‹ Les amoureux de Madame SévignéChapitre 23 sur 28 · CE · texte numérisé non relu

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point de messes, et à des curés rie mon frère de Purnon en Poitou, qui sont pauvres.

Je donne au cocher qui sera à moi lors de ma mort, autant de fois cinquante francs qu'il y aura d'années qu'il sera à mon service, et autant à mon laquais; et au lieu d bille* de deuil, l'on leur donnera

cent livres chacun, cela leur sera plus utile.

J'ai donné et je donne encore autant que besoin serait par ce présent testament, tous mes meubles meublants, linges qui sont et seront dans la communauté et qui sont en petite quantité, excepté quelques tableaux que je pourrai donner.

Je supplie eett hère communauté que j'aime

tendrement de demander à Dieu qu'il me fasse miséricorde, et m toutes mes négligences ; si Dieu me fait la grâce de le posséder, je le prierai pour elles en général et en particulier; je les supplie d'offrir a Dieu leurs prières et leurs bonnes œuvres pour satisfaire à ce que je n'ai pas fait ou que je n'ai fait que négligemment; je prie cette chère communauté de demeurer toujours : prit d'une véritable et parfaite charité et union entre elles comme elles sont, s'il se peut ; quand elles seront bien unies, le monde et l'enfer ne leur pourra nuire, surtout si cette vertu est accompagnée d'une vraie humilité et amour de l'anéantissement ; si elles veulent s'élever

obiO APPENDICE.

et paraître, il est à craindre que Dieu ne retire ses grâces qu'il a versées avec tant d'abondance ; je les prie par toute la tendresse de mon cœur, d'être fidèles à leurs constitutions et exercices journaliers, surtout à l'oraison : je leur recommande l'obéissance, sans quoi elles ne peuvent être agréables à Dieu, et je les assure qu'elle est l'âme de la communauté, sans quoi elle ne peut subsister : la charité est l'esprit qui doit animer cette communauté, elle en est la source et le fondement; je les supplie de reprendre de nouvelles forces en Dieu après ma mort, pour mieux faire que pendant ma vie : ce que je dis pour les animer, parce que j'ai tout sujet de me louer d'elles; je les supplie encore d'entretenir toutes les fins de cette communauté autant qu'elles pourront; si elles ne peuvent pas tout faire pour panser les pauvres et pour les retraites des pauvres, au moins qu'elles le fassent un peu sans discontinuer; Dieu leur donnera grâce dans la suite de pouvoir faire plus; je les conjure d'avoir toujours grande affection pour les écoles, qui font des biens que l'on ne saurait exprimer, lorsqu'elles sont faites aussi chrétiennement que l'on les fait à la communauté. Elles n'oublieront pas aussi d'être dans la disposition d'aller à la campagne, lorsque l'on le jugera à propos, c'est un grand bien. Enfin,, mes très-chères sœurs, soyez

fidèles à Dieu, et il ne vous manquera pas, il vous donnera ses bénédictions en abondance, c'est dont je le supplie instamment : je les prie de ne point cesser d'être fidèles à aller à la paroisse et de donner tout l'exemple possible.

Je supplie M. le président de ?sesmond et ma très-chère fille d'avoir toujours de la bonté pour cette chère communauté, de l'aimer et de la servir en toute rencontre; les aidant de leur avis et protection, même de les secourir pour le temporel, si elles en ont besoin, et de leur payer les rentes que je pourrai leur devoir du reste de ce que je leur ai donné cette bonne œuvre attirera de grandes bénédictions sur l'un et sur l'autre; je les conjure de la regarder comme leur communauté, où l'on offrira à Dieu des vœux continuels pour eux.

Je prie M. le président de Xesmond, mon trèscher gendre et ma très-chère fille, d'exécuter ce présent testament, les nommant pour cet effet : je les prie d'avoir ces dispositions agréables et de me faire cette dernière charité avec la même affection et amour de cœur qu'ils m'ont toujours témoigné pendant ma vie; ce que faisant, comme je l'espère de leur amitié et vertu, ils en auront la récompense et de grandes bénédictions de Dieu, que je leur souhaite abondantes, ils savent que ce bien n'est pas perdu pour eux, et

au contraire qu'il leur proliféra pour l'autre vie et même pour celle-ci.

