AVIS POUR LES VEUVE
Saint Paul instruit tous les prélats en la personne de son Timothée, disant: Honorez les veuves qui so?it vraiment veuves. Or, pour être vraiment veuve, ces choses sont requises :
« 1. Que non-seulement la veuve soit veuve de corps, mais aussi de cœur, c'est-à-dire quelle soit résolue d'une résolution inviolable de se conserver en l'état d'une chaste viduité. Car les veuves, qui ne le sont qu'en attendant l'occasion de se remarier ne sont séparées des hommes que selon la volupté du corps, mais elles sont déjà conjointes avec eux selon la volonté du cœur. Que si la vraie veuve, pour se conserver en l'état de viduité, veut offrir à Dieu en vœu, son corps et sa chasteté, elle ajoutera un grand ornement à sa viduité, et mettra en grande assurance sa résohition ; car voyant qu'après le vœu il n'est plus en son pouvoir de quitter sa chasteté, sans quitter le
:UJ4 APPENDICE.
paradis, elle sera si jalouse de son dessein qu'elle ne permettra pas seulement aux plus simples pensées de mariage d'arrêter en son cœur un seul moment, si que ce vœu sacré mettra une forte barrière entre son àme et toute sorte de projets contraires à sa résolution. Certes, saint Augustin conseille extrêmement ce vœu à la veuve chrétienne ; et l'ancien et docte Origène passe bien plus avant, car il conseille aux femmes mariées de se vouer et destiner à la chasteté viduale, en cas que leurs maris viennent à trépasser devant elles, afin qu'entre les plaisirs sensuels qu'elles pourront avoir en leur mariage, elles puissent néanmoins jouir du mérite d'une chaste viduité par le moyen de cette promesse anticipée. Le vœu rend les œuvres faites ensuite d'icelui plus agréables à Dieu, fortifie le courage pour les faire et ne donne pas seulement à Dieu les œuvres, qui sont comme les fruits de notre bonne volonté, mais lui dédie encore la volonté même, qui est comme l'arbre de nos actions : par la simple chasteté nous prêtons notre corps à Dieu, retenant pourtant la liberté de le soumettre d'autres fois aux plaisirs sensuels; mais par le vœu de chasteté nous lui en faisons un don absolu et irrévocable sans nous réserver aucun pouvoir de nous en dédire, nous rendant ainsi heureusement exclue d'icelui, In servitude duquel est meilleure que toute Royauté. Or, comme
APPENDICE. 39o
j'approuve infiniment les avis de ces deux grands personnages, aussi désir erais-je que les âmes qui seront si heureuses que de les vouloir employer, le fassent prudemment, saintement et solidement, ayant bien examiné leurs courages, invoqué l'inspiration céleste, et pris le conseil de quelque sage et dévot directeur, car ainsi tout se fera* plus fructueusement.
« 2. Outre cela, il faut que ce renoncement de secondes noces se fasse purement et simplement, pour avec plus de pureté contourner toutes ses affections en Dieu, et joindre de toutes parts son cœur avec celui de sa divine Majesté; car si le désir de laisser les enfants riches ou quelque autre sorte de prétention mondaine arrête la veuve en viduité, elle en aura peut-être la louange, mais non pas certes devant Dieu, puisque devant Dieu rien ne peut avoir une véritable louange que ce qui est fait pour Dieu.
« Il faut de plus que la veuve, pour être vraiment veuve, soit séparée et volontairement destituée des contentements profanes. La veuve qui vit en délices, dit saint Paul, est morte ei t . Vouloir être veuve
et se plaire néanmoins d'être muguetée, caressée, cajolée; se vouloir trouver aux bals, aux danses et aux festins, vouloir être parfumée, attifée et mignarde, c'est être une veine vivante quant au corps, mais morte quant à l'Ame. Qn , j<; VOUS prie, que
renseigne du logis d'Adonis et de l'amour profane soit fait d'aigrettes blanches perchées en guise de panaches, ou d'un crêpe étendu en guise de rets tout autour du visage ? Ainsi souvent le noir est mis avec avantage de vanité sur le blanc, pour en rehausser la couleur : la veuve ayant fait essai de la façon avec laquelle les femmes peuvent plaire aux hommes, jette de plus dangereuses amorces dans leurs esprits. La veuve donc qui vit en ces folles délices, vivante, est morte, et n'est à proprement parler qu'une idole de viduité.
