‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 96 sur 103 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

2. << Ce sont toujours mêmes violences et mêmes bassesses, venues des mêmes pharisiens, à Jérusalem ou à Rome, au temps de Caiphe ou de Clément XI (A. Le Rov, La France el Rome, loc. cit., p. 451). »

3. Histoire de SainI Vincent de Paul, loc. cit., t. II, p. 211.

4. A nous qui assistons aux eflroyables tueries dont l'Europe est en ce moment le théâtre, à nos cœurs déchirés et impuissants devant l'infini des soulTrances déchaînées sur l'humanité presque entière par la cruauté et l'orgueil des deux « maudits », Guillaume

SAl.M'i: JKAXiNK HE CIIANTAL

Voilà ane iléfinilioii de riufailiibilité ex-calhedra qui eût bien éloiiné un Augustin ou uu Ambroise. Avouons (ju'elle est commode, mais n'abaisse-t-elle pas TEspiit-

et François-Joseph, à nous qui avons allendu en vain, du vicaire du Christ, un mot de condaiiinalion flétrissant les auteurs de tant de crimes, cette platitude d un évèque vis à vis du pouvoir absolu parait inexcusable. Il est consolant d'opposer à celle attitude servile, iénergique, la belle figure du cardinal Amette, ainsi que son langage élevé et indépendant vis à vis de Rome. Les pages suivantes données par le Mercure de France (1" août 1915), sous la signature de Henri Mazei, dans la Revue du Mois, sont trop significatives pour n'être pas citées ici tout entières.

« J'ai commencé par les protestants, il sied que je termine par les catholiques. Justement M. Imbarl de la Tour réédite en une plaquette, L Opinion catholique cl la guerre, les articles qu'il a donnés au Journal des Débals, et dans lesquels il a cherché à s'expliquer cette constatation, à première vue incroyable, que les catholiques dans les pays neutres sont d'autant plus favorables à l'Allemagne qu'ils se proclament eux-mêmes plus catholiques, plus intégraux, comme dit le nouveau jargon. Ici on peut appuyer sur ce que l'auteur, gêné par sa situation officielle, ne peut qu'indiquer : c'est le principe d'autorité, de mauvaise autorité, qui est la la base de cette monstrueuse alliance. Comme M. Imbart de la Tour le dit très bien, et comme moi-même j'avais eu l'occasion de le rappeler à propos du livre sur le germanisme de M. René Lote, (Mercure, avril, p. 762), il n'y a rien de commun entre le christianisme basé sur la liberté et le césarisme fondé sui" la contrainte, entre l'évangile des béatitudes et la loi de la force, mais le malheur veut que, depuis longtemps, l'Église catholique infidèle à ses origines, se soit orientée du côté de la force, de la contrainte, de la mauvaise autorité, et que, par moments, certains de ses meneurs politiciens n'aient pas eu grand'chose à envier aux soutiens de l'autre « régime abject » stigmatisé jadis par M. Millerand.

Le Saint-Père, en particulier, a par trop oublié le « Rendez à César ce qui est à César » et le « Mon royaume n'est pas de ce uionde ••. Et comme, tout au contraire, il s'est proclamé lui-même César et roi en ce monde, il a eu trop souvent tendance à tout subordonner à l'extension ou à la résurrection de son pouvoir temporel. La conduite du pape actuel s'explique simplement par ce fait que le Kaiser d'Autriche est le seul souverain qui puisse rétablir les états pontificaux : ajoutez à ceci que. de tous les gouvernements, le nôtre est celui qui a le plus vivement et d'ailleurs le plus sottement porté atteinte aux droits de souverain du Pape,

Saint jusqu'à n'être plus qu'un attribut de la fonction papale?

Remarquons, sans malice, que la phrase précédem-

el que la Curie romaine a la mémoire longue. Ce sont là considérations qui pèsent dans la balance vaticane.