Je ne puis m'empècher de témoigner ma reconnaissance à Dieu de m'avoir donné M. le président de ?s esmond pour gendre, qui a eu pour moi toutes les bontés au delà de tout ce que j'aurais .pu souhaiter; je l'en remercie de tout mon cœur.

Pour ma très-chère et unique fille, je n'ai jamais reçu aucun mécontentement d'elle, mais au contraire une sincère amitié, complaisance, cherchant toujours ce qui me pouvait plaire, je ne finirais pas si je disais tout ce que je sens. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il leur rende à l'un et à l'autre, en ce monde et en l'autre vie, et je demande à Dieu mille et mille bénédictions pour eux et je les lui demanderai sans cesse, s'il me fait miséricorde; je leur donne ma bénédiction de toute l'étendue de mon âme.

Je ne dis rien à ma chère fdle de ce qu'elle a à faire pour sa conduite, soit pour le spirituel ou pour le temporel, Dieu lui a fait faire pour l'un et pour l'autre tout ce que l'on pourrait lui souhaiter; je prie la divine Bonté de lui continuer ses grâces, et je la prie d'être toujours fidèle à Dieu, comme Dieu lui a fait la grâce d'être jusqu'à présent, et cette fidélité lui* obtiendra Les nécessaires pour persévérer et

aenter pour le spirituel; je la prie de prier Dieu

APPEMM

pour moi, je le fi

i corde.

Je supplie mes très-rcb pardonner

toutes les fautes que j'ai laites à leur égard, je leur en demande de ton-: ur pardon, je les assure que

je mourrai remplie d'une sincère amitié pour eux deux; puisque je l'ai toujours eue pendant ma vie, et par cette même tendresse d'affection et d'amitié, je leur demande de s'occuper sérieusement de leur salut, puisqu'ils rendront à Dieu un compte très-exact à l'heure de leur mort de toute leur vie, c'est la plus grande et la plus importante de toutes leurs affaires ; je les supplie de prendre tous les jours un quart d'heure pour penser à cette terrible affaire de bien mourir ; L'âme leur doit être plus chère que le corps, et l'éternité plus que cette vie ; je les remercie de toutes les bontés qu ils ont eues pour moi; je prierai le Seigneur pour eux, s'il a pitié de moi; je les conjure de vivre dans une parfaite intelligence et amitié ensemble, et avec M. le président de ?vesmond et ma chère fille, avec mes nièces et neveux que j'aime aussi très-tendrement, et à qui je souhaite tous biens temporels, mais bien plus les éternels; ce qui passe n'est pas considérable. Je leur demande ce que je demande ci -dessus à mes chers frères.

Ma chère fille trouvera dans un mémoire plusieurs

choses que je dois ; je la prie de payer, s'il n'est point déchargé à côté de chaque article.

Je supplie le Seigneur d'avoir agréables ces dispositions pour sa gloire et mon salut et celui de M. le président de Xesmond et de ma fille et de toute la famille morte et vivante; je les offre à Dieu à cette intention : je fais mes excuses à ma chère fille, si je ne lui laisse pas grand' chose; si elle avait eu famille, j'aurais eu des considérations; mais Dieu ne lui en ayant point donné, j'ai cru qu'elle ne les désapprouverait pas et que Dieu demandait cela de moi, tant pour ces petites dispositions, que pour ce que j'ai fait pendant ma vie.

LA R. M. DE CHAUGY. p. «85.

La révérende mère Françoise-Madeleine de Chaugy , dont M. Louis Yeuillot a écrit la biographie, composa ses Vies de huit vénérables veuves de V ordre de la Visitation Sainte-Marie, sur l'ordre exprès de Charles-Auguste de Sales, frère et successeur de saint François. Ce livre curieux demeura longtemps manuscrit : « La mère de Chaugy, dit le frère de saint François lui-même, n'a jamais prétendu donner à cet ouvrage autre jour que celui du cloître ou de simples copies de main. »• Il fut imprimé pourtant en 1658, et il a été réimprimé de nos jours (1860, Gaume frères' avec une préface et des notes de M. Charles d'Héricault. Xous nous sommes borné, en ce qui nous concerne, à y chercher les principauxtraits de cette noble femme, la comtesse de Dalet : mais à coté de cette figure il y en a d'autres qui ap-

3 b! 6 APPENDICE.

pellent l'étude sympathique, et qui ont été parfaitement caractérisées par M. Charles d'Héricault, dans la préface de l'édition à laquelle il a donné ses soins.