« Le temps de retrancher est venu, la voix de la tourterelle a été ouïe en notre terke, dit le cantique : le retranchement des superfluités mondaines est requis à quiconque veut vivre pieusement ; mais il est surtout nécessaire à la vraie veuve qui, comme une chaste tourterelle, vient tout fraîchement de pleurer, gémir et lamenter la perte de son mari. Quand Noemi revint de Moab en Bethléem, les femmes de la ville qui l'avaient connue au commencement de son mariage : « N'est-ce point ici Noëmi ? » Mais elle répondit : «Ne m'appelez point, je vous prie, Noëmi (car Noemi veut dire gracieuse et belle). Ainsi appelez-moi Mara; car le Seigneur a rempli mon âme d'amertume. « Ce qu'elle disait, d'autant que son mari lui était mort : ainsi la veuve dévote ne vont jamais être
APPENDK !.. ;jî)7
appelée et estimée ni belle, ni gracieuse, se contentant d'être ce que Dieu veut qu'elle soit, c'est-à-dire humble et abjecte à ses yeux.
« La veuve, laquelle a des enfants qui ont besoin de son adresse et conduite, et principalement en ce qui concerne leur âme et l'établissement de leur vie, ne peut ni doit en façon quelconque les abandonner, car l'apôtre saint Paul dit clairement qu'elles sont obligées à ce soin-là pour rendre la pareille à leurs pères et mères; et d'autant encore que si quelqu'un n'a soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il est pire qu'un infidèle ; mais si les enfants sont en état de n'avoir pas besoin d'être conduits, la veuve alors doit ramasser toutes ses affections et cogitations pour les appliquer plus purement à son avancement en l'amour de Dieu L'exercice des vertus
propres à la sainte veuve sont la parfaite modestie, le renoncement aux honneurs, aux rangs, aux assemblées, aux titres, et telles sortes de vanité, le service des pauvres et des malades, la consolation des affligés, l'introduction des filles à la vie dévote, et de se rendre un parfait exemplaire de toutes vertus aux jeunes femmes : la nécessité et la simplicité sont les deuxornements de leurs habits : l'humilité et la charité, les deux ornements de leurs actions : l'honnêteté et la débonnaireté, les deux ornements de leur lan
-âge
là modestie et la pudicité, l'ornement de leurs yeux, et Jésus-Christ crucifié, Tunique amour de leur cœur. « Bref, la vraie veuve est en l'église une petite violette de mars, qui répand une suavité nonpareille par l'odeur de sa dévotion, et se tient presque toujours cachée sous les larges feuilles de son abjection, et par couleur moins éclatante, témoigne la mortification; elle vient ès-lieux frais et non cultivés ne voulant être pressée de la conversation des mondains pour mieux conserver la fraîcheur de son cœur contre toutes les chaleurs que le désir des biens, des honneurs, ou même des amours lui pourrait apporter. Elle sera bien heureuse, dit le saint apôtre, si elle persévère en cette sorte. J'aurais beaucoup d'autres choses à dire sur ce sujet, mais j'aurai tout dit quand j'aurai dit que la veuve jalouse de l'honneur de sa condition lise attentivement les belles épitres que le grand saittt Jérôme écrit à Furia et à Salvia et à toutes ces autres dames qui furent si heureuses que d'être filles spirituelles dnn si grand père ; car il ne se peut rien ajouter à ce qu'il leur dit, sinon cet avertissement, que la vraie veuve ne doit jamais ni blâmer, ni censurer celles qui passent aux secondes, ou même troisièmes et quatrièmes noces; car en certains cas, Dieu en dispose ainsi pour sa plus grande gloire. Et faut toujours avoir devant les yeux cette doctrine des anciens, que
ni la viduité, ni la virginité, n'ont point de rang au
Ciel, que celui qui leur est assigné pour l'hûmilifc
traduction à la vie dévot
Docile aux enseignements de saint François de Sales, tant que ses enfants eurent besoin de son adresse et conduite en ce qui concernait leur âme et l; établissement de leur vie, la comtesse de Dalet veilla sur eux avec une sollicitude maternelle. La noble et sainte veuve n'appliqua toutes ses affections et cogitations à son avancement en V amour de Dieu qu'après avoir marié sa fille Catherine à Claude de Gilbertés, et son fils Gilbert Allyre à Barbe de Coligny. De ce dernier mariage naquit ce comte de Dalet, marquis de Coligny, qui par son union avec Louise de Rabutin, fille de Bussy, devint le cousin de madame' de Sévigné. Il est parfois question de ce Dalet dans la correspondance de l'illustre cousine, et c'est bien à lui que s'applique ce passage du Discours à ses enfants, de Bussy-Rabutin :
ce Au mois de janvier 1790, nous eûmes tous sujet de nous réjouir, mes entants, de la 'bonne fortune de votre sœur de Coligny, qui accueillit en ce temps-là pour son fils la succession du comte de Dalet, son beau-père, qui laissait de grands biens à son petitfils de Coligny, votre neveu, et ce fut alors que sa
mère et lui furent obligés de prendre le nom de Dalet au lieu de celui de Coligny, parce que les aînés de la maison de Langeac ont toujours porté le nom de Dalet, depuis trois cents ans que cette terre est dans leur maison.»
