‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 60 sur 105 · LE ROY DE GOMBERVIELE · texte numérisé non relu

LE ROY DE GOMBERVIELE

^^ïarin Le Roy de Gomberville naquit vers 1600. Son ^^^e était boursier à la Cour des Comptes de Paris. Dès *-4, il publia un volume comprenant cent dix quatrains ^^u près aussi peupoétiques que ceux que le petit de Beau- ^*^asteau devait mettre au jour en 1657. Lié avec tous les .^aux esprits du temps et particulièrement avec Conrart, /^* fut compris parmi les quarante premiers académiciens. '*'î s'occupa particulièrement de purger la langue française ^o toutes les expressions mauvaises ou vieillies, et déclara une guerre acharnée au mot cavt qu'il se vantait de ^l'avoir point laissé passer une seule fois dans son roman ^e Polexandrc. Mademoiselle de Gournay, défenseur des >ieux mots, soutint de vives discussions contre M. de Gomberville. Saint-Évremond, Sorel, Ménage et Voiture le mentionnent souvent à ce propos.

Gomberville passait ses étés dans une terre qu'il possédait aux environs de Port-Royal-des-Champs ; il s*y lia avec les solitaires qui y demeuraient et adopta évidemment leurs idées, sans pour cela donner à ses travaux une

direction plus sérieuse. Comme romancier, d*ailleurs» il occupait alors une place considérable, même auprès de d'Urfé, de La Calprcnéde et de mademoiselle de Scudéry. Il jouissait en outre d'une estime universelle et était particuliorement prisé par Fléchier. Il est mort à Paris le M juin lH7-i, laissant de nombreux ouvrages, parmi lesquels il convient de citer son Traité des origines des Français, la Caritic , Polejandre, plusieurs autres romans et quelques poésies latines et françaises.

Madame , j'avois toujours bieu cru qu'il falloit estre plus honnestc homme que je ne suis pour prétendre à rhonueur de vostre cognoissauce particulière, et que vostre conversation n'estoit pas pour les personnes vulgaires. Vous estes de ces choses qu'il faut voir de loin, ou plutost qu*il ne faut voir que des yeux de Tadmiration et de la foy. Sans mentir, c'est un grand malheur aux pauvres hommes de porter leur esprit si haut. Pour moy, je me répons tous les jours de Tavoir ozé , et conçoy bien que ce Romain là n'estoit gu^un phanfaron qui nous a voulu faire accroire que in tnagnis voluisse sat est. Il ne faut pas, madame , que ?ou8 fassiez l'étonnée de mon allégation ; vous sçavéz ce qu'elle veut dire aussi bien que son autheur , et par conséquent vous devez demeurer d'accord que j'ay sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune et de vostre trop chère cognoissauce. Mais que faire à cela? C'est une affaire faite et je ne puis pas n'avoir pas gousté les douceurs qui se respandent de vostre conversation, comme d'un vaze plein des meilleui-es essences. 11 est vray que je sçay un remède : c'est de vous

Toir souvent , mais c'est un remède aussi difficile à trouver que celuy qui peut guérir toutes les maladies de Tesprit et du corps. Il y a un éternel obstacle au pied de vostre degré, qui désespère tous vos indignes adorateurs. Je suis de ce nombre : Voyez , s'il vous plaist, à quoy je me trouve réduit. Je vous avoue sincèrement qu'en cette extrémité , je souhaitte de vous avoir toujours admirée et ne vous avoir jamais veue de près. Mais ces sortes de souhaits sont de ceux qu'on seroit bien fasché qu'ils fussent accomplis. J'en suis là, madame, et ne vois rien à faire qu'à vous supplier très humblement de faire mon accommodement avec vousmesme et d'oublier par pitié ou que je suis Gomberville ou que vous estes madame la marquise de Sablé. Je ne me regarde pas moy seul en cette occasion. C'est pourquoy je vous adverlys que je vous parle comme envoyé de M. le comte de Saint-Paul, Ce prince m'a chai'gé d'apprendre de vostre pfopte bouche, si Ton vous a rendu les lettres qu'il vous a escrites, et celles qu'il vous avoit prié de faire tenir à madame la mareschale de la Motte et à madame de Toussy é Je ne doute point qu'au nom de ce prince, vous ne leviez toutes les difficultés et ne commandiez mesme à vostre portier qu'à quelque heure que je me présente , il m'ouvre toute la grande porte. Je n'attens que cet ordre là pour m'ériger en ambassadeur , mais en ambassadeur qui entrerrd dans vostre petite chambre avec tout le respect et toute l'humilité d'un homme qui ne prétend point de titre plus glorieux que celuy, madame, de vostre très hutnble et très obéissant serviteur.

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