MADEMOISELLE DE VERTUS
Françoise Catheriae de Bretagne, dite mademoiselle de Vertus, naquit en 1617: son père était Claude de Bretagne, comte de Vertus et de Goëllo, baron d'Avaugbur, descendant d'un frère naturel d'Anne de Bretagne. Sa mère, fille de Fouquet de la Varenne, n'a laissé que trop d'anecdotes à recueillir au peu bienveillant Tallemant des Réaux. Belle, intelligente, mais trop galante en effet, elle eut beaucoup d'enfants, deux fils et six filles, et ne s'en occupa nullement; devenue veuve en 1637, elle continua sa joyeuse existence et se remaria à soixante-treize ans avec un chevalier de la Porte, un jeune homme qui l'enterra sept ans plus tard seulement. Seconde des six filles, Françoise Catherine fut élevée dans un monastère : « Elle a du mérite, dit Tallemant, elle sçait le latin Elle n'est pas si belle que sa sœur. Elle écrit fort raisonnablement » Il ajoute ensuite : « Elle en fut tirée (du monastère où elle avait été élevée) par les flatteries de la cour où elle prit trop de part aux intriguas
et aux plaisirs qu'elle désapprouvoit. » Sa jeunesse est mal connue. Tallemant dit : « L'affaire de M. de La Rocliefoucauld l'a tort décriée, » et jusqu'à présent aucun des nombreux historiens qui se sont occupés du dix-septième siècle n*a pu éclaircir un mystère auquel ce passage d'une de ses lettres semblerait prêter quelque importance : « l\ est vrai que je ne mérite pas de souffrir pour quelque chose de bon ; c'est la récompense de la bonne m La mienne a été si terrible que je n'ose espérer d'autres souffrances que celle que mes misérables péchés méritent 1. » Quoi qu'il en soit, mademoiselle de Vertus passa une partie de sa jeunesse dans diverses grandes maisons, y occupant une position qui tenait probablement un peu de la dame de compagnie : elle fut ainsi d'abord chez la comtesse de' Soissons qui mourut au mois de juin 1644, sans mentionner dans son testament mademoiselle de Yertos « qui a été cependant longtemps avec elle, dit Tallemant, et est une fille de mérite. » Elle parait s'être attachée ensuite à la belle duchesse de Longueville : au mois d'octobre 1650 cependant, elle entra chez la duchesse douairière de Rohan, fille de Sully; mais, dans tous les cas, elle était auprès de madame de Longueville quand celle-ci se retira à Montreuil-Bellay, en Anjou, pendant le demiexil qui suivit sa sortie de Bordeaux. La lettre qui apprend ce détail et que M. Cousin a découverte constate la liaison du poëte Marigny avec mademoiselle de Vertus qui paraît d'ailleurs avoir été en assez grande faveur dans la coterie précieuse dès le début. Segrais lui a dédié son églogue d'Amyre, en y introduisant les éloges les pins emphatiques.
Mademoiselle deVertus était dans une position fort gênée et plusieurs de ses lettres sont relatives au retrait de la pension qu'elle avait obtenue par l'entremise du cardinal
1. Ces paroles sont évidemment d'une pénitente exagérant ses torts. Il fut cependant une époque où mademoiselle de Vertus fut peu portée vers les choses religieuses, car le Nécrologe de Port-Royal dit positivement qu'elle se convertit avant madame de Longueville, qui, elle, revint à Dieu en 105A.
