‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 40 sur 103 · Lellres, loc. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Lellres, loc. cit., t. II, p

je vous donnais également et uniquement aussi avec moi, et j'eusse dû dire en moi. Or sus, je suis infiniment aise encore que vous la trouviez si aimable * .»

On regrette, en lisant les recommandations de M"* de Chantai à la Mère Anne-Catherine de Beaumont, au sujet des ordres de saint François de Sales, que les lettres dont elle parlait aient disparu. On ne peut s'empêcher de déplorer, au point de vue historique, la perte de tant de documents intéressants, mais au point de vue philosophique, cette même perte nous oblig-e de rendre justice à de grands calomniés qui ont été bien peu intrigants. Pourquoi Port-Royal n'a-t-il pas gardé et publié plus tard toutes ces lettres ? Il n'appartient qu'à des âmes bien épurées et bien vides de tout amour du monde de négliger ainsi ce qui aurait pu devenir une arme de défense. Je citerai un autre exemple plus frappant encore du complet désintéressement de Port-Royal à l'égard des intérêts humains, plus tard, à un moment où la célèbre maison sera déjà en pleine persécution, lors de la publication par Arnauld d'Andilly de quelques extraits des lettres de M'°^ de Chantai à la Mère Angélique.

Port-Royal, plus peut-être que toute autre maison religieuse, a eu le sens de la vie spirituelle. Il Ta porté plus haut, sans aucun mélange de complaisance et de faiblesse. Mais il a négligé de prendre, dans l'ordre matériel, les précautions de prudence qui eussent annulé d'avance le travail de ses ennemis. Il est vrai qu'à l'époque dont nous parlons nul ne pouvait croire à la possibilité des accusations que nous lisons aujourd'hui couramment. Les faits parlaient d'eux-mêmes et assez haut. Il a fallu qu'ils fussent oubliés et que les docu-

1. Nouvelle édilion des Œuvres de sainl François de Sales, 1914, l. XIX, p. 337.

ments eussent disparu, comme par enchantement, pour refaire de toutes pièces une histoire nouvelle. Nous montrerons, en temps et lieu, quels prestidigitateurs prudemment dissimulés dans la coulisse, professionnels des grands procès de diffamation historique, ont escamoté au moment opportun les lettres qui eussent été les plus embarrassantes. Au reste, devons-nous regretter pour Port-Royal cette méconnaissance et ce dédain des choses du monde? Non, assurément, puisque c'est grâce à cette non existence matérielle qu'a eu lieu son extraordinaire développement spirituel. Port-Royal, non persécuté, aurait probablement connu le relâchement; Port- Royal persécuté, calomnié, accablé d'injustices, en proie à toutes les violences, s'est épuré, a grandi, a rayonné et rayonne encore sur les intelligences avec une intensité dont il n'existe pas de précédent. Par son détachement des choses de la terre et ses souffrances imméritées, il a donné lieu à ses ennemis d'être en plein xvii® siècle une vivante paraphrase des paroles du Christ : Les enfants du monde sont plus habiles dans la conduite de leurs affaires que les enfants de lumière. Dans l'ordre d'idées dont nous parlons, la persécution elle-même devient un élément de succès, puisqu'elle fut pour les victimes un moyen incontestable dépuration spirituelle.

Dans les deux lettres suivantes, M™^ de Chantai parlait de filles qui lui avaient été proposées par la Mère Angélique, comme pouvant convenir mieux à la Visitation qu'à Cîteaux. La première de ces lettres est adressée à la Mère Péronne-Marie de Chatel et la seconde à la Mère Anne-Catherine de Beaumont.

Dijon, le 19 septembre 1622.

« ... Je suis de votre sentiment, j'aimerais mieux en prendre une (fille) qui n'eût rien que de bons talents et capa-

cité de corps et d'esprit, et de celles-ià il s'en trouve quelquefois. Madame de Port-Royal m'a écrit qu'il y en avait une qui avait peu de moyens temporels, mais grande disposition pour notre esprit; je lui ai mandé les talents que je luU désirais ; que si elle les a, nous aimerions de la loger. Bref, il faut tendre là ; car toujours il se trouve de l'argent et rarement de bons esprits, etc.. * »

Lyon, 11 décembre 1622.

« ... A propos, ma très chère fille, je crois qu'il faut bien sonder le cœur de notre sœur M. Agathe, car je le connais un peu ; j'ai ce sentiment et vous le dis tout simplement, comme aussi que si cette fille de madame de Port-Royal est bonne, qu'il la faut arrêter pour une fondation, etc.. 2 »

Saint François de Sales mourut à la fin de celte année 1622, mais l'union qu'il avait mise entre M'"^ de Chantai et l'abbesse de Port-Royal subsista sans que rien pût jamais l'altérer. Deux fois déjà M™® de Chantai était allée à Maubuisson voir la Mère Ang-élique en septembre 1620 et en février 1622. Elle ira à Port-Royal de Paris une fois en 1627, deux fois en 1635-1636, et une dernière en octobre 1641, peu de temps avant de mourir. Nous avons malheureusement trop peu de lettres concernant la période qui s'ouvre à ce moment, cependant les quelquesunes qui nous restent sont suffisantes pour servir de fil conducteur.

Le 12 septembre 1625, M""^ de Chantai écrivait à la Mère Anne-Catherine de Reaumont :

Chambéry, 12 septembre 1625.

« Ma très chère fille, toute précieuse à mon cœur, une autre fois j'écrirai à ma chèx^e sœur de Port-Royal qui m'écrit

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