D. d. !.. ou du t. b
376 I. MVRi- DES AMOURS [Elégie k Janet
Car pour la peindre ainsi qu'elle mérite, Peindre il faudroit celle d'une Charité. Pein la moy doncq, qu'elle semble parler, 88 Ores sourrire, ores embasmer l'air
De ne sçay quelle ambrosienne haleine.
Mais par sur tout fay qu'elle semble pleine De la douceur de persuasion.
92 Tout à l'entour attache un milion
De ris, d'attraits, de jeux, de courtoisies, Et que deux rangs de perlettes choisies D'un ordre égal, en la place des dents 96 Bien poliment soient arrangez dedans. Pein tout autour une lèvre bessonne, Qui d'elle mesme, en s'eslevant, semonne D'estre baisée, ayant le teint pareil 400 Ou de la rose, ou du coural vermeil,
Elle flambante au printemps sur l'espine, Luy rougissant au fond de la marine. Pein son menton au milieu fosselu, 104 Et que le bout en rondeur pommelu
Soit tout ainsi que Ion voit apparoistre Le b[o]ut d'un coin qui ja commence à croistre. Plus blanc que laict caillé dessus le jonc 108 Pein luy le col, mais pein-le un petit long, Gresle et charnu : et sa gorge douillette Comme le col soit un petit longuette.
Apres fay luy par un juste compas, 112 Et de Junon les coudes et les bras,
Et les beaux doigts de Minerve, et encore La main égale à celle de l'Aurore.
rElcpic] VARIANTES : Texte.
109. En forme dlstme, et sa g. d. looî). 1 1 i. La m. pareille h c. de l'A. lo.";."). 1567.
Elégie à Janet] i. livre des amours 377
Je ne sçay plus, mon Janet, où j'en suis : 116 Je suis confus, et muet : je ne puis
Comme j'ay fait, te déclarer le reste
De ses beautez qui ne m'est manifeste :
Las ! car jamais tant de faveurs je n'u, 120 Que d'avoir veu ses beaux tetins à^nu.
Mais si l'on peut juger par conjecture,
Persuadé de raisons, je m'asseure
Que la beauté qui ne s'apparoit, doit 124 Estre semblable à celle que l'on voit.
Donque pein la, et qu'elle me soit faite
Parfaite autant, comme l'autre est parfaite. Ainsi qu'en bosse esleve moy son sein 128 Net, blanc, poly, large, entre-ouvert, et plein,
Dedans lequel mille rameuses veines
De rouge sang tressaillent toutes pleines. Puis quand au vif tu auras descouvers 132 Dessous la peau les muscles et les ners :
Enfle au dessus deux pommes nouvelettes,
Comme l'on voit deux pommes verdelettes
D'un orenger, qui encores du tout 136 Ne font qu'à l'heure à se rougir au bout.
Tout au plus haut des espaules marbrines,
Pein le séjour des Charités divines,
Et que l'Amour sans cesse voletant 140 Tousjours les couve, et les aille esventant,
Pensant voler avec le Jeu son frère
De branche en branche es vergers de Cythere.
[Elégie] VARIANTES: Texte.
124. Du tout respondre à la beauté qu'on v. 1553. 1567, 128. N., b., p., 1., profond, et p. 1555. 1567.
378 I- l'iVRE DES AMOURS [Elégie à Janet
Un peu plus bas en miroir arrondy, 144 Tout potelé, grasselet, rebondy,
Comme celuy de Venus, pein son ventre :
Pein son nombril ainsi qu'un petit centre,
Le fond duquel paroisse plus vermeil 148 Qu'un bel œillet favoris du Soleil.
Qu'attens tu plus ? portray moy l'autre chose
Qui est si belle, et que dire je n'ose,
Et dont l'espoir impatient me point :
152 Mais je te pry, ne me l'ombrage point.
Si ce n'estoit d'un voile fait de soye
Clair et subtil, afin qu'on l'entre-voye. Ses cuisses soient comme faites au tour 156 A pleine chair, rondes tout à l'entour,
Ainsi qu'un Terme arrondy d'artifice.
Qui soustient ferme un royal édifice.
Comme deux monts enlevé ses genous, 160 Douillets, charnus, ronds, délicats, et mous^
Dessous lesquels fay luy la grève plene,
Telle que l'ont les vierges de Lacene,
Quand près d'Eurote en s'accrochant des bras 164 Luttent ensemble, et se gettent à bas :
Ou bien chassant à meutes découplées
Quelque grand cerf es forests Amyclées.
[Elégie] VARIANTES : Texte.