Madame de Sablé avait une propriété à Bourgon
est si obligeante, elle est si tendre, qu'elle sufflroit seule pour me convaincre d'ingratitude. Mais la connoissance parfaite que je sçais que vous avez de mon cœur me Temet un peu. Vous sçavez, madame, que je suis à vous sans réserve et que je ne puis vous manquer. Je sçais de mon côté que vous estes toute bonne et toute raisonnable; cela me redonne courage et me persuade que TOUS ne m'en croirez pas moins pour cela votre très liimible et obéissant serviteur.
MONTAUSIER
Vous sçavez, madame, que vous estes la maîtresse de tout l'hostel de Rambouillet*, et que m'estant donné l'honneur de vous le dire plusieurs fois, ce n'est plus à moy à en disposer, mais à vous seule. Je trouve étrange même que vous ne l'ayez pas voulu faire sans me faire l'honneur de m'en escrire, et vous pouviez bien penser que cela m'obligeroit davantage.
Donnez vos ordres au consierge, il y a assez de meubles et de lits sans que vous y fassiez rien apporter, et souvenez vous, s'il vous plaît, qu'après m'avoir flatté de Tespérance que vous iriez loger à Thostel de Ram,bouillet, j'aurois un véritable déplaisir de me voir privé de cet honneur. Il y a plus de quinze jours, madame, que la Touche montre à tirer des armes à Monseigneur le Dauphin. Le Roy estoit en balance entre lui et Dujon; mais celuy-ci estant mort, il choisit en même tems
1. Dans la lettre datée du 22 juin 1675 et que nous avons reproduite dans notre Introduction f M. deMontausier remercie madame de Sablé d'avoir accepté l'offre d'habiter son bôtel.
l'autre. Je suis fasché que la chose ne soit plus en estai que j'y puisse servir un homme que vous me témoignez considérer particulièrement, car je n'aurois pas eix moins de joye de le faire que vous en auriez pu avoi e* de voir que ç'auroit été utilement. Je vous supplia très humblement, madame, d en estre bien persuadée , et que parmi tant depei*sonnes qui vous honorent et qtDÛ. vous respectent, il n'y en a point qui soit avec autacz^t de passion, d'atlachement et de cordialité que mo^^, votre très humble et très obéissant serviteur.
MONTAUSIER
Ce 2 novembre l(î77, à Saint-Germain.
A M. VALANT Ce 8* janyier 1678, à Saint-Germain.
J E viens d'apprendre, monsieur, avec bien du déplaisir, que madame la marquise de Sablé se trouve mal^ mais ce qui augmente de beaucoup ma douleur, c'est de ne pouvoir me rendre auprès d'elle, pour apprendre moy mesme de ses nouvelles. Néantmoins, si je croycis luy estre bon à quelque chose, je quitterois tout pour luy aller offrir mes services en cette occasion. Je vous prie de l'en vouloir assurer quand vous trouverez un tems propre de luy parler de moy sans Tinconmioder. Je vous prie aussy d'escrire tous les soirs un petit mot
l. Elle moarut huit jours après, le 16 janvier.
de Testât auquel elle sera. J'ai donné ordre à Vhostel de Rambouillet, pour qu'on Tallast prendre de vous, afin de me l'envoyer, et que je puisse sçavoir tous les jours des nouvelles d'une santé qui m'est si chère et à quoyje prends tant d'intérest; en revanche, je vous assure que je vous tesmoigneray en toutes rencontres l'estime et la considération que j'ay pour vous.
MONTAUSIER
LA MARQUISE DE MONTAUSIER
Il suffit, ce me semble, de dire qu'il s'agit ici de Julie d'Angennes, fille de « la divine Arthénice, » de cette Mélanide comparable seulement à son amie Stéphanie (la marquise de Sablé), au sujet de laquelle Somaize a écrit: « Ce sont deux des premières précieuses et des plus considérées qui ayent jamais esté; et pour autoriser cette vérité d'un témoignage illustre et irréprochable, voicy ce qu'en dit Philinte (Pinchesne) dans sa préface aux œuvres de Valère (Voiture) : — Mélanide et Stéphanie ne sont pas si tost nommées que nostre âme se remplit de Timage de deux personnes accomplies en elles-mêmes et dans toutes les belles connoissances. Je n'entreprends point leurs éloges ; mais je sçay que des princes, des ambassadeurs et des secrétaires d'Estat gardent leurs lettres comme les vrays modèles des pensées raisonnables et de la pureté de nostre langage. »
A Paris, le 17« octobre 1674.
J E ne sçais si M. de La Tour vous aura dit que j'eusse encore mieux aymé vostre silence que vostre compliment, car vostre civilité pour tout le monde estant aussy connue qu'elle est, ce silence eut esté plutôt une marque que vous auriez cru que je ne puis douter de l'honneur de vostre amitié qu'un défaut de souvenir; au reste, il faut que je vous dise que j'ay esté ce matin réveillée par une visite de M. Colbert et de M. son frère; je luy ay dit que je croyois que c'estoit par instinct qu'il me fesoit cet honneur, vous qui sçavez il y a si longtemps, l'inclination et l'estime que j'ay pour luy, entendez bien ce mot, il m'est venu de l'abondance du cœur et j'ay peur que ne le pouvant pas entendre comme vous, il leprêne pour un galimatias. Je luy ay trouvé la mine aussy douce que vénérable.
