‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 117 sur 131 · I. Guimbaud, ûd. cit., p · texte numérisé non relu

I. Guimbaud, ûd. cit., p

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Hugo en profita en 1864 pour accentuer la politesse qu'elle avait faite à Juliette en lui envoyant son livre. Elle l'invita à la fête par un billet simple et affectueux qui lui ouvrait toute grande la porte de la maison de famille.

« Hauteville-House . 11 décembre 1864.

— Nous célébrons Noël aujourd'hui, Madame. Noël est la fête des enfants et, par conséquent, des nôtres. \ ous seriez bien gracieuse de venir assiter à cette petite solennité, la fête aussi de votre cœur.

« Agréez, Madame, l'expression de mes sentiments aussi distingués qu'affectueux. — Adèle Victor Hcgo. »

L'invitation était courtoise, délicate et tentante. Juliette eut le tact d'y résister, mais son refus témoignait suffisamment du plaisir que lui avait fait une attention si flatteuse pour sa dignité et pour son amour-propre. Elle répondit en ces termes :

ce Hauteville. jeudi 11 décembre.

« La fête, Madame, c'est vous qui me la donnez. Votre lettre est une douce et gêné-

LES AMOl'RS l» LA POÈTE O4 J

rvuse joie ; je mVu penèlre. \ ous ooimaisseit mes habitudes soliuiiivs et ne m'en voudrex p»s si je me contente Aujourd'hui, pour tout bonheiu", de votre lettre. Ce bonheur est assex ^ : âud. Trouvez bon que je reste dans Tombre, pour vous l>enir tous pendant que vous faites le bien. Tendre et profond dévouement. — J. Drouet. ^>

Le ton et la date de ces billets suftiraienl à

•ire justice de la légende qui s'obstine, sur la

i des sou\vnirs inexacts de l'éditeur IjacixMX,

. représenter les deux femmes ei>mme a>^nt

>^sisle ensemble au banquet offert à Bruxelles,

/i septembre iîk>2, à Fauteur des Mis/lrabi^s.

l. Gustave Simon en a d'ailleurs démontré

A fausseté en publiant une lettre décisive de

Madame Victor Hugo qui était, précisément à

:t moment, soutirante cl obligée de g^iîrder le

.;. Xi la distinction de Madame Victor Hugo,

i la délicatesse de Juliette, ni la dignité du

. e.c ne se seraient prêtées à une rencontre

V ; la publicité aurait été scandaleuse et

-uante. l-e tact de Juliette la proîe^^ait

. 1 e les succès que son amour-propre aurait

a être tenté de rechercher ou d'accueillir. H

ai suGisait d*ètre admise dans l'intimité de la

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famille de Charles, où la présence de Madame Hugo lui apportait la joie d'une « réhabilitation discrète ». Mais elle ne tenait pas à prendre le public pour témoin de cette réhabilitation. Elle en jouissait sans en faire parade. En 1868, elle se trouva à Bruxelles avec le poète et toute sa famille. Elle prit part à une de leurs promenades, dont elle n'osa pas décliner l'invitation en présence des enfants, pour ne pas souligner à leurs yeux par ce scrupule le côté délicat de sa situation. Mais, quoique fière et heureuse d'avoir été ainsi traitée, elle éprouva une gène qu'elle exprima, dès le lendemain, à \'ictor Hugo en lui demandant de ne plus l'associer à ces effusions familiales, dont elle se contentait de se réjouir de loin et dans son for intérieur.

La mort de Madame Victor Hugo, survenue le 27 août 1868 à Bruxelles, lui fut l'occasion de montrer, une fois de plus, la délicatesse de ses sentiments. Elle salua avec une émotion sincère la disparition de « ce grand cœur et de ce grand esprit », dont elle avait suivi la maladie avec une véritable angoisse, mais elle refusa d'assister à l'enterrement. « Plus je pense au triste voyage de ce soir, plus je sens que je dois m'abstenir d'en faire partie.

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L'hommage pieux de mon cœur, envers cette grande et généreuse femme, ne doit pas s'exposer à être mal interprété pur des indifférents ou des malveillants. Encore ce dernier sacrifice à la malignité humaine pour avoir le droit de nous aimer ensuite à ciel ouvert, n'est-ce pas, mon cher bien-aimé? et puis que rien jamais ne nous sépare ici-bas, ni là haut, tel est mon vœu ardent'. » A ce vœu il répondait par une magnifique déclaration de foi et d'amour.

Oui, ma douce bien-aimée — Prier Dieu, c'est assurer son âme. Prions Dieu. Qu'il ne nous sépare jamais, ni dans la vie, ni dans la morl^ ni sur cette terre., ni dans la grande clarté où nous le verrons bientôt et où nous le verrons mieux. Je t'aime bien profondément., tu fais déplus en plus partie de ce qui est moi. Je ne comprends rien sans toi ni hors de toi. Je demande que ta vie soit ma vie, que ta mort soit ma mort., que ton

éternité soit mon éternité Ton amour est

mon abri. Tu as sur ton beau front la sereine jeunesse de l'âme, et cette lumière qui

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