La Mère de Ghatel, supérieure de la Visitation d'Annecy
ET M. DE SAINTCYKAN 195
parle de Dieu, j'encourage les autres aux occasions, j'en écris comme si je sentais et goûtais ce que je dis, et cependant c'est toujours avec dégoût et violence, et cela ne se peut dire comme l'on le sent. Ne dois-je pas laisser de continuer ? Je vous prie, lisez l'épître soixante-cinquième du livre quatrième ; elle me donne quelque petit soulagement et lumière, que le bienheureux m'entendait. Car j'ai une très grande peine, me semblant que je ne me fais pas bien connaître. Que si vous me disiez que ce grand serviteur de Dieu et vous, voyez et connaissez bien ce que c'est que ma soufl'rance et les horribles pensées d'infidélité et les insensibilités que je sens, qui me la causent, que cela me donnerait, ce me semble, grande force. Je n'ai aucune créature au monde à qui je puisse avoir pleine confiance qu'à vous. Je me soulage à vous dire tout ce qui me vient, et encore par le grand désir que j'ai de me faire connaître à vous et à ce digne serviteur de Dieu, afin que vous me secouriez de vos prières dans cet extrême besoin, et de vos sages conseils de tous deux, selon que vous jugerez expédient. Je ne dis rien à ce grand serviteur de Dieu : Dieu me rende digne de lui être ce qu'il veut et du secours de ses prières*. »
Il faut remarquer que Arnauld d'Andiily a donné cette lettre de M°>^ de Chantai à la Mère Angélique avec les lettres de M. de Saint-Cyran, mais n'a pas donné la précédente. Les deux se répèlent en partie, tout en différant sur quelques points importants. Faut-il dire de toutes deux ce que dit la Visitation de deux circulaires de la fondatrice qui présentent cette même particularité ?
En comparant celte lettre avec la précédente, il est évident quS^n y retrouve des idées identiques, ce qui donnerait lieu de croire que l'une n'est que l'ébauche de l'autre. Toutefois, l'original de cette lettre CMLXXIV^, étant écrit et
Lettres chrétiennes, loc. cit., t. I. p, 51.
ly») SAINTE JEANNE DE CHANTAL
signé de la main de la sainle, a droit de figurer dans la présente publication. D'autre part, la Mère de Blonay, et après elle tous les éditeurs de la correspondance de sainte Chantai, ayant l'ait paraître la lettre ci-devant, il n'a pas été possible de la retrancher de cette collection *.
Si la Visitation avait apporté la même droiture à publier intégralement les lettres de sainte Chantai à la Mère Ang^élique, nous n'aurions pas eu autant de peine à mettre au clair cette correspondance. Admirons cependant l'injustice et le manque de lo^i^ique de l'esprit de parti. Malg^ré la répétition, les deux circulaires sont données complètes parce qu'elles ne gênaient personne. Des deux lettres de M"^ de Chantai à la Mère Angélique, si nous faisons abstraction des passages conformes, ceux qui diffèrent éclairent tous deux l'histoire et cela dans un sens très différent. Cette circonstance qui était une raison pour faire respecter le texte intégral fut au contraire le motif non avoué qui le fit supprimer.
Nous ne pouvons ni ne voulons mettre en doute l'honnêteté de la Mère Marie- Aimée de Blonay, non plus que celle de Arnauld d'Andilly, mais il est fort possible que cette supérieure de la Visitation, en réunissant dans une seule lettre des fragments appartenant à plusieurs, ait obéi à une habitude de l'époque. Peut-être Arnauld d'Andilly a-t-il fait de même. N'oublions pas que les faits, dont nous cherchons la preuve dans les détails intimes de cette correspondance, n'avaient aucun intérêt pour les contemporains qui étaient suffisamment renseignés sans cela. La question essentielle consiste à constater que ces deux lettres ne diffèrent pas dans les grandes lignes, qu'il est question dans toutes deux du « grand serviteur de Dieu », M. de Saint-Cyran, et que