« Ces réflexions-là, tout le monde les a faites en France, raèinedans les milieux religieux, même dans le clergé. Il ne faut pas croire que les prêtres, pour rompus qu'ils soient à une discipline parfois presque serviie, ne gardent pas leur droit d'examen sur tout ce qui ne touche pas au dogme. Leur silence même est parfois éloquent. Le fait que les cardinaux français, s'adressant au cardinal Mercier pour glorifier son héroïsme n'ont pas fait la moindre mention du Pape dans leur lettre ciollective, ce fait seul n'en dit-il pas long? On a réuni sous Iç litre Pendant la guerre, les prmcipales allocutions du cardinal Amelte; pour ceux qui lisent entre les lignes, que de choses on y peut voir ! Quand il publie le Décret pontifical prescrivant des prières pour la paix, le cardinal spécifie à trè.s haute voix : « La paix que le Sainl-Père nous invite à implorer de Dieu, c'est la paix... qui suppose le triomphe et le règne du droit. » Hélas I le Saint-Père n'en avait pas tant dit, et le cardinal, en l'empêchant de le contredire, lui donne une leçon implicite bien criaelle. Mais lors de la mort de Pie X, le cardinal n'était-il pas allé plus loin encore : << Sans doute, il nous semble bien qu'en expirant le vénéré défunt pourrait redire avec confiance le mot de saint Paul : J'ai combattu le bon combat. Toutefois nous ne pouvons oublier que les jugements de Dieu sont redoutables pour ceux qui ont porté des responsabilités si lourdes... »

« Ceux qui ont l'habitude du style ecclésiastique ne peuvent pas lire de pareilles lignes sans frissonner de surprise et d'admiration : « Il nous semble bien... Toutefois... « De pareils mots venant d'un prince de l'Église et s'adressant à un chef de l'Église, je ne sais si on en trouverait beaucoup dans toute l'histoire de l'Église !

« Que Pie X soit mort de désespoir et de regrets, c'est possible, et que Benoît XV ne mérite même pas un jour une telle fin, c'est à craindre, si on en juge par son inconcevable interview de la Liberté du 21 juin. Mais ce qu'on peut toujours dire, c'e^t que l'Église n'est pas liée même à ses chefs, et que, giàce à Dieu, nombreux encore sont les cardinaux, les évèques, les prêtres et les fidèles dont l'Eglise peut se glorifier. Hélas ! ces chrétiens-là ce n'est i>as en Allemagne qu'il faut les chercher aujourd'hui, et pourtant, autrefois, il y a eu des âmes vaillantes qui se faisaient honneur de ne pas plier devant les rois et les kaisers I Le comte Bégouen, dans son petit livre Les Catholiques allemands jadirset aujourd'hui, après avoir stigmatisé ce triste vice-prési-

2tl(l SAINIK JKANNE DR CHANTAL

ment citée a été écrite, par M?"" Bougaud, non au sujet de Benoît XIV, mais bien d'Alexandre VU. Il est assez piquant de se demander si l'homme qu'il nous dépeint comme « ardent, opiniâtre et subtil », s'il était vraiment tel que peuvent le faire soupçonner ces épilhètes peu flatteuses, eût été bien en état de sentir passer « le souffle divin que procurent l'union avec Dieu » ou « la dignité papale ». Celte appréciation peu sympathique, donnée par un auteur ullramontain, sur un aussi grand pape que devait l'être Benoît XIV, l'ami des philosophes, est un échantillon assez typique de ce que peut l'esprit de parti. L'infaillibilité est une arme de domination, mais une arme à deux tranchants, applicable à tous les besoins. L'historien attentif arrive à cette constatation que, le pape infaillible, dans l'opinion d'un parti, est le pape qui prononce suivant l'opinion de ce parti. Devant cette manifestation rétrograde de la pensée qui s'appelle l'infaillibilité, on se prend à regretter que sa définition n'ait pas eu lieu du vivant de Pascal. Quels arguments eût fourni à l'auteur des Pensées sa puissante logique, et quelle magnifique Provinciale nous compterions de plus î

Donc, le même Lambertini, précédemment « ardent, opiniâtre, subtil », devenu infaillible en devenant Benoît XIV, « par le seul fait de sa nouvelle dignité », avait,

dent du Reichstag, Erzberger, qui, le 26 août 1913, donnait sa parole dhonneur au Journal de Bruxelles que lAllemagne ne songeait'pas à envahir la Belgique, ou ces non moins tristes archevêques de Cologne et de Munich qui approuvent les pires violences des bourreaux de la Belgique, leur oppose de nobles figures comme celles de Ketteler, de Marlin de Paderborn, de Droste-Vischai'ing Vraiment rien ne prouve mieux le caractère délétère et déshonorant du gernianisine que labaiçseiuent qu'il a infligé aux âmes <les croyants, et de voir comment il a changé des Droste- Vischaring en des Erzberger !

