‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 27 sur 105 · A M. DE LONGUEVILLE · texte numérisé non relu

A M. DE LONGUEVILLE

J'av longtemps délibéré si je devois me donner rhonneur de vous escrire pour une chose qui vous surprendra peut-élre de ce que j'ose l'entreprendre. Je le fais pourtant, Monseigneur, après avoir bien considéré les continuelles bontés que vous avez toujours eues pour moy et aussi Taffeclion que je sens pour vostre personne et pour vostre maison. J'entreprends donc. Monseigneur, de vous dire que jememesle d'un mariage pour M. de Fontenay avec une très honneste personne qui est la fille de M. Frotté, lequel a Thonneur d*être connu et estimé de vous; mais comme M. Frotté a si peu de biens qu'il aura de la peine à donner toutes les sûretés qui sont nécessaires pour assurer les conventions d'une femme, on fait une grande considération sur l'espérance de vos bienfaits et Ton m'a priée de sçavoir vos sentimens sur cela en cette occasion. En vérité, Monseigneur, si vous considérez que vous avez trouvé et vostre maison en M. de Fon-

tenay tout ce qui se pouvoit trouver de mieux dans toute la France, je me suis doutée de votre bonté et de votre générosité pour luy, surtout quand je pense au bonheur qu'a M. votre fils d'avoir une personne si habile et si vertueuse. Je puis vous assurer avec toute la sincérité imaginable, que le jugement que je fais de lui n'est pas un jugement particulier et qu'il a la voix publique des plushonestes et des plus habilles gens de la cour, car je n'entens jamais louer M. vostre fils de tant de choses extraordinaires qu'on voit paraistre en luy sans entendre au même temps parler del'advantage qu'il a d'avoir un gentilhomme d'un mérite si accomply , tant pour l'esprit que pour les sentimens de son ame. Pourmoy, Monseigneur, je suis si touchée des progrès que fait M. vostre fils tous les jours parla conversation des gens qui sont auprès de lui, que quelque peine qu'il y ayt à prendre pour telles commissions, car on n'aime pas à demander, même aux plus généreux, je compte pour un si grand bien qu'il ait un homme de ce mérite, que je doute pas que vous ne vouliez faire pour luy ce que vous feriez pour en trouver un pareil, si vous ne l'aviez pas. Ainsi, je n'ai point de confusion de ce que je fais, et je suis persuadée que rien ne vous peut choquer en cette occasion de la personne du monde qui vous honore le plus et qui est vostre...

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