‹ Les amoureux de Sainte-PerineChapitre 1 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

traits de plusieurs sortes de sots, tu n'y rencontres le tien; car il n'y a presque personne qui ait le privilège d'en estre exempt, et qui n'y puisse remarquer quelque trait de son visage, moralement parlant.

« Antooe FuREimRE. »

En mettant les Amoureux de Sainte-Périne sous la protection de l'auteur du Roman bourgeois, c'était donner à entendre au public que la publication de ces études dans le journal la Presse n'avait pas passé sans orages : ils étaient noirs, en effet, menaçants et administratifs.

Un naïf employé supérieur de l'Assistance publique, prenant les romanciers pour des sténographes qui enregistrent les confidences du public, avait signalé l'auteur au ministre de l'intérieur, comme traduisant les petits scandales qui se produisent dans toute agglomération d'individus.

Traité en reporter plutôt qu'en conteur, l'auteur n'eut pas de peine à se justifier, et, grâce à la liberté qui régentait les feuilles publiques en 1858, le roman, publié aux trois quarts, dut être terminé en feuilleton le jour môme.

Cette mesure contribua peut-ôtre à enfoncer dans le mur le clou auquel il est si difficile d'accrocher les œuvres de quelque durée.

PRÉFACE. ,x

Les Amoureux de Sainte-Périne continuèrent plus tard à se prodiguer leurs tendresses, protégées par la couverture d'un volume, et Fauteur eut la bonne fortune d'échapper à la police correctionnelle, qui devait consacrer la réputation d'un romancier, son confrère, et de son ami, le poète des Fleurs clumaL

Il resterait donc peu à dire sur le livre actuel, innocenté par l'opinion, si les années rapides et bizarres de l'Empire ne lui avaient imprimé, en moins de quinze ans, le cachet historique dont se plaignait le naïf employé de l'Assistance publique.

Sous la volonté d'un préfet protégé par le chef de l'Etat, Paris se transforma complètement en certains endroits. La ceinture de boulevards extérieurs devint boulévards intérieurs; les longues voies solitaires, où se rencontraient parfois des êtres qui demandaient l'heure au passant attardé et le remerciaient du renseignement avec un coup de bâton sur la tête, furent peuplées d'hôtels élégants élevés avec la rapidité d'un homme possesseur de la lampe merveilleuse.

Le roman des Amoureux de Sainte-Périne avait été publié ayant pour premiers plans les jardinets du quartier de Chaillot, les barrières désertes de ce coin particulier, les plâtreux horizons parisiens vus de hauteurs verdoyantes.

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