« Toutes les nuances de la société, dit M. d'Héricault, ont été représentées dans notre livre, comme aussi toutes les variétés des nobles caractères.

« Marie-Renée Trunel sort d'une de ces familles qui tiennent le milieu entre la grande bourgeoisie et la petite noblesse ; elle est la petite-fille d'un des illustres jurisconsultes de l'ancienne France; elle entre par son mariage dans la plu£ haute noblesse de robe. C'est une physionomie douce et charmante, un caractère qui eût été faible s'il n'eût pas été appuyé par la dévotion, et qui, sans cesser d'être gracieux, devient énergique, en s'enivrant de l'amour divin. Cœur tendre, à qui la plus grande abnégation ne ' suffit pas pour prouver son amour ! Ame délicate, que je vois dans le monde si pure, si naïve, si caressante dans la charité, jusqu'au moment où le Seigneur lui donne les délices de son amour, pour la récompenser de tant de tendresse qu'elle lui a montrée dans la personne des malades et des pauvres ! C'était la Fleur des Champs, le Lis des Vallées.

h Voici une physionomie moins douce, mais un caractère plus solide ; la mère Favrot est le seul représentant de la bourgeoisie que nous montre notre ]

auteur. Les vertus lui viennent plus de sa .volonté et de son intelligence que de son cœur ; elle est surtout judicieuse et perspicace, ferme et prudente, gagnant la sainteté par la réflexion, comme la sœur Marie* Renée y montait par la générosité et la tendresse.

« La mère Claude-Françoise de Machecop a les mêmes qualités, mais à un degré plus élevé. Elle est presque une personne historique, étant la femme, la mère, la grand'mère de personnages qui ont joué un grand rôle politique. Elle représente cette moyenne noblesse de province qui n'était pas assez illustre pour dédaigner les charges dans lesquelles l'intelligence, le caractère et l'habileté avaient plus à faire que le nom et la parenté.

« Madame de Hhaugy nous mène maintenant dans la Bresse, le Bugey et la Savoie; il semble à peine que nous ayons quitté la patrie de sainte Jeanne de Chantai: les mères Jacqueline de Bonnivard et Madeleine de La Fléchère, Françaises par leurs alliances ; illustres par leurs familles et par l'amitié dont les honorait François de Sales, la même préoccupation de charité que nous avons trouvées jusqu'ici.

a Les deux personnages dont notre livre retrace ensuite la vie sont deux types excellents de la matrone chrétienne du xvif siècle; rime, glorieuse entre toutes par sa naissance et de la plus haute noblesse de

l'Europe, descendant des Paléologues par son aïeule, alliée aux maisons royales de France et d'Espagne ; l'autre, d'une noblesse ancienne, mais sans illustration historique; toutes deux actives au centre de leur province et, dans un milieu différent, gouvernant le cercle qui les entoure, par la sagesse de leur intelligence, la fermeté de leur caractère et l'énergie de leur dévotion.

« Je n'ai indiqué que les figures du premier plan ; mais on comprend ' que, dans une telle galerie de portraits si variés, naïvement et minutieusement peints, notre auteur a dû renfermer bien des traits rares et curieux, bien des détails sur l'état de la société et des mœurs. Peu de livres en effet dévoilent plus de particularités sur l'existence journalière et de famille de ce temps. Chaque vie en est pleine.

« Ici c'est madame d'Auxerre (la mère Mariellenée) recevant les religieux voyageurs et les interrogeant comme l'hôte des temps antiques. Seulement, elle exerce l'hospitalité chrétienne; ce que leurs voyages, leur expérience et leurs réflexions leur ont appris sur le monde, elle le leur demande au nom de la philosophie catholique et pour mieux connaître la vie surnaturelle.

