Femme de chambre de la marquise
2. Madeleine Briquet (sœur Madeleine de Sainte-Christine) fut élevée à Port-Royal; elle y fit profession le 11 avril 1660 et mourut le 30 novembre 1689, à 47 ans. On a plusieurs lettres de la mère Agnès, à elle adressées.
Du 24 octobre 1660.
Ma très chère sœur,
d'EST pour moy que vostre migrayne est maligne puisqu'elle m*a privée de l'honneur de vous voir ; mais je m'en console dans Tasseurence que vostre bonté Pauroit bien voulu ; car je conois vostre bon cœur ; faites moy tant de grâce, ma très chère sœur, d'astre asseuréequele mien est, sans compliment, entièrement rempli d'afection et de tous les bons désirs et souhaits pour vostre très chère personne que vous sçauriez désirer et imaginer. Je vous suplie très humblement c|e prier Dieu qu'il daygne de m'exaucer. Je vous suplie, ma très chère, de ne prendre point la peine de vous lever demain matin après une grande migrayne. Vous n'en pouvez qu'être incomodée et j'en aurois de la peine plus que de satisfaction. La grande grâce que je vous demande, c'est que vous me croyez très intimement et parfaitement à vous, et vous m'obligerez infiniment.
Du jour des SS. Innocents. (1660.)
Ma très chère sœur,
J E vous remercie très humblement de l'honneur que vous nous avez fait de nous escrire. Vous m'avez fort obhgée; car, en vérité, je vous confesse qi^e je ne sçavois plus comme interpréter vostre si grand silance et
que m' ayant fait escrire les bontés de dom Louis Daro ^ dont je loue Dieu pour l'amour des peuples qu'il gouverne, je pansois que j'eusse esté plus ayse que vous m'eussiés témoygné la vostre (bonté), dont je ne doute point, ma très chère sœur, quoy qu'il arive, quelques petits nouages qui Tobscurcissent un peu comme le soleil qui deiQeure toujours ce qu'il est et qui dissipe ce qui s'opose à sa clarté et à sa chaleur. Je ne sçay pas ce que l'on vous dict, n^ais je say fort bien que mon cœur a toiyours esté, est et sera, Dieu aydant, ce qu-il doit estre pour vous; lorsque nous aurons Thonneur de vous voir, j'espère que nous vous rendrons bon compte de toute chose, et ce pandant que vous aurez la bonté de me conserver ce qu'il vous a pieu me donner et dont je ne me rendray pas indigne, s'il plait à Dieu. Je vous remercie très humblement de vos beaux coings. Je suis pourtant fâchée que vous vous en soyés defayte, sachant qu'il sont très rares cette année et que je suis un enfant de lait qui ne mange rien. Je suis toute à vous, ma tr^s chèrç sœur.
Ma très chère sœur »,
JNoDs avons agité vostre affayre et considéré avec autant d'atention que d'affection si ce nouveau dessin
1. Dom Laiz Mendez de Haro, le négociateur du traité des Pyrénées.
2. Cette lettre est relative à la grande affaire de la porte qui communiquait de la demeure de madame de Sablé avec l'abbaye. Elle concerne l'établiisement de cette ouverture, qui fut
vous acomoderoit, mais j'y voy beaucoup d'inconvénient, pour ce qu'il faudroit que pour aller à Téglise vous passassiés par devant les chambres de personnes qui y demeurent quand elles sont malades et que dans la vérité on ne peut mettre, ailleurs^ Or, vous sçavés que vos peurs là-dessus sont invincibles, non seulement pour les maladies dangereuses, mais pour presque toutes les autres auxquelles d'autres personnes ne songeroient pas. Il y a d'autres diflcultés que ces peurs qui se pouroient surmonter, mais celles de malades conune vous ne le peuvent pas. On s'empecheroit bien d'en mettre proche vostre muraille ; car d'un coté c'est un escalier et de l'autre des cabinets, où on n'en mettoitpas, mais pour le passage il ne se peut éviter. Enfin, ma très chère, je ne voy rien qui vous acomode vrayment que ce qui n'est pas en nostre pouvoir. M. S-* verra encore toutes choses avec vous et vous estes asseurée, ma très chère sœur, qu'on fera tout ce qui se poura pour vous acomoder. Dieu est un grand maistre et fait souvent réussir les choses à l'heure qu'on y panse le moins. Nous aurons soin de le prier toujours qu^il vous regarde en sa miséricorde. On prie saint Joseph; ne vous découragés point, ma très chère, faites tout ce que vous pourés pour Dieu et vous confiés en sa bonté. Je suis tout à vous.
Ce 5» avril.
fermée par ordre du lieutenant civil, le 8 août 1001, deux jours après la mort de la mère Angélique. Cette fermeture froissa prodigieusement madame de Sablé, qui ne put cependant obtenir satisfaction à cet égard.