‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 22 sur 105 · A M. FROTTÉ · texte numérisé non relu

A M. FROTTÉ

8 octobre 1667.

J 'ay veu une relation que vous avez faitte qui me donne des pensées dont vous ne vous douteriés jamais. C'est qu'après vous avoir excusé jusques à cette heure envers monsieur vostre père sur tant de sujets de plaintes qu'il fait contre vous, je vous accuse présentement plus que personne. Vous avez donc bien l'esprit de remarquer tout ce qui se passe au lieu où vous estes, de le descrire fort agréablement et avec beaucoup d'intelligence, et vous manques à suivre les conseils d'un si bon et si habille père ! En vérité, cela n'est pas excusable, caries deffauts de l'esprit sont pardonables, mais de la volonté ne le sont point du tout. Ainsi je ne puis que vous blâmer de dire si bien et de faire si mal, d'avoir de la capacité et de ne la pas employer^ comme monsieur vostre père, à tout ce qu'il y de beau, de bon et d'honeste dans le monde. J'ayme tant M. et madame Frotté que j'ayme tout ce qui leur apartient. C'est ce qui me fait prendre part à vos interest et à vous dire que si j'ettois assez considérable pour pouvoir vous menasser de n'avoir pas mon amitié ou pour vous la promettre come quelque chose, je le ferois afSn de vous exciter à une bonne pénitence et à une sou-

mission que Dieu el la raison demendent de vous. Quoy que vous en puissiez croire, tout ce que je vous dis vient d'un cœur plein de tendresse pour le père, pour la mère et pour les enfants.

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