Œuvres, loc. cit., t. IV, p. 8. Lettre 561s
1. Mémoires pour servir loc. cit. t. II, p. 307. Relation de plusieurs enlreliens de la Mère Angélique avec M. Le Maître, son neveu, qui les écrivait sur le champ dans le dessein de s'en servir un jour pour son histoire.
« En 1653. le 26 avril, comme je lui parlais de la Vie de M. de Genève, elle me dit : « Ce saint Prélat m'a fort assistée, et j'ose dire qu'il m'a autant honorée de son affection et de sa confiance que M™® de Chantai. J'étais étonnée de la liberté et de la bonté avec laquelle il me disait toutes ses plus secrètes pensées, comme je lui disais et lui avais dit tout d'abord toutes les miennes. Il est certain qu'il avait beaucoup plus de lumières qu'on ne pensait pour la conduite et la discipline de l'Eg-lise. C'était un œil pur qui voyait tous les maux et tous les désordres que le relâchement a causés dans les mœurs des ecclésiastiques et des moines. Mais il cachait tout dans le silence et couvrait tout de la charité et de l'humilité.
« Il gémissait comme M. de Bérulle des désordres de la Cour de Rome, et me les marquait en particulier. Puis il me disait : Ma fille, voilà des sujets de larmes, car d^en parler au monde en Vétat où il est, c'est causer du scandale inutilement, ces malades aiment leurs ruaux et ne veulent point guérir.
Les Conciles œcuméniques devraient réformer la tète et les membres étant certai-
Texte donné par M^"^ Bou- GAi D dans V Histoire de Saint Vincent -de- Paul, Paris, 1889, t. I, p. 250.
« Voici ce que M. le Maistre rapporte de la Mère Angélique. « Comme je lui parlais de la vie de M. de Genève, elle me dit : « Ce saint prélat m'a fort assistée, et j'ose dire qu'il m'a autant honorée de son affection et de sa confiance que M""® de Chantai, J'étais étonnée de la liberté et de la bonté avec laquelle il me disait toutes ses plus secrètes pensées, comme je lui disais et lui avais dit tout d'abord toutes les miennes. Il est certain qu'il avait beaucoup plus de lumières qu'on ne pensait pour la conduite et la discipline de l'Eglise.
C'était un œil pur qui voyait tous les maux et tous les désordres que le relâchement a causés dans les mœurs des ecclésiastiques et des moines.
Mais il cachait tout dan^ le silence et couvrait tout de la charité et de l'humilité.
« La discrétion m'empêche d'en parler, parce que je ne vois pas de fruit à en espérer. Il faut pleurer et prier en secret que Dieu mette la main où les hommes ne la sauraient mettre ; et nous devons nous humilier sous
nement par dessus le Pape.
Mais les Papes s'aigrissent lorsque V Eglise ne plie pas toute sous eux, quoique selon le vrai ordre de Dieu elle soit au-dessus d'eux loi'sque le Concile est universelle?nent et canoniquement assemblé. Je sais cela comme les docteurs qui en parlent, mais la discrétion m'empêche d'en parler, parce que je ne vois pas de fruit à en espérer. Il faut pleurer et prier en secret que Dieu mette la main où.
les hommes ne la sauraient mettre; et nous devons nous humilier devant les puissances ecclésiastiques auxquelles il nous a soumis, et lui demander cependant quil les humilie et qu'il les convertisse par la toute-puissance de son Esprit, et qu'il réforme les abus qui se sont glissés dans la conduite des ministres de l'Eglise, et lui envoie de saints Pasteurs animés du zèle de saint Charles, qui servent à la purifier par le feu de leur zèle et de leur science, et à la rendre sans taches et sans rides pour la discipline, comme elle l'est pour la foi et pour la doctrine. Il se consolait en me parlant comme je sais qu'il faisait aussi à M"® de Chantai aA^ec qui il m'avait unie aussi étroitement qu'on le peut être sans s'être jamais vues.
« La Mère Angélique ajouta : « M. le cardinal de Bérulle, ami intime de M. de
les puissances ecclésiastiques auxquelles il nous a soumis, et lui demander cependant qu'il les humilie et les convertisse par la toute-puissance de son esprit, et qu'il réforme les abus qui se sont gli?;sés dans la conduite des ministres de l'Eglise, et lui envoie de saints pasteurs animés du zèle de saint Charles, qui servent à la purifier par le feu de leur zèle et de leur science, et à la rendre sans taches et sans rides pour la discipline, comme elle l'est pour la foi et pour la doctrine. » Il se consolait en me parlant comme je sais qu'il faisait aussi à M™® de Chantai, avec qui il m'avait unie aussi étroitement qu'on le peut être sans s'être jamais vues. »
La Mère Angélique ajouta :
« M. le cardinal ae Bérulle, ami intime de M. de Genève, voyait et déplorait ces mêmes abus,' et en entretenait M. de Saint-Cyran, qui me disait qu'il voyait une éminence de lumière et de discernement merveilleux en ce saint homme, et qu'ils se confirmaient ensemble dans le silence que les vrais enfants de l'Eglise devaient garder dans la vue de ces maux intérieurs et de ces plaies intestines, que saint Bernard a dit, il y a déjà cinq cents ans, être incurables ; qu'il fallait couvrir au moins la nudité de sa mèi'e lorsqu'on voyait qu'on ne la pouvait guérir de ses maladies, et
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Genève, voyait et déplorait ces mêmes abus de la Cour de Rome, et en entretenait M.