Mazarin et qu'on voulut lui supprimer à cause de son ardeur janséniste*. En revanche, madame de Longueville l'aimait fort et ne la laissait probablement manquei* de rien: « Elle avoit beaucoup d'attachement pour madame de Longueville, dit Mademoiselle, etlaservoit en tout ce qu'elle pouvoit en ses affaires pour son raccomodement avec son mari.» Elle l'accompagna à Moulins chez la duchesse de Montmorency, devenue religieuse à la Visitation et où la belle pénitente songea à se donner complètement à Dieu (août 1654). Elle la suivit plus tard enNormandie et demeura longtemps avec elle occupée à faire du bien et à s'avancer dans la voie de la perfection : elle passait quelquefois à la cour avec la duchesse, mais uniquement par devoir de bienséance. C'est pendant cette période que mademoiselle de Vertus embrassa les idées des disciples de Jansénius et devint une ardente adepte, puisqu'au plus fort des persécutions elle écrivait à madame de Sablé, en parlant de mémoires produits par lesmolinistes; «Quand je verrois ce qu'ils disent de la doctrine de Jansénius, je ne serois pas plus en doute pour cela de ce qu'elle contient, car si j'étois propre à avoir une opinion là-dessus, la manière dont ces messieurs de l'assemblée examinent les choses, ne me feroit point déférer à leur jugement. » Elle rentra à Paris probablement vers 1660 et fut mise en rapport avec madame de Sablé par la duchesse de Longueville, très-liée avec la marquise, et surtout par les doctrines jansénistes qui les réunissaient bien plus étroitement. Une grave affaire vint resserrer encore cette liaison qui parut dès lors des plus intimes et surtout des plus constantes. Mesdames de Vertus et de Sablé résolurent de donner à madame de Longueville M. Singlin, le plus éminent des docteurs dePort-Royal, pour directeur : ce fut une véritable négociation, avec visites secrètes,
1. Elle en parle souvent dans ses lettres (1661-1662) à madame de Sablé, et il paraît qu'elle dut la conservation de cette utile ressource à madame de Montausier. — M. Sainte-Beuve, dans son Histoire de Port-Royal, se trompe en disant que « son odieuse mère » lui retrancha sa pension.
déguisements, noms supposés, toute une mise en ioènè vraiment piquante. Mais enfin Tafi'aire réussit, et madime de Longûeville fit sa confession générale au mois denoyembre 1661. Mademoiselle de Vertus choisit le même directeur : « Ce sage ecclésiastique, dit Fontaine, fat surpris de Toir en elle tant de foi et de piété, et il pensa i la joindre avec madame de Longûeville pour être sa coniolation dans son veuvage et sa compagne dans ses exercices spirituels. >
La vie de mademoiselle de Vertus sembla dès Ion complètement remplie par les affaires de Port-Royal, ses devoirs envers madame de Longûeville et sa liaisoD chaque jour plus intime avec madame de Sablé dont elle comprenait tous les petits travers, ayant soin de se mettre en quarantaine dès qu'elle avait le moindre rhume, loi prêchant gravement la résignation, quand la marquise, très-friande, comme on sait, gémissait de la disparition de son goût. Mademoiselle do Vertus, d'ailleurs, était d'une santé déplorable, ce qui, certainement, la rendait plus sympathique à la marquise. En 1666 et 1669 notamment, elle fut très-gravement malade : la première fois même madame de Longûeville mandait à madame de Sablé qu'elle craignait de la perdre.
