‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 73 sur 103 · Lettres, loc. cit., t. III, p · texte numérisé non relu

Lettres, loc. cit., t. III, p

la première, donnée par la Mère Marie-Aimée de Blonay, complète la seconde donnée par Arnauld d'Andilly.

Une autre supposition se présente à l'esprit au sujet de ces deux lettres. Peut-être M"*^ de Chantai, â;o:ée et préoccupée de ses peines intérieures, les avait elle écrites pour s'en mieux souvenir, ce qui expliquerait qu'elle ait pu se répéter en écrivant deux fois à la Mère Angélique à un mois d'intervalle. Dans l'un ou l'autre cas, cette répétition que nous respectons sans chercher à l'expliquer autrement, est sans importance quant au fond de la question que nous examinons ici.

Le 22 décembre 1637. la Mère Angélique répondait à la lettre de M"*® de Chantai qui lui avait annoncé la mort de la Mère Péronne-Marie de Chatel :

22 décembre 1637.

« Je vous supplie très humblement, ma très chère Mère, de me dire combien il vous plaît que je vous écrive souvent; car la quantité de vos affaii-es me donne de la retenue. Or je voudrais que vous ne me répondissiez que quand vous en avez le loisir et le mouvement. Car voyez-vous, ma très chère Mère, je suis véritablement votre fille, quoique très indigne, ne rendant pas à Dieu ce que je lui dois, et par conséquent je ne vous puis aussi le rendre que très imparfaitement.

« J'ai été extrêmement surprise de la mort de votre bonne Mère, et affligée de vous voir destituée du support que vous en receviez, quoiqu'en efî"et cela ne soit que selon mes sens, parce que dans l'esprit je suis en plein repos pour vous, ma chère Mère ; ne doutant en aucune manière que Dieu ne vous tienne en ses saintes mains, d'où aucune peine ni tentation ne vous arrachera. Mais vos souff'rances ne laissent pas de m'attendrir et de me faire grande pitié.

« J'ai lu plusieurs fois l'épître de notre Bienheureux dont vous parlez et j'y vois manifestement que Dieu la lui a fait écrire par prévoyance de votre état présent, étant vrai, ce

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me semble, que qucind il vous parlerait, il ne vous pourrait dire autre chose. La réponse que vous fît la bonne Mère avant sa mort est excellente ; et la fermeté avec laquelle elle vous la fit, montre qu'elle était possédée de cet esprit divin qui la devait bientôt tirer à lui. Que vous faites bien, ma chère Mère, d'éviter toutes réflexions ! Car il est vrai que c'est votre seul remède de ne regarder jamais sur vousmême, mais, comme vous faites sur la très sainte volonté de Dieu, pour l'accomplir en chaque moment et dans les occasions qu'il vous offre.

« J'ai attendu à vous écrire jusqu'au retour de ce bon serviteur de Dieu qui est allé à Poitiers, afin que lui lisant votre lettre il jugeât de votre état, et que je vous puisse répondre selon son sentiment. Il est toujours plus persuadé que vos peines sont opérées de Dieu, en vous, pour vous purifier et conserver ses grâces. Il ne manque point tous les jours de le prier pour vous, et il dit qu'il vous écrira quand Dieu le voudra. Il avait rempli trois pages de passages de la sainte Écriture qui vous eussent consolée et rassurée, mais il les a perdues ; et de là il infère que Dieu ne l'a pas voulu, et qu'il veut être seul votre force. Il vous salue très humblement et se recommande à vos prières. Il en a grand besoin, étant fort persécuté. Il est très content de la Mère supérieure de Poitiers * qu'il a fort vue en son voyage ; et il la trouve remplie de bon jugement et de vertu.

« Pour moi, ma très chère Mère, je suis toujours très pauvre et ne me corrige de pas une de mes imperfections. Dieu par sa bonté me continue la volonté de vouloir toujours commencer. Demandez-lui, ma Mère, je vous en supplie très humblement, que par sa sainte naissance il renouvelle sa grâce en moi, et ne m'oubliez pas le jour de celle de notre bienheureux Père au ciel. Il me souviendra bien s'il plaît à Dieu, de prier tout particulièrement pour vous ce jour-là ; et celui de saint Etienne, que vos grands travaux commencèrent, selon que m'a mandé la bonne défunte. J'espère, ma

1. La Mère .\nne de Lages de Puylaurens à qui sont adressées plusieurs des lettres de M. de Saint-Cyran.

très chère Mère et très aiipée, que ce grand saint et prenxier martyr, vous obtiendra part à la grâce et à la force qui lui faisait recevoir avec joie les coups de pierres que lui jetaient ses ennemis, regardant le Fils de Dieu qui venait à son secours.

« Je vous supplie, ma très chère Mère, de vouloir offrir à Dieu l'affaire de notre maison du Saint-Sacrement qui me donne une grande peine, ne sachant pour plusieui's raisons si Dieu veut qu'elle s'achève. Je ne puis vous les dire, cela étant un long discours, dont je craindrais de vous surcharger, étant déjà accablée de vos affaires ; mais Dieu les sait. Je vous supplie de les lui offrir et de le prier qu'il fasse connaître sa volonté, et qu'elle soit suivie. S'il lui plaît de vous donner quelque sentiment, faites-nous la charité de nous le dire.

« Ma sœur Le Maître vous salue très humblement et chèrement. Elle vous voulait écrire mais j'ai voulu l'épargner, me chargeant de vous supplier pour elle de remercier Dieu d'une grande grâce qu'il a faite à son fils aîné de quitter le monde, et à deux de ses frères aussi, pour le ser\'ir d'une manière bien particulière. Demandez la persévérance pour eux. Ils ont été si heureux que de recevoir la bénédiction du bienheureux ; et l'aîné a été à confesse à lui. Notre Mère, ma sœur Catherine de la Miséricorde, et toutes les sœurs vous supplient très humblement de les tenir pour vos filles toutes et de les offrir à Dieu comme telles.

« Je vous supplie de prier encore pour cette pauvre fille possédée que je vous ai déjà l'ecommandée ; c'est la plus, pitoyable histoire du monde. Je vous supplie de nous envoyer quelques reliques de notre bienheureux Père, si peu qu'il vous plaira. Je suis en peine de votre voyage de Piémont en ce temps si rude. Je prie Dieu de tout mon cœur de bénir votre entrée en Italie, et d'y établir le vrai esprit de la congrégation. Je suis à vous, ma très chère Mère, je ne puis finir*. »

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