SUR LE PRINCE D ELBEUF ET SES ENFANTS
Monseigneur le prince d'Elbeuf , Qui n'avait aucune ressource Et qui ne mangeait que du bœuf Monseigneur le prince d'Elbeuf, A maintenant un habit neuf Et quelques justes dans sa bourse. Monseigneur le prince d'Elbeuf, Qui n'avait aucune ressource.
Monsieur d'Elbeuf et ses enfants Ont fait tous quatre des merveilles.
Ils sont pompeux et triomphants Monsieur d'Elbeuf et ses enfants '
Ou dira jusqu'à deux mille ans, Comme une chose sans pareilles, Monsieur d'Elbeuf et ses enfants Ont fait tous quatre des merveilles.
Ils se promènent, ces Césars, Tout chamarrés d'or, par les rues ; Oui, comme de petits dieux Mars, Ils se promènent, ces Césars; Alors qu'au milieu des hasards Nos braves ont leurs dagues nues, Ils se promènent, ces Césars, Tout chamarrés d'or par les rues .
Vous et vos enfants, duc d'Elbeuf, Qui logez près de la Bastille, Valez tous quatre autant que neuf, Vous et vos enfants, duc d'Elbeuf.
Le rimeur qui vous mit au bœuf Méritait quelque coup d'étrillé, Vous et vos enfants, duc d'Elbeuf, Qui logez près de la Bastille.
Rentrez, bourgeois, ne donnez pas , On a trop soin de votre vie :
Monsieur d'Elbeuf ne le veut pas; Rentrez, bourgeois, ne donnez pas.
Puisque vous remplissez ses plats Et rendez sa table garnie, Rentrez, bourgeois, ne donnez pas, Ou ;i trop soin de votre vie.
APPENDICE. il 7
Extrait des Mémoires àe Bussy-Rabutin.
Il fut bien étourdi, cet enragé frondeur, D'essayer si Paris voudrait branler encore, Et se trouva surpris comme un pauvre fondeur De voir qu'il avait fait le tour d'une pécore ! Quoique son faux rapport d'un prétexte il colore. Qu'il pvone que le roi s'en va tout de nouveau. Pour faire de Paris un funeste tombeau : Qu'il aille du Palais dans la savatterie, Criant : La liberté on veut mettre à vau-l'eau ! Le peuple ne dit mot. adieu la fronderie.
, Il poursuit cependant avec autant d'ardeur Qu'en a dans le combat le yrand comte de More; Mais de tout ce qu'il dit, autant que le brodeur x} Le respect tient les cœurs, personne ne s'essore. Le lendemain matin, au lever de l'aurore. 11 remonte à cheval et prune de plus beau Qu'on va bloquer Paris et par terre et par eau; Tantôt pour s'animer il tempête, il s'écrie, Tantôt pour captiver il ôte son chapeau. Le peuple ne dit mot, adieu la fronderie.
Enfin, épouvanté de voir tant de froideur. Et qu'on ne répond pas au feu qui le dévore, De son noir attentat connaissant la grandeur. Il fuirait volontiers jusqu'au rivage more; Mais l'intérêt commun lui tient lieu de remore.
I Autant en emporte \e vent.
11 remet à Beaufort le soin de ce fardeau;
Et, comme ainsi que lui il a part au gâteau,
De le mettre à couvert humblement il le prie,
Et lui dit « Monseigneur » en pleurant comme un veau.
Le peuple ne dit mot, adieu la fronderie.
envoi.
Ami, qui mieux que nous fais ballade et rondeau Diffère quelque temps à montrer ton museau; Ce que Ton craint pour toi passe la raillerie. Ne va point à Paris donner dans le panneau : Le peuple ne dit mot, adieu la fronderie.
ce Nous conseillions en riant à Marigny de n'aller point à Paris alors comme il voulait faire, parce que s' étant fort signalé par beaucoup d'ouvrages contre la cour, et par ses quatre ballades si fameuses contre le cardinal Mazarin, il était à craindre qu'on ne s'en vengeât. »
DE MARIGNY A BUSST.
A Paris, ce 18 septembre 1652.
a Je suis trop votre serviteur, monsieur, pour ne vous pas donner avis de ce que je sais qui vous regarde. On a dit à monseigneur que sans vous Montrond aurait été secouru, et j'ai bien vu qu'il le croyait, car il a témoigné de la chaleur contre vous.
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11 dit que vous pouviez servir le roi sans vous attacher si fortement que vous avez fait au Mazariri, son ennemi déclaré, et qu'il s'en souviendrait un jour. En effet vous voulez bien que je vous dise, monsieur, que vous deviez considérer que le cardinal n'aura qu'un temps et que Son Altesse durera toujours, par lui ou par sa famille. »
DE BUSST A IfARIGNT.
