COELO MUSA BEAT
[1553.] 1578 Comme un torrent, qui s'enfle et renouvelle Par le degout des hauts sommets chenus. Froissant et ponts et rivages cognus.
Se fait (hautain) une trace nouvelle :
Tes vers, Ronsard, qui par source immortelle Du double mont sont en face venus. Courent (hardisj par sentiers incognus De me.sme audace, et de carrière telle.
Heureuses sont tes Nymphes vagabondes.
Gastine saincte, et heureuses tes ondes 0 petit Loir, honneur du Vandomois !
Icy le Luth, qui n'aguere sur Loire Souloit respondre au mouvoir de mes doigts, Sacre le pris de s;i plus grande gloire.
lAN ANTOINE DE BAIF Heureux soys tu, Ronsard divin poëte, Heureuse soit ta Muse, soit heureuse Ta docte main doctement langoureuse, Heureux le jour où ton ame est subjette.
Heureux soit l'acte, Heureuse la sagette, Qui darde en toy sa pointe doulcereuse, Heureuse soit la cordelle amoureuse, Qui dans ton cuœur heureusement la jette,
Puis que premier tu prens la hardiesse D'aller suivant une nouvelle adresse, Hors du chemin frayé de l'ignorance.
Or reçoy donc la couronne de gloyre :
Et cein le Myrte en signe de victoire Sur les amantz qui chantent par la France.
Quand deus unis suivent une entreprise.
Moindre est l'ennui, le courage plus grand : Et toujours mieus le proffit aparant D un fait empris, l'im devant l'autre avise.
Mais quand un seul (sans qu'un autre autorise De son conseil l'œuvre qu'il entreprend) Prend un avis, l'œuvre et la fin qu'il prend, A chef par lui bien plus tard se voit mise.
Ceci disoit, celle nuit qu'épiant Le camp vainqueur du Troien endormi Tydide Grec s'acompagna d'Ulysse.
Ainsi, Ronsard, de Muret t'alliant, Fausse le Camp du Vulgaire ennemi, Quoy qu'une nuit Ion chemin obscurcisse.
LE CONTE D'ALSINOIS
Sur la couronne de Myrthe de Ronsard.
Mignardement au champ Malien De ses beaulx doigtz Venus entortillonne Ce mol chappeau, qu'oysive elle façonne. Puis de son Geste elle en fait le lien :
De jusi rosat, voire Acidalien Vient arrouser ceste saincte couronne, Puis de Ronsard le chef elle environne, Ne l'enviant le prince Delien.
Vêla le prix 'dit elle en le baisant) Qu'as mérité comme le mieux disant Et comme seul ou premier de nostre âge.
Courage donq : à la postérité Chante l'honneur de ma divinité :
Venus encor' te garde davantage.
Sonet de M[ellin] de S[aingt] G[elats] En faveur de P. de Ronsard.
[1553] D'un seul malheur se peut lamenter celle. En qui tout l'heur des astres est compris, C'est, ô Ronsard, que tu ne fus espris, Premier que moi de sa vive estincellc.
Son nom connu par ta vene immortelle, Qui les vieux passe, et les nouveaus espris. Apres mille ans seroit en plus grand pris, Et la rendroit le tnns toujours plus belle.
Peusse-je aumoins mettre on toi de ma flame, Ou toi en moi de ton entendement, Tant qu'il souffist à louer telle dame.
Car estants tels, nous faillons grandement : Toi, de pouvoir un autre suject prendre, Moi, d'oser tiint sans forces entreprendre.
ESTIENNE JODELLE Sur le patron de tous les dieus ensemble Nature a voit ton esprit façoné, Et d'un tel cors l'avoit environé Que rien en toi de mortel ne nous semble.
De chacun d'eus les puissances elle emble Qu'à toi, son seul miracle, elle a doné, Tant que le ciel restant tout etoné Contre ces dons jalousement s'assemble.
Qui contre toi va l'envie enflamant, Qui contre toi va l'Ignorance armant, Mais de ces deus ont peu valu les forces :
L'Amour en fin s'oposant à ton cueur Pour tous les dieus s'étoit rendu vainqueur, Quand l'Amour mesme en tes amours tu forces.
GLfAUDE] GARNIER G. P.
Voicy les deus Amans qui renomment la France, De même qu'ils étoient en leurs plus jeunes ans : Voicy l'objet divin d un si riche Printans Où les Dieus avoient mis leur plus chère influance.
» Mais quoy, rien n'ét durable, il faut que tout essance » Eprouve l'infortune et l'injure du Tans : Ils ont fini leur course, et leurs rays éclatans Ont vu tomber leur gloire au fons de l oubliance.
Leur gloire, ha ! qu'ay-je dit, tant que les jours seront Et tant que par la nuit les Astres flamberont Elle aura par la Muze une éternelle vie.
» Le Tans met comme il veut les Empires à bas, » Ilion n'ét plus rien, sa grandeur est finie, » Mais le sçavoir d'Homère a veinqù le trépas.
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PREFACE de Marc Antoine de Muret sur ses Commentaires.