GUY PATIN, p. 275.
La Correspondance littéraire publiée par M. Ludovic Lalanne contient, dans sa livraison du 10 septembre 1861, la notice suivante :
« Guy Patin mourut le 30 août 1672, et quelques années après, on publiait ses lettres aux deux Belin père et fils, médecins à Troyes, et à André Falconet, médecin à Lyon. En 1691 et en 1693, il en parut une édition en trois volumes. Puis vinrent (1718) de Nouvelles lettres tirées du cabinet de M, Spon, deux volumes in-12, et un Nouveau recueil de lettres choisies (1725). L'insuffisance de ces diverses éditions se faisait sentir depuis bien longtemps quand, en 1836, M. Réveillé-Parise en donna une chez Baillière, formée de trois gros volumes in-8°, et publiée en partie d'après deux volumes de lettres autographes conservés
à la Bibliothèque impériale. Cette édition, précieuse par l'excellente table qui y est jointe, laisse fort à désirer pour les notes, mais c'est la plus complète de toutes; pourtant l'éditeur n'a point connu un autre recueil conservé à la même bibliothèque parmi les papiers de Baluze, où il porte le n° 148. Les lettres qu'il renferme sont adressées à Spon, et comblent une lacune fort importante, car dans l'édition de M. Réveillé-Parise, on ne trouve que trois lettres du 24 janvier 1 60 1 au 16 septembre 16o3. »
Il est à souhaiter que M. Ludovic Lalanne publie lui-même les lettres inédites qu'il a retrouvées dans les papiers de Baluze. Elles pourront servir à éclairer quelques points d'histoire générale, tout en confirmant l'idée qu'on se fait de Guy Patin, d'après Bayle et Yigneul-Marville, et surtout d'après les volumes déjà publiés de sa correspondance.
Nous transcrivons ici, pour mémoire, quelques ligne*, curieuses de Yigneul-Marville, que nous n'avons pas eu l'occasion de citer dans notre étude sur le savant et malin docteur :
« Guy Patin était satirique depuis la tête jusqu'aux pieds. Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses bottines, tout cela faillit nargue à la mode et le procès ;'i l;i vanité. Il *v;.tt dans le visage l'air de Cicéron, et dans l'es-
kPPENW t ■ 103
prit le caractère de Rabelais. Il était hardi, téméraire, inconsidéré, mais simple et naïf dans ses exprès-
sions. »
MARIGNY, p. 317.
Nous donnons ci-après, comme pièces curieuses du temps de la Fronde :
1° Le spirituel pamphlet que nous avons mentionné à la page 320 de ce livre, et qui est certainement la plus piquante de toutes les mazarinades publiées par M. C. Moreau;
2° Les triolets sur le duc de Beaufort, l'abbé de Gondi et le duc d'Elbeuf ;
3° Une ballade adressée à Marigny par Bussy- Babutin et un de ses amis ;
4° Deux lettres échangées entre Bussy et Marigny, tandis que celui-ci appartenait à Condé, et celui-là à Mazarin.
TARIF DU PRIX DONT ON EST CONYENU DANS UNE ASSEMBLÉE DE NOTABLES TENUE EN PRESENCE DE MESSIEURS LES PRINCES POUR RÉCOMPENSER CEUX QUI DÉLIVRERONT LA FRANCE HU MAZAR1N , QUI A ÉTÉ INJUSTEMENT CONDAMNÉ PAR ARRET HU PARLEMENT.
•20 juillet 1052.
A celui qui r après l'avoir lue, lui coupera la tète et la portera par les nies de Paris, eu signe de paix, la somme de cent mille écus, et permission à lui seul; ou à ceux qui l'auront de lui, de l'aller porter par toutes les villes, bourgs et villages du royaume pour en tirer les profits que l'on a coutume d'accorder à ceux qui portent la tète du loup.
