Les amoureux de Madame Sévigné
J'aurais pu intituler ce livre Caractères et mœurs du xvne siècle; j'ai mieux aimé lui donner pour titre général le titre d'un des principaux fragments qui le composent, et le mettre ainsi sous la protection d'un nom immortel et charmant.
Toutes ces études historiques sont nées, pour ainsi dire, l'une de l'autre. Madame de Sévigné m'a montré du doigt autour d'elle toutes les femmes vertueuses de son siècle. Chez la plus hargneuse de ces héroïnes de la vertu féminine, chez la mère du Régent, j'ai trouvé tous les princes allemands qu'elle introduisait bon gré mal gré à la cour de Versailles. C'est aux mercredis de Ménage, un des amoureux de madame de Sévigné, que j'ai rencontré le docteur Guy Patin tout prêt à partir pour Cormeille avec sa
ÎI PRÉFACE.
femme, ou pour Gentilly avec Gassendi et Naudé, les chers compagnons de ses petites débauches philosophiques. Marigny enfin, et Maucroix, madame de Sévigné les a vus, le premier à côté de Bussy, le second à côté de La Fontaine et du ministre Fouquet.
Tel qu'il est, ce volume n'offrira point l'ordonnance sévère et uniforme d'un château classique : je le donne comme une suite de pavillons, librement semés dans un parc royal et reliés entre eux tantôt par de petites allées mystérieuses, tantôt par de larges avenues, droites et hautes, tout ouvertes aux vents et au soleil.
Après avoir publié un livre de nouvelles, les Païens innocents, et un livre de critique contemporaine, les Lettres satiriques et critiques, je hasarde aujourd'hui un livre d'histoire littéraire et morale sur le xvnc siècle. J'entends d'ici les photographes du théâtre, du journal et du roman ; j'entends nos modistes démodés, et ces éternels frivolistes dont parle Mercier, je les entends tous s'écrier en chœur avec des bâillements de fatuité ironique : « Encore du xvnc siècle ! toujours du xvne siècle ! » Raillez à votre aise, messieurs ; ce n'est pas pour vous que j'écris.
Mon livre s'adresse au public studieux et curieux,