Les affaires de Port-Royal absorbaient toutes les préoccupations de mademoiselle de Vertus : elles la compromettaient aussi, et nous avons vu comment elle faillit y perdre sa pension, ce qui la menaçait d'une telle pauvreté qu'elle écrivait à madame de Sablé : « Je suis bien obligée à Dieu de ce que dans le temps qu'il permit que ce secours m'est osté, il me donne celui de madame de Longûeville, qui me fera la charité de me nourrir. > Le m.ariage de sa mère l'affligea grandement, et il parait même qu'à ce propos elle engagea, de concert avec ses frères, un procès. Puis elle eut à gémir des calomnieux propos répandus sur elle par une femme assurément honnête et pieuse, mais d'une sévérité ridiculement outrée^ la marq uise de Puisieux, dont nous avons eu à nous occuper spécialement; bien plus encore, on lui reprocha d'être trop intime avec Tabbé de Bélesbat, un bel esprit des plus
précieux i, puis avec un clievalier de Montchevreuil. A la mort de M. de Longueville (1663), nous voyons mademoiselle de Vertus de plus en plus occupée de sa veuve, qui demeurait avec deux enfants, dont l'un, le cadet, était son préféré, tandis que l'aîné, difforme et d'un triste caractère, l'affligeait profondément. Mademoiselle, dans ses Mémoires, se complaît à raconter à quel point mademoiselle de Vertus se sacrifiait pour son amie, et de quelle confiante reconnaissance celle-ci payait ce dévouement. Elle s'occupa activement de ce qui touchait à l'éducation du jeune prince de Longueville, et soutint énergiquement la duchesse à la mort M. Singlin (17 avril 1664). Mais aussi quand elle vit madame de Longueville solidement établie dans la voie religieuse, hors de tout embarras par l'entrée dans l'Église du comte de Dunois, et enfin Port-Royal triomphant et florissant, mademoiselle de Vertus songea à réaliser le vœu secret qu'elle nourrissait depuis longtemps et dont elle s'était ouverte à madame de Sablé seule, celui d'entrer complètement à Port-Royal. C'est au mois d'août 1669 qu'elle y fit sa première retraite, pour s'habituer doucement à cette nouvelle existence * : elle se fit construire un petit bâtiment modeste,
1. Dans une lettre de madame de Longueville, écrite à ce sujet à madame de Sablé, le V juin 1663, la duchesse repoussa ces bruits, mais ajouta un passage qui pouvait avoir une certaine gravité rétrospective : « Ce sot conte n'a rien au monde de fondé. M. l'abbé de Bélesbat a toujours continué à me voir, et pour elle, elle ne l'a pas vu depuis la rupture que vous sçavez. Vous devez donc, sur ma parole, renvoyer cela aussi loin qu'il doit estre renvoyé. >
2. Cette détermination affligea beaucoup madame de Longueville, qui écrivait à madame de Sablé, le 2 octobre 1669 : « Vous aurez bientôt à Paris mademoiselle de Vertus, qui va faire un autre voyage un peu plus considérable, quoiqu'il ne se fasse pas en pays si lointain. Cela vous attendrira bien saps doute. Pour moi, vous jugez bien que je commence à l'être beaucoup, quoique cette fois elle ne s'enferme pas encore pour tout à fait. » Fontaine, faisant allusion à la douleur que le départ définitif causa à la duchesse, dit : « Leur union et leur séparation bien décrites feroient deux fort beaux endroits. »
attenant, mais cependant séparé^ à l'hôtel que madame de Longueville s'était fait élever à Port-Royal-des-Champs : elle ne fit encore qu'y passer quelque temps, en 1671 et 1672^ et on peut croire que sa santé ^tait pour beaucoup dans cet atermoiement, dont elle souffrait cruellement au fond de son cœur. Elle en sortit pour venir annoncer à madame de Longueville la mort du comte de Saint- Paul, tué au passage du Rhin^ et madame de Sévigné nous a admirablement raconté cette scène grande et touchante. Mais aussi^ à dater de ce jour^ mademoiselle de Vertus ne sort plus de sa retraite; elle adopte le costume des novices^ se soumettant à toutes les austérités delà maison^ à tous les exercices de piété; mais il paraît que^ toujours à cause de sa santé, ses supérieures refusaient d'admettre un engagement régulier. Le dimanche 11 novembre 1674 cependant^ elle prononça des vœux, avec toutes les