A celui qui, après l'avoir heureusement guetté, lorsqu'il paraîtra à la fenêtre, lui fera sauter, par quelque bon coup de fusil, ce peu qu'il a de cervelle, dix mille ëcus.
Au soldat qui, le voyant à la tète de son bataillon, au lieu de le saluer, lui tirera un coup de mousquet, cinq mille écus ; et sera anobli lui et sa postérité ; et au cas que le soldat fût découvert, ce qui pourtant n'est pas facile lorsque tout un régiment fait une salve, l'officier qui le fera sauver aura dix mille écus.
Que si tout le corps s'intéresse à la conseruition de celui qui aura exécuté un coup si important à l'Etat, il sera reconnu par MM. les Princes pour vieux corps, et entretenu, soit en temps de paix, soit en temps de guerre, par la ville de Paris; et le fonds sera pris préférablement à toutes autres assignations sur celui des entrées.
A celui qui, dans l'approche des années ou à quelque siège
'lIlD APPENDICE.
de ville, lui tirera un coup do pistolet et se sauvera dans les troupes de MM. les Princes ou dans la place assiégée, la somme de quatre mille écus, si c'est un simple cavalier, et de dix mille écus si c'est un officier : et lui seront expédiées lettres de comte ou de marquis, à son choix, dont MM. les Princes solliciteront la vérification dans le Parlement, dans la Chambre des Comptes et dans la Cour des Aides, sans qu'on lui fasse valoir les brevets de maréchal de camp ou de lieutenant général dont il sera gratifié.
A celui qui, ayant loué quelque maison commode près de celle du Mazarin, lui tirera par la fenêtre de son logis un coup de fusil chargé de balles ramées et empoisonnées et se sauvera ensuite sur un bon cheval qu'il aura soin de tenir prêt, la somme de six mille écus.
A celui qui l'arquebusera lorsqu'il sera dans l'église, chose qui ne doit donner aucun remords de conscience, attendu la déclaration de la Sorbonne, six mille écus.
A celui qui se servira d'une arquebuse à vent pour le tuer commodément sans que l'on en puisse entendre le bruit, dix mille écus.
' A celui qui chargera ses pistolets de poudre blanche afin qu'il puisse exécuter facilement l'entreprise sans être découvert, la somme de dix mille écus.
A celui qui, se glissant adroitement à sa suite, lorsqu'il se fera porter en chaise, lui tirera un coup de mousqueton pardessus l'épaule du porteur, et se jettera pour se sauver dans la maison la plus proche dans laquelle on lui donnera retraite r :l)le pour avoir servi l'Etat, "vingt mille écus.
Au canonnier qui, le Ibyant dans une batterie, mettra le feu dans une barrique de poudre pour le faire sauter, cinquante mille écus.
\i-ri.Ni.;' ï-07
Aux fantassins ou cheyau-Jégers qui, liisaut semblant d'avoir tiré par mégarde, le tueront, vingt mille écus.
Aux gendarmes et chej»u-légers de la garde ou autres qui, lorsque le roi sera à la chasse, accompagné du Mazarin, donneront à ce Sicilien le coup mortel dans quelque fort ou fauxfuyant, cinquante mille écus.
A celui qui jettera une grenade dans sa chambre, dans son carrosse ou dans sa chaise et le tuera, trois mille écus.
A celui qui. ayant une maison près de la sienne, ou en louera une pour faire une mine sous la cave de son logis et le fera sauter, soixante mille écus.
A celui qui mettra une bombe dans une chambre au-dessous de la sienne et la fera heureusement jouer, pareille somme.
A celui qui, dans une chambre au-dessus de la sienne, mettra une bombe chargée de poudre d'or fulminant pour faire ruiner le plancher et l'accablera sous les ruines, pareille somme de soixante mille écus.
A celui qui lui fera présent de quelques petites boites, ballots ou coffres remplis d'artifices qui ne prendront feu que quand il les ouvrira, en cas que le coup réussisse, la somme de cinquante mille écus.
A celui qui, se coulant dans la presse, s'approchera de lui, portant sous son manteau une arbalète à la Génoise, et lui tirera une aiguille pointue dans le corps, la somme de trente mille écus.
A celui qui le tirera d'un coup de flèche, se servant d'une arbalète ordinaire, deux mille écus.
