A M. DE VENGE
HiNCORE que Monsieur l'abbé puisse bien mieux que moy vous dire de quelle sorte je suis sensible à l'hon-
1. Abbé (le Hautefontaine, au diocèse de Châlons ; sa lettre à madame de Sablé est datée de ce lieu, 5 août 1671 ; on y lit : « Que de choses je pourrois vous écrire sur l'élévation de M. de Pomponne h la charge do secrétaire d'Etat! Mais ce que vous
neur de vostre souvenir et la parfaitte estime que j'ay pour vous, je ne puis, Monsieur, m'empescher de vous en donner une nouvelle marque. C'est que j'ay esté aussy inquiétée du bruit qui a couru du mauvais estât d'une reyne de vostre façon que si j'y avois eu tout l'intérêt du monde. Enfin j'en ay trouvé le fons et j'ay apris qu'elle est encore mieux que vous ne l'avés laissée par la confession mesme de ceux quy avoient pris plaisir de semer ces mauvaises nouvelles. Je souhaitte pour vostre satisfaction que son estoile ne gaste rien de ce que vostre capacité et vostre prudence ont fait pour elle. Jevoudrois, Monsieur, que vous sçussiez le plaisir que je prens en toutes rencontres et en bon lieu de faire remarquer jusques aux moindres traits de la gloire que vous méritez ; car ce vous seroit un témoignage démon affection , et j'ose dire, de mon jugement, au moins en comparaison de certaines gens qui laissent tout perdre et tout mourir sans rien dire et sans rien sentir des plus belles et des plus grandes actions. Gela me donne autant d'indignation que vous en devriez avoir de n'estre pas encore dans toutes les dignités que vous méritez et que tous aurés assurément bien tost.
A MADEMOISELLE
Madame,
1 OUT ce qui regarde la satisfaction de Vostre Altesse Royallem'estsy sensible que j'ay esté tousjours agitée
pensez sur toutes les choses qui se présentent vaut mieux que tout ce que l'on en pourroit escrire de meilleur. »
d'inquiétude par le souhait et Timpatience que j^ay de voir ses désirs acomplis. Et comme ce qui la touche est aujourd'huy ce qui fait les plus considérables avènements de la cour, encore que j'y aye renoncé, mesoie par. la seule curiosité, je ne puis m'empêcher d^avoir des soins continuels d'aprendre tout ce quy regarde le contentement et le repos de Vostre Altesse Aoyalle; ce fut ce quy me rendit sy hardie, Madame, que d'oser porter ma rejouissance devant les yeux de Vostre Altesse Royalle en me donnant Thonneurdelny escrire, dès que j'apris la bonne nouvelle d'un sy heureux mariage. Mais, Madame, comme je n'ay reçeu aucune marque dans la lettre que Vostre Altesse Royalle m'a fait l'honneur de m'escrire, qu'elle eut reçeu la mienne, d*un costé j'en ay eu une extrême joye de me voir honorée de son souvenir et de l'autre de la douleur de pouvoir douter sy elle avoit reçeue celle que j'avois pris la liberté de lui escrire pour luy exprimer la continuelle passion que j'ay pour son servisse et les respectueuses assurances de la grande tendresse que j'ay eue pour ces gens là, par leur piété et par le bien qu'ils peuvent a rÉglise, de ne pas tacher leur réputation de la perte de vos bonnes grâces, et après toutes ces choses qui regardent la charité, nous vous demendons. Monsieur Le Nain ^ et moy , que vous calmiés un peu vostre esprit qui souffre sans doute quelque violence d'agir si fort contre sa nature. L'on a faict ce que vous avez demendé à l'égard de Monsieur d'Andilly. Je crois que sa
1. Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, fils d'uu maître des requêtes, né en 1637, mort en 1698. Ce fut un des plus savants « messieurs » de Port-Royal : il ne prit les ordres qu'en
seule considération vous doit obliger par la peine que cela luy feroit de nous accorder le silence que noue vous demendons et qu'il vous demenderoit sans doute s'il sçavoit ce que vous avés dessein de faire. Au reste , il me semble que Monsieur Le Nain dit si bien tout ce qui est nécessaire pour ménager vos interests et vostre honneur, que je n'y puis rien adjouter, mais seulement me conformer a luy dans rattachement que jay a tout ce qui vous touche.