LK PÈRE DE LALANE
Noël do Lalanc fut un des membres influents de Port- Royal. Issu d'une famille noble de Gascogne, il se livi» de bonne heure aux études les plus sérieuses et se fif* recevoir très-jeune docteur en théologie, science a It" quelle il s'adonna complètement. Il fut envoyé, au mois de mai 1653, à Rome, par les évéques de France, pour défendre devant le Pape la doctrine de saint Augustin sur la grâce. De retour à Paris, il se lia de plus en plus a^ec ses amis de Port-Royal et devint Tun des principaux soutiens de la compagnie. Il publia divers ouvrages sur les sciences théologiques et eut l'honneur de travailler activement à la négociation qui procura enfin, enl66S,lfr paix à l'Église.
L'abbé de Lalane, — il avait été pourvu de Tabbaye da Val-Croissant, — mourut à Paris le 23 février 1673, à peine âgé de cinquante-cinq ans, et comme il lisait saint Augustin pour un nouveau livre qu'il préparait sur l'amour de Dieu.
Madame,
'ai point eu l'honneur de vous voir touchant la te que Monsieur vous a faite de ma demeure dans le vos maisons que vous avez louée à ma sœur, que, comme vous savez très bien que j'y suis venu pent à cause d'elle et dans le dessein d*y vivre 16 un étranger sans voir aucune religieuse et sans lêler fie rien, comme je Tai déclaré d'abord à ma , et que vous avez vu qu'en effet je m'y suis ainsi orté depuis cinq mois, j'ai pensé qu8 le mieux ie x\e vous rien dire, et de vous laisser rendre té- Qage à la vérité que vous connoissez ainsi que Ip jugeriez à propos. Mais je me crus obligé d'aller tôt rendre compte à Monseigneur l'archevêque de mduite sur ce sujet, et comment et par quelle oc- 1 ma sœur étoit entrée dans cette maison, afin en pût informer Sa Majesté et Son Altesse Royale |û en parloient. Il me fit rhonnepr de me témoil^'il en étoit satisfait ; et comme je n'avois rien à Javantage je m'en allai à ma maison des champs, fiai que l'éclaircissement qui seroit fait de tout |kteroit tout lieu d'improuver votre conduite P loyer que vous avez fait à ma sœur de pett§ i^. Mais apprena^^t que Monsieur doit retourner |Otre mpi^astère le jour de la Commémoration des I, et qu'il vous pourroit encore parler sur mon de ce que je puis mieux éclaircir que vous, j'ai nadame, le devoir faire par cette lettre, afin que pussiez le représenter à Monsieur, comme je
vous eu supplio très humblement. Je vois donc, ma^ dame, qu*apri\s avoir rec(miiu combien je suis éloigné do me nuMer de ricMi à voire égard, ou tâche défaire entendre (ju ayant eu bt^aucoup de part aux disputes passées ce n*est pas rendre le respect qui est dû à la glorieuse mémoire de la Reine-mère que de me loger dans une des maisons qu elle a fait bâtir dans votre couvent. Mais j'espère qu'il sera facile de faire connoltre à Monsieur que qui parlent ainsi ne font pas assez d'attention à l'état présent des choses. Car après que le Roi, par une des actions qui honorera le plus son règne, a procuré si heureusement la paix à TÉglise, peut-on douter que si la Reine-mère, qui n'a rien désiré dans ces disputes sinon que le Pape fat satisfait, vivoit encore, elle ne reconnût pour orthodoxes et soumis à rÉglise ceux dont le Pape et les Ëvéques ont approuvé la foi et la soumission. Elle les traîteroit donc comme tels et ne pourroit ainsi aucunement trouver mauvais que quelqu'un de ces théologiens demeurât dans les maisons qu'elle a fait bâtir et qui son* louées à ceux qui se présentent. Or comment pourroit" on faire tort à sa mémoire en ne faisant que ce qu'elle auroit certainement approuvé, si elle vivoit? Von^ pourriez, madame, faire souvenir Monsieur que le Roi ayant agréé que j'eusse l'honneur de saluer Sa Majesté lorsque ces contestations finirent, j'eus Thonneur, eD même temps de saluer Son Altesse Royale ; c'est un® grande marque que ma foi étoit sans aucun soupçon» et que j'étois soumis à l'Église. La Reine-mère ne m'auroit donc pas sans doute autrement considéré et me considéreroit encore de cette sorte, si elle vivoit, puisque je n'ai rien fait depuis qui me puisse rendre aucu-
oement suspect. Enfin, madame, je vous supplie de Taire encore entendre à Son Altesse Royale que je ne pouiTois maintenant sortir de votre maison sans queljue flétrissure ; car comme il est constant que ce ne ïeroit pour aucune autre cause que pour celle qui peut regarder ma foi et ma soumission à l'Église dans le temps présent, vous voyez à quoi je serois exposé, et L^injure que je recevrois par ce traitement. Je sais que Monsieur est trop bon ettrop juste pour le vouloir ; ainsi J'espère qu'aussitôt qu'il aura reconnu la vérité, Ll ne trouvera point mauvais que je continue de demeurer dans votre maison et d'offrir dans votre église le saint sacrifice de TAutel pour le repos de sa glorieuse fondatrice, pour la prospérité de Son Altesse Royale, et pour la conservation de Sa Majesté et l'heureux succès de ses armes. Je suis très-sincèrement, etc.