V-rV
Avant le 12 septembre 1619.
« Ce n'est pas écrire que d'écrire si peu, ma très chère fille ; mais c'est pourtant faire en partie ce que l'on doit quand on fait ce que l'on peut. J'ai dit à M. Michel Favre, mon assistant continuel, que s'il se pouvait, il vous allât voir de ma part : car si je pouvais j'irais moi-même et m'en estimerais plus heureux, ayant toujours une très singulière complaisance et consolation à seulement penser que vous êtes ma très chère fille ; et imaginez-vous que M. ayant demeuré ici huit jours, ce n'a pas été sans faire mention de vous, mais non pas certes assez selon mon gré.
« Or je ne crains point ioutes ces misères dont vous m'écrivez que vous êtes accablée, tandis que, comme vous faites et ferez toujours, vous ne les aimerez pas et ne les nourrirez pas : car petit à petit votre esprit se fortifiera contre vos sens, la grâce contre la nature, vos résolutions sacrées contre vos indignations.
w Envoyez-moi bien de vos nouvelles, ma très chère fille, et ne vous mettez point en des pensées pour me faire des exhortations à ne point m'incommoder pour vous répondre ; car je vous assure que je ne m'incommode point, ains je m'accommode grandement quand le loisir me le permet.
« A la première occasion j'écrirai à la chère Sœur Catherine de Gênes (M"*^ Le Maître), qui m'est, je vous assure, toute chèrement chère ; la pauvre fille, hélas ! elle est du vrai monastère de la croix et volonté de Dieu. Ma très chère fille, Dieu m'a rendu vôtre, et je le serai invariablement à jamais et tout à fait sans réserve ; il est vrai, ma très chère fille, je le suis plus qu'il ne se peut dire*. »