‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 67 sur 105 · M. P'HACQUEVILLE · texte numérisé non relu

M. P'HACQUEVILLE

Hacqueville était Tun des amis les plus constants, dévoués de madame de Sévigné , qui en parle ^ instant dans ses lettres. Il était accueilli dansj» re société du temps. On le voit à la grande fête )rince de Condé donna à Chanlillj, en l'honneur 5 XIV. Il soigne le maréchal de Gramont lors aladie de 1671, le duc de Chevreuse qui avait la ^role; il est des intimes de madame de Longueest amoureux de la moins jolie des filles du ma- « mais s'en défendant comme d'un meurtre. » Jl gé d'apprendre à madame de Gramont la mort e de Gùiche, « dont il est tellement abymé qu'il s sociable. » Un beau soir, madame la princesse co le prenait à l'hôtel de Gramont, où il pasemment sa vie, pour aller courir Paris avec lui. nonde louait sa complaisance extrême. Son plaiiger lui avait fait donner le surnom de les d'Hacparce qu'on ne voulait pas croire qu'un seul fît tant de choses. Un jour, à ce propos, on lui

joua un assez méchant tour. On lui écrivit, à ce que raconte madame de Séyigné, une lettre anonyme, le priant de se rendre le lendemain, à telle heure, pour une consultation, chez le cardinal de Retz. « On marqua ensuite toutes les heures du jour comme il a accoutumé de les employer. On le pria de venir voir donner un remède, à cinq heures, au maréchal de Gramont, et d'aller quérir dans son carrosse M. Brayer pour le petit de Monaco; on l'avertit d'envoyer savoir des nouvelles de tous les malades dont on lui fait la liste ; on le conjure de ne pas manquer de se trouver le soir chez mademoiselle de Clisson, qui a de très-grands maux de tête. »Son activité était en effet prodigieuse; il écrivait trois fois par semaine à madame de 6ri* gnan et deux fois à madame de Sévigné, quand celle-ci quittait Paris. « Songez qu'il écrit de cette furie à tout ce qui est hors de Paris et voit tous les jours ce qui y reste ; ce sont les d'Hacqueville; adressez-vous à eux, ma fille, en toute confiance : leur bon cœur suffit à tout. Je me veux dono ôter de Tesprit de les ménager; j'en veux abuser; aussi bien, si ce n'est moi qui le tue, ce sera un autre : il n'aime que ceux dont il est accablé ; accablons-le dono sans ménagement. » Une autre fois, madame de Sévigné parle sérieusement : « Il est vray que d^Hacqueville ne laisse rien à désirer; je n'ai jamais vu des tons et des manières fermes et puissantes pour soutenir ses amis, comme celles qu'il a; c'est un trésor de bonté, d'amitié et de capacité, à quoi il faut ajouter une application et une exactitude dont nul autre n'est capable.» Ses dehors, cependant, semblent avoir^été peu sympathiques : « Quand je lisois d'Haoqaeville , dit madame de Sévigné, je le croyois la tendresse et la douceur mêmes; quand on le voyoit. Tune et l'autre étoient si bien cachées sous la droiture de sa raison et sous la dureté de son esprit, que c'étoit un autre homme. » Il fut l'un des nombreux amants de la galante comtesse de la Suze. D'Hacqueville mourut subitement k Paris, le 31 juillet 1678.

Ce jeudi matin.

j mains, madame, m'obéissent si mal encore à cause le rhumatisme qui m'affoiblit tant les deux bras que e suis obligé de recourir à un autre pour vous raadre nille très humbles grâces de toute la vostre. C'est assurément, madame, le désir de mes amis qui leur a fait lire que je n'ay plus de lièvre; il est vrai que les derniers accès, qui avoient esté moindres m'avoient fait espérer que je n'en aurois bientôt plus : mais celui d'hier qui avança de neuf heures et qui en a duré trois plus que le précédent m'a donné bien des chagrins. M. le cardinal de Retz vint icy sur la fin, et j'apris delui, madame, qu'il avoit eu Thonneur de vous voir : vous aurez pu juger par la longueur de sa visite du goût (|u'il y a trouvé : il Ta trop bon et trop délicat pour que j'ai pu être surpris du respect et de Festime qu'il m'a témoignés pour vous avec un extrême regret d'avoir eu si tard l'honneur de vous voir. Pour moy, madame, c'est un des plus grands chagrins de mon mal d'en eslre privé; ce qui me console, c'est que l'absence ne fait rien perdre à ceux que vous honorez de votre bienveillance, et jOiCrois que rien ne me la peut faire perdre, puisque vous me l'avez promis et que je sens dans mon cœur tout le respect et lareconnoissance qui me la peut conserver.

Hacqueville.

Page 1