de Saint-Gyran, qui me disait qu'il voyait une éminence de lumière et de discernement merveilleux en ce saint homme, et qu'ils se confirmaient ensemble dans le silence que les vrais enfants de l'Eglise devaient garder dans la vue de ces maux intérieurs et de ces plaies intestines, que saint Bernard a dit il y a déjà cinq cents ans être incurables, qu'il fallait couvrir au moins la nudité de sa mère, lorsqu'on voyait qu'on ne la pouvait guérir de ses maladies, et dire bien plus •aujourd'hui que saint Grégoire de Naziançe ne disait de son temps : Nous n'aidons rien à donner à V Eglise, que nos larmes.
« Elle me dit encore que feu M^"" l'Evêque de Belley lui dit au retour de son voyage d'Italie, qu'ayant entretenu Frédéric Bori'omée, cardinal archevêque de Milan, neveu de saint Charles, saint luimême et éminent en sagesse et en science, autant que saint Charles, ce cardinal lui avait dit confidemment ces mêmes mots : Le zèle et la douleur des désordres de Rome m'a porté jusqu'à en écrire un livre épais de trois doigts oii ils étaient presque tous représentés. Mais après avoir vu toutes les portes fermées à la réformation de ces abus, et que Dieu seul le pouvait faire par les voies
dire bien plus aujourd'hui que saint Grégoire de Naziançe ne disait de son temps : « Nous n'avons rien « à donner à l'Eglise que nos « larmes. »
« Elle me dit encore que feu Ms"" l'Evêque de Belley (M. Camus) lui dit au retour de son voyage d'Italie, qu'ayant entretenu Frédéric Borromée, cardinal archevêque de Milan, cousin germain de saint Charles, saint lui-même et éminent en sagesse et en science autant, que saint Charles, ce cardinal lui avait dit confidemment ces mêmes mots : « Le « zèle et la douleur des dé- « sordres qui régnent de nos « jours dans le clergé m'a « porté jusqu'à en écrire un « livre épais de trois doigts, « où ils étaient presque tous « représentés. Mais après « avoir vu toutes les portes « fermées à la réformation de « ces abus, et que Dieu seul « le pouvait faire par les « voies ordinaires de sa Pro- « vidence, je brûlai le livre, « voyant que ces vérités mo- « raies ne feraient que cau- « ser du scandale, et publier « les excès de ceux qui ne « veulent point changer de « mœurs, et qui sont devenus « plus politiques qu'ecclé- « siastiques. »
« Aussi, m'ajouta-t-elle, M.
de Saint-Cyran m'a dit autrefois que ceux qui aiment véritablement l'Eglise devaient se cacher dans les solitudes pour ne prendre point de
extraordinaires de sa Providence, Je brûlai le livre, voyant que ces vérités morales ne feraient que causer du scandale, et publier les excès de ceux qui ne veulent point changer de mœurs, et qui sont devenus plus politiq ues qu'ecclésiastiques.
« Aussi, m'ajouta-t-elle, M.
de Saint-Gyran m'a dit autrefois, que ceux qui aimaient véritablement l'Eglise, devaient se cacher dans les solitudes, pour ne prendre point de part aux passions de ceux qui déshonorent sa sainteté, et pi'ier pour elle dans le secret. C'est notre mère, me disait-il, // la faut aimer, il la faut plaindre, il la faut aider, il la faut pleurer, et non la scandaliser et la troubler par un excès de zèle qui nest pas assez humble, ni assez sage.
« Elle m'ajouta : M. de Saint-Gyran était tellement confirmé dans ce silence de gémissement, que lorsque le cardinal de Richelieu se piqua contre Rome, etc »
part aux passions de ceux qui déshonorent sa sainteté, et prier pour elle dans le secret, »
« Elle m'ajouta : « M. de Saint-Gyran était tellement confirmé dans ce silence de gémissement, que lorsque le cardinal de Richelieu se piqua contre Rome, etc »
LA MÈRE ANGÉLIQUEtET LA VISITATION
Sainte Jeanne de Chantal
L'original de ce portrait de 1636 est conservé au monastère de la Visitation
de Turin
(A peine saint François de Sales avait-il quitté Maiibuisson, après sa dernière visite à la Mère Angélique, que ilf"'^ d'Estrées, la précédente abbesse déposée canoniquement à cause de ses désordres, s'échappait des Filles Pénitentes où elle était retenue prisonnière, et s'emparait par violence de l'abbaye, avec l'aide du comte de Sarizé, son beau-frère et d'une troupe d'hommes d'armes. La Mère Angélique, chassée brutalement, avait réussi à emmener avec elle toute ses religieuses et s'était réfugiée à Pantoise '.j
Saint François de Sales se préparait à quitter Paris, quand il apprit le retour inopiné de M""* d'Estrées à Maubuisson. 11 écrivit aussitôt à la Mère Angélique, mais les événements avaient été si rapides que celle-ci avait déjà réintégré l'abbaye, ce que le saint ignorait encore.