cérémonies de la prise de voile. Mais M. de Sacy et l'abbesse y ajoutaient des restrictions qui rendaient ce serment purement serment de conscience : madame de Longueville assistait^ cette cérémonie. Pour la nouvelle « novice perpétuelle > il fut aussi strict que pour le reste de ses compagnes. Elle prolongea sa vie jusqu'au 21 novembre 1692 : donnant constamment l'exemple de la plus parfaite piété, de la plus admirable résignation , elle passa les onze dernières années de son existence sans pouvoir quitter son lit. c Je crois, monsieur, écrit à Nicole la sœur Elisabeth Le Féron, que vous comptez bien que la perte que nous venons de faire de mademoiselle de Vertus ajoute encore à nos peines, car je ne doute pas que vous ne voyei mieux que moi le vide qu'elle fait dans la maison. Vous connoissiez mieux que personne son mérite, et vous n'ignoriez pas Taffection et l'attachement qu'elle avoit pour cette communauté qui perd en elle une de ses véritables amies. Permettez-moi de vous dire, Monsieur, que vous en perdez une aussi en sa personne. Je lui dois ce témoignage qu'elle avoit pour vous toute l'estime possiblsi et que, dans toutes les occasions qui se sont présentées et que vous sçavez,elle en a donné toujours des preuTes, par
la manière juste et avantageuse dont elle a parlé de vous. ^ Mademoiselle de Vertus, dans la seconde partie de sa vie, semble s*être singulièrement inquiétée de ses progrès dans la voie de la perfection où elle s'avançait sûrement cependant, conduite alors par M. du Guet, — qui avait succédé près d'elle, en 1686, à M. Le Tourneur. Le Père du Guet cherchait à la rassurer, et ses lettres à ce sujet sont pleines des plus graves et des plus éloquents enseignements. Mademoiselle de Vertus parait avoir fini savfe entourée de tristesses et d'appréhensions qui peuvent surprendre, mais qu'on comprend aisément quand on songe aux onze années de souffrances continuelles et d'isolement auxquelles elle fut condamnée i. Elle voulut être ensevelie dans le cimetière de Port-Royal, au milieu des religieuses auxquelles elle s'était volontairement associée. Le Nécrologe de l'abbaye renferme une épitaphe attribuée à Racine, et qui rend un juste et éclatant hommage à la piété et à la valeur morale de mademoiselle de Vertus : « Ici repose Françoise-Catherine de Bretagne , demoiselle de Vertus. Elle fut sérieuse, constante, généreuse dès l'enfance. Elle passa sa plus grande jeunesse pratiquant par piété la règle de saint Benoît dans un monastère : elle en fut tirée par les flatteries de la cour, où elle prit trop de part aux plaisirs et aux intrigues qu'elle désapprouvoit. Mais Dieu la fit enfin ressouvenir de ses premiers sentimens, car elle lui rendit tout son cœur. Il lui montra le sentier droit qui mène à la vie; car la princesse Anne de Bourbon l'y ayant suivie, elle la consola par l'exemple de sa joie dans les austérités d'un jeûne perpétuel, et la soutint par sa tranquillité au milieu de la tempête qui agitoit alors l'Église. Son application aux besoins de Tépouse de Jésus-Christ la rendit digne de contribuer à la paix de ses enfans. Après quoi, n'ayant plus rien à faire sur la terre qu'à se préparer à la mort,
1. « Mademoiselle de Vertus y achève (à Port-Royal -des- Champs) sa vie avec des douleurs inconcevables et une résignation extrême... » (Lettre de madame de Sévigné à sa fille, 26 janvier 1684.)
elle se retira dans ce monastère, où elle se seroit engagée sans ses infirmités. Elles rattachèrent au lit durant les dernières années de sa vie ; mais elles n'interrompirent ni sa régularité à la récitation de l'office^ ni à toutes les heures de la communauté, ni son attention aux besoins du prochain, ni le progrès de son amour pour Dieu et pour son Église. Elle passa de ce monde âgée de soixantequinze ans, après vingt et un ans de cloître et de souffrances, ayant disposé en faveur des pauvres du peu que ses grandes et continuelles aumônes lui avoient laissé. » On ne peut faire, je crois, un plus bel éloge de la vie de mademoiselle de Vertus qu'en ajoutant que tout ce que renfermait cette épitaphe était scrupuleusement exact.