Henri Mazel.

nous l'avons dit, çardë son opinion. II fit reprendre le procès de M™« de Chantai, et rendit un décret où il dit que « les objections proposées ne semblaient aucun « obstacle à ce qu'on procédât à Texamen des vertus de « la vénérable servante de Dieu, et que, sans s'arrêter à a ces difficultés, on s'en tînt seulement à examiner s'il « y aurait autre chose qui pût ternir l'éclat de ses « vertus* ».

Enfin le 13 novembre 1751, il donna le décret de béatification, après quoi les procédures de canonisation n'eurent plus qu'à suivre le cours ordinaire. Cependant il ne put achever complètement son œuvre. La bulle de canonisation devait être donnée seulement par son successeur. Clément XIII, en 1767. Ainsi saint François de Sales, mort en 1622, avait été canonisé dès 1660, Vincent de Paul, mort en 1660, avait été béatifié en 1729 et canonisé en 1737, et M™** de Chantai, morte en 1641, n'arrivait à la canonisation qu'en 1767. Au lieu qu'il s'était écoulé huit ans entre la béatification et la canonisation de Vincent de Paul, il s'écoulait seize années entre la béatification et la canonisation de M^^^ de Chantai, c'est-à-dire le double. Encore avait il fallu, pour que le procès fût repris, que la chaire de saint Pierre fut occupée par un homme de valeur tel que l'était Benoît XIV.

Le côté déroutant et un peu comique de ceci est que le parti qui a tout fait pour entraver la canonisation de M""® de Chantai, par haine cle Port-Rojal, est le même qui, à présent la réclame comme sa sainte, et refuit son histoire d'une manière assez fantaisiste, pour la faire cadrer avec des passions auxquelles il n'a pas su renoncer.

Pendant que les événements dont nous venons de

1. Mef BouGAUD, Histoire de sainte Chanial, loc. cit., t. II, p. 557.

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parler se passaient à Rome, on se disputait ferme dans le haut clergé français entre gallicans et ultramontains. Les premiers représentaient la portion savante, éclairée, noblement indépendante et vraiment française du clergé continuateur de Bossuet, pendant que les seconds guidés bien souvent par l'ambition, prenaient fait et cause pour les jésuites, — ce qui était l'arrivisme du jour*, — et abandonnaient les traditions séculaires de l'Église de France. Parmi ces derniers, quelques-uns se signalèrent par une particulière violence. Belzunce, évêque de Marseille, fut de ce nombre. Sainte-Beuve remarquait que, « à l'exemple des doux de ce temps-là, Belzunce était « assez aigre-doux contre la mémoire de Port-Royal et « de Saint-Gyran ». Et il ajoutait : « On peut être su- « blime de charité dans une peste et se piquer contre le « prochain dans une simple dispute théologique ^. » Cette attitude de Belzunce lui valut de vertes ripostes de celui qu'on devait appeler « le grand Golbert », Joachim Colbert, évêque de Montpellier.

Ceci n'est pas étranger à notre sujet. Nous allons trouver dans l'une des réponses de Golbert à Belzunce, une nouvelle preuve que les rapports de M™® de Chantai avec l'abbé de Saint-Gyran n'étaient encore niés par personne en plein xviii^ siècle. Pendant la période qui s'écoula entre la béatification et la canonisation de Vincent de Paul, Golbert écrivait à Belzunce :

« Pour rendre odieuse la mémoire de M. de Saint-Cyran, vous avez, Monseigneur, la charité de lui mettre dans la bouche ce qu'il n'a jamais dit, et de lui faire tenir un langage

1. « Louis XIV était mort. Pour complaire aux jésuites, il avait oublié Bossuet, renié les maximes gallicanes, humilié la France devant Rome, Port-Royal était détruit. (A. Le Roy, La France et Rome, loc. cit., p. 701.) »

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