‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 42 sur 103 · Lettres, loc. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres, loc. cit., t. II, p

est venu tout naturellement sous la plume de M°'® de Chantai, immédiatement après celui de son frère M^" de Bourges.

A ce moment apparaissait le personnage qui allait bouleverser l'œuvre de la Mère Angélique, l'évêque de Langres, Sébastien Zamet. Nous ne reviendrons pas sur l'entrée en scène et sur l'influence néfaste de cet esprit brouillon et mal équilibré, puisque les événements qui se rapportent à ceci ont déjà fait l'objet d'une étude attentive et ont été traités fort au long dans les précédents chapitres. Pour l'intelligence des lettres que j'analyse ici, je me bornerai à rappeler brièvement que M™® de Chantai avait connu Sébastien Zamet au sujet d'un monastère de l'ordre de Cîteaux que cet évêque avait réformé et qui se trouvait dans son diocèse, le monastère de Tart, de Dijon, La réforme avait été affermie par l'une des premières filles de M""* de Chantai, la Mère Favre qui y passa plusieurs mois. M™" de Chantai avait conseillé à l'évêque de s'inspirer de la réforme de Port- Royal *, et lui avait parlé de la Mère Angélique avec

1. « Quelques mois après noire établissement à Dijon, Mp- de Langres, comme un bon pasteur, cherchant la plus grande perfection de ses brebis, désirait fort la réforme des dames Bernardines du Tart, et jugeant que personne ne pouvait donner un meilleur commencement à une si sainte besogne que notre Bienheureuse Mère, de laquelle il faisait une estime incomparable, il persuada à une de ces dames du Tart d'aller demeurer quelque temps avec elle, « seulement, lui disait-il, pour prendre autant de divertissement » ; mais notre unique Mère, qui était experte au maniement et discernement des esprits, voyant de si bonnes qualités à celui de cette dame pour servir à la gloire de Dieu, lui donna de si douces amorces à la dévotion, que celle qui auparavant ne respirait qu'à faire juger sa profession nulle, ne pensa plus qu'à la réforme de son couvent, qu'elle entreprit avec Madame la coadjutrice du couvent du Tart, et en vinrent heureusement à bout. Elles firent venir plusieurs de leurs religieuses parmi nos sœurs pour apprendre les pratiques monastiques, et durant sept ou huit mois, il y eut toujours à Tart, par Tordre de notre digne Mère, deux de

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tant d'éloges, que ce dernier, qui était alors dans toute la ferveur dune conversion récente, avait désiré connaître la célèbre abbesse *, puis l'était allé voir à Port- Royal des Champs d'abord, à Port-Royal de Paris ensuite. M"'^ de Chantai s'était progressivement rapprochée davantage de Zamet, après l'établissement à Dijon d'un monastère de \a Visitation, et leurs rapports étaient devenus plus intimes. Elle écrivait à cet évêque le 9 juin 1628 :

«... Je vois notre bonne mère de Port- Royal avec notre confiance ordinaire ; c'est une âme riche devant Dieu ; je la révère plus qu'il ne se peut dire ; elle a trouvé fort à son gré notre grande fille, etc.. ^ »

« Je vois notre bonne Mère de Port-Royal avec notre confiance ordinaire. » Est-il assez piquant de rapprocher cette phrase, écrite par M™^ de Chantai en 1628, six ans après la mort de saint François de Sales, de celle précédemment citée de M^"" Rougaud ?

nos sœurs pour aider ces bonnes dames en leur dessein. Cette digne Mère leur conseilla de prendre la réforme que 'M"'*^ de Port- Royal établissait, ce qu'elles firent, et persévérèrent saintement. » (Mémoires sur la vie et les vertus de sainte Jeanne-Françoise Frémyol de Chantai, Fondatrice de l'Ordre de la Visitation Sainte-Marie, par la Mère Françoise-Madeleine de Chaugy, Paris, 1893, p. 208.)

1. « Quelques années après, cette même dame (M™e de Chantai) passant par le diocèse de Langres, et entretenant M. Zamet évêque de la même ville, au sujet dun monastère de l'ordre de Cîteaux qu'il avait réformé, elle inspira à cet évêque un grand désir de voir la Mère Marie-Angélique, dont elle lui dit beaucoup de bien par lestime quelle en faisait depuis leur entrevue de Maubuisson {Mémoires de Godefroi Hermanl sur l'Histoire ecclésiastique du XVII' siècle, Paris, 1905, t. I, p, 28) »

2. E. DE Barthélémy, Lettres, t. II, p. 129. Lettres, loc. cit., t. III, p. 165.

« ... La Mère de Chantai, accablée par ses nombreuses fondations, et la mère Angélique, entraînée par d'autres influences, n'eurent plus entre elles aucune relation, du moins aucune relation assez importante pour fixer le reg-ax^d de l'histoire, ni assez authentique pour être acceptée par une critique sérieuse, etc.. * »

Pour avoir manqué à la vérité, faut-il donc nécessairement avoir aussi manqué d'esprit et d'à-propos? Je crois que la preuve authentique est ici assez difficile à récuser à moins de vouloir accuser la sainte d'avoir sciemment menti pour induire en erreur la postérité. Constatons une fois de plus que, suivant les lois de la justice immanente dont nous avons parlé plus haut, le moment vient toujours où les calomnies retombent lourdement sur ceux qui les ont inventées.

« C'est une âme riche devant Dieu ; je la révère plus qu'il ne se peut dire. » L'enthousiasme de M*"^ de Chantai pour la jeune réformatrice n'avait pas diminué, bien au contraire. Il s'y mêlait à présent une nuance de vénération qui en dit long- sur le degré de sainteté auquel était parvenue la Mère Angélique. Tous les termes de cette lettre sont à bien peser, parce qu'ils nous préparent au rôle consolateur qui va être bientôt celui de l'abbesse de Port-Royal, auprès de sa vénérable amie.

« Elle a trouvé fort à son gré notre grande fille. » Nous retrouvons dans ces paroles le rôle à part donné à la Mère Angélique; ses appréciations demandées, reçues, répétées à un évêque comme ayant la valeur d'une sanction. Encore cette appréciation était-elle donnée sur une supérieure d'une valeur toute particulière, ce qui en souligne l'importance. Et cette supérieure était un peu plus âgée que la Mère Angélique.

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