‹ Les amitiés françaisesChapitre 17 sur 19 · DISCOURS MAURICE BARRES · texte numérisé non relu

DISCOURS MAURICE BARRES

Vous du moins, mes chères enfants, l'amitié des Français vous dédommage. Des bienfaiteurs vous ont ouvert cet asile, ils assurent votre avenir ; ils se sont chargés de reconnaître notre dette. Nous nous joignons à vous pour les remercier. Leur sollicitude et l'innocence de cette maison conspirent dans cet après-midi à pénétrer nos cœurs de sentiments pacifiés. Mais il ne suffit pas que nous goûtions cet attendrissement et que notre amitié s'exprime dans la douceur de cette fête agreste. L'orateur d'une distribution de prix vous doit quelques conseils.

Vous êtes des petites filles joyeuses, courageuses, fidèles aux vertus de l'Alsace et qui s'aiment bien entre elles. Je vous demanderai que vous tourniez parfois votre amitié vers les petits garçons qui sont demeurés dans le pays de vos parents.

J'ai plusieurs fois regardé dans les villages messins des écoliers qui s en allaient abîmer leur esprit clair sous les mots allemands du maître étranger. En dépit de cet embarras, ils travaillent plus et comprennent mieux que les enfants des envahisseurs. Cela s'explique : ils sont civilisés depuis des siècles. Devenus grands, à la caserne il n'y a pas de plus beaux soldats. Ils gardent sous l'uniforme ennemi les vertus militaires françaises.

l8^| LES AMITIÉS FRANÇAISES

L'empereur allemand aime les avoir dans sa garde à Berlin. Leur tâche est dure, mais noble : c'est de maintenir et de faire estimer la France sur le Rhin. Souvenez-vous qu'ils sont vos frères, et qu'ils vous ressemblent par l'âme et par la figure.

Mes chères enfants, il n'appartient p*as à des filles de hâter les événements, de reconstituer la France ; mais il dépend un peu de vous que l'on dise : « Ces gens de l'Est sont raisonnables, disciplinés et forts. Leur présence était salubre, ils méritent que la France s'impose les plus grands sacrifices ».

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Noie de la page 22.

Se reporter à une noie de la page i5, dans Scènes et doctrines du nationalisme : « On a gâté le mot solidarité en y mettant ce qui dans le vocabulaire chrétien est charité. Tonte relation entre ouvrier et patron est une solidarité. Cette solidarité n'implique nécessairement aucune ce humanité », aucune « justice », et, par exemple, au gros entrepreneur qui a transporté mille ouvriers sur les chantiers de Panama, elle ne commande pas qu'il soigne le terrassier devenu fiévreux; bien au contraire, si celui-ci désencombre rapidement par sa mort les hôpitaux de l'isthme, c'est bénéfice pour celui-là. Mais il fallait construire une morale et voilà pourquoi on a faussé, en l'édulcorant, le sens du mot solidarité. Quand nous voudrons marquer ces sentiments de sympathie par quoi des êtres, dans le temps aussi bien que dans l'espace, se reconnaissent, tendent à s'associer et à se combiner, je propose qu'on parle plutôt d'affinités. Le fait d'être de même race, de même famille, forme un déterminisme psychologique; c'est en ce sens que je prends le mot d'affinités. »

Note de la page io6\

Deux lettres les plus courtoises et les plus charmantes m'ont donné à réfléchir, et je dois les

mettre à côté de mon texte afin qu'elles élargissent l'horizon.

Lyon, le 22 mai rgo/i.

Monsieur,

Vous m'avez fait de la peine, et je suis bien sûr que vous en serez désolé. Oh! rassurez-vous, il ne s'agit pas de chose bien grave. Vous avez dit que mon couvent des Carmélites de Domrémy était bien laid. Et moi qui l'admire, ce pauvre monastère! Je l'ai construit avec amour, et je l'admire parce qu'il est simple, très humble; je l'admire parce qu'il répond bien, je crois, au charmant programme tracé par sainte Thérèse : « Construisez, dit-elle à ses filles, construisez si petitement que votre monastère en tombant ne fasse pas de bruit. » Je n'ai mis qu'un petit étage sur le rez-de-chaussée, un pauvre campanile en charpente recouverte de tuiles renferme la petite cloche qui sonne les offices. La chapelle encore inachevée ne se distingue que par un porche de bois si humble qu'avec la main il est possible de toucher ia poutre maîtresse. Et voilà tout. Mais il y a quelques silhouettes dans les toitures, quelque mouvement dans les divers corps de logis, une certaine harmonie entre les dispositions des bâtiments et la pente du terrain qui glisse doucement vers la Meuse. 11 me semble que cette Meuse si tranquille n'est point troublée par les lignes calmes aussi de cette modeste architecture. Qu'avez -vous donc trouvé de si laid dans ce petit monastère ? Les murs sont trop blancs, je le sais; les tuiles sont trop rouges, c'est vrai. Ayez quelque patience, monsieur, le temps saura bien atténuer cette fraîcheur du neuf qui vous a choqué sans doute.

Laissez-moi croire que telle est la cause de votre jugement si dur pour l'auteur du petit monastère. Et puis songez aux prières qu'abritent ces toits trop rouges. Jour et nuit, les bonnes Carmélites prient pour notre pauvre France, à quelques pas de l'arbre des Fées, à la lisière du Bois-Chenu.

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