Les lettres de mademoiselle de Vertus sont conservées dans le tome VII du portefeuille de Valant, au nombre de soixante-diz ou quatre-vingts, appartenant toutes à la péripde comprise entre son retour à Paris et son entrée à Port-Royal (1659-1670). Ces billets sont assez négligemment écrits, mais ils donnent de curieux détails sur cette période si curieuse par ses agitations religieuses et par les personnes éminentes qui j sont continuellement mentionnées. M. Cousio en a publié les deux tiers dans la Bibliothèque de Vécole des Chartett année 1852, et en a reproduit une partie seulement dans l'appendice qui complète d'une façon si intéressante son étude sur Madame de Sablé. Il est fâcheux qu'il ait donné seulement des extraits : la collection publiée m exteruo n'aurait pas pris dix pages de plus dans la Btbliothèqw de Vécole des Chartes et aurait formé un ensemble plus agréable à lire et plus facile à étudier.
Parmi les billets et fragments de billets, car malheureusement les pages dans les portefeuilles de Valant ne concordent pas toujours, j'en ai recueilli une douzaine qui m'ont paru mériter la publicité aussi bien que ceux qui ont déjà été mis au jour. Une dizaine d'autres ne m'ont paru bons qu'à noter, renfermant seulement des protestations d'amitié pour madame de Sablé, ou des recettes de drogues ou de confitures, car la marquise recherohait presque également les unes et les autres.
Un jour mademoiselle de Vertus se confond en excuses sur ce qu'elle s'aperçoit que, demandant sans cesse les porteurs de madame de Sablé pour aller chez elle, elle lui coiite ainsi deux écus par visite ; « Vrayment cela est épouvantable, mais je m'étois imaginée que vous leur donniez tous les ans quelque chose qu'ils travaillassent ou non. > Une autre fois, elle assure son amie de son affection en ces termes : « Je ne peux souffrir ces mots d'importunité dont vous vous servez pour me dire que vous avez peine de me demander de mes nouvelles, car en vérité c'est une marque que vous ne connoissez plus les sentimens de mon cœur pour vous; si vous les connoissiez, vous seriez sûre que toutes les marques de votre souvenir me réjouissent et me consolent. » A propos des menées dirigées contre Port-Royal: « Je n'ay pas mandé cela à M. d'Andilly de peur de le faire retomber malade : je luy escris seulement un mot pour lui demander de ses nouvelles. Je vous advoue, ma bonne Madame, que je suis toute troublée de cette nouvelle; la sainte volonté de Dieu soit faite. » Un autre jour mademoiselle de Vertus envoie à son amie une recette d'eau pour les yeux due au père Binet, provincial des Jésuites. Un billet trace un triste tableau des souffrances que mademoiselle de Vertus endura de 1664 à 1665. Je le cite pour faire mieux comprendre à quel degré de résignation il lui avait fallu parvenir pour soutenir cette incessante souffrance qui, vers cette époque, lui interdisait presqu'absolument l'usage de la voiture et lui faisait même franchir avec peine les quelques degrés qui composaient le perron de la demeure de madame de Sablé *.
1. Les frères de mademoiselle de Vertus furent: Louis de Bretagne, marquis d'Avaugour, comte de Vertus, en Champagne, mort sans postérité de ses deux femmes, mademoiselle du Lude et mademoiselle de Clermont d'Entraigues; Claude de Bretagne, comte de Goëllo, qui laissa des enfants de sa femme, Judith Le Lièvre. — Ses sœurs furent : la duchesse de Rohan-Montbazon, morte en 1657; mademoiselle de Clisson, morte en 1695; mademoiselle de Chantorcé, en 1694; mademoiselle de Goëllo, en 1707: Marie-Claire, abbesse de Malnoue»
(je jour M. le Président a vu M. de Longueil, l'on dit que cela s'est fort bien passé. Je ne me donne point rhonneur de vous voir parce que je vois tous les jours M. de Longueil qui a toujours quelques petites fièvres. Je crois que le temps de Taccomodement n'est pas encore venu et que vous devez différer le soin de votre médiation. Je vous garde toujours des muscats, je ne sçais s'ils seront bons. Je les feray cueillir si je n'y puis aller.