(( On me fait trop d'honneur dans votre parti, monsieur, de croire que j'aie empêché Montrond d'être secouru; cette gloire n'est due qu'à M. de Palluau. Je ne vous dis pas cela pour m' excuser auprès de M. le Prince, auquel, hors l'intérêt du service du roi, je dois toute sorte de respects; c'est seulement par la raison qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César.
« Au reste, quelque créance que j'aie en vous, j'ai de la peine à me persuader que Son Altesse, pleine de raison comme elle est, trouve mauvais que je fasse mon devoir dans la dernière régularité. Je vous le dis franchement, monsieur, je n'entends point les mena gements en matière de guerre, et j'ai dans la tète que les tièdes ne gagneront point le royaume des cieux. Ce n'est pas que je ne parle toujours avec le respect que je dois à la personne de M. le Prince, mais si
après cela je suis assez malheureux pour qu'il ait du chagrin contre moi, il m'estimera au inoins s'il ne m'aime pas.
c( Pour les considérations que vous me voulez donner sur l'avenir, elles ne m'empêcheront pas de croire que M. le Prince (quand le roi lui aura pardonné quelque jour) dira comme Louis XII : « Que le roi de France ne venge point les querelles du duc d'Orléans. »
Dans la livraison de janvier 1862 du Bulletin du Bibliophile, C. Moreau, l'éditeur des Mazarinades, a fixé la date de la mort de Marigny, jusqu'ici restée incertaine, à la fin de janvier 1673, d'après le témoignage de Philibert de La Mare, conseiller au Parlement de Dijon (voir Mélanges, Fonds Bouhier, 34, de la Bibliothèque impériale).
BL01 . p. 330.
Blot, baron de Chauvigny, surnommé YEsprity fut successivement attaché au cardinal de Richelieu et à Gaston d'Orléans. Il était né vers 1(310; il mourut en 1 (547. Madame de Se vigne disait des chansous de Blot : « Elles ont le diable au corps. .. Je n'ai jamais vu tant d'esprit. » De ces diaboliques couplets, il ne reste guère aujourd'hui que les suivants, faible échantillon de l'esprit de Blot :
chanson:
Air de cour nouveau sur la Plainte de l'Amour contre la guerre parisienne.
Sur le chant De la courante de la reine.
Que vous nous causez de tourment.
Fâcheux Parlement !
Que vos arrêts Sont ennemis de tous nos intérêts?
Le cardinal a perdu tous ses charmes.
Tout est en armes;
Et les amours Sont effrayés par le bruit des tambours.
La guerre a chassé l'Amour Ainsi que la cour; Et de Paris La peur bannit et les jeux et les ris. Adieu le bal, adien les promenades, Les sérénades :
Car les amours Sont effrayés par le bruit des tambours.
Mars est un fort mauvais galant; Il est insolent; Et la beauté Perd tous ses droits auprès de LaFerté I. On ne peut pas accorder les trompettes Et les fleurettes :
Car les amours Sont effrayés par le bruit des tambours.
Mars ôte tous les revenus A dame Vénus.
Les chères sœurs N'ont à présent ni argent ni douceurs.
On séduirait pour un sac de farine
* Le marérhal de La Fertf'\
La plus divine :
Car les amours Sont effrayés par le bruit des tambours.
Place Royale, où tant d'amants Montraient leurs tourments, Où leur destin Etait toujours flatté par Constantin1, On n'entend plus au lieu de tant d'aubades Que mousquetades ; Et les amoui s Sont effrayés par le bruit des tambours.
Que de plaisir fait le blocus A tant de C....Î Car désormais Ils n'auront plus chez eux tant de plumets. Les cajoleurs, ces diseurs de sornettes Font leurs retraites ; Et les amours Sont effrayés par le bruit des tambours.
1 L'Agréable récit des barricades de Paris montre Constantin « sonnant l'alarme en faux-bourdon Je barricade en barricade. »
MAUCROIX, p. 314.
C'est pour le Recueil des Poètes français, publié chez Hachette sous la direction de M. Crépet, que je me suis d'abord occupé de Maucroix et de Marigny. Je n'ai fait ici que reprendre mon bien, avec l'agrément de l'éditeur du Recueil.
L'édition la plus complète des œuvres de Maucroix a paru en 2 volumes in-18, chez Techener, avec une préface de M. Louis Paris, 1854.
Nous reproduisons les stances à mademoiselle Serment, l'épitre à Patru et l'épitre à Cassandre, pour ajouter quelques traits de plus au portrait de l'ami de La Fontaine.