Marquise de Montausier.
HENRY DE MONTxMORENGY-LAVAL
ÉVKQUB DK LA ROCHKLLB
Henry de Montmorency-Laval était le troisième fils de Ja marquise de Sablé. D'abord évêque de Saint-PoI-de- Léon et doyen de Saint-Martin de Tours, il devint enfin évêque delà Rochelle, et mourut enlj69^,âgé de soixante et douze ans.
Connu d'abord sous le nom d'abbé de Boisdauphin, Henry de Laval vécut naturellement dans le meilleur monde parisien -./lallemant nous parle de sa liaison avec le marquis de Tardes et de son goût pour la chasse, sans cependant en médire autrement. D'après ces lettres que nous tirons du portefeuille 1508, fonds Saint-Germain, il paraît avoir été un évêque instruit, sensé et trèsattaché à ses devoirs.
A Lermeno, ce 2 mars 1665.
Je ne pensois pas, Madame, me donner Thonneur de vous escrire avant mon voyage de Bordeaux où je m'en vais avec M. de Lusson pour la députation à rassemblée générale du clergé ; mais la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire est si obligeante que je ne puis que je ne vous en tesmoigne ma recognoissance. Elle doit estre d'autant plus grande que vous avez la bonté de songer à mes pertes dans le temps mesme que vous en faites de considérables; et quoique vous en retiriez quelque chose par le moyen de vos amis, ce n'est pas moins une peine que d'en avoir besoin pour retirer ce qui esta soi légitimement. Vous avez encore, ce me semble, un sujet de consolation en ce que vous n'avez point affaire à la cour, et c'est ce qui me fait tout à fait désespérer des miennes, les amis de ce temps n'estant pas personnes à rien faire pour ceux pour qui ils devroient prendre quelque intérêt. Je leur fais pourtant assez de justice; car je cognois assez que le siècle n'est pas propre à faire plaisir. La personne de qui vous me faites l'honneur de me parler est de ce nombre, et quoique je sois fort bien avec luy, cependant je cognois assez que je ne dois rien espérer de ce costé-là. Je ne me fonde donc que sur le peu de crédit que j'ay de moy mesme pour parler au maistre ; et si je fais encore un voyage à Paris je demanderai encore une audience où je remontrerai la justice de mes demandes. Après cela je me tiendrai à ce qu'il plaira à Dieu de disposer. Je ne
sçais sur qui le Saint Esprit jettera le sort pour tel dé putation. Il se peut faire que je le serai quoique je n'en parle à personne et que je tienne la chose fort indifférente. Mais comme je ne vois pas que les autres y pen sent plus que moy , je puis me trouver député sans s avoir aucune affectation. Si j'estois à la Bochelle je vous enverrois le mandement que vous metesmoignei souhaiter. Mais je n'en ay point ici ; je vous dirai seu — JOlement qu'il est très court, que je ne parle en aucun^^-^6 manière de la déclaration, que je ne fais point signais ^sr les religieuses, et que je déclare que je ne demanda -Me autre chose par la signature que la soumission et 1^ Je respect qui est deu en telles occasions aux décisions -tf^s du Saint Siège. Je l'ay envoyé aux archiprestres pour:le faire signer dans leurs cures, et je leur ay insinua que s'il se trouvoit quelqu'un qui voulust faire quel J ques restrictions pour expliquer ce qui est deu en telle occasions, qu'ils les reçussent comme je suis rôsoli^' -iu de rexpliquer si j'en suis requis. Voilà en substance ^^^^ ce qu'il contient. J'ay dans mon diocèse M. de Saint»" -t- Mesri qui est content d*e moy là-dessus. Je me confessa ^^ae à vous, et vous dis plus que vous ne me demandiez ^; car le mandement ne parle point ni d'explications m m de restrictions.
J'ai leu avec toute Tapplication possible la lettre d^He Mgr. d'Angers ; je crois qu'on ne la sçauroit trop li» — ^, et qu'on la devroit sçavoir par cœur. Celle de M. cH^e Paris dit tout ce qui se peut dire pour se justifier; il y faudroit si peu de chose pour satisfaire tout le mond^, que je m'estonne comme il ne le dit pas. Je crois ^t j'espère qu'il sera obligé de venir.
Je donnerai ordre que l'on retire du messager ce
— 255 ~ que vous me faites Thonneur de m'envoyer. A nostre retour de Bordeaux nous vous en manderons nostre sentiment. M. de La Brosse vient avec moi en qualité de député du diocèse. Il me prie de vous assurer de ses respects. M. Gallion est tellement dans le mesnage qu'il ne songe qu'à cela. Je lui ay leu Vendroist de vostre lettre où vous lui faites Thonneur de parler de lui. Je me donnerai Thonneur de vous mander ce qui se passera à nostre assemblée. Cependant je vous supplie de croire que je suis tout à vous.