A Monsieur Adam Fumée,
Conseiller du Roy en son Parlement h Paris.
La perversité de nostre siècle est si grande. Monseigneur, que ceux, qui pour le jourd'huy employent leurs esprits à porter au public quelque plaisir, ou quelque utilité, ne reçoivent communément pour toute recompense de leurs labeurs, que le mespris des uns, et l'envie des autres. Ce qui me venant en pensée, lors que premièrement je me mis à escrire ces Commentaires, à peu près me détourna de poursuivre mon entreprise. Car outre les autres exemples, qui me venoienl au devant, singulièrement m'esmouvoit celuy de r.\\ith<»ur mesme, que j'enlreprenois h commenter : lequel pour avoir premier
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enrichy nostre langue des Grecques et Latines despouilles, quel autre grand loyer en a-il encores rapporté? N'avons nous veu l'indocte arrogance de quelques acrestez mignons s'esmouvoir tellement au premier son de ses escrits. qu'il sembloit, que sa gloire encores naissante, deust estre esleinte par leurs efforts? L'un le reprenoit de se trop louer, l'autre d'escrire trop obscurément, l'autre d'estre trop audacieux à faire nouveaux mots : ne sachans pas, que ceste coustume de se louer luy est commune avecques tous les plus excellens Poètes qui jamais furent : que l'obscurité qu'ils prétendent, n'est que une confession de leur ignorance : et que sans l'invention des nouveaux mots, les autres langues sentissent encores une toute telle pauvreté, que nous la sentons en la nostre. Mais le temps est venu, que presque tous les bons esprits cognoissent la source de ces complaintes : et d'un commun accord se rangent à soustenir le party de ceux qui taschent à dessiller les yeux du peuple François, ja par trop long temps bandez du voile d'ignorance. Parquoy il ne m'eust pas esté mal-aisé de mespriser les abbois de l'ignorance populaire, si autres empeschemens ne se fussent d'abondant présentez. Mais estant journellement sollicité de me retirer de ceste ville, par le commandement de ceux ausquels, après Dieu, je doy le plus d'obeyssance, et tellement pressé, qu'il me falloit presque à toute heure penser de mon départ, je ne pouvoy rien entreprendre, que d'un esprit troublé, et mal-apte à produire fruits qui fussent dignes de venir en lumière : Si est-ce qu'à la lin je me suis hazardé, espérant que mon labeur trouvera quelque excuse envers ceux, quisçauront que j'en ay esté réduit ;\ tel poinct, qu'il me falloit autant composer par chacun jour, comme les Imprimeurs en pouvoient mettre en œuvre. Je pense qu'il ne m'est ja besoin de respondre à ceux, qui pourroient trouver estrange que je me suis mis à commenter un livre François, et composé par un homme qui est encore en vie. Car s'il n'y avoit dans ce livre aucune érudition, qui ne se peust prendre dans les livres escrits en nostre langue, j'estimeroy bien ma peine assez maigrement employée. Mais veu qu'il y a beaucoup de choses non jamais traitées, mesmes des Latins, qui me pourra reprendre de les avoir communiquées aux François ? Lise hardiment mes Commentaires qui voudra : j'ose bien sans arrogance asseurer, que peu de gens les liront sans y apprendre. Et tel de ces
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Messieurs, avec un branlement de teste, fera semblant de n'en tenir pas grand compte, lequel toutefois en soymesmes sentira bien, que sans l'aide d'iceux, qui luy eust demandé le sens de quelque Sonet, il n'en fust pas sorty fort à son aise. Et pleust à Dieu, que du temps de Homère, de Virgile, et autres anciens, quelqu'un de leurs plus familiers eust employé quelques heures à nous esclaircir leurs conceptions, nous ne serions pas aux troubles ausquels nous sommes, pour les entendre. Car il n'y a point de doute, qu'un chacun autheur ne mette quelques choses en sesescrits, lesquelles luy seul entend parfaitement : Comme je puis bien dire, qu'il y avoit quelques Sonets dans ce livre, qui d'homme n'eussent jamais esté bien entendus, si l'autheur ne les eust, ou à moy, ou à quelque autre familièrement déclarez. Et comme en ceux-là je confesse aA^oir usé de son aide, aussi veux-je bien qu'on sçache, qu'aux choses qui pouvoient se tirer des autheurs Grecs, ou Latins, j'y ay usé de ma seule diligence. Ce que j'ay bien voulu dire, par-ce que je ne sçay quels flagorneurs en ont desja autrement devisé : me cognoissans tres-mal, et mesurans les autres à l'imbécillité de leurs forces. J'ay monstre par cy devant, et monstreray plus amplement quelque jour, si Dieu favorise à mes desseins, que j'ay dequoy tenir quelque rang entre les lettrez. Or quoy que j aye fait en cest endroit, Monseigneur, je lay l>ien voulu dédier à l'amitié qu'il vous a pieu me porter, depuis que je suis en ceste ville : alin que la France entende par mon moyen, que vous estes un des principaux, qui dans Paris favorisent aux esprits ayans quelque marque de gentillesse.