit de ce que
5 française possédait alors de plus qualifié, ' élégant et surtout de plus intelligent?
«le voyons-nous, en effet, autour de ma- ^ Sablé, puisque c'est d'elle, en résumé, bcteur Valant s'est constitué l'archiviste, ^ par conséquent, dont nous pouvons contins le plus grand détail l'intimité et les B? Madame de la Fayette, la duchesse de erg, la duchesse de Liancourt, la princesse ^énée, la comtesse de Maure, la marquise tausier, fille chérie de l'incomparable Arç madame de Choisy, la maréchale d'Aloiphefort, la maréchale de la Mothe-Houdan-
court, à laquelle madame de Sablé fit obtenir la charge de gouvernante des Enfants de France ; la duchesse de la Meilleraye, la maréchale de THôpital, mesdames de Gesvres, de Canaples, de Puisieux, la duchesse de Créquy, la marquise de Saint-Loup, démesurément galante et singulièrement dévote ; la duchesse d'Aiguillon , Marie de Cossé, mademoiselle d' Aumale-d'Haucourt , depuis maréchale de Schomberg, tels sont les noms que nous voyons figurer sans cesse dans les portefeuilles de Valant. Nous n'oublierons pas les saintes amies de la marquise, l'abbesse de Saint- Amand, sa nièce ; l'abbesse de Montmartre, une princesse de Guise ; l'abbesse de Fontevrault, une sœur de madame de Montespan ; Éléonore de Rohan-Montbazon, la lettrée abbesse de Malnoue; — et chez les Carmélites, la sœur Marthe-de-Jésus (mademoiselle du Vigean) , la sœur Agnès de Jésus-Maria (mademoiselle de Bellefond), et la sœur Marie-Madeleine (mademoiselle de Bains). Port-Royal ne peut être omis, et nous savons que la mère Agnès et .la mère Angélique Amauld
comptaient parmi les correspondantes habituelles de madame de Sablé.
La galerie des hommes n'est ni moins brillante, ni moins nombreuse. Monsieur y figure en première ligne ; puis le duc de Longueville, le maréchal de Luxembourg, le cardinal d'Entrées, Godeau, le spirituel petit évêque de Vence ; le duc de La Rochefoucauld qui composa la plus grande partie de ses Maximes dans le salon de madame de Sablé , une sentencieuse émérite ; le maréchal d'Albret, le beau César Phœbus, comte de Miossens, qui avait si inconsidérément cédé au duc de La Rochefoucauld sa place près de la duchesse de Longueville ; le marquis de Tardes, le bon d'Hacqueville , celui que madame de Sévigné appelait les d'Hacqueville, tant il savait se multiplier pour obliger ses amis ; le marquis de Sourdis, le maréchal d'Aloigny, Conrart, Esprit, Gomberville, Tabbé de la Victoire, Gabriel de Choiseul, évêque de Comminges; et puis, enfin, tout Port-Royal : Antoine Arnauld, Amauld de Pomponne, Arnauld d'Andilly, Pascal,
Domat, Tabbé de Saint-Cyran, Pavillon, Henry Arnauld, évêque d'Angers, Sainte-Marthe, etc. On l'avouera, une pareille galerie était bien faite pour tenter un curieux. Les lettres de femmes, surtout, m'ont paru bonnes à faire connaître. a Elles montrent, a dit M. Cousin, en même temps, combien il y avait d'esprit et de goût pour l'esprit dans les grandes dames d'alors, soit qu'elles brillassent à la cour et dans les salons, soit qu'une piété précoce ou de secrètes blessures ou la politique de leurs familles les eussent jetées dans des couvents. )>
Je n'ai rien cru devoir dire sur madame de Sablé ; elle a eu la fortune de trouver un historien qui a su fixer à jamais son souvenir. « Elle avait de la naissance, de la beauté, de la raison et du cœur. Si elle n'a pas beaucoup fait par elle-même, elle a eu l'heureux don d'inspirer des esprits plus hardis que le sien , elle a donné Timpulsion à un nouveau genre de littérature , les Pensées et les Maximes^ et, par là, mêlé son nom à plus d'un nom illustre. Elle nous mène à travers les meil-
leures parties du xvir siècle, elle nous introduit dans les salons les plus célèbres et nous y fait faire connaissance avec la plus haute et la plus gracieuse compagnie. Nous assistons avec elle aux derniers jours deThôtel Rambouillet, aux samedis un peu bourgeois de mademoiselle de Scudéry, aux brillantes réunions du Luxembourg; et des délassements de la plus fine aristocratie, nous voyons naître une littérature agréable et sérieuse, celle des portraits^ qui déjà contiennent les caractères de La Bruyère. Madame de Sablé va terminer sa carrière à Port-Royal ; nous la suivons dans ce salon modeste, où, vieillissante, presque sans fortune, ne vivant plus que de réflexions et de souvenirs, elle reçoit encore et sait retenir autour d'elle une société incomparable, et donne ses propres goûts à Pascal lui-même et à La Rochefoucauld. D
J'ai essayé de faire connaître cette société et d'en tracer un croquis d'ensemble avec ses lettrés, ses beaux esprits, ses précieuses, ses grandes dames et ses grands seigneurs. J'ai partagé ensuite la
correspondance par personnes, en joignant à chaque nom une courte notice et en y ajoutant les lettres que Valant nous a conservées de madame de Sablé. A la fin, j'ai consacré un article spécial à Valant, beaucoup trop négligé, à mon avis, jusqu'ici, et j'ai réuni quelques pièces historiques qui m'ont paru intéressantes ou piquantes. yPuisse-t-il sembler au public que je n'ai pas perdu mon temps en composant ce recueil! Puissent mes lecteurs trouver, pendant quelques instants, en le parcourant, autant de plaisir que j'en ai eu à y travailler pendant mes semaines de vacances.
Courmelois, 21 novembre 1864.