‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 59 sur 105 · ANTOINE GODEAU · texte numérisé non relu

ANTOINE GODEAU

>ine Godeau était cousin de Conrart qu'il chercha lent à convertir, et l'un des abbés les plus « hon- • du temps. Hôte assidu de l'hôtel de Rambouillet, ait surnommé, à cause de sa petite taille, le « nain princesse Julie. » Il contribua à l'établissement de émie française, dont il fut un des premiers mem- C'était un prêtre savant , aimable , éclairé, trèsî aux devoirs de sa charge, très-soigneux de sa ice : « C'est un prélat d'un esprit et d'un mérite :ués , écrit madame de Sévigné à sa fille y le 1672; c'est le plus bel esprit de son temps. Vous dmiré ses vers, jouissez de sa prose; il excelle en . mérite que vous en fassiez votre ami. » L'évêque ce mourut le 21 avril suivant.

♦. Lrtire do M. ilo Venco. qui n'a pas été bruslé cominu on a dit à M. d'Andilly * : »

Ce 10* décembre.

Un évesque no doit pas croire qu'il fait une fc grande aclioii, ut fort digne de louange quand il défei la vùriu'i : il en est le dépositaire et Dieu luy ayant £ riionneur de le luy confier, il commet une grande p< lidie quand il l'abandonne ; mais il ne doit point px tendre qu'on le loue quand il le soutient. Songez de ques, s'il vous plaist , a ne point élever de statm comme vous parlez , à celuy qui ne s'élève que tr luy-mesme par l'amour-propre, mais plustost à Di pour luy adn ([u'il le fortifie de jour en jour et le rei digne de souffrir quelque chose pour son amour?

J'ay cru, madame, que j'estois obligé de vous ren< compte de ce qui est passé par mes mains depuis qu( suis enfermé dans cette solitude et de vous faire i de ce que vous serez bien ayse de voir, si vous ne Ta desjà veu par quelqu'autre moyen. Peu après que j (^sté arrivé en oe lieu, madame, les personnes que v sçavez, aiant sçeu que j'y estois pour apprendre du

1. Voir, page 155, le billet d'Arnauld d'Andilly qui se porte à cette lettre de l'évoque de Vence, et dans laquelle i corrigerons une faute typographique. Au lieu de : < Coi jamais lettre ne mérita moins d'entre bruslée, je ne sçai assez vous dire que cest le déplaisir que j'en ay, » il faut I « Quel est le déplaisir que j'en ay. »

în ont voulu faire espreuve du profflt que j'y avois ait, et, comme si j'avois acquis en un moment la science l'une langue inconnue, ils m'ont envoyé une quantité le passages latins qui servent à la cause qu'ils souti^lent afin que je les copiasse. Je leur ay obêy, madame^ il j'^y employé à cela la plus grande partie de mon «mps. Mais parmy les escripts ausquels je ne connoislOis que les caractères on en a meslé un que je pouvoîs mtendre parce qu'il estoit en nostre langue. Et quoyjti'on m'en ait recommandé le secret, m'asseurant que personne que moy ne Tavoît eu en ces quartiers, je û'ay pâ« laissé d*en faire une copie comme en cachette afîn 3e vous en faire un présent, madame, au commencement de cette année, /e ne vous supplie point , madame, de le tenir secret; car je suis asseuré que vous ]Qgez assez que si on Ta cru nécessaire par le passé, il Test beaucoup davantage présentement qu il semble que tout se dispose à pousser les choses et les personnes plus loin que jamais. Je vous supplie très humblement, madame , de continuer à me considérer comme vous appartenant et ayant plus de dessein que jamais d'estre véritablement et avec un respect inviolable, madame, vostre très humble, très obéisse^nt et très obligé serviteur.

f'e au novLMubre 1608.

ALauamk, la joyo t{ue j ay ressenlie de la paix de TÉglise soroit imparfaite si je ne la communiquois pas avecque vous; une si grande nouvelle fait sortir les hennîtes de leurs désiïrls et rompre le silence aux plus solitaires ^ Kn vérité, madame, ce seroit grand dommage d'ostrii mort avant que d'avoir vu une si miraculeuse résolution : elle est toute de la main de Celuy qui se plaist à tromper les craintosdes hommes et à surpasser leurs espérances : de combien moins ne nous serionsnous pas contentés il y a deux mois : mais il faudroît estre avecque vous pour bien â'expliquer et pour bien raisonner sur cet événement , où il y a de si grandes considérations à faire. La principale est que Dieu n'abandonne jamais la protection de sa vérité et qu^enQn il la rend triomfante en réjouissant les spectateurs. Je vous demande la continuation de vos bonnes grâces et je suis, madame , vostre très humble et très obéissant

serviteur,

Antoine , évesque de Vence.

1. La paix qui fut conclue à la fin de cette année, et qui mit tin aux querelles du jansénisme.

Page 1