LA DUCHESSE D'AIGUILLON
La famille du Plessiâ était une des plus anciennes de la province du Poitou, où elle était connue dès le règne de Philippe-Auguste. François du Plessis, seigneur de Richelieu et de Chilon, dixième descendant de Guillaume du Plessis, seigneur du Plessis et de Breux qui vivait en 1201, fut lieutenant delà compagnie des ordonnances du duc de Montpensier, et se distingua, en cette qualité, à la bataille de Moncontour; il accompagna le duc d'Anjou en Pologne, fut créé à son retour grand prévôt de l'hôtel, chevalier des Ordres en 1586 et capitaine des gardes immédiatement après Tavénement de Henri IV; mais il mourut presque aussitôt, pendant le siège de Paris, laissant, de Suzanne de la Porte, trois fils : Henry, maréchal de camp, tué en duel par le marquis de Thémines, sans laisser de postérité de Marguerite Guyot de Charmeaux; — Armand-Jean, qui devint le célèbre cardinal de Richelieu, et Alphonse-Henri, cardinal, archevêque de Lyon et grand aumônier de France. M. du Plessis-Richelieu eut également deux iilles : Françoise, qui épousa, en 1603,
René de Vignerod, seignenr de Pont de Coiirlay, Glenay, etc., et mourut en 1615, et Nicole, femme d'Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, morte en 1653.
Du mariage de Françoise naquirent : François de Vignerod, marquis de Pont de Courlay, général des galères, dont le fils aîné fut substitué aux noms, titres et armes du cardinal duc de Richelieu, et Marie-Madeleine de Vignerod, dont je publie ici quelques billets, écrits pendant la période la moins heureuse de sa vie.
Marie-Madeleine de Vignerod naquit vers 1605 : elle épousa, malgré elle, Antoine de Grimoard de Beauvoir, marquis de Combalet, lieutenant général dos armées et colonel du régiment de Normandie, qui fut tué au siège de Montpellier en 1621 *.
Demeurée veuve de très-bonne heure et sans enfants, la marquise de Combalet, tout en ajOBichant une grande exagération religieuse, se laissa nommer, en 1625, dame d'atours de la reine Marie de Médicis, charge qu'elle conserva jusqu'en 1631 ; sa situation grandit singulièrement, à mesure que la puissance de son oncle grandissait ellemême. Le cardinal de Richelieu Taimait tendrement et tenta, à diverses reprises/ de lui faire contracter les plus brillants mariages, avec le comte de Béthune, le duc de Lesdiguières, pour ne mentionner que les plus notables ; mais elle ne voulut jamais y consentir, conservant ses habitudes d'excessive piété, et renouvelant chaque année le vœu fait par elle, au moment de la mort de son mari, — on assure que le mot veuvage ne peut être employé ici, — d'entrer aux Carmélites. A la fin, Richelieu fit signer par le roi des lettres patentes, datées de Saint-Germainen-Laye, au mois de janvier 1638, enregistrées le 19 mars suivant, et érigeant la seigneurie d'Aiguillon en Guyenne en duché-pairie, au profit de madame de Combalet, avec transmission à celui de ses parents, mâle ou femelle, qu'il
]. Il était fils unique de Claude, marquis de Bonne vaux et de Combalet, gouverneur d'Amiens, et de Marie, sœur du connétable de Luynes.
lui plairait de choisir. Ces lettres sont conçues dans les termes les plus flatteurs pour la marquise :
« Les services de nostre tros-cher et très-amé
cousin le cardinal de Richelieu nous donnent une
telle satisfaction, que nous sommes conviés aussi
à les étendre aux personnes qui lui appartiennent, entre lesquelles la dame Marie deVignerod, veuve dudit sieur de Combalet, estant une des plus proches comme nièce de nostredit cousin, c'est avec contentement que nous nous portons à la traiter favorablement, d'autant plus que les grandes et rares vertus de ladite dame ne la rendent pas moins recommandable que les bonnes et considérables qualités qu'elle a de sa naissance , les unes jointes aux autres lui ayant acquis l'estime de la cour, où elle a taujours esté, depuis son enfance, dans les charges que les lilies et dames issues des familles les plus illustres du royaume ont auprès des reines »
La duchesse d'Aiguillon figura avec distinction dans la société polie de son temps; elle fut particulièrement liée avec la marquise de Sablé. Elle jouissait d'une parfaite réputation, quoi qu'en dise Tallemant, qui cherche à l'accuser sans pouvoir rien préciser, et ainsi que le constatent ces vers du petit de Beauchasteau :
On voit bien que c'est la nièce
Du cardinal de Richelieu;
Comme il passoit pour demi-dieu,
Sa moindre qualité, c'est celle de duchesse :
Si l'un par son esprit se faisoit admirer,
L'autre par sa vertu se peut faire aclorer.
Elle fit toujours beaucoup de bien et doit être comptée parmi les bienfaiteurs de deux couvents de Carmélites de Paris. Outre les lettres que nous donnons ci-après, les portefeuilles de Valant renferment quelques autres billets trop peu importants pour trouver place ici. Un jour elle offre à la marquise sa maison dé Ruel pour s'y installer pendant une épidémie de petite-vérole qui régnait a Auteuil, où madame de Sablé passait ses étés; une autre
fois, c'est pour la remercier de ses belles et bonnes confitures de coing. Plus tard, elle écrit au docteur Valant pour avoir des nouvelles de son amie (1672) : « C'est une personne si précieuse et qui me l'est de telle manière que je serai tous les jours à sa porte pour aprendre à chaque moment des nouvelles sans que je n'ay esté en estât de le pouvoir faire. »
La duchesse d'Aiguillon mourut à Paris, le !«' avril 1675, ayant désigné pour lui succéder sa nièce, Marie-Thérèse Vignerod du Plessis-Richelieu, dite mademoiselle d'A génois * : celle-ci, née le 25 avril 1636, ne se maria pas, et quitta son duché d'Aiguillon pour se faire religieuse, au mois de juillet 1692; elle mourut à Paris en décembre 1704, « dans un couvent, dit Dangeau, où elle étoit novice; elle Tavoit été dans deux ou trois autres sans se faire religieuse ; elle signoit : la duchesse novice, et étoit fort extraordinaire en tout. » Ce couvent était celui des Filles du Saint-Sacrement de la rue Cassette. Le duc et le marquis de Richelieu, ses frères, se disputèrent le duché d'Aiguillon que le Parlement adjugea finalement à son neveu Louis-Armand, duc de Richelieu.
Je me resjouis avec vous, madame, de ce que Taffaire de madame la mareschalle de La Motte • est