De Laval
Évesque de La Rochelle.
A La Rochelle, ce 22 mars 1665.
V ous me faistes Thonneur de me tesmoigner avec tant de bonté que vous souhaitez que je me donne souvent l'honneur de vous escrire, que je n'ay point plus de joie que lorsque j'ay quelque chose à vous mander. Nostre voyage de Bordeaux, où nous sommes allés, M. de Lusson et moy ensemble, pour la tenue de rassemblée provinciale, servira de sujet à cette lettre. Nous en revînmes jeudi dernier en bonne santé après y avoir député Mgr. Tarchevesque de Bordeaux, et Mgr. de Lusson pour le premier ordre, et pour le second, M. l'abbé de Bar et M. de Nemond, grand archidiacre d'Angoulesme. Peu s'en est fallu que je ne me sois trouvé député, et nous avons en cette rencontre combattu de civilité, M. de Lusson et moy. Il me vouloit déférer la députation, et moy à lui ; mais à la fin j*appris
par uu ami commun que M. Colbert lui avoit escritet qu*il lui mandoit qu*il seroit bien aise qu'il se flst député, si faire se pouvoit. Je le fus trouver etlui dire positivemeut que je ne voulois point de la députation, et qull falloit qu'il racceptât. Ilm*cn a tesmoigné beaucoup de recognoissance ; et comme je ne souhaitois d'estie député que pour Tavantage des affaires de mon Église, pour lesquelles j*avois travaillé pendant le voyage que j*avois fait à Paris, j'espérois qu'il auroit la bonté de tesmoigner à M. son frère combien il y alloit de Tavantage do la religion et de la gloire du Roy de faire une église à la Rochelle et de la mettre en estât de pouvoir passer pour une véritable cathédrale. Il me lepromist. Ainsi je dois aussi bien espérer de sa recommandation que je pourrois faire de mes propres sollicitations. Si j'ay quelque regret de n'estre point à Paris, c'est pour ne pouvoir avoir l'honneur de vous voir et mes amis, car pour le reste je suis persuadé que je suis mieux dans mon diocèse, où j'espère travailler pendant tout cet été. Je m'assure, Madame, que vous ne blasmerez ni ma résidence, ni mon travail, et que vous m'en estimerez davantage de tâcher à m'acquitter de mes obligations. Après vous avoir rendu compte de ce qui s'est passé dans nostre voyage, je crois que je vous puis bien conter une affaire, et que vous aurez bien la bonté d'en user avec votre prudence ordinaire. C'est, Madame, que il y a un évesque de mes amis qui s'en va député à l'assemblée générale, avec lequel j'ay eu plusieurs conférences sur les affaires du temps. Je le trouve le mieux disposé pour donner la paix à l'Église, et travailler, s'il y a occasion de cela, fortement et solidement. Il m'a plusieurs fois demandé ce que je pensois
qu'il faudroit faire pour cela, et si je ne sçavois point ce que vos amis souhaiteroient, et à quoi ils se réduiroient. C'est, Madame, ce que je vous demande, si c'est une chose sur laquelle ils se voulussent déclarer. Je n'ay en cela d'autre intérest que celui de la paix de l'Église et le repos de personnes de mérile, qui travailleroient plus utilement pour l'Église. Je ne trouve rien de si juste que de les traiter avec charité et conformément à la vérité. Et comme il ne faut pas que la charité qui no^s fait désirer cette paix et cette réunion d'esprit trahisse les intérests de la vérité; aussi ne faut-il pas que la vérité qu'ils prétendent professer, et à laquelle ils veulent paroître s'attacher si inviolablement, soit si austère, que sans la blesser ils n'en puissent pas relascher de quelque chose. C'est, ce me semble, ce que saint Paul appelle sapere ad sobrietatem. Je vous demande pardon si je m'avance peut-être trop dans une affaire où de plus habiles gens que moy n*ont pas réussi. Mais je crois que les affaires qui se traitent quelquefois entre particuliers réussissent mieux que celles qui se traitent avec tant d'éclat, où bien souvent les deux partis veulent vaincre, et où la vérité domine rarement. J'espère que mon dessein estant pieux, et conforme au rang que j'ai l'honneur de tenir dans l'Église, sera toujours approuvé de vous, et si vous avez la bonté de m'escrire ce que vous en sçavez, et ce que vous en pourrez apprendre de vos amis, je vous assure que j'en userai avec tout le zèle possible et avec toute la prudence que vous me prescrirez. Je ne vous nomme point la personne à qui j'en ay parlé. Vous la devinerez assez. Mais il n'y a pas longtemps que vous m'en parliez dans une de vos lettres. Je serai
ruvi que vous agréiez la proposition que je vous fais, et si vous la blasmcz, au moins ne blasmerez-vous pas le motif qui m'a fait prendre la liberté de vous la &ire. Je suis tout à vous.
De Laval Évosquc do La Rochelle.