12 septembre 1619.
« Je pars enfin demain matin, ma très chère fille, puisque telle est la volonté de celui auquel nous sommes, nous vivons
1. Ces événemeuts sont racontés dans le précédent chapitre de la Vie de la Mère Angélique.
et nous mourons. 0 qu'il soit loué, ce grand Dieu éternel, pour les miséricordes qu'il exerce envers nous. Votre consolation console mon cœur qui est si fort uni avec le vôtre que rien ne sera jamais reçu en l'un que l'autre n'y ait sa part ; ains le tout, puisqu'on vérité ils sont en communauté, ce me semble, parfaite ; et qu'il me soit loisible d'user du langage de la primitive Eglise, un cœur et une âme.
« Ceci était écrit quand j'ai reçu votre seconde lettre ; mais je poursuis à vous répondre à la première.
« J'espère que Dieu vous fortifiera de plus en plus : et à la pensée ou plutôt tentation de tristesse sur la crainte que votre fei-veur et attention présente ne durera pas, répondez une fois pour toutes, que ceux qui se confient en Dieu ne sont jamais confondus ; et que tant selon l'esprit que selon le corps et le temporel vous avez jeté votre soin sur le Seigneur, et il vous nourrira. Servons bien Dieu aujourd'hui, demain Dieu y pourvoira. Chaque jour doit porter son souci. N'ayez point de souci du lendemain, car Dieu qui règne aujourd'hui, régnera demain. Si sa bonté eût pensé, ou pour mieux dire connu que vous eussiez besoin d'une assistance plus présente que celle que je vous puisse rendre de si loin, il vous en eût donné, et vous en donnera toujours, quand il sera requis de suppléer au manquement de la mienne. Demeurez en paix, ma très chère fille. Dieu opère de loin et de près, et appelle les choses éloignées au service de ceux qui le servent, sans les approcher. Absent de corps, présent d'esprit, dit l'apôtre.
« J'espère que j'entendrai bien ce que vous me direz de votre oraison, en laquelle pourtant je ne désire pas que vous soyez curieuse de regarder votre procédé et façon de faire ; car il suffit que tout bonnement vous m'en fassiez savoir la mutation plus remarquable, selon que vous en avez souvenance après l'avoir faite.
« Je trouve bon que vous écriviez selon les occurrences, pour m'envoyer par après, selon que vous estimerez être convenable, sans craindre de m'ennuyer ; car vous ne m'cnnuyerez jamais.
« Prenez garde, ma très chère fille, à ces mots de sot et
de sotte, et souvenez-vous de la parole de Notre-Seigneur : Qui dira à son frère : Raca (qui est une parole qui ne veut rien dire, ains témoigne seulement quelqu'indignation) // sera coupable de conseil ; c'est à dire on délibérera comme il faudra le châtier. Apprivoiser petit à petit la vivacité de votre esprit à la patience, douceur et affabilité parmi les niaiseries, enfances et imperfections féminines des sœurs qui sont tendres sur elles-mêmes, et sujettes à tracasser autour des oreilles des mères. Ne vous glorifiez point en l'affection des pères qui sont en terre et de terre, mais en celle du Père céleste qui vous a aimée, et donné sa vie pour vous.
« Dormez bien : petit à petit vous reviendrez aux six keures puisque vous le désirez. Manger peu, travailler beaucoup, avoir beaucoup de tracas d'esprit, et refuser le dormir au corps, c'est vouloir tirer beaucoup de service d'un cheval qui est efflanqué, et sans le faire repaître.
« Pour la seconde lettre : Ne fallait-il pas que vous fussiez éprouvée en ce commencement de plus grandes prétentions? Or sus il n'y a rien en cela que des traits de la Providence de Dieu, qui a abandonné cette pauvre créature * afin de faire que ses péchés soient plus fortement châtiés, et que par ce moyen elle revienne à soi et à Dieu, duquel il y a si longtemps qu'elle s'est départie. J'eusse voulu que vous ne vous fussiez pas raillée et moquée de ces gens-là ; mais qu'avec une modeste simplicité vous les eussiez édifiés par la compassion dont ils sont dignes, selon que Notre-Seigneur vous a enseigné en sa Passion : néanmoins Dieu soit béni de quoi encore la chose est ainsi passée avec tant d'édification des autres prochains, selon que le bon M. du V. écrit 2.
« Ma très chère fille, je vous dis adieu, et conjure votre cœur de croire que jamais le mien ne se séparera de lui : il est impossible ; ce que Dieu unit est inséparable. Tenez votre courage haut élevé en cette éternelle Providence, qui vous a