A celui qui. sous prétexte de lui donner quelque avis secret, mettra dans sou chapeau un bon pistolet et le tuera, cinquante mille écus.
A celui des gardes du corps du roi ou des Cent-Suisses, archers du grand prévôt, archers de la porte, soldats des gardes françaises ou suisses qui. le voyant passer, mettra à fin l'entreprise, cinquante mille écus avec une compagnie dans un vieux corps.
A tous moines, ermites ou gens déguisés de la sorte, qui porteront dans la grande manche poignards, pistolets ou armes propres pour exécuter un semblable coup et l'exécuteront heureusement, cinquante mille écus; et outre seront obtenus du Saint-Père, pour les premiers, dispenses de leurs vœux, et du Parlement arrêts pour les faire rentrer dans Théredite paternelle.
A celui de ses domestiques qui, le servant à table, lui donnera un coup de couteau empoisonné dans les lombes, la somme de cinquante mille écus.
A l'abbé de Palluau, camérier du Mazarin, au cas qu'il facilite l'entrée et la sortie de l'exécuteur d'une entreprise si généreuse et si sainte, le chapeau et la chapelle de son maître.
Aux pages ou laquais qui, étant derrière son carrosse, lui appuieront pistolet, mousqueton ou autre arme et en délivreront le monde, vingt-cinq mille écus.
Aux valets de chambre qui Tétoufferont entre deux couettes, ou qui, à coups de lais de son. de sa nie ou d'os de morts pilés, l'assommeront, ou qui, pour l'étouffer, mettront en usage nœuds coulants, serviettes et ceintures, ou qui, lui faisant la barbe, appuieront fortement le rasoir, ou, en lui donnant la chemise, l'embrasseront et le dagueront facilement à bons coups de poignards ou de baïonnettes empoisonnées et exécuteront l'arrêt du Parlement, soixante et dix mille écus.
A ton- ceux de ses domestiques et officiers de sa maixjn qui le tueront ou l'amèneront vif ou mort dans Paris, cent
A P PENDU i . L09
mille écus; el seront absous de toutes les peines portées par les arrêts contre eux et seront déclarés frondeurs et gens de bien, d'honneur ei de probité.
Aux eoehers et postillons qu^ le conduisant pies d'un précipice, le verseront adroitement, en cas qu'ils lui lassent rompre le col, quarante mille francs: en cas qu'il n'ait qu'un bras . deux milie francs; pour les jambes, quatre mille ; pour les jambes et les bras huit mille: pour l'épine du dos, dix mille écus.
A l'écuyer qui trouvera moyen de déguiser un sauteur ou trottier en guildine et lui causera quelque descente de boyau, en sorte qu'il devienne inhabile au coït, mille pistoles et une chaîne d'or avec la médaille des Princes et de la ville de Paris.
A tons pontonniers, bateliers et voituriers par eau qui, le menant, feront renverser le bateau ou trouveront moyen de le faire couler à fond et se sauveront ensuite à la nage, neuf mille francs.
A tous gouverneurs de places qui l'arrêteront ou le feront tuer, sera donnée la propriété de ladite place pour en jouir eux et leurs enfants jusqu'à la troisième génération avec les cinquante mille écus portés par l'arrêt du Parlement.
A tous médecins qui, lé traitant des maladies ordinaires et extraordinaires, lui ordonneront des remèdes conformes à l'arrêt du Parlement et nécessaires au salut de l'Etat, la somme portée par ledit arrêt.
A l'apothicaire qui infusera ou dissoudra dans ses remèdes arsenic, sublimé, réagal, oppion, suc de napèle, aconit, if, ellébore, essence de tabac, suc de crapaud, sueur de rousseau. poudre de diamant, pierre de cautère, verre pilé et autres sucs et herbes salutaires pour le public en la personne dudit Maza-
410 Al'J'E.NDK.i:.
rin, la somme de cinquante mille écus, sans préjudice de ses frais dont il sera remboursé.
Au chirurgien qui, en le saignant, trempera sa lancette dans quelque poison, la somme de soixante mille livres.
Item, à l'apothicaire qui, lui donnant un lavement, empoisonnera le canon, vingt mille livres.
Au cuisinier qui, dans ses ragoûts, mettra lièvre marin, cantharide, fiel de taureau, éponge préparée, araignée et les autres ingrédients dénommés dans le premier article de l'apothicaire, la somme de trente mille livres.
