‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 38 sur 105 · I. Pour l'ouyeriure de la porte de communication · texte numérisé non relu

I. Pour l'ouyeriure de la porte de communication

prophète que nous n^oserions pas nous attribuer en prenant cette qualité de juste (car qui Pest devant Dieu), si ce n'estoit que leur injustice fait nostre justification, et que ce que nous ne sommes pas quand nous nous jugeons nous mesme, nous le devenons quand nous sommes condamnez par eux. Mais que dis-je ? Car ce n*est pas d'eux seuls que nous sommes jagez coupables, nos propres amis portent témoignage contre nous, parce que nous ne voulons pas témoigner contre un innocent. Sçavez-vous, ma très chère sœur , ce que cela produit ? Je m*en vais vous le dire : c'est que nous ne laissons pas de les aymer pour cela, mais nous aymons cent fois plus sensiblement et davantage ceux qui protègent notre inocence et qui ne se contentent pas de nous plaindre comme des criminelles, des opiniâtres et des révoltées. Car en vérité cette compassion est bien commune et on la souvent pour des inconnus et des scélérats, quand on les voit mener au supplice. Or vous estes quasy la seule qui ne nous condamnés pas et avec vous nous n*en comptons que deux ou trois dont mademoiselle des Vertus est la plus zellée. C'est pourquoy, ma très chère sœur, il ne nous pouroit ja^ mais arriver plus de bonheur et de consolation que de tomber entre vos mains, et si au lieu de venir avec nous vous nous meniez avec vous à Auteuil, nous ferions un petit couvent où nous serions quasy aussy bonnes et régulières que dans le grand, et nous y aurions plus de loisir pour nous consoler ensemble et pour vous persuader par de bonnes preuves, que nous ne sommes pas indifférentes ni sauvages pour les personnes à qui Dieu nous a unies autant que nous avons rhonneur de Testre avec vous. La mère Agnès veut

que je vous le témoigne aussy pour elle, que si toute âgée qu'elle est on la veut obliger à aller fonder un nouveau couvent de son ordre, elle seroit ravie que ce fut plutost chez vous que nulle part, et que l'offre que vous luy en faittes luy est une sensible obligation qu'elle adjouste à toutes les austres. Quoy qui en arrive, ma très chère sœur, conservez nous tousjours au moins la place où nous sommes desja toutes establies dans votre cœur, et nous faittes l'honneur de croire que nous serons toujours partout parfaitement et inviolablement à vous.

Du samedi au soir (1660).

jVIademoiselle Soyé * se pouvoit passer de vous fayre cette belle harangue, puisqu'elle n'estoit propre qu'à nous empescher de nous aquiter de ce que nous debvions par la terible menasse que vous nous faites. Je n'ose vous dire toutes mes pansées ; mais je vous su* plie très humblement d'estre asseurée que nous ne désirons rien plus que de vous obéir, bien fâchée de ce que nous reussions {sic) souvent très mal à vous fayre conoistre nostre très sincère affection pour vostre très humble service. Je prie Dieu qu'il nousfavorisse daventage à l'advenir. Je n'en veus pas perdre l'espérance et veus croistre dans le désir d'estre tout à vous daventage. Je croy que vous sçavez bien que ma sœur Briquet * sera demain professe. Elle prira bien Dieu pour vous.

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