« Le gentilhomme qui revient de la guerre, blessé et ruiné, peut aussi frapper à cette porte, la noble

veuve le recevra; en soignant ses blessures, comme faisaient les châtelaines d'autrefois, elle lui parlera sans doute de Dieu; mais elle ne le laissera point partir avant de l'avoir remis en équipage; il emportera des armes qui lui seront un noble et cordial souvenir ; la charité lui aura ainsi préparé une vie moins solitaire et une mort plus chrétienne.

« Un trait vient nous dévoiler l'influence de la domesticité dans l'intérieur de la famille; un autre nous montre avec quelle courageuse activité on sortait de cette vie si douce et si calme quand le devoir parlait. Voici que toutes ces veuves si délicates quittent leurs carrosses; — et nous voyons que c'est chose rare pour des dames de leur condition que de mettre pied à terre dans les rues ou sur les chemins, — elles courent dans les hôpitaux pour soigner le Seigneur Jésus et baiser les ulcères de son corps bien-aimé qui dévorent le corps des pauvres; elles vont au loin en pèlerinage, parfois au péril de leur vie. Puis on leur apprend qu'il y a dans les pays étrangers quelque saint serviteur de Dieu, sachant pousser les âmes à une plus haute vertu, à plus d'abnégation, de chaité, d'humilité : elles y courent encore. Mesdames l'Auxerre, de Goufîer et tant d'autres traversent les nontagnes de Savoie; madame Favrot va passer des innées loin de son pays; toutes insatiables de la

science divine, comme les jeunes gens désireux de la science humaine, qui laissaient tout, au moyen âgé, pour aller se ranger sous la discipline d'un illustre docteur.

a La biographie de madame Bouthillier (la mère de Machecop) nous fournit un exemple de ce qu'était alors l'intimité d'une de ces hautes familles parlementaires de Paris ; elle nous ouvre le foyer domestique régulier, presque austère, toujours pur et pieux, et de quelques-uns de ces hommes politiques qui travaillaient à diriger les destinées de la France. La vie de madame de Ghàtel (la mère de Bonnivard) nous enseigne jusqu'en ses moindres détails ce que pouvait être l'existence d'une châtelaine au milieu des guerres civiles et politiques du xvie siècle. Nous la voyons à la campagne, au milieu des périls divers dont les soldats de toute arme menacent sa maison, ses paysans, ses voisins ; et si le château sert encore de lieu de refuge pour tous les habitants du domaine, les grandes dames s'entourent aussi de filles nobles, comme elles le faisaient au temps de la féodalité, mademoiselle de La Chambre nous le prouve. L'histoire des démêlés de la France et de la Savoie, notre livre la relate en partie, soit à propos de madame de Ché à propos dâ

madame <!<: La Fléchère. Gette dernière «lame, acf'm* et de grand courage, nous indique quelle part les

femmes de son rang prirent à ce mouvement de réforme religieuse qui signale la vie du catholicisme à cette époque.

LA COMTESSE DE DALET, p. 191.

Voici comment saint François de Sales entend les expressions qui reviennent si souvent dans Y Introduction à la vie dévote : « Faites un bouquet de myrrhe, faites le petit bouquet spirituel, faites le petit bouquet de dévotion, ou tout simplement, faites un bouquet. »

« Ceux qui se sont promenés en un beau jardin

n'en sortent pas volontiers sans prendre en leur main quatre ou cinq fleurs pour les odorer, et tenir le long de la journée : ainsi votre esprit ayant discouru sur quelque mystère par la méditation, nous devons choisir un, ou deux, ou trois points que nous aurons trouvés plus à notre goût, et plus propres à notre avancement, pour nous en ressouvenir le reste de la journée, et les odorer spirituellement. Or, cela se fait sur le lieu même auquel nous avons fait la médita-

tion, en nous y entretenant ou promenant solitairement quelque temps après. »

La vie tout entière de la comtesse de Dalet peut se résumer dans Y Avis pour /es veuves du livre de La Philotée, dont nous donnons les passages les plus essentiels :

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