Aux sommeliers qui empoisonneront les fruits, compotes, contitures et le gobelet et prépareront son vin avec tant d'art que mort s'ensuive, dix mille écus.
A tous jardiniers et jardinières, bouquetiers et bouquetières qui lui présenteront bouquets parfumés avec poison, mille écus.
A tous parfumeurs et gantiers qui serviront le public en sa personne, comme faisait celui de la reine Catherine, trois mille écu?.
A tous cordonniers qui empoisonneront le Houssi et L'Kscarpin, la somme de dix mille écus.
A tous secrétaires, courriers ou messagers qui lui porteront paquets bien et duement préparés, en cas que la chose réussisse au contentement du public, la somme portée par l'arrêt.
Au courtisan qui, approchant Sa Majesté, lui dessillera les yeux et, lui faisant connaître le misérable état de son royaume, le fera consentir à la conchinade, la même récompense du maréchal de Yitry.
V celui des maréchaux de Yilleroy, du Plessi&, de Turenne, ■'• !-i !•'••] !■' et d'Hocqpincourt qui. après l'avoir fait assommer,
ramènera le roi dan- sa bonne ville de Pari-, l'épée de connétable.
A ceux qui sont pourvus de brevets de ducs et de pairs, en cas qu'ils méritent de l'Etat par une si belle et bonne action, la vérification de leurs lettres en Parlement nonobstant toutes oppositions.
A toutes femmes et filles de la Cour ou autres de la ville qui réventeront avec des éventails empoisonnés, ou qui lui fourreront dans le gosier ces certains busqués de laine ou de velours pour l'étouffer, la somme de cinquante mille écus dont elles seront dotées par le Parlement et mariées dans l'an, sans que leur âge leur puisse nuire ni préjudiciel'.
Aux femmes qui, le voyant passer par la rue, lui feront tomber sur la tète grès, pots d'oeillets ou bonnes grosses pierres et Passommeront, la même récompense qu'eut la bonne femme vénitienne pour avoir tué le Tiépoly.
A ceux qui. jouant avec lui le soir, feront semblant de ^e quereller, et après avoir soufflé les flambeaux, à beaux coups de chandelier de Dieu ou d'autres arrhes en déferont le public, si ce sont financiers, la surintendance des iinances ; si ce sont des ecclésiastiques, des évèchés ; si ce sont gens d'épée, des gouvernements et des dignités ; si ee sont gens de robe, des charges de secrétaire d'Etat ou d'autres à leur choix.
A tous sorciers,, vaudois, magiciens et nécromanciens qui. employant les secrets de leur art et le pouvoir de leur maître, par herbes, charmes, billets, images de cire et paroles, délivreront le monde de ce malheureux étranger, qui en est le perturbateur, la - impie portée par l'arrêt, avec le rétablissement de leur bonne famé et renommée, en sorte qu'ils puissent aspirera être pourvus <le toutes charge-, offices et bénéfices.
A tous confesseurs qui fortifieront dans ce pieux dessein ceux qui, par faiblesse d'esprit et scrupule sans fondement, leur révéleraient à la confession, les abbayes et autres bénéfices du défunt.
Si quelqu'un, poussé de l'esprit de Dieu et touché de la misère publique, préfère le salut du roi et de l'Etat au sien particulier dans l'exécution d'une si haute entreprise et digne d'une récompense éternelle, la somme de quatre cent mille livres sera donnée à ses héritiers ; et outre ce, lui sera fait un tombeau devant le grand autel de l'église cathédrale de Paris, devant lequel sera entretenue éternellement une lampe aux dépens du public.
Que si tous ceux qui sont invités par le présent mémoire, fait pour le bien du service du roi et du royaume, ne pouvaient heureusement exécuter leurs généreux desseins, toutefois, pourvu qu'il soit connu par quelque effusion notable de son sang qu'ils ont hasardé le coup, ils seront récompensés de la somme de quarante mille francs.
Et afin que l'on ne«doute point de la certitude de la récompense, on sera averti que les sommes, portées par ce mémoire, sont entre les mains de M. le comte de Fontrailles, demeurant rue d'Anjou, près des Enfants-Rouges, qui les délivrera ou en deniers comptants ou par lettres de change, payables à Venise, Amsterdam ou Hambourg, au choix dudit exécuteur qui doit s'assurer que, pourvu qu'il fasse bien son devoir, on ne le chicanera pas sur la récompense ; au contraire il sera gratifié du change en cas qu'il veuille recevoir la somme hors de Paris.