Il me semble vous avoir déjà mandé que je ne crois pas qu'on doive estre en grand scrupule de faire de certains jugemens des gens, quoiqu'ils se trouvent faux. Il est vrai que je ne suis pas bon casuiste, principalement si tout le mal que vous pourriez avoir fait n'est causé que par la bonté que vous avez pour moy. Je vous assure qu'on fait toujours de mieux en mieux, mais si cette créature ne s'en alloit,je craindrois que l'autre ne fit trop bien, car vous le cognoissez.
Je vais donc mander à madame de Longueville que* vous ne voulez point de nous. J'espère que vous vous porterez mieux le jour de la Notre-Dame : j'ay fait
en 1681, morte en 1711; Madeleine, religieuse; Philippe-FraDçoise, abbesse de Nidoiseau.
avertir M. le doyen lequel est feime comme im rocher; si mesme cela afflige ma pauvre mère, ne leur dites rien, il ne faut point causer de peine sans besoin, je suis bien en peine de vostre mal.
Il estoit assez naturel de faire comme j'ai fait dans la vue que je Tay fait, car premièrement celuy ou celle qui m'apportèrent vostre lettre n'attendirent point ma response et je n'ay pu vous envoyer quelqu'un à moy, n'ayant personne : secondement je m'estois mis dans la teste d'aller samedi chez vous, mais je ne pus en sortant de Port-Royal faire autre chose que me venir coucher, car je ne couchay pas au couvent. J'eus la mesme espérance pour hier et elle fut aussy peu suivie du succès que je désirois, car je n'eus point de porteurs, je revins en caresse et je ne puis sans une extrême peine monter vostre degré sans qu'on me porte ; de sorte que j'arrestay dans mon esprit d'aller demain disner chez vous ou mercredy et de vous dire toutes mes raisons qui sont sans doute très esloignées de vostre pensée, car je suis assurée qu'à moins que la teste me tourne, le respect et la véritable amitié que j'ay pour vous ne changeront jamais. Quand je sens cela dans mon cœur comme je le sens pour vous, je vous avoue que je n'en suis pas si ponctuelle, car je croy toujours que Ton n'en peut douter : il vous rend pourtant mille grâces de ce que vous l'avez fait parce que c'est une marque que vous avez quelque attention sur moy, et les gens comme moy n'en ont pas pour ceux qui leur sont indifférents; ce sera donc demain que je
vous estanderay mes raisons davantage et que je vous conjureray de croire que je suis très incapable de manquer jamais à tout ce que je vous dois.
M. le chancelier part la semaine qui vient
pour aller à Ambroise interroger M. Fouquet. Représentez vous ce que cet homme sentira en paraissant en criminel devant celuy duquel il voulut la charge*. Vous aurez lundy madame de Longueville pour la fin de sa neu vaine. Trouvez bon que je charge ma sœur Catherine de faire un compliment à ma mère pour moy. Je suis toute à vous.
P. S. Votre amy • aura nom à l'avenir entre nous, M. de Montigny, s'il vous plaist, et notre petit amy* M. de La Planche. J'ay envie de rire et je bénis Dieu tout ensemble quand je songe que c'est pour de telles gens qu'il nous faut des chiffres et en la place de quoy nous les mettons : j'ai lue cela dans le texte tout le jour en songeant à nos cachoteries *.
1. M. Cousin a publié cette seule phrase, en mettant enduren au lieu de sentira,
2. Le Père Singlin, que madame de Longueville prit poar directeur à l'automne 1661, à l'instigation de mesdames de